Havane

La planque d'Ame de l'organisation criminelle Akatsuki n'était pas, loin s'en fallait, l'endroit le plus prisé quand il s'agissait de se payer une bonne tranche de rigolade. Pourtant, la réunion du jour était décousue, entrecoupée de rires étouffés qui essayaient de se faire passer pour des toussotements à chaque fois que Pain les foudroyait de son regard aux couleurs de la toute-puissance.

Lui-même peinait à garder son impassibilité et à ne pas sourire des facéties retenues de Deidara qui se moquait – plus ou moins gentiment – d'Itachi. La raison des plaisanteries était la suivante : parti sur les routes pendant quelques mois, Itachi était revenu après une poussée de croissance avec son uniforme trop petit.

Même Konan mordait discrètement ses lèvres pour rester aussi impassible que son binôme, sans y parvenir totalement.

Mener une réunion dans de telles conditions était extrêmement difficile et deux choix s'offraient à lui : tous les punir de façon sévère ou régler la cause de leur hilarité en temporisant la réunion, la reportant de quelques heures.

Massant douloureusement ses tempes, il lança un nouveau regard d'avertissement à Deidara – une hilarité si forte était exagérée, le gosse n'était pas si ridicule que ça – et fit claquer sa langue en direction d'Hidan. Le silence revint tant bien que mal et il finit par soupirer.

— Je vois que beaucoup d'entre vous ont des soucis de concentration, aujourd'hui. Je serai magnanime pour cette fois et mettrai cette dissipation sur le compte de votre fatigue. Les six mois précédents ont été chargés en missions ardues et je comprends que ce soit difficile pour vous autres de parvenir à rester attentifs. Vous pouvez disposer. Nous nous retrouverons ici dans une heure.

Et, se garda-t-il de rajouter, c'était proprement honteux que des hommes de cette envergure rigolent autant pour un adolescent en pleine croissance.

Quand ils se levèrent tous, il demanda à Itachi de le suivre. Le plus jeune s'exécuta avec un brin de méfiance, regardant Pain pousser une porte qui, en temps normal, demeurait strictement close.

L'occupant des lieux entra le premier, invitant le renégat de Konoha à pénétrer à son tour. Itachi avança prudemment, observant la pièce avec beaucoup d'attention. C'était une chambre décorée dans des nuances de marron étonnantes, comme l'épais tapis Havane.

— Où est-on ? s'interrogea Itachi en scrutant l'avatar de Pain qui lui retourna un œil abasourdi.

— Dans ma chambre, répondit-il comme une évidence.

L'invité fronça les sourcils en s'approchant du couchage. Il tâta un coussin – moelleux à souhait –, effleura les couvertures beiges, puis considéra Pain qui cherchait quelque chose dans une armoire.

— Je pensais que tu ne dormais pas, marmonna Itachi.

Interrompant ses mouvements, Pain lui jeta une œillade par-dessus son épaule.

— Ce corps, précisa Nagato en désignant Yahiko, ne dort pas. Mais moi, je dors. Rarement. Déshabille-toi.

Il revint à sa fouille alors qu'Itachi laissait échapper un sourire, ses doigts venant aux boutons pression de son vêtement devenu trop court. Il le retira et le plia avant de le poser sur le bord du lit.

— Il y a donc bel et bien un septième homme, jubila Itachi. J'en étais sûr.

— Tu dois mesurer la même taille que moi à ton âge, à peu près, ignora Pain en refermant le placard d'une main.

L'autre était chargée d'un cintre qu'il tendit à Itachi. Ce dernier s'en saisit, y porta une attention particulière. C'était sensiblement le même uniforme, à la différence près que le manteau n'était pas orné de nuages rouges.

— C'est le premier uniforme d'Akatsuki, renseigna Nagato.

Un voile de regret tomba sur son visage et il soupira.

— Ce n'est pas parfait, mais ça ira au moins pour la réunion.

— Merci.

L'adolescent arrêta tout mouvement, quasiment nu au milieu de la chambre de Pain qui cilla en sentant sur lui un regard inquisiteur.

— Tu veux que je sorte ?

— Non, pouffa Itachi en commençant à enfiler les vieux vêtements de son dirigeant. Je ne suis pas pudique à ce point, j'ai été Anbu, tu sais. Les vestiaires communs sont monnaie courante, dans ces unités.

Le tatouage sur son épaule en attestait et Pain hocha la tête, la gorge un peu serrée à la vue de cette tenue émergeant d'un passé lointain, la nostalgie cognant contre son cœur toujours plus fort. Il s'approcha, ajusta les habits, laissa échapper un sourire.

— Ça te va bien.

S'étudiant dans le miroir, Itachi approuva.

— Ce n'est pas très pratique pour bouger, j'ai l'impression. Ou est-ce parce que je n'ai pas l'habitude ?

— Je m'en débrouillais, moi. De toute façon, tu n'auras pas le temps de t'habituer, tu auras un nouvel uniforme à ta taille dès demain. Sortons, compléta-t-il en désignant la porte.

Arrivé près de l'ouverture, Itachi hésita à actionner la poignée. Il pivota vers Pain, l'examinant de haut en bas.

— Comment tu t'appelles ? Pain, c'est cette nécro–

— Thanatopraxie, corrigea Nagato en claquant la langue. Je ne fais qu'embaumer des dépouilles. La nécromancie joue avec les âmes des défunts et ce qui est mort doit le rester.

Le mantra qu'il se répétait depuis qu'il avait découvert qu'il pourrait, s'il le souhaitait, ramener Yahiko, qu'il aurait pu, mais qu'il avait trop tergiversé, glissa naturellement entre ses lèvres.

Itachi approuva d'un hochement de tête, sans pour autant adhérer à l'explication.

— Je voudrais connaître ton nom, insista-t-il en plongeant son regard hypnotique dans le violet du rinnegan.

— Je m'appelais Nagato, céda Pain.

— Alors, sourit Itachi, merci pour les vêtements, Nagato. Je te les restituerai en l'état.

Il ouvrit la porte et se retira de la pièce, laissant Pain sidéré par la douceur et la gentillesse qu'il avait perçu en Itachi le Parricide, un instant.