Rêveries

Sans un bruit, Nagato poussa la porte de la chambre et entra, sachant qu'elle serait vide de toute présence humaine. C'était rare qu'il accepte de délaisser ses avatars pour se déplacer en personne, mais cette fois-ci, il lui semblait évident qu'il ne pourrait faire autrement.

Il mit les lys qu'il tenait sur la table, les laissant répandre leur odeur capiteuse dans toute la pièce, puis il s'évertua à en faire le tour, appréciant l'ordre martial de chaque objet. Les couvertures avaient été pliées et posées au pied du matelas et tout était rangé.

Le parfum des lys finit par se mélanger à celui d'Itachi et, l'espace d'une seconde, Nagato ferma les paupières pour savourer cette odeur, se tenant au mur pour ne pas tomber.

— Tu es venu en personne ?

La voix n'était pas plus qu'un murmure et Nagato rouvrait les yeux, les tournant vers sa direction, un sourire sur les lèvres.

— C'était l'occasion ou jamais.

D'un hochement de tête, il désigna le lit, avant de s'y traîner douloureusement. Il s'assit sur le bord, montra la place à côté de lui en continuant de laisser ses rétines épouser chacun des objets qu'il apercevait.

— C'est la première fois que j'entre dans cette pièce, signala-t-il après que le lit se fut affaissé sous le poids de l'autre.

— Il faut dire que tu n'as pas vraiment pris le temps de visiter, ces dernières années.

Un bras glissa dans son dos et une tête vint sur son épaule. Nagato rendit l'étreinte avec force.

— Ces trois jours…

Il buta sur les mots et se ressaisit, secouant la tête en papillonnant des cils.

— Ces trois jours qu'on a passés ensemble, ça m'a donné un bon aperçu de ce qu'aurait été mon rêve, quand tout sera fini. Nous deux, dans un endroit paisible, sans bruit, un feu de cheminée… J'aurais aimé passer mon éternité ainsi.

Il déglutit et l'autre se redressa, le contemplant d'un air inquiet. Il tendit le visage à la caresse qui vint au bord de ses yeux, esquissa un sourire, détourna le regard. Se coula à son tour contre l'épaule offerte. Des doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux en les caressant, tirant un nœud sans y prendre garde.

— Je ne veux pas que tu meures.

Nagato, étonné, releva la tête et se tourna vers l'autre ninja qui grimaça en guise d'excuses.

— Je ne veux pas que tu meures. Si tu ne meurs pas, ton rêve pourra exister.

— Je ne suis pas capable de lancer les Arcanes Lunaires Infinis, il nous faut Madara et je suis le seul qui peut le ramener à la vie.

Il prit un silence douloureux.

— Mon rêve aurait pu être réalité, avoua-t-il finalement. J'aurais dû accepter son invitation.

Konan le considéra d'un air perplexe et il humecta ses lèvres.

— Il a quelques mois, je… Il y a quelques mois, j'ai voulu l'embrasser. Il m'a dit de venir le faire en personne et je ne l'ai jamais fait. Et aujourd'hui, il est mort.

Malgré lui, les larmes roulèrent sur ses joues et Konan les essuya avec délicatesse.

— Ça me fait physiquement mal d'y penser, sanglota Nagato. Je savais qu'il finirait par mourir, mais… Je ne pensais pas qu'il était possible d'éprouver deux fois une telle douleur.

— Il faut dire, murmura Konan en se serrant contre lui, le berçant doucement, que tout s'est enchaîné très vite… D'abord Maître Jiraiya qui reparaît, ensuite Itachi qui perd son combat… Ça a dû te rappeler Yahiko.

Il ahana un peu, prit une profonde respiration puis secoua la tête. S'il fut incapable de formuler l'idée qu'il avait placée derrière ce geste, elle se chargea de traduire et une tristesse immense s'empara d'elle. Elle l'enlaça plus fort encore.

Ils restèrent longtemps dans cette position, suffisamment pour que l'odeur des lys leur fasse tourner la tête.

Quand ils se relevèrent, tous leurs deuils étaient derrière eux et ils avaient le regard braqué sur l'avenir.


À demain !