Je ne suis pas fière de moi, mais je me devais de préserver ce qu'il me restait de coeur. Après Jack, je m'étais dit que j'étais peut-être mieux seule. Je n'étais même pas sûre de pouvoir faire de nouveau confiance à quelqu'un. Notamment sur le plan sentimental.
Puis, tout ça m'est tombé dessus, sans que j'y comprenne grand-chose au début. Et j'ai rencontré Draco. Le véritable Draco, pas celui dont j'avais suivi les mésaventures à travers les yeux d'Harry, dans les livres et dans les films. Et j'ai succombé une seconde fois pour lui. Sauf que cette fois c'était véritablement réel. Ce n'était plus un personnage de fiction, c'est d'un être humain dont j'étais tombé amoureuse. Et cela changeait tout.
— Qu'est-ce qui t'a convaincu de partir ?
— Ce n'est pas important.
Je fais de mon mieux, pour paraître désinvolte, en priant pour qu'il n'insiste pas.
— Ça l'est pour moi. Alors, qu'est-ce que s'est ?
Je me mords la lèvre, pour ne pas répondre. Je sais qu'il n'abandonnera pas tant qu'il n'aura pas eu de réponse de ma part. Pourtant, je ne me vois pas lui répondre. Et ça, il semble lui aussi le comprendre.
— D'accord, alors j'ai autre question pour toi. Ce type, celui avec qui tu étais à mon arrivée chez tes parents, c'était le fameux Jack, dont tu m'as déjà parlé ?
— Oui, c'était lui.
Cette fois, c'est à mon tour de grimacer, mais j'évite de trop le montrer. Et surtout, pourquoi me demande-t-il ça tout d'un coup ? Cette discussion prend une tournure que je n'avais pas imaginée.
— Vous vous êtes remis ensemble ? C'est pour ça que tu as décidé de revenir ici plutôt que de rester ?
— Quoi ? Non ! D'où te vient cette idée enfin ? Tu n'as pas vu comment je lui ai demandé de partir ? Penses-tu vraiment que j'aurais traité mon petit ami de cette manière ?
Il n'y a que dans les rêves de ma mère que cela a pu arriver. Ou encore, dans mes pires cauchemars.
— Je ne sais pas, dit-il en haussant les épaules négligemment, comme il était chez toi, je m'étais dit que, peut-être… Surtout que vous sembliez proche avant que je n'intervienne. Je me suis dit que j'avais pu interrompre quelque chose.
— Si ce n'est ma tentative de le faire partir, tu n'as rien interrompu du tout.
— Bien.
Je me tourne vers lui, ne comprenant pas vraiment ce que tout cela veut dire.
— Bien ?
Il se tourne vers moi, pour pouvoir me regarder droit dans les yeux.
— Oui, bien. Car sinon, je n'aurais pas eu l'air malin, si j'avais quand même fait ça.
— Ça quoi ? De quoi parl…
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase, qu'il m'a déjà attirée à lui et que ses lèvres se sont posées sur les miennes. Le baiser est doux, comme s'il s'attendait à tout moment à ce que je le repousse. Malgré tout, ses mains viennent encercler ma taille, mais sans se presser. Et je sens dans cette étreinte, qu'il me laisse le choix de m'éloigner à tout moment.
Sans vraiment y réfléchir, mes bras entourent son cou, pour prolonger ce moment qui me semble sortir droit d'un de mes rêves.
Pourtant, au bout de quelques secondes, à peine, il se recule un peu. Mais il reste quand même suffisamment proche pour que nos souffles s'entremêlent.
— J'aurais dû faire ça il y a plusieurs mois déjà, chuchote-t-il comme s'il avait peur que quelqu'un d'autre que moi puisse l'entendre.
Pour la, je ne sais plus combientième fois aujourd'hui, je le fixe, mais sans être sûre de bien comprendre la situation.
— Quoi ?
Je suis incapable de prononcer quoi que ce soit d'autre. À mon grand soulagement, cela le fait sourire.
— Tu n'imagines pas le nombre de fois que j'ai imaginé t'embrasser.
— Mais… Attends, et… et Astoria ?
Il ferme les yeux, tout en soupirant, avant de me répondre.
— Mes fiançailles avec elle, n'avaient rien de… réel. Enfin, si, pour elle ça l'était sûrement, mais pas pour moi.
— Pourtant, elle a dit…
— C'était une idée de mon père, d'accord ? En fait, cela faisait déjà plusieurs mois qu'il m'en parlait. Même l'année dernière, le sujet était sorti à plusieurs reprises dans nos discussions. Selon lui, c'était la meilleure chose qui pouvait arriver à nos deux familles. Mais j'avais toujours trouvé une parade pour éviter ça.
Il rouvre les yeux pour les plonger dans les miens. Pendant un instant, je me perds dans ce contact, comme si tout le reste avait disparu. Je ne redescends sur terre, que quand il recommence à parler.
— Puis, tu es arrivée. J'ai très vite compris que tu étais différente et que je voulais mieux te connaître. Et, avant même de m'en rendre compte, tu avais pris une telle place dans ma vie, que je ne pouvais plus le cacher. Même pas à mes parents, que je ne vois pourtant que très peu. Pour te dire la vérité, c'est ma mère qui l'a remarqué en premier. Alors, bien sûr, mon père n'a pas tardé à le savoir.
Il soupire doucement, avant de reprendre la parole.
— Quand tu as passé les vacances chez Potter et que je vous ai vu arriver ensemble… Par Merlin, j'en étais malade. Je m'étais imaginé qu'il avait pu se passer quelque chose entre vous. Quand j'ai compris mon erreur, j'ai voulu trouver quelque chose pour garder toutes mes chances. C'est là que m'est venue l'idée de t'inviter à passer les fêtes de fin d'année chez moi. Mais pour ça, il a fallu convaincre mes parents. Mon père a donc trouvé un compromis. Tu pouvais venir et en échange je devais accepter cette histoire de fiançailles avec Astoria et donc, dans le même temps, me rapprocher d'elle dès la rentrée.
C'est… beaucoup à apprendre d'un seul coup.
— J'ai voulu lui dire que je n'étais pas d'accord, mais si je le faisais, tu ne pouvais pas venir. Et je refusais de laisser de nouveau le champ libre à Potter. Alors j'ai accepté sans plus y réfléchir. On m'avait déjà dit qu'être jaloux faisait faire des choses stupides, mais là je suppose qu'on peut dire que j'ai fait fort… Et la suite, tu l'as connait. Du moins, en partie. Ce que tu ne sais pas, c'est que Rogue m'a aidé à trouver un moyen de rompre ces fiançailles, avant même qu'elles n'aient lieu. C'est pour ça que je passais beaucoup de temps avec lui. La veille de ton départ, quand il m'a fait demander, c'était pour me dire qu'il avait trouvé un moyen de convaincre mon père. Il a refusé de m'en dire plus, mais effectivement le lendemain j'ai reçu un courrier de mon père, me disant que je n'avais plus aucune obligation envers Astoria et qu'elle était déjà prévenue.
Il se penche de nouveau vers moi, mais pas pour m'embrasser cette fois. À la place, il se contente de poser son front contre le mien.
— Et, alors que j'aurais pu simplement être enfin honnête envers toi, et t'expliquer toute la situation… tu n'étais plus là…
— Pourquoi ne pas en avoir parlé avant ?
— Car je n'étais pas sûr qu'il existe un moyen de faire plier mon père. Et… je ne savais pas si tu ressentais la même chose que moi, alors j'étais hésitant à l'idée de m'ouvrir à toi. Je ne voulais pas te perdre parce que je ressentais quelque chose pour toi. Tu étais, et est toujours, trop précieuse à mes yeux, pour que je risque tout de cette manière.
Toutes mes pensées se bousculent dans ma tête, à tel point que je ne sais pas ce que je peux lui répondre à tout ça. J'ai l'impression que lui dire ce que je ressens pour lui serait tellement futile et étrange. Pourtant, son regard me prouve qu'il attend une réponse de ma part. Je pense aussi y voir un certain espoir, sûrement lié au fait que je suis toujours dans ses bras et que je n'ai pas fait mine de bouger depuis notre baiser.
— Tu veux toujours savoir pourquoi je suis partie ?
Il se contente de hocher la tête.
— Après ton départ pour aller voir Rogue, j'ai parlé un peu avec Astoria. Elle m'a dit que vous alliez officialiser votre situation très prochainement et… à vrai dire elle m'a même invité.
Je revois encore son sourire sincère quand elle m'en a parlé, les étoiles dans ses yeux et sa joie quand elle m'a dit que je pourrais venir assister à tout ça. Je m'en veux de ne pas être triste à l'idée que tout cela soit fini pour elle, avant même d'avoir commencé.
— J'avais déjà eu le coeur brisé à cause de Jack, alors je ne me sentais pas de vivre une situation encore pire avec tout ça. J'aurais été incapable de rester à Poudlard et de te féliciter pour ton union avec elle. Ça m'aurait détruite je pense. Alors, comme je te l'ai dit, j'ai choisi de prendre la fuite…
— Mais…
— Attends, laisse-moi finir. Je pense que je te dois l'entière vérité. Mon avis était biaisé dès le début car dans l'histoire que je connais, tu finis avec elle.
Cette nouvelle semble le prendre au dépourvu.
— Tu as même un enfant avec Astoria. Alors… Oui, quand, au Trois Balais, j'ai appris vos fiançailles prochaines, je me suis dit que ça coulait de source. Que c'était le destin, ou une autre entité dans ce style-là. Tu étais avec celle qui semblait être tout désigné pour être avec toi. Alors, comment aurais-je pu croire une seule seconde que tu pouvais me choisir moi ? Je ne suis qu'une étrangère à ton monde, une simple fille que tu avais rencontrée par le plus grand des hasards. À côté d'elle, je pensais n'avoir aucune chance…
L'une de ses mains quitte ma taille, pour prendre ma joue en coupe.
— Tu n'es pas qu'une simple fille à mes yeux.
Sans en dire plus, il reprend possession de mes lèvres. Cette fois, le baiser se fait plus insistant, et j'ai l'impression de fondre dans ses bras. C'est comme-ci j'avais enfin trouvé ma place.
