On arrive bientôt à la fin de ce recueil !


Quiétude

— C'est la première fois que je m'en sers dans un but bienveillant, s'excusa Itachi, alors il y a probablement quelques failles.

Nagato battit des cils, éberlué, observant autour de lui avec perplexité. La dernière chose dont il parvenait à se rappeler était un mal de tête sourd qui l'avait empêché de dormir, enserrant son crâne dans un étau, glissant dans la nuque, enflammant ses yeux.

Il n'avait absolument pas le souvenir de s'être rendu dans cette charmante petite cabane avec une vue imprenable sur la forêt. Il lui semblait percevoir le ruissèlement apaisant d'une rivière, quelques rayons de soleil parvenaient à s'infiltrer dans la pièce par les fenêtres, diffusant une lumière teintée d'un vert magnifique. Un feu ronronnait dans la cheminée et, revenant de son étonnement, Nagato nota le décalage léger entre les sons et les mouvements.

Il se tourna vers son subordonné qui avait parlé d'une voix calme et semblait à présent vérifier autour de lui où se trouvaient les failles. Cherchant dans sa mémoire alors qu'il laissait ses yeux se promener sur la silhouette d'Itachi.

Il se souvenait d'avoir eu cette migraine. Il était allé se coucher quand ça s'était amplifié sans cesser de tirer toujours plus sur ses yeux, endolorissant petit à petit sa mâchoire, ses oreilles et ses pommettes. La nuque raidie, incapable de supporter le poids de sa couverture et de ses vêtements, il avait tourné et viré. Et il avait perdu le contrôle.

— Tu as usé de ton dojutsu sur moi ? devina-t-il.

Itachi hocha la tête en revenant vers lui.

— Et ça a marché ? s'étonna Nagato.

— Il semblerait que la protection de ton rinnegan s'affaiblisse quand tu souffres d'une migraine ophtalmique.

— C'est cohérent, admit Nagato en massant ses tempes.

De toute évidence, même la puissante illusion d'Itachi ne le protégeait pas de la douleur que son véritable corps ressentait. Un oiseau chanta une délicieuse mélodie et il ferma les paupières, s'asseyant sur le canapé pour masser les tempes avec plus de force.

— Quel est cet endroit ? demanda-t-il alors que ses rétines se posaient un peu partout.

Il évaluait la disparition de son champ de vision. Ses migraines étaient toujours construites sur le même schéma. Petit à petit, son champ de vision rétrécissait, et bientôt, une tache noire et terriblement douloureuse l'empêcherait de voir les paupières ouvertes, se transformant en puits de lumière atroce s'il essayait de s'y soustraire en fermant les yeux.

— C'était l'endroit que je préférais à Konoha, avoua Itachi dans un soupir. Un morceau de quiétude. C'était Shisui qui me l'avait montré. Pour apaiser les migraines, il venait là. Les utilisateurs de sharingan souffrent énormément de l'accumulation de chakra dans les yeux, le nerf optique est sensible. C'est un défaut méconnu de cette pupille…

Il se tut en considérant longuement Nagato, déçu de ne pas avoir pu matérialiser une illusion où il aurait eu sa véritable apparence. Il finit par aller s'asseoir près de Pain, l'incitant à le regarder.

— Laisse-moi faire.

Nagato ouvrit la bouche pour protester, mais il n'en eut pas le temps. C'était Itachi qui restait l'unique maître de cette dimension. C'était lui qui décidait.

Ce fut ainsi que Nagato se trouva la tête sur les genoux du renégat de Konoha, ses mains fraîches massant la nuque raidie de douleur, apaisant la tension dans les cheveux, effleurant le visage avec douceur, prodiguant des caresses étonnamment tendres.

L'instant se prolongea tant et si bien que le chef d'Akatsuki finit par se détendre, se rendant compte bien longtemps après que les doigts d'Itachi descendaient bien plus bas que les contours de sa mâchoire, frôlant sa clavicule, s'infiltrant sous ses vêtements pour tracer des arabesques envoûtantes sur son torse, ses épaules, ses bras.

— Je pourrais rester comme ça pour l'éternité, souffla Nagato dans son confort.

Itachi eut un pâle sourire.

— Ça ne durera que trois jours, nia-t-il. Enfin, dans cette dimension, ce sera trois jours. Dans le monde réel, il ne se sera écoulé qu'une poignée de secondes.

Quelques heures passèrent dans le silence, Nagato somnolant presque sous les caresses prodiguées par son subalterne. Un nouvel oiseau chanta. Il leva une main engourdie par le bien-être pour la contempler, heureux de voir que sa vision revenait à la normale. Le silence, la luminosité, les caresses, tout était apaisant et relaxant.

— Il s'appelait Yahiko, énonça-t-il.

Itachi lui porta un regard interrogateur, ses caresses cessèrent une fraction de seconde. Il reprit ses gestes dès que Nagato remua d'inconfort.

— Celui que tu appelles « un cadavre ». Il s'appelait Yahiko. Qui est Shisui ?

Itachi s'étira, la configuration des lieux changea et le canapé devint un lit moelleux, les laissant dans les bras l'un de l'autre, recouverts par un épais édredon. Le parricide referma ses bras sur Nagato, enfouissant son nez dans ses cheveux.

— C'était mon meilleur ami. Il est mort il y a longtemps.

Un nouveau silence. Les mains d'Itachi reprirent leurs caresses et il murmura « Pourquoi tu n'es jamais venu ? ». À l'oreille de Nagato, cette phrase sonna désespérée, mais il ne trouva aucune réponse à formuler.

— Je viendrai, promit-il.

De nouvelles heures s'égrenèrent au rythme des caresses qu'ils s'offraient. Bientôt, le temps fut écoulé et l'illusion commença à se dissiper.

— Tu ne seras plus là, n'est-ce pas ? demanda Nagato. Quand j'émergerai. Tu seras parti.

— Oui, admit Itachi. Il y a quelque chose que je dois faire.

Sans prévenir, il se tourna vers Nagato et se jeta dans ses bras, l'enlaçant fortement.

— Je voulais venir te voir ce soir, avoua-t-il, pour te faire mes adieux en personne.

Pain referma l'étreinte, ses paupières s'abaissant douloureusement. Ça, ça ne faisait vraiment pas partie du grand plan. Tomber amoureux. C'était se laisser une possibilité de changer d'avis et il ne voulait pas faire demi-tour, pas après tout ce qu'il avait sacrifié pour ce plan.


Dans la chambre, le silence souffreteux fut interrompu par un soupir de bien-être. Konan fronça les sourcils en regardant Itachi se redresser, méfiante. Le parricide replaça les couvertures, effleura une mèche de cheveux.

Ses yeux ne brillaient plus dans le noir, il n'avait que trop prolongé l'utilisation de sa pupille et il avait besoin de toutes ses forces pour son combat fratricide qu'il ne pouvait hélas pas repousser plus.

Il traversa la chambre, sentant sur lui le regard méfiant de Konan. Il s'arrêta à son niveau et murmura :

— Il devrait dormir pendant un ou deux jours.

Elle hocha la tête, retournant près de son meilleur ami pour vérifier qu'il était bel et bien en vie. Elle constata avec soulagement que Nagato dormait paisiblement, sa respiration était régulière et lente, son visage semblait plus détendu que jamais. Avec amour, elle se pencha pour embrasser son front. Et se redressa quand la voix d'Itachi la saisit – elle pensait qu'il était sorti.

— Qui était Yahiko ? demanda-t-il dans un souffle.

Elle releva un menton bravache, orientant son regard vers lui avec une pointe de tristesse.

— C'était l'amour de nos vies.

Le cœur un peu serré, Itachi hocha sèchement la tête avant de sortir, chassant ces trois jours de son esprit pour se concentrer sur la suite des événements.