Itachi a presque 22 ans au moment des faits


Libellule

— Tu me surveilles encore…

Le soupir d'Itachi s'était adressé au décor qui s'étendait sous ses yeux. Il n'était pas vraiment d'humeur à discuter, pourtant. Les rencontres nocturnes avec Pain s'étaient multipliées depuis leur première partie de cache-cache et il lui semblait que la tête pensante d'Akatsuki n'avait jamais caché sa méfiance à son encontre, multipliant les heures passées à scruter le moindre de ses gestes.

Émergeant de l'ombre dans laquelle il se terrait, Pain vint se poster à côté d'Itachi qui était assis les deux pieds dans le vide.

— Fêtes-tu quelque chose ? demanda-t-il au jeune homme à l'air égaré.

— En quelque sorte.

Son regard se tourna de nouveau vers la lune qui se reflétait sur les nuages de pluie qui s'accumulaient dans le ciel. Il n'en dit pas plus, cependant, refusant de s'épancher sur ce qu'il ressentait à cet anniversaire morbide, célébrant cette nuit où il avait condamné le clan Uchiha.

Le silence revint entre eux, sans qu'il ne parvienne à se sentir mal à l'aise sous le regard qui persistait sur sa nuque. Finalement, Pain s'assit à ses côtés pour observer son profil sans pudeur.

— Tu me fais penser à une libellule.

S'arrachant à sa contemplation, Itachi tendit un regard perplexe à l'homme installé près de lui.

— J'ai été affublé de bien des surnoms, mais celui-là, je ne le comprends pas.

— As-tu déjà observé le vol d'une libellule ?

Pain scruta les réactions d'Itachi qui dénia d'un bref mouvement de tête. Il en avait contemplé des créatures, des coccinelles dans le jardin, aux corbeaux. Pas les libellules. Pain parut s'installer plus confortablement, un léger sourire au bord des lèvres.

— Elle ne fait jamais demi-tour. Elle avance coûte que coûte. Elle ne renonce pas. Elle atteint son but, ou meurt en essayant. C'est ce que vous appelez la Flamme de la Volonté, vous autres, à Konoha.

— J'ai trahi Konoha, soupira Itachi en rejetant l'association d'une voix fatiguée. C'est malvenu de m'y rattacher encore.

De nouvelles minutes de silence s'installèrent. Durant ce laps de temps, Pain s'appuya sur ses mains pour regarder le ciel.

— C'était un compliment, chuchota-t-il d'une voix chargée d'excuses. Moi, j'aime beaucoup les libellules, je trouve ça très beau.

— Je ne l'avais pas mal pris, rétorqua Itachi en se tournant vers lui.

Le vent souffla, s'emmêlant dans les cheveux d'Itachi, dans le manteau de Pain et leurs yeux ne se lâchèrent pas.

Mu par une envie soudaine, chevillée à son estomac, Pain se pencha, ses rinnegans ancrés dans le regard rouge d'Itachi, son souffle glissa sur les lèvres du plus jeune membre d'Akatsuki. Il allait le faire. Il allait enfin connaître le goût de cet homme.

Il ne parvint pas au bout de son mouvement : deux doigts se posèrent sur sa bouche, le repoussant doucement.

— Si tu veux m'embrasser…

Il hésita une demi-seconde, souffla, braqua un regard déterminé sur Pain.

— Si tu veux m'embrasser, ne m'inflige pas le contact d'une chair morte. Viens le faire en personne.

Invitation ou rejet, c'était à présent entre les mains de Pain qui s'éloigna, se relevant finalement.

— Quel dommage.

Il repartit sans ajouter un mot et Itachi ne le suivit pas des yeux, reportant son regard sur les nuages qu'il observait.


À demain !