Habitué à réagir rapidement au moindre danger, Gilles essaya de se redresser, mais il prit appui sur son bras tailladé et la souffrance le renvoya sur le sol. Avec un cri de douleur, il céda en plus aux vertiges qui lui faisaient tourner la tête et s'effondra sur le côté. Sa vision était devenue floue et il ne percevait rien de plus qu'un puissant sifflement dans ses oreilles. Pourtant, il savait qu'il devait agir vite... En tremblant, il essaya de se lever une nouvelle fois, mais quelque chose l'empoigna soudain par le bras et le redressa sur ses jambes affaiblies, puis les yeux bleus de Robin apparurent devant lui.
"Qu'est-ce que tu as fait, Gilles ? s'écria le chef des voleurs en lui arrachant la formule des mains. Qu'est-ce que tu as fait !
-Je... je... je voulais juste..."
Il ne parvint pas à expliquer et son frère ne l'écoutait déjà plus; il s'était précipité vers le pentacle pour brûler dans la flamme de la première bougie venue le maudit parchemin. Le morceau de papier s'enflamma aussitôt et tomba sur l'herbe, où le chef des voleurs le piétina pour éviter que le feu se répande sur la colline. Conformément à ce que disait le document, la brèche dans le ciel se résorba instantanément et disparut. Hélas, les spectres qui en étaient sortis ne se volatilisèrent pas pour autant, et les deux frères eurent le temps de voir trois ou quatre retardataires qui s'échappaient vers Nottingham.
Furieux, Robin se tourna de nouveau vers son frère qui, privé de son soutien, était retombé au sol.
"Bon sang, mais qu'est-ce qui t'a pris, Gilles ?! le tança-t-il en le secouant rudement par l'épaule. As-tu la moindre idée de ce que tu viens de faire ?!
-Je voulais juste... je voulais juste..., balbutia le jeune homme, bouleversé, les larmes aux yeux, je voulais juste... voir mon père..."
Robin le dévisagea et son regard glissa sur son bras qui saignait toujours, malgré le tissu qui devait endiguer l'hémorragie. Il soupira. L'inquiétude prenait le pas sur la colère, et les environs étaient redevenus paisibles malgré les restes du rituel magique. Il tira alors son frère par le col et l'entraina loin du château en lâchant :
"J'espère pour toi que ton vœu sera exaucé, avec la pagaille que tu as déclenchée."
Et puis, comme Gilles ne tenait plus sur ses jambes, il le souleva dans ses bras et l'emporta en direction de Sherwood. Pendant qu'il récupérait sa monture à l'orée du bois, il sentit son frère pousser un petit soupir et se pelotonner contre lui, sa main pressant le tissu rougi sur son membre blessé. Puis, Gilles s'évanouit.
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Gilles bougea la main par réflexe en émergeant du sommeil, et sa paume rencontra un bras chaud et ferme. Toujours par réflexe, il s'y accrocha et, quelques instants plus tard, il sentit une main se poser sur la sienne. Ses yeux s'ouvrirent faiblement et il tourna ses prunelles vertes en direction de Robin, dont le visage était encore un peu flou mais les yeux, bleus et brillants, bien reconnaissables.
"Ro... bin, murmura le jeune homme en serrant le bras de son frère. Robin... je suis désolé...
-Tu nous as mis dans une situation délicate, lui avoua l'archer en caressant, machinalement, le dos de sa main. À quoi pensais-tu ? De la magie noire, Gilles. De la magie noire ! Tu croyais vraiment qu'il en sortirait quelque chose de bon ?
-Je... je l'ignore... Je sais que c'était risqué mais j'espérais... j'espérais... que je pourrais revoir Père de cette façon... Et ça ne me semblait pas si dangereux que ça..."
Il ne savait même pas ce qu'il disait. Ses arguments lui paraissaient totalement absurdes, et avec ses pensées qui s'embrouillaient et ses sens complètement confus, il n'était pas sûr d'en trouver de meilleurs. Mais il y avait bien un sentiment qui lui restait au coeur, et c'était cet espoir fou, immense, d'avoir réussi ce rituel pour lequel il avait tant risqué. Pourtant, rien sur le visage de Robin ne laissait voir de la joie, de l'émotion ou même de l'horreur. Il avait donc échoué ? La gorge nouée, il murmura :
"Combien de temps suis-je resté inconscient ?
-Pas plus de quelques heures, Gilles. Le matin vient juste de se lever."
En effet, il filtrait dans la chambre une lueur faiblarde qu'on pouvait associer au petit jour d'un ciel gris et sans lumière. Gilles réalisa que son bras blessé avait été bandé, et la plaie sans doute recousue s'il en croyait les tiraillements dans sa chair. Une main passa dans son champ de vision et son frère prit doucement ses doigts dans les siens. Gilles le regarda, suppliant. Il voulait savoir ce qu'il avait fait. Ses actes avaient-ils été aussi graves que son frère avait l'air de l'entendre ?
"Robin, qu'est-ce que j'ai fait ? Les fantômes ? Est-ce que... quelque chose de grave est arrivé ?
-Pas pour le moment, le rassura Robin. Azeem et Frère Tuck sont allés observer le pentacle que tu as dessiné pour voir s'il recelait des indices concernant les esprits qu'il permet d'appeler. Hélas, ils ne s'y connaissent que très peu en sorcellerie.
-Robin... est-ce que vous allez avoir des ennuis à cause de moi ? Est-ce que... quelqu'un va me dénoncer à l'évêque ?
-Non, Gilles, bien sûr que non, murmura l'archer en lui pressant les mains par réflexe, frémissant à l'idée de ce qu'on pourrait faire subir à son frère. Personne d'autre qu'Azeem, Frère Tuck, Bouc et moi, ainsi que Petit Jean et Fanny, ne savent ce qu'il s'est passé. Personne ne te dénoncera. Ce qui m'inquiète surtout, c'est ce qu'il est advenu des spectres que tu as libérés."
Le jeune homme hocha faiblement la tête, mais il n'avait aucune réponse à fournir à son frère. Le manuscrit ne prévoyait pas une telle éventualité.
"Je suis vraiment désolé, répéta-t-il alors que Robin lui lâchait les mains. Je ne pensais pas... je ne pensais pas que ça pourrait dégénérer.
-Je m'en doute, soupira l'archer en se remettant debout. Essaie de te reposer encore un peu. Tu as perdu beaucoup de sang. Je... je me suis fait beaucoup de souci pour toi."
Robin fit une pause, fixa la couverture, puis leva de nouveau ses yeux clairs sur son frère et demanda :
"Tu étais vraiment prêt à risquer tout ça... ta sécurité, ta santé et même ta vie pour faire revenir Père ? Il te manque à ce point ?
-Il me manque pratiquement tous les jours depuis que j'ai appris qui il était, soupira le jeune homme en détournant la tête.
-Je vois... Je suis désolé, Gilles... Repose-toi."
Le jeune voleur hocha la tête et ferma les yeux. Il ne pouvait pas nier qu'il se sentait encore mal après son effort de la nuit précédente. Il s'endormit tellement vite qu'il n'entendit même pas Robin sortir.
En fait, il dormit toute la journée. Robin le réveilla seulement vers midi pour lui faire boire un bouillon de légumes et manger un morceau de viande, soucieux de son état de faiblesse que le repos seul ne parviendrait pas à chasser complètement. À cette occasion, son jeune frère chercha à savoir si Azeem et Frère Tuck avaient rapporté des informations du pentacle magique. Mais la réponse, comme, au fond, ils s'en étaient douté, était négative. Il n'y avait rien à tirer de ce dessin. De toute façon, les hors-la-loi qu'ils avaient envoyé à Nottingham et dans les petits bourgs alentour (sans leur révéler les véritables raisons de cette reconnaissance) n'avaient eu vent d'aucune manifestation surnaturelle ou désastre inexpliqué. Cette histoire ne serait, peut-être, qu'une frayeur passagère, et les fantômes avaient peut-être disparu, faute de corps où s'incarner. Ce fut d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Gilles passa tant de temps à dormir au lieu d'essayer de se lever pour reprendre ses activités ou réfléchir avec ses amis à une idée pour retrouver ces spectres. Il n'avait pas envie de penser que sa tentative avait échoué. C'était bien trop dur.
Et Robin non plus ne fit aucun commentaire. La douleur de son frère, dont il n'avait pas soupçonné la profondeur, ainsi que le mince espoir qu'il avait vaguement conçu du retour de leur père, tout cela faisait trop à digérer. Il valait mieux s'activer dans le camp comme il le faisait d'habitude et, maintenant qu'il était rassuré sur l'état de son frère, il partit même à cheval pour ratisser les bois alentour.
"Chrétien ! l'interpela Azeem alors qu'il finissait sa ronde dans la forêt qui jouxtait leur château.
-Azeem. Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ? s'enquit-il en dirigeant sa monture vers ses deux amis.
-Non, malheureusement. Nous sommes loin d'être experts en rituels de magie noire. Faute de pouvoir trouver des explications, nous avons détruit le pentacle et tout ce qui se trouvait autour.
-Bien, j'espère que ça suffira. Je n'ai rien découvert de suspect non plus dans la forêt ou autour du campement. C'était peut-être une fausse alerte.
-Il n'empêche que désobéir ainsi aux lois sacrées du Seigneur est complètement fou et dangereux, marmonna Frère Tuck, l'air sévèrement remonté. De la magie noire ! Mais à quoi pensait-il, Robin ?
-Je l'ignore, soupira l'archer en faisant effectuer à son cheval un volte-face en direction du campement. Je suppose... qu'une sorcière a dû tirer parti de sa détresse pour le convaincre d'essayer ce rituel. Notre père lui manque bien plus que je ne le pensais.
-Ce n'est pas une raison, bougonna Frère Tuck, mais il ne fit pas plus de commentaires."
Les trois hommes reprirent en silence le chemin de Sherwood, le moine et le maure tous deux juchés sur le même cheval. Au bout d'un moment, le second demanda :
"Comment va ton frère, Chrétien ? Je suppose qu'il s'est réveillé si tu t'es enfin décidé à quitter son chevet.
-Je... je ne sais pas vraiment, Azeem. Il a passé la majeure partie de la journée à dormir et il n'a presque rien dit quand je lui ai apporté à manger. Ça ne lui ressemble pas d'agir ainsi.
-Il a peut-être fini par comprendre que ça ne servait à rien de s'agiter quand on était blessé, suggéra Azeem en souriant pour le rassurer."
Ils se souvenaient très bien du retour de Gilles au campement après la nuit de torture, de peur et de faim qu'il avait passée dans les geôles de Nottingham. Alors qu'être parvenu à rentrer tenait en soi du miracle, il s'était tout de suite mis à se disputer avec Robin quand il avait été question de l'envoyer se reposer au lieu d'aider les autres. C'était vrai, l'archer n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi buté - à part lui-même, relevaient souvent Azeem et Marianne en se moquant sous cape. Mais, justement, il savait que son frère était trop têtu pour se laisser convaincre aussi facilement. Il y avait vraiment un problème s'il n'avait pas essayé de se lever, et Robin commençait à craindre ces maladies de langueur qu'il avait observées chez certains individus.
"J'espère que ce n'est que ça, murmura-t-il en guidant sa monture à travers la forêt. Mais, si jamais je ratais quelque chose, Azeem ? Je n'ai jamais remarqué à quel point la mort de notre père l'avait affecté."
Le fier prince des voleurs releva la tête pour regarder son ami avec des larmes grossissant dans ses yeux bleus. Il paraissait si coupable et si malheureux que même Frère Tuck en oublia le ressentiment qu'il éprouvait à l'égard de Gilles.
"Ne t'inquiète pas pour ce garçon, dit-il en devançant Azeem. Je suis sûr que dans deux jours il ira déjà mieux et qu'il essaiera de me dérober mon rhum pour prouver à tout le monde qu'il est meilleur voleur que toi !
-J'espère que vous avez raison, répondit Robin en souriant un peu malgré lui. Je n'aurais jamais pensé dire ça, mais c'est devenu un sentiment bien trop étrange de n'avoir personne avec qui me chamailler.
-Ne t'inquiète pas, Chrétien, renchérit Azeem doucement. C'est un garçon fort. Avec toi à ses côtés, je suis sûr qu'il s'en remettra.
-Merci, mon ami. J'espère de tout coeur que vous avez raison."
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Une fois rentrés au camp, Robin eut un geste pour jeter aux jeunes garçons prenant soin des chevaux la longe de son animal, pour ensuite courir vers son frère, mais les hors-la-loi l'entouraient et le sollicitaient pour recevoir de l'aide dans la préparation du repas, lui poser des questions ou même lui conter des histoires sur leur journée. Leur chef sourit et, un peu à contrecœur, il laissa à Petit Loup la longe de sa monture pour rejoindre ses voleurs.
Le soir tomba sur l'assemblée réunie autour des feux de joie. Mais, pour une fois, Robin ne profitait pas de cette ambiance conviviale et chaleureuse qui l'avait tant réconforté depuis son retour en Angleterre. Gilles n'était pas reparu de la soirée. Pourtant, ça ne lui ressemblait pas de sauter ainsi un repas. Il aurait dû apparaître autour du feu, ne serait-ce que pour prélever sa part dans les grands plats que les femmes préparaient pour le groupe, quitte à s'en retourner aussitôt. Mais ce soir, nulle trace de son frère. Robin ne tint pas longtemps dans cette incertitude et il quitta bientôt l'assemblée pour aller voir son cadet, non sans omettre d'emporter un morceau de gibier et des légumes grillés au passage.
"Pourquoi tu n'es pas descendu, si tu ne dormais pas ? lui reprocha-t-il à demi quand il le vit bien assis dans son lit, fixant le ciel nocturne d'un air absent.
-Je n'étais pas d'humeur à voir du monde, voilà tout, répliqua le jeune homme avec une pointe d'insolence qui rassura un peu Robin.
-Il fallait te mettre devant la porte et crier, dans ce cas, rétorqua-t-il. Tu m'aurais épargné une belle inquiétude."
Gilles sourit sans répondre et accepta la nourriture que son frère lui tendait.
"Gilles, dis-moi, j'aimerais te demander..., reprit Robin doucement, mais son frère le coupa :
-Comment ça s'est passé avec cet oncle dont tu as parlé ? Est-ce que ton retour à Sherwood était de bon augure ?
-Difficile à dire, avoua l'archer après un moment d'hésitation à essayer de croiser le regard de son frère qui l'évitait résolument. Il nous a bien accueillis, nous a fait préparer un grand souper, nous a montré ses plus beaux chevaux et les coins les plus prospères de son domaine."
Le jeune voleur se décida enfin à lever les yeux pour l'observer.
"Il faisait étalage de son pouvoir, n'est-ce pas ? devina-t-il. Pour te montrer qu'il pouvait te tenir tête si jamais tu tentais quoi que ce soit.
-Oui, répondit Robin, mais pourtant, il a promis de reconsidérer sa revendication des terres de Père et m'a laissé partir en me donnant une accolade."
Gilles fronça les sourcils.
"C'est bizarre, lâcha-t-il en enfournant machinalement un morceau de viande. Tu es sûr qu'il n'a pas essayé de te tuer dans le dos ?
-Non, petit frère, et la perche que tu me tends est bien trop longue pour que je résiste à l'envie de te rappeler que...
-Oui, je sais. Et tu veux que je te rappelle la flèche dans la main, aussi ?"
Robin sourit et posa sa main sur la sienne. Ce n'était pas un heureux sujet de conversation, même sur le ton de la plaisanterie, mais ce soir, c'était surtout les évènements de la veille qui alourdissaient le silence. L'archer essaya de l'aborder encore une fois, mais Gilles se déroba franchement :
"Je te suis vraiment reconnaissant d'essayer de me réconforter, Robin, mais j'aimerais éviter de parler de tout ça. Tu veux bien me laisser dormir ? S'il te plaît.
-D'accord, murmura son frère à contrecœur. Repose-toi bien. Et, Gilles ? Je serai toujours là pour toi.
-Je sais, Robin. Merci."
Le jeune voleur passa donc la nuit seul, bien qu'il n'eût plus vraiment besoin de se reposer. Il avait l'impression que le vide béant qui logeait dans son coeur s'était encore élargi. Même s'il s'en était ardemment défendu, l'espoir que la sorcière avait distillé en lui n'avait pas pu s'empêcher de grandir au fur et à mesure des jours. Il avait fini par vraiment croire qu'il pourrait ramener son père, parfois même par l'imaginer. La désillusion était bien trop dure à supporter.
La langueur de Gilles dura pendant les deux jours qui suivirent, mais il fit l'effort de sortir de sa cabane, de parler, de rire avec les autres hors-la-loi et de chasser avec son frère. Mais tous pouvaient voir la mélancolie qui passait dans ses yeux verts, de telle sorte que ni Azeem, ni Frère Tuck ne pensèrent à le réprimander pour son imprudence. En fait, personne ne sut plus comment aborder le jeune voleur, et la situation devenait proprement insupportable quand un évènement énorme, colossal, bouleversa la vie du campement.
C'était l'après-midi du troisième jour, alors que Robin plaisantait avec ses hommes se préparant pour la chasse et que Gilles était assis sur un tronc d'arbre en retrait, fabriquant un arc pour remplacer ceux qui avaient été gâtés par l'averse précédente. Ils se tenaient là, sans rien espérer ni rien attendre, quand Petit Jean se planta soudain devant eux et lança :
"Robin... Je t'ai amené un visiteur..."
Il paraissait confus, troublé, presque effrayé. En tout cas, il ne développa aucunement qui était le visiteur en question, et Robin, intrigué, se tourna vers lui pour demander :
"Eh bien ? Est-ce un invité de marque pour que tu fasses tant de mystères ?
-Robin... je sais que je n'aurais jamais dû le faire entrer ici, mais... je ne savais pas quoi faire... Il s'agit de ton père."
Le monde sembla soudain s'arrêter autour de Gilles. Le coeur battant à tout rompre, il releva la tête et fixa Robin, dont les couleurs avaient promptement quitté le visage. Son frère aussi le regarda. Puis Petit Jean.
"Mon père ? balbutia-t-il. Attends, ce n'est pas...
-Il est juste ici... Je suis désolé, mais il avait tellement hâte de...
-Robin ?"
Cette fois, ce fut un gouffre immense qui sembla s'ouvrir sous les pieds des deux frères. L'aîné, parce que cette voix, tellement ouïe et si fort pleurée, ramenait d'un seul coup toute son enfance, ses peines et ses joies dans sa tête et au creux de son coeur. Le cadet, parce qu'il avait cru ne jamais pouvoir entendre les modulations de cette voix. Et pourtant... Petit Jean s'écarta, et cette voix s'incarna dans un corps, un corps fort, grand d'homme mûr à la barbe châtaine et épaisse que blanchissaient à peine les années, crépue et soulignant un menton décidé sur un visage plein de détermination et de volonté.
C'était Lord Locksley. C'était leur père !
Robin et Gilles fixaient tous les deux le seul des revenants à avoir réussi à prendre corps. Leurs émotions débordaient presque de leur corps tant elles étaient palpables. C'était de la sorcellerie, de la magie noire pure et simple, et pourtant, ils éprouvaient une envie proche du désespoir de se précipiter vers l'homme qui se tenait à quelques pas d'eux. Pourtant, Robin, placé quelques pas devant son cadet pour le protéger, hésitait à s'avancer. Non, il ne devait pas hésiter ! Ils n'avaient pas à y aller, point final ! C'était... c'était un revenant ! Un mort qui avait repris vie ! C'était mal... c'était diabolique !
"Père..., murmura Gilles juste derrière lui, d'une voix tellement faible, et qui lui ressemblait si peu, que son coeur se serra.
-Robin, mon fils bien-aimé, murmura leur père en le dévisageant avec amour, puis son regard passa sur Gilles. Et toi, tu dois être le fils d'Ann... Tu lui ressembles tellement, mon garçon. Mon petit garçon, si tu savais comme je suis heureux de te rencontrer !
-Père... !"
Cette fois, c'en fut trop. Les deux hommes se précipitèrent vers lui.
