Bonne lecture.


Chapitre 4

« Vous voulez que je devienne votre fille ? » bafouilla-t-elle, l'air abasourdi.

Les yeux d'Esmée brillèrent intensément. Elle lui sourit vivement et caressa tendrement sa joue.

« Bien sûr. Tu ne trouves pas ça évident ? J'ai perdu mon premier enfant il y a très longtemps mais je n'ai jamais réussi à l'oublier. Mais dès que je t'ai vu, j'ai su que tu pourrais enfin être cette personne qui le remplacerait et qui comblerait le vide qui est en moi. Quant à toi, ta mère t'as été arraché beaucoup trop tôt. Nous sommes faites pour être fille et mère, ma chérie ».

Bella frissonna intensément, le cœur battant à tout rompre. Elle lança un regard furtif à Rosalie. La jeune femme semblait tout aussi choquée qu'elle par la proposition d'Esmée.

« Mais j'ai déjà une famille » murmura-t-elle faiblement.

Esmée fronça les sourcils.

« Ton père n'est jamais présent à la maison. Il noie son chagrin dans le travail. Ce n'est pas juste vis-à-vis de toi. Ce n'est pas digne d'un parent. Tu mérites d'être choyé et aimé et je peux t'offrir tout ça et même plus encore » lui jura-t-elle passionnément.

Bella déglutit difficilement et essaya de faire le tri dans ses pensées confuses. Une femme qu'elle ne connaissait pas et qui semblait à la tête d'une secte de monstres voulait qu'elle devienne sa fille. Et même si cette idée lui paraissait totalement saugrenue et insensée, cela semblait être l'ouverture qu'elle espérait.

« D'accord » inspira-t-elle brusquement. Esmée écarquilla les yeux et la fixa, mi-incrédule, mi-ravie « Je… J'accepte d'être votre fille, Esmée » La femme poussa un cri de bonheur et fit mine de vouloir la prendre dans ses bras, mais Bella recula précipitamment, déterminée à sauver ses amis : « Cependant, j'ai une condition. J'insiste pour que vous relâchiez mes amis ».

Esmée se renfrogna.

« Tu n'es pas stupide, ma chérie. Tu sais qu'il serait imprudent de ma part de les libérer après tout ce qu'ils ont vu ou entendu. Ils sont une menace ».

Bella fronça les sourcils.

« Si vous tenez vraiment à ce que je devienne votre fille, vous le ferez. C'est la seule faveur que je vous demande. Ensuite, je serais à vous ».

Esmée l'examina avec attention. Son regard finit par s'adoucir.

« Ils ne savent pas la chance qu'ils ont d'avoir une amie aussi dévouée et loyale telle que toi... » murmura-t-elle. Un silence passa puis Esmée se retourna vers le jeune homme musclé « Raccompagne ces deux jeunes gens chez eux et assure-toi qu'il ne leur arrive aucun mal, Emmett. Je compte sur toi. Ne me déçois pas encore une fois ».

Emmett hocha de la tête, le regard ferme et déterminé.

« C'est comme si c'était fait ».


« Ne fais pas ça, s'il te plaît » chuchota Angela, la voix brisée et tremblante.

Bella ferma les yeux et la serra encore plus contre elle. Elle s'efforça d'inscrire dans sa mémoire la douceur et l'altruisme de sa meilleure amie. Angela avait joué un rôle fondamental dans sa vie après la mort de sa mère. Elle l'avait épaulé à chaque fois qu'elle s'était sentie trop submergée par le chagrin et la douleur. Bella lui en serait toujours redevable.

« Fais attention à toi, Angela » lui dit-elle.

Puis, elle se força à se détacher d'elle. Angela tenta de la retenir, le visage ruisselant de larmes. Mais Emmett attrapa son bras et la força à reculer. Eric prit sa place et s'empressa de la serrer dans ses bras. Il tenta d'être courageux et ravala ses sanglots.

« Nous préviendrons ton père dès que nous le pourrons. Il te retrouvera à temps. Ne t'inquiète pas » lui promit-il à son oreille.

Bella sourit faiblement.

« J'en suis sûre ».

Eric rompit leur étreinte à contrecœur et alla rejoindre Angela et Emmett. Il passa un bras autour de la taille d'Angela qui s'effondra presque contre lui, dévastée à la perspective de ne plus jamais revoir sa meilleure amie.

Bella fit de son mieux pour ne pas craquer face à eux. Elle ne voulait pas que la dernière image qu'ils garderaient d'elle soit elle en train de les supplier de la sauver. Alors elle redressa la tête et leur offrit un dernier sourire, sincère quoique tremblant.

« Dites… Dites à mon père que je l'aime. Ne culpabilisez pas et soyez prudents. Je vous aime ».

Angela et Eric hochèrent de la tête avec difficulté, faisant de leur mieux pour étouffer leurs sanglots. Le vampire les guida vers la voiture et les aida à monter dedans. Il prit place derrière le volant et démarra le moteur.

Bella les regarda s'en aller, le cœur lourd de douleur et de tristesse. Quelque chose de blanc attira alors son attention. Elle baissa la tête et avisa la plume en plastique qui s'était décrochée du costume d'Angela. Elle l'attrapa, la retourna entre ses doigts avant de la glisser à l'intérieur de son costume.

« Allons-y » renifla-t-elle en se retournant.

Edward se détacha du mur et tendit le bras pour l'inviter à revenir à l'intérieur de la villa.


« C'est injuste. Carlisle et Emmett ont pu se nourrir et pas nous. J'ai tellement faim... » se plaignit Alice, la main pressée contre sa gorge.

Rosalie lui lança un regard méprisant.

« Personne ne t'empêche d'aller chasser » lui fit-elle remarquer.

Alice fronça les sourcils et se détourna d'elle. Son compagnon s'empressa d'aller la réconforter. Il attrapa sa main et la tira dans une autre pièce de la maison. Un lourd soupir attira l'attention de Rosalie. Elle tourna la tête et avisa le regard las de sa mère adoptive. Cette dernière s'était réinstallée sur le canapé.

« Où est Carlisle ? » demanda Rosalie, intriguée.

Esmée haussa les épaules.

« Il doit être en train de bouder dans un coin de la maison, fâché d'avoir appris que je désirais une autre enfant malgré la promesse que je lui avais faite ».

Rosalie leva un sourcil.

« Pourquoi serait-il fâché ? ».

« Tu sais pourquoi, Rosalie. Plus nous sommes nombreux, plus il est nous est difficile de nous approvisionner sans attirer l'attention. De plus, nous ne voulons pas que nos semblables se mettent à se méfier de nous, menacés par notre grand nombre. Ce serait terriblement mauvais pour notre famille » expliqua-t-elle, l'air préoccupé.

Rosalie fronça les sourcils.

« Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? ».

« J'ai vu l'intérêt que tu lui portes » Rosalie tressaillit et lui jeta un regard interdit. Esmée partit dans un éclat de rire, l'air amusé « Ne sois pas si surprise, ma chérie. Je te connais depuis longtemps maintenant. Je sais quand quelque chose ou quelqu'un éveille ton attention ».

Rosalie pinça les lèvres.

« Que dois-je comprendre ? ».

Esmée se pencha vers elle, les yeux brillants.

« Je sais que tu la veux »

Rosalie tressaillit violemment, frappée en plein cœur par ces mots.

« Je la connais à peine » répondit-elle avec difficulté.

Esmée haussa un sourcil.

« Es-tu sûre de vouloir jouer à ce jeu avec moi, Rosalie ? Tu n'as sans doute pas manquer de remarquer qu'Edward lui portait un grand intérêt également… Je suis sûre qu'il serait ravi de- ».

« Inutile de parler de ça » grogna-t-elle en serrant les poings.

Rosalie ferma les yeux et prit une profonde respiration pour tenter de garder son calme. Mais elle se sentait profondément bouleversée à la simple perspective d'imaginer Bella avec quelqu'un d'autre qu'elle. Et elle l'était d'autant plus de penser ainsi. Rosalie n'avait jamais été possessif envers quiconque, et certainement pas envers une inconnue – humaine, de surplus.

Esmée l'observa se débattre avec elle-même en affichant un sourire complice.

« Je suis heureuse de constater que je ne m'étais pas trompée ».

Rosalie ouvrit la bouche pour répliquer lorsqu'Edward et Bella réapparurent dans la pièce. La jeune femme s'effondra presque sur le canapé, les yeux emplis de larmes et la bouche tremblante. Rosalie se raidit et dû se faire violence pour ne pas se précipiter à son chevet.

« C'est fait… » murmura Bella en fermant les yeux, l'air résigné et abattu « Je suis à vous ».

La poitrine de Rosalie se serra douloureusement.