Euphoriae : Merci pour ton commentaire extrêmement constructif et intéressant ! En effet, je pense que j'aurais pu mieux amener la nature réelle des Cullen. J'ai donc essayé de m'efforcer d'expliciter les cheminements internes des personnages dans ce chapitre et d'être plus attentive aux fautes. J'espère qu'il sera plus appréciable. Et concernant les Cullen, je me suis efforcée de garder les traits principaux de leur personnalité tout en les explorant d'une façon différente. Bien sûr, mon but n'est pas de faire d'eux des "méchants vampires" mais plutôt de les complexifier, et en particulier de complexifier le rapport qu'ils ont à leur véritable nature.
Bonne lecture.
Chapitre 5
« Le père de Bella est le shérif de la ville. Il n'hésitera pas à envoyer tous ses agents ici dès que l'un des amis de Bella l'aura prévenu de ce qu'il s'est passé. Il faut que nous quittions la ville au plus vite ».
« C'est ce que nous allons faire mais il est inutile de nous précipiter, Jasper. Nous risquerions de faire des erreurs et de laisser des indices ou des preuves impardonnables de notre présence ici » expliqua Esmée.
Jasper se renfrogna mais il hocha de la tête, l'air compréhensif. Alice caressa son bras pour le réconforter avant de le convaincre d'aller emballer toutes leurs affaires. Ils s'éclipsèrent de la pièce.
« Je devrais aller voir Bella. Elle doit être profondément bouleversée par la tournure des événements. Je pourrais lui apporter- » commença Edward, l'air trop enthousiaste.
« Rosalie ira la voir. Va aider ton frère et ton père à nettoyer la maison et à transporter nos effets personnels dans les voitures, Edward. Nous n'avons plus de temps à perdre » l'interrompit Esmée, le ton sans appel.
Edward et Rosalie lancèrent un regard choqué à Esmée. Edward se reprit et sembla vouloir protester sa décision mais il se ravisa en avisant le regard autoritaire et catégorique de sa mère. Il se renfrogna avant de quitter la pièce tandis que Rosalie oscillait entre la colère et l'envie que cet ordre déguisé soulevaient en elle.
Rosalie croisa les bras sur le torse.
« Je n'irais pas la voir ».
Le sourire d'Esmée se crispa légèrement.
« Bien sur que si. Tu as envie de la voir ».
Rosalie serra les dents.
« Non, c'est faux ».
« Tiens-tu vraiment à ce que ce soit ton frère qui aille s'occuper de Bella ? » soupira-t-elle, exaspéré par son entêtement.
Rosalie ferma brièvement les yeux pour repousser la rage viscérale et presque primaire qui l'envahit à la simple idée qu'Edward puisse s'occuper de Bella.
« Elle n'a pas besoin de moi ni de lui. Elle peut rester seule » finit-elle par répondre, la voix légèrement vacillante.
Un éclat de satisfaction éclaira le visage d'Esmée. Elle lui lança un regard complice teinté de moquerie et d'impatience.
« Allons, ne sois pas stupide. Bella a besoin de quelqu'un. Et je suis prête à parier qu'elle contente que ce soit toi qui remplisse ce rôle. Ne rate pas une occasion pareille pour te rapprocher d'elle. Il n'y en aura pas d'autres si tu gâches tout » l'avertit-elle.
Rosalie détourna la tête.
« Je ne suis pas comme vous. Je ne peux pas faire semblant d'être gentille et attentionnée. C'est au-dessus de mes forces. Je suppose que j'ai réussi à conservé quelques principes en dépit de votre influence sur moi » dit-elle avec un sourire sardonique.
Esmée s'assombrit.
« Ne me pousse pas à bout, Rosalie. Même ma patience a des limites… Va voir Bella et comble ses besoins ou tu regretteras d'avoir manqué cette occasion le reste de ton existence ».
Quelqu'un frappa à la porte.
Le cœur de Bella bondit violemment dans sa poitrine, oscillant entre la fureur et la peur. Elle se recroquevilla un peu plus dans le coin de la chambre et fixa avec appréhension la porte fermée.
« Puis-je entrer ? ».
Elle fut surprise en entendant la voix de Rosalie. Elle pinça les lèvres pour se forcer à ne pas lui répondre et attendit de voir si la jeune femme oserait entrer dans la chambre en dépit de son silence hostile. Elle ne voulait voir personne, et certainement pas l'un de ses kidnappeurs.
Mais, après quelques secondes de silence, la porte s'ouvrit avec hésitation, comme si la personne qui la poussait avait peur de ce qu'elle allait trouver de l'autre coté. Bella eut presque un sourire ironique à cette pensée. C'était elle qui aurait dû avoir peur. Pas le contraire.
La silhouette gracieuse et magnétique de Rosalie se glissa silencieusement dans sa chambre. Bella aurait dû s'inquiéter du silence de ses mouvements mais elle était trop éblouie encore une fois par sa beauté pour en tenir compte. Elle avait troqué sa tenue de garagiste contre un apparat plus sophistiquée et sobre : elle portait un jean sombre et un cardigan bleu nuit qui soulignait la beauté froide qui se dégageait de ses traits fins et élégants. Pourtant, au lieu d'en être intimidée ou effrayée, cela ne fit que plus l'attirer. Ses cheveux blonds étaient rejetées vers l'arrière. Un éclat étonnement doux et coupable brillait dans son regard.
Bella eut du mal à avaler sa salive.
« Je ne te ferais pas de mal » s'empressa de la rassurer Rosalie mais cette phrase n'eut aucun effet sur elle. Ils lui avaient déjà fait du mal « Je suis juste venue m'assurer que tu n'étais pas en train de faire une bêtise… ».
Bella la dévisagea.
« C'est tout ? Vous avez tellement peur que votre prisonnière s'échappe de vos griffes que vous envoyez un sbire la surveiller maintenant ? ».
Rosalie grimaça. Une ombre plana sur son visage.
« Je ne suis pas un sbire » dit-elle avec un frisson de dégoût et de mépris.
Bella fronça les sourcils.
« Alors qu'est-ce que tu es, Rosalie ? » lui demanda-t-elle franchement alors que sa voix trahissait son réel désespoir.
Rosalie garda le silence un moment avant d'aller s'asseoir sur le rebord du lit. Bella se raidit en la voyant se rapprocher et la regarda avec méfiance. Elle essaya de ne pas penser à son cœur qui battait plus vite que la normale et à ses mains qui étaient toutes moites contre ses cuisses.
« Je ne pense pas pouvoir être en mesure de te fournir une réponse exacte et encore moins satisfaisante dans les quelques minutes qu'il nous reste. D'autant plus que je suis pratiquement sûre que tout ce que je te dirais ne serait pas recevable à tes yeux après ce dont tu viens d'être témoin. Tu me considères déjà comme un monstre, et à juste titre malheureusement » murmura Rosalie, un sourire triste aux lèvres.
Bella la dévisagea, ayant du mal à la déchiffrer.
« Que se passera-t-il dans quelques minutes ? » lui demanda-t-elle avec un effort presque herculéen de concentration.
Il en allait probablement de sa survie. Elle ne devait pas se laisser amadouer par la beauté captivante et magnétique de cette jeune femme, quand bien même il lui en coûtait de ne pas s'y laisser aller. Elle était plus intelligente que ça.
Rosalie lui offrit un regard penaud.
« Nous avons pris un risque considérable en relâchant tes amis. Ils sont probablement déjà en correspondance avec les forces de l'ordre à l'heure où nous parlons. Ce n'est qu'une question de temps avec qu'ils ne débarquent ici. Alors, nous devons fuir ».
Le cœur de Bella se serra douloureusement à cette révélation. Elle s'y était attendue. Il aurait paru stupide rester dans cette ville après tout ce qu'ils avaient fait. Mais cela signifiait également que Bella devait partir avec eux et abandonner tous les gens qu'elle aimait. Une panique sans nom s'empara d'elle.
« Je ne peux pas partir de Forks. C'est ma ville. Mon père et mes amis sont ici. Et la tombe de ma mère est- » Sa voix se brisa subitement. Sans qu'elle puisse y faire quelque chose, les larmes envahirent ses yeux et dévalèrent le long de ses joues comme si la barrière qui les retenait jusque-là venait de s'effondrer à l'évocation de sa défunte mère.
La tombe de sa mère était la seule chose qu'il lui restait d'elle. Les souvenirs, la sensation de chaleur et d'amour qu'elle s'efforçait de conserver intacts en elle en dépit du temps qui passait étaient également des petits fragments de sa mère. Mais sa tombe était bien solide et matérielle. Bella pouvait la toucher. Elle pouvait s'asseoir à coté d'elle et lui parlait comme si elle était réellement là, comme si elle l'écoutait. Et sans ça-
Elle secoua de la tête et pressa une main tremblante contre sa bouche pour étouffer ses sanglots déchirants. Étonnement, elle ne se débattit même pas lorsque Rosalie la rejoignit et la serra dans ses bras. Une main s'entremêla dans ses cheveux pour la presser contre son cou, à l'abri de ce qui l'attendait.
Rosalie ne parla pas, ne s'excusa pas, ne la pressa pas. Elle se contenta de la tenir dans ses bras jusqu'à ce que ses pleurs se tarissent.
Rosalie écarta doucement une mèche de ses cheveux.
« Ils arrivent » l'avertit-elle, l'air désolé « Nous devons partir maintenant. Les autres nous attendant dans le garage ».
Bella ferma les yeux.
« Et si je résiste ? » ne put-elle s'empêcher de lui demander « Vous me tuerez ? »
Rosalie se raidit contre elle et Bella fut surprise de l'éclat de rage et de révulsion qui traversa son regard. La blonde s'empressa de remettre son air indéchiffrable taché d'insolence et de mépris et haussa les épaules.
« Je suppose ».
Bella la dévisagea une nouvelle fois, incapable de réussir à comprendre ce qu'elle ressentait ou ce qu'elle pensait réellement derrière ce masque froid et dédaigneux. Cela la troublait plus qu'elle n'oserait jamais l'admettre.
« Je suppose qu'il serait stupide de mourir aujourd'hui » finit-elle par marmonner en se relevant avec difficulté.
Rosalie s'empressa de l'aider avec un empressement surprenant. Bella secoua de la tête pour s'efforcer de ne pas s'y attarder et essayer de la comprendre encore une fois. Elle ignora sa main tendue et et se dirigea directement vers la porte de la chambre, les poing serrés le long du corps.
Elles sortirent de la chambre et Rosalie la guida jusqu'au garage. Bella eut un temps d'arrêt en avisant les sept silhouettes qui s'activaient en silence autour des voitures. Ils se figèrent-net en remarquant sa présence et la fixèrent avec une intensité qui la rendit mal à l'aise.
Quelqu'un siffla et ils détournèrent aussitôt les yeux en se remettant à terminer de préparer leur départ. Bella poussa un discret soupir de soulagement et avisa le regard brillant d'Esmée. Elle leur désigna une Mercedes d'une couleur anthracite.
« Nous irons toutes les trois dans cette voiture. Il s'agit de de la voiture de Rosalie. Bella ira à l'arrière afin de pouvoir se reposer si le trajet lui paraît trop long ou épuisant. Rosalie prendra le volant ».
Rosalie hocha de la tête et se précipita vers sa voiture, comme si elle était heureuse de se dédier à une autre tâche et de s'éloigner de Bella. Cette dernière s'efforça d'ignorer la pique amère qu'elle ressentit à cette idée et traîna les pieds derrière-elle. Esmée lui ouvrit la portière arrière et l'invita à prendre place dans la voiture avec un sourire chaleureux. Bella l'ignora aussi et s'affala lourdement sur la banquette arrière. Rosalie et Esmée prirent place à l'avant.
Un silence tendu emplit l'habitacle dans la voiture. Heureusement, Rosalie le rompit rapidement. Ses mains étaient si serrées autour du volant que ses phalanges lui paraissaient encore plus pâles que d'habitude.
« Quelle destination ? ».
« Montana. Nous avons une maison secondaire là-bas. Nous y resterons le temps que Bella s'adapte à sa… nouvelle situation avant de décider d'une meilleure destination » lui répondit Esmée.
Rosalie grimaça, l'air renfrogné.
« Je n'aime pas le Montana ».
Esmée lui jeta un regard exaspéré teinté d'un mélange d'amusement et de tendresse.
« Le contraire m'aurait étonné, ma chérie ».
Le Montana… Une autre ville. Un autre état. Cela paraissait tellement loin de Fork, de sa maison. Bella se fit violence pour s'empêcher de fondre en larmes. Dans un ultime geste rempli de désespoir, elle essaya d'ouvrir discrètement la portière mais se rendit compte que celle-ci était verrouillée. Bella s'effondra aussitôt contre le dossier de la banquette, le cœur affligé.
Rosalie démarra la voiture et quitta le garage. La voiture emprunta le chemin sinueux et caillouteux de l'allée avant d'investir la route principale. Bella s'efforça de garder les yeux ouverts pour contempler une dernier fois les paysages verdoyants de Forks. Oh, ce qu'elle avait pu les détester ces paysages plein de monotonie qui n'avaient plus de secret pour elle depuis bien longtemps. Mais à présent, elle aurait tout fait pour pouvoir les contempler un instant de plus.
Son chagrin s'alourdit encore plus en pensant à son pauvre père. Mais leur famille devait être probablement maudite. Sinon, comment expliquer les tragédies qui semblaient s'abattre sur eux depuis plusieurs années ? Sa mère était morte bien trop tôt et aujourd'hui, sa fille subissait un sort encore plus funeste et plus terrible : un kidnapping. Bella n'avait aucune idée de ce qu'il l'attendait. Pourtant, tout ce qui emplissait ses pensées était le chagrin qui allait sévir sur son père lorsqu'il apprendrait que la dernière chose qu'il chérissait sur cette terre lui avait été volé. Il allait être dévasté, d'autant plus qu'il n'avait jamais réussi à surmonter la perte de sa femme. Et cette fois-ci, Bella craignait qu'il ne survive à ce coup fatal. Elle ne pouvait qu'espérer que son père ne survive à cette énième épreuve et n'en ressorte que plus fort afin de rompre l'étrange malédiction qui pesait sur leur famille.
C'était tout ce qu'il lui restait à espérer, de toute façon. Elle était déjà condamnée à un destin auquel elle ne voulait même pas songer.
Elles dépassèrent le vieux panneau de la ville.
Sa ville-natale s'éloigna derrière-elle mais elle n'eut pas la force de se retourner pour lui jeter un dernier regard. Bella ferma les yeux et mordit jusqu'au sang sa joue intérieure pour étouffer ses pleurs. Elle fit de son mieux pour cacher sa douleur et son chagrin aux autres passagères bien qu'elle avait l'intime conviction qu'elle ne reverrait plus jamais les gens qu'elle aimait, et cette conviction lui déchira le cœur.
Elle rouvrit les yeux et croisa brièvement le regard sombre et froid de Rosalie à travers le rétroviseur interne. Cette dernière soutint son regard un moment, accueillant la haine, la rage, la colère et la tristesse qui l'assaillaient en ce moment avant de tressaillir et de détourner les yeux. En d'autres circonstances, Bella se serait réjouie de cette petite victoire mais seul un goût d'amertume l'emplit. Elle referma les yeux et se força à contenir ses émotions le reste du voyage.
