Je suis terriblement en retard pour celui-ci, mais voici le dernier chapitre de ce recueil !


Jusqu'à ce que la mort

Le calme avant la tempête. Cela faisait déjà des heures entières que l'invocateur de la réincarnation des âmes les forçait à marcher sans qu'ils ne sachent où aller les mener cette promenade.

Aucun d'eux n'avait encore ouvert la bouche pour parler. Aucun d'eux ne savait vraiment quoi dire. Le vent soufflait, frais, leur permettant de deviner un mois d'octobre bien entamé. Si Nagato soupçonnait que le plan de Madara s'était accéléré, Itachi, lui, ne pouvait réellement déterminer l'année.

Depuis combien de temps était-il mort ? Qu'était-il advenu de Sasuke ? Que voulait l'invocateur ?

Ils marchèrent encore une centaine de mètres, puis Nagato ricana.

— Ça, c'est de la nécromancie, affirma-t-il d'une voix acerbe.

Émergeant de ses pensées, Itachi tourna légèrement la tête vers lui, examinant sans un mot les cheveux blancs, le corps amaigri qui pesait si peu dans ses bras, la peau grise et les rinnegans, au milieu de ce visage émacié, qui paraissaient luire dans l'obscurité. Finalement, il soupira.

— Je dois bien l'admettre, les deux manœuvres sont différentes.

Leurs regards se croisèrent.

— Ça ne veut pas dire que l'une est moins condamnable que l'autre. Tu aimais cet homme et tu t'es servi de son corps comme outil.

— Oui. C'était trop dur de le laisser partir, confessa Nagato en baissant les yeux. Il était tout pour moi.

— Tu as la confession facile, s'étonna Itachi. Que s'est-il passé ? Avec Yahiko, comment est-il mort ?

Un silence. Nagato en profita pour déglutir, levant les yeux vers le ciel.

— Hanzô la Salamandre et Konoha, siffla-t-il avec aigreur.

Quelque chose de terrifiant flamboya dans ses yeux et Itachi retint un frisson. Il savait tout du pouvoir du rinnegan, il connaissait les légendes qui entouraient cette pupille sacrée et il en craignait le courroux. Alors, il ne répliqua pas, laissant Nagato souffler et raconter.

— Akatsuki existait déjà à cette époque, mais ne ressemblait pas à ce que tu en connais. Nous n'étions pas des mercenaires, mais des ninjas pacifistes. Nous – il, Yahiko, il voulait réunir les hommes par le dialogue, faire cesser les combats et amener la paix. Il était… Yahiko, il était charismatique, c'était un leader né et il était drôle, et… Il était si beau…

Il tourna la tête et Itachi fronça les ailettes de son nez en sentant une odeur sucrée et chaude émaner de ses cheveux. Leurs yeux s'accrochèrent un instant.

— Hanzô a pris peur, je suppose. Il s'est allié avec Konoha pour tendre un piège à Akatsuki. Et il est mort dans mes bras. Il était tout pour moi et je l'ai perdu. Je crois que j'ai sombré dans la folie, à cet instant.

Itachi ne voulait même pas imaginer ce que cela faisait. Il était un Uchiha, après tout, et ce n'était pas pour rien qu'il avait tenu à sauver son frère. Ce n'était pas que par amour fraternel, c'était aussi parce qu'il savait que son sang maudit ne lui permettrait pas de ne pas devenir fou s'il perdait la personne la plus importante à ses yeux. Quelque chose percuta dans son esprit et il se tourna vers Nagato :

— Tu es un Uchiha ?

— Non, s'étonna Nagato. Si mes cheveux n'avaient pas blanchi, tu ne m'aurais probablement pas posé la question. Leur couleur rouge était la fierté de mon clan, autrefois.

— Un Uzumaki, comprit Itachi. C'est étrange…

Il consentit à développer en sentant sur lui le regard perplexe de l'ancien chef d'Akatsuki.

— Le sharingan est une pupille extrêmement puissante, mais il y a une lourde contrepartie. Elle se nourrit de haine et la haine n'existe pas sans amour. Quand un Uchiha perd quelqu'un qu'il aime, un type particulier de chakra s'accumule dans ses yeux, ce qui donne naissance au sharingan. Alors, quand on perd la personne qui nous est inestimable…

— Vous devenez fous, compléta Nagato avec horreur. Quel fardeau lourd à porter…

Un silence pensif s'installa entre eux, le temps que l'invocateur les force à s'arrêter dans un temple abandonné, les mettant en position d'attente.

— Pourquoi n'es-tu pas fou ? demanda Nagato d'une voix perplexe. Tu m'as déjà parlé de Shisui, ton meilleur ami mort, pourquoi n'es-tu pas fou ?

— La personne la plus précieuse à mes yeux n'est pas morte, expliqua-t-il simplement. J'espère qu'il n'est pas mort… Mon frère cadet.

Les feuilles des arbres qui entouraient le temple bruissaient doucement et il était étrange de savoir qu'il faisait froid sans le ressentir pour autant. Itachi se demanda vaguement si c'était ça qu'éprouvait Nagato quand il manipulait les corps de Pain. Ni faim, ni froid, ni douleur, ni fatigue. Étrange. L'odeur qui se dégageait de son binôme vint une nouvelle fois vers lui et il l'identifia clairement.

— Tu sens le melonpan, lança-t-il avec surprise. C'est étonnant, je ne pensais pas que la réincarnation des âmes dégageait une odeur appétissante.

Nagato ne sut pas vraiment quoi répondre, alors qu'Itachi se rapprochait de lui pour vérifier qu'il ne se trompait pas. C'était assez étrange d'éprouver leur liberté de mouvement de cette façon, mais visiblement, l'invocateur n'avait pas totalement bridé leurs déplacements.

Le bout du nez d'Itachi passa derrière l'oreille de Nagato qui déglutit et Itachi finit par se redresser.

— Tu sens vraiment le melonpan, chuchota-t-il.

— Je… C'est ton frère cadet qui t'a tué, réorienta-t-il. Je ne comprends pas. Je pensais que tu l'avais laissé vivre pour tester tes capacités.

Itachi haussa les épaules.

— J'ai menti. J'étais seulement incapable de lever la main sur lui.

La conversation se tarit, Nagato ne parvenant pas à rebondir sur cette idée. Le temps passa. Finalement, il prit sur lui et hésita. Se rétracta. Il étendit sa main, prêt à effleurer son compagnon d'infortune, et les retira avant même de le toucher. Il se fustigea longuement.

C'était tout de même cocasse : il était un ninja surentraîné, à la tête d'une organisation criminelle qui faisait trembler le monde et il n'était pas capable de tendre les doigts pour donner de l'affection à l'homme qui se trouvait à ses côtés.

Il reporta son regard sur le ciel d'étoiles et roula des yeux devant le risible de sa situation.

— Tu penses qu'il y a une vie après la mort ? demanda-t-il au lieu de poser la question qui lui brûlait la langue.

— Bien sûr.

Itachi se déplaça, humant toujours l'air avec plaisir.

— Sinon, d'où nous aurait-il ramenés ? Je t'ai attendu, tu sais.

Le changement de sujet était abrupt. Nagato tourna la tête vers lui, rendant compte qu'il était tout de même drôlement près.

— Chaque soir que j'ai passé à Ame, j'ai souhaité que tu viennes. Tu n'es jamais venu.

— Je suis là, maintenant, si tu le souhaites.

Il y eut un silence de plus avant qu'Itachi se décide à avancer plus près encore.

Le premier baiser fut bref. Leurs lèvres se touchèrent trop peu, leurs langues s'effleurèrent à peine et Itachi s'écarta avec un rire doux, pour observer les yeux qui le scrutaient.

— Tu n'en as pas que l'odeur, chuchota le renégat de Konoha. Tu en as aussi le goût. Du melonpan.

Le second baiser s'éternisa et dura. Quand le jour se leva, annonçant le retour de la guerre, la fin de cet échange, ils se séparèrent sous l'impulsion du contrôle de l'invocateur pour reprendre la marche et sur une promesse : s'il existait une vie après la mort, alors, ils s'y retrouveraient.


FIN