Au bout de plusieurs longues minutes et alors que nous sommes maintenant assez loin de chez moi, je commence à ralentir le pas. Puis, voyant un kiosque non loin, je décide d'aller jusque là-bas, pour qu'on soit tranquille. L'après-midi n'est que peu avancé, alors les passants se font rares, surtout dans un petit village comme celui dans lequel nous nous trouvons.
Une fois à l'abri des regards indiscrets qui pourraient quand même passer dans le coin, je me rends compte que je tiens toujours la main de Draco dans la mienne. Embarrassée, je la lâche précipitamment, faisant de mon mieux pour cacher, à sa vue, les rougeurs qui prennent maintenant place sur mes joues.
— Alors, dis-je en lui tournant le dos et en faisant mine d'observer le paysage, comment es-tu arrivé ici ?
Il garde le silence pendant un moment. Il finit par me rejoindre au bord du kiosque et je vois du coin de l'oeil, qu'il s'appuie contre la rambarde.
— Disons… que j'ai eu un peu d'aide.
Ça, je m'en serais bien douté toute seule. On parle ici de voyage entre deux mondes, ou deux réalités, je ne suis pas encore très sûr. Ce n'est clairement pas à la porté du premier venu, sinon tout le monde le ferait.
— Mais… encore ?
Pour le moment, je préfère me focaliser sur ça, plutôt que sur la raison de sa présence ici. Je doute qu'il ait fait tout ce voyage, juste pour me ramener Fanya, soyons honnête. Cependant, penser à ça pourrait me donner trop d'espoir, alors que je n'ai aucunement besoin de ça dans ma vie actuellement. Car il va automatiquement finir par rentrer chez lui. Je veux dire, le double de Tom Felton ne peut aisément pas se balader dans mon monde en toute impunité. D'ailleurs… Comment il a pu arriver jusqu'ici, sans se faire remarquer ?
— Dumbledore a refusé de m'aider. Alors je me suis tourné vers la seule personne que je pensais être capable de le faire à sa place. Rogue.
Même en imaginant que Severus ait accepté, ça reste fou qu'il soit là.
— Il m'a permis d'utiliser ses ingrédients pour faire du Polynectar. Ensuite…
Il grimace légèrement, avant de se tourner vers moi.
— Et tu n'as pas intérêt à faire la moindre remarque là-dessus, mais… J'ai demandé son aide à Potter.
Oh ?! Ça c'est… étonnant. Non, en fait le terme est encore trop faible.
— À Harry ?
— Oui, dit-il en continuant de faire la moue à ce souvenir, il me fallait l'aide de quelqu'un qui s'y connaisse en Moldus.
Plutôt logique, maintenant que j'y pense. Mais toujours aussi surprenant. Après, je donnerais cher pour voir la scène. Draco, prenant sur lui, pour demander de l'aide à Harry Potter. Ça doit valoir le détour, et son pesant d'or, j'en suis sûre. Si j'étais encore à Poudlard, je m'arrangerais pour que lui ou Harry me donne ce souvenir et je me serais précipité à la Pensine pour regarder tout ça. Peut-être même plusieurs fois.
— D'accord, mais cela n'explique toujours pas comment tu as pu arriver jusque dans cette réalité.
Il semble reconnaissant que je n'insiste pas plus longtemps sur cette histoire avec Harry. Aussi, il n'attend pas avant de reprendre la parole pour continuer son explication.
— Tout ça, même cette histoire avec Potter, c'était la partie facile en fait. Ensuite, j'ai dû convaincre mes parents.
— Pour quoi faire ?
Il me jette un regard réprobateur.
— Si tu ne m'interrompais pas toutes les deux secondes, tu le saurais déjà.
— D'accord, d'accord, pardon. Vas- y, raconte ton histoire et je me tais, dis-je en levant mes mains comme si je donnais ma reddition.
Je me retiens fortement de lui passer la langue, comme une enfant qu'on aurait grondée pour une broutille.
— Dumbledore n'avait pas accepté de m'aider, car il pensait que mon père n'accepterait jamais.
Et je peux imaginer pourquoi. Je ne vois pas Lucius dire à Draco "va mon fils, vit ta vie comme tu l'entends".
— Et il avait raison, ça ne servait à rien de dire le contraire. Alors, j'ai mis mon père au pied du mur. Je lui ai dit que s'il refusait, alors il ne me reverrait plus. Ainsi, j'aurais quand même pu le faire, sans qu'il ait son mot à dire.
Aie. Draco et le seul hérité de Lucius, je doute qu'il ait pu apprécier cette perspective. Surtout que, même s'il ne le montre pas, il est clair qu'il tient à son fils. À sa façon, certes, mais quand même.
— Là, il n'a pas eu d'autres choix que d'accepter que je vienne ici. Ensuite, je n'ai plus eu qu'à retourner voir Dumbledore. À vrai dire, si le Polynectar avait été près d'avance, je serais venu bien plus vite. Ensuite, pour te retrouver, j'ai eu l'aide de Fanya. Je savais qu'elle pourrait arriver jusqu'à toi où que tu sois, je n'ai eu qu'à la suivre.
Ouah. Je n'ai aucune idée de ce que je peux répondre à tout ça. C'est assez… fou.
— Mais… pourquoi es-tu venu au juste ? Je ne comprends pas.
Je ne peux pas repousser le moment plus longtemps. Il me faut une réponse. Mais, avant de me répondre, il se remet à observer le paysage qui nous fait face.
— Quand tu es parti, sans rien dire à personne, pas même à moi, je l'ai très mal vécu. En fait, avant même de lire ta lettre, j'avais un mauvais pressentiment. Je sentais qu'il s'agissait d'un adieu et je n'avais aucune idée de si j'étais prêt pour ça.
Il est vrai que je n'ai pas eu le courage, à ce moment-là, de leur faire face. Et j'ai beaucoup regretté cette décision, car cela m'aurait permis de les revoir une dernière fois. Mais je sais aussi que, si j'avais fait ça, ma détermination aurait sûrement vacillé.
— Pour quelle raison es-tu parti Elena ?
Qu'est-ce que je pourrais lui dire ? Que c'est parce que je ne voulais pas voir mon coeur se briser, en le regardant être heureux avec une autre ?
— J'en avais besoin.
— Mais, pourquoi ? Quand on s'est vus, la veille de ton départ, tout allait bien, non ? Ou alors… est-ce que je n'ai pas remarqué quelque chose ?
Il semble vraiment mal, et je m'en veux d'être la cause de tout ça.
— Non, tu… tu avais raison, mais…
Je ne me vois pas tout lui avouer maintenant…
— Ce n'était pas mon monde Draco. Je savais dès le début que ma présence là-bas n'était que temporaire. À vrai dire, on le savait tous. Non ? Quelque temps avant mon départ, quand j'ai été convoqué par Dumbledore, il m'a annoncé qu'il connaissait un moyen de me ramener chez moi. Je ne l'ai dit à personne, car je voulais prendre la décision seule. Je ne voulais pas que quelqu'un puisse me convaincre de faire un choix, plutôt qu'un autre.
Cette fois, il est blessé, je peux le lire dans son regard. C'est vrai que je lui ai caché quelque chose d'important, mais je reste convaincu que c'était le mieux à faire.
— J'ai mis du temps, à peser le pour et le contre. Je me refusais de prendre cette décision sur un coup de tête. Je voulais être sûre de moi. Pour ne rien te cacher, il y avait autant de raison pour moi de rester, que de partir. C'est pour ça que j'ai eu beaucoup de mal à me décider. Puis… Disons que j'ai su ce que je devais faire. Et, oui, j'ai été lâche, car je n'ai pas osé vous le faire savoir de vive voix. J'avais peur de vos réactions, à toi et à Blaise notamment, et de ce que vous pourriez penser de moi, si vous saviez que je voulais partir. Alors, continuais-je en murmurant presque, je me suis enfuie comme une voleuse…
