Euphoriae : A la base, cette histoire n'était pas tout destinée à dépasser plus de trois ou quatre chapitres. Mais je me suis prise de passion pour elle et j'ai décidé de continuer et de voir ce que ça donnerait sans me prendre la tête. Et jusqu'ici, je m'amuse plutôt bien ahah.

Bonne lecture.


Chapitre 6

Exténuée par tout ce qu'elle avait vécu en une seule nuit, Bella finit par s'endormir. Lorsqu'elle se réveilla, elle se rendit compte qu'ils étaient arrivés. Rosalie était accroupie à coté d'elle et semblait hésiter à la réveiller. Elles se figèrent toutes les deux lorsque leurs regards se croisèrent. Rosalie fut la première à sortir de son état troublé. Elle se releva précipitamment et recula de plusieurs pas pour mettre le plus de distance entre elles.

Bella continua de la dévisager, confuse et vexée par sa réaction.

C'était la deuxième fois qu'elle la surprenait à avoir un comportement étrange, comme si elle avait peur d'elle. Pourtant, Rosalie était l'une de ses kidnappeurs, - même si elle avait essayé de l'avertir à Forks. Sa réaction était incompréhensible.

« Nous sommes arrivés. Les autres terminent de décharger les voitures. Je peux t'emmener dans une de nos chambres libres si tu souhaites te recueillir ou te reposer un instant. Esmée est en train de te préparer un repas » l'informa Rosalie.

« Où sommes-nous ? » lui demanda Bella.

Elle s'extirpa prudemment de la voiture, grimaçant légèrement lorsque ses muscles noueux protestèrent. Elle posa les pieds sur le sol et s'étira avec un soupir de contentement. Elle manqua de voir le regard de Rosalie s'attarder sur elle avant de se détourner précipitamment.

« Dans un coin reclus du Montana, là ou il n'y que des paysages déserts et des pauvres bêtes errantes » marmonna celle-ci.

Bella s'efforça de ne pas lui montrer à quel point cette information venait de lui porter un autre coup au moral. Il semblait que les Cullen avaient pensé à tout pour la garder prisonnière. Elle comprit qu'elle aurait encore plus de mal à planifier le moindre plan d'évasion, surtout dans un endroit aussi isolé et désert que celui-ci. Au mieux, elle risquait de se perdre dans la forêt qui bordait le chalet des Cullen. Elle allait devoir faire preuve d'ingéniosité.

« Je vois » soupira-t-elle.

Rosalie l'observa avec hésitation.

« Ce n'est pas si différent que Forks. Tu ne te sentiras pas trop désorientée ou dépaysée » lui offrit-elle en guise de triste réconfort.

Bella hocha de la tête avec difficulté alors que son cœur se serrait douloureusement à l'évocation de son foyer qu'elle ne reverrait probablement jamais. Mais, elle ne voulait pas penser à ça, et surtout pas penser à tout ce qu'elle venait de perdre. Elle était encore à fleur de peau et risquait de fondre en larmes à tout instant. Cependant, elle se refusait de leur offrir ce plaisir. Elle attendrait d'être seule pour laisser cours à son chagrin.

Une brise froide la sortit de ses pensées. Bella frissonna et enroula ses bras autour de son corps dans une maigre tentative de conserver sa chaleur humaine. Rosalie s'empressa de déposer un plaid épais sur ses épaules recroquevillées. Bella la regarda, surprise.

« Viens » marmonna Rosalie.

Et elle ne lui laissa même pas le temps de répondre avant de s'éloigner vers le chalet à grandes enjambées pressées. Bella jeta un regard hésitant aux alentours, tentée d'essayer de s'enfuir dès maintenant. Mais elle était trop fatiguée et affamée pour prendre un tel risque d'entrée de jeu. De plus, les Cullen n'auraient probablement aucun problème à la retrouver dans cet état. Elle devait être plus maligne que ça et patiente surtout.

Elle se dépêcha de rattraper Rosalie et se cala à son rythme avec difficulté, surprise par sa rapidité. Rosalie ne lui fit aucune remarque, les yeux fixés droit devant elle. Bella avisa le chalet et haussa les sourcils.

A l'image de leur villa à Forks, le chalet était une démonstration de beauté architecturale alliant le bois à la pierre tout en offrant une certaine modernité. Il était construit sur plusieurs étages. Plusieurs fenêtres étaient éclairées par une lumière d'intérieur. Bella se crispa en apercevant des silhouettes passer furtivement devant certaines d'entre elles avant de s'évaporer comme des fantômes errants. Elle frissonna et resserra le plaid autour d'elle.

Une d'entre elles leur barra brusquement le chemin. Perdue dans sa contemplation, Bella faillit percuter le dos de Rosalie mais elle eut le réflexe d'arquer le dos pour l'éviter de justesse. Rosalie ne lui jeta même pas un regard, les yeux sombres fixés sur la nouvelle arrivante.

« Je n'ai pas de temps à perdre, Alice » l'avertit-elle, un léger grognement dans la voix.

Bella observa Alice avec un mélange de curiosité et de méfiance. Elle n'avait pas encore eut l'occasion de lui parler, comme la plupart des autres membres de leur famille. Mais Alice semblait être une personne particulièrement agitée. Elle leva les yeux au ciel.

« Ne fais pas ta star, Rosalie. Tu as toute une éternité à perdre » se moqua-t-elle, l'air espiègle. Rosalie rouvrit la bouche pour répliquer mais elle la devança en tendant brusquement une main vers Bella « Bonjour ! Je suis Alice et toi et moi allons devenir de grandes amies. Je l'ai vu».

Bella cligna des yeux et ne s'empara pas de sa main. Après quelques secondes d'attente, Alice fit la moue, l'air blessé et baissa la main. Rosalie sembla secrètement s'en réjouir car une lueur satisfaite dansa dans ses yeux.

« Alice a la capacité de pouvoir voir le futur, bien que ce dernier peut changer à tout instant » expliqua-t-elle en lui jetant un bref regard.

Les yeux de Bella s'exorbitèrent.

« C'est possible ça ? ».

Alice oublia sa réaction inamicale et hocha de la tête avec enthousiasme.

« Oui ! Certains d'entre nous… renaissent avec une capacité particulière. Mais je ne suis pas la seule à en avoir. Jasper, mon compagnon peut lire les émotions des autres et les influencer. Edward, quant à lui peut lire dans les pensées des gens ».

« Edward peut lire les pensées ? » répéta-t-elle avec difficulté, la voix blanche et espérant de tout son être qu'Alice lui répondrait que c'était juste une blague.

Avait-il pu entendre toutes ses pensées depuis leur rencontre ? Avait-il compris qu'elle comptait s'échapper dès qu'une occasion se présenterait à elle ? Et si tel était le cas, en avait-il déjà informé Esmée et les autres ou attendait-il de la prendre sur le fait accompli ?

Bella essaya de ne pas se laisser envahir par la panique alors que les deux autres filles reprenaient la discussion.

« Malheureusement » lui confirma Rosalie, l'air sombre.

Bella se décomposa.

« Oui, malheureusement pour nous. Il a tendance à trop s'immiscer dans nos pensées, même lorsque cela n'est pas nécessaire. C'est contrariant » soupira Alice une légère grimace aux lèvres.

« Énervant » la corrigea Rosalie.

« Heureusement, tu n'auras pas à te soucier de ça, toi. Petite chanceuse que tu es ! Ton esprit est imperméable à son don. Il est incapable de lire la moindre de tes pensées. C'est plutôt impressionnant pour une simple humaine » la complimenta Alice en la bousculant légèrement de l'épaule.

Bella trébucha vers l'arrière, surprise par la force de la jeune voyante. Rosalie se pencha aussitôt vers elle et passa un bras autour de sa taille sans sembler y penser. Bella se rattrapa automatiquement à son épaule mais elle ne pensa pas à la remercier, l'esprit fonctionnant à plein régime. Alors, elle était hermétique au don d'Edward ? C'était la meilleure nouvelle qu'elle avait reçu depuis le début de toute cette histoire. Ses chances de survie venaient d'augmenter drastiquement.

Rosalie lança un regard furieux à sa sœur, la main fermement plantée sur la hanche de Bella.

« Fais attention ! Elle aurait pu tomber et se faire mal à cause de toi. Elle n'est pas comme nous, Alice » siffla-t-elle.

Alice fit la moue.

« Je l'ai à peine touché ».

« C'était déjà trop ».

Alice fronça les sourcils, troublée par son hostilité. Elle leur jeta un regard hésitant et nota leur étonnante proximité ainsi que la colère qui brillait dans les yeux de Rosalie comme deux flammes incandescentes. Alice l'avait rarement vu aussi en colère, surtout pour quelque chose d'aussi futile qu'une bourrade un peu trop forte. Mais elle finit par lever les mains en l'air en signe de fausse reddition, un sourire penaud aux lèvres.

« D'accord, pardon. Je ferais plus attention à ta copine à l'avenir. Mais ce n'est pas non plus de ma faute si elle est plus légère qu'une feuille ».

Bella afficha aussitôt un air indigné.

« Je ne suis pas- ».

« Disparais, Alice ! » lui ordonna Rosalie, à deux doigts de se jeter sur elle.

Cette fois-ci, Alice eut la présence d'esprit de ne pas insister et leur lança un regard ennuyé avant de rebrousser chemin vers le chalet.

Bella l'observa silencieusement, l'air incertain. Elle ne s'était toujours pas rendue compte qu'elle ne s'était pas détachée de Rosalie. Sa main était toujours ancrée sur son épaule tandis que celle de Rosalie reposait bien trop confortablement sur sa hanche.

« Est-ce qu'elle est… vexée ? » demanda-t-elle avec perplexité.

Rosalie retroussa légèrement les lèvres.

« J'espère bien » grogna-t-elle avant de la guider jusqu'au chalet.


« Bois cette tasse de chocolat chaud, ma chérie. Ça va te faire du bien et te réchauffer. Ton repas sera bientôt prêt » l'encouragea Esmée.

Bella s'empara de la tasse à contrecœur.

Elle pressa ses mains froides autour de la tasse chaude et retint un soupir de contentement, trop fière pour leur offrir la moindre satisfaction. Elle était assise sur un long et large canapé. A quelques pas d'elle, Emmett et Jasper s'occupaient d'allumer un feu dans la cheminée du salon. Edward s'était éclipsé pour aller enclencher le système électrique de la maison. Alice boudait toujours et Rosalie préparait une chambre à coucher pour elle. Quant au père, Carlisle, elle l'avait à peine croisé. Il semblait le plus sauvage d'entre eux. Il lui faisait penser à une ermite solitaire.

Esmée s'installa à coté d'elle sur le canapé, le regard chaleureux et amical. Bella se raidit aussitôt. Elle s'efforça de l'ignorer et se recroquevilla un peu plus contre l'accoudoir du canapé, mettant autant de distance possible entre elles. Mais son action ne passa pas inaperçue. Le sourire d'Esmée se fana pour être remplacé par une mimique peinée.

« Je suppose qu'il faudra du temps avant que tu ne me vois plus comme ton ennemie » soupira-t-elle lourdement.

Bella fronça les sourcils.

Esmée n'était pas son ennemie. Elle était pire que ça. Elle était sa kidnappeuse. Mais elle ne tenait pas à en parler avec elle. Laisser les émotions prendre le dessus sur sa raison était une mauvaise tactique. Alors, elle fixa résolument la légère fumée qui s'élevait de sa tasse chaude.

« J'aurais souhaité que les chosent se passent autrement. Sincèrement. Mais je n'ai pas eu d'autre choix. Je sais que tu dois probablement être très en colère pour ce que j'ai fait et tu as le droit de l'être. Mais sache que je ferais tout ce qui est en mon possible pour me racheter auprès de toi » lui promit-elle.

Bella lui jeta un regard méfiant plein de rancœurs. Elle n'y croyait pas un mot. Mais ce fut une erreur de la regarder. Sa colère s'enflamma en avisant son air peiné et affligé, comme si elle pouvait réellement ressentir le tiers de ce qu'elle ressentait. Et comment osait-elle prétendre cela alors que c'était elle qui l'avait kidnappé ?

Sans réfléchir, Bella jeta violemment sa tasse de chocolat sur le sol. Ce dernier vola en milliers d'éclat. Le chocolat chaud se répandit sur le sol et s'incrusta entre les creux sinueux du parquet.

Tout le monde se figea dans la pièce. Sauf Bella.

Elle bondit du canapé et lança un regard plein de haine à Esmée.

« Vous avez gâchez ma vie et vous ne pourrez jamais racheter cela. Et certainement pas avec vos tasses de chocolat. C'est pathétique. Je vais ai promis de respecter ma part du marché et je le ferais. Mais ne vous attendez à rien d'autre de moi».

Esmée tressaillit violemment. Un éclat dangereux traversa son regard avant de disparaître presque aussi rapidement qu'il était apparu, remplacé par une expression chagrinée. Les autres membres de la famille la fixèrent longuement, mi-inquiets et mi-consternés par l'acte de Bella.

Jasper se redressa finalement et quitta la pièce pour ramener une serpillière, un sceau vide et une petite pelle pour nettoyer les dégâts. Il s'agenouilla et se mit au travail en silence. Bella le dévisagea d'un air presque hagard avant de se retourner vers Esmée.

Cette dernière prit une profonde respiration, les mains crispées sur ses cuisses, avant de lui offrir un sourire indulgent.

« Le dîner est prêt. J'espère que tu aimes la soupe aux légumes ».

Bella regretta de ne pas lui avoir jeté la tasse au visage.


« Beaucoup seraient morts pour moins que cela ».

Bella sursauta et se retourna. Elle avisa la jeune femme blonde qui était accoudée à l'entrée de sa chambre – ou plutôt de sa cellule. Bella fut surprise en décelant une lueur admirative dans les yeux de Rosalie.

« Pardon ? » dit-elle d'un air confus.

Rosalie leva un sourcil.

« Esmée déteste le désordre. C'est une maniaque du rangement et de l'organisation. Elle aurait pu te tuer pour avoir jeté cette tasse sur le sol » lui expliqua-t-elle en entrant dans la chambre.

Bella se retint de lui faire remarquer qu'elle ne l'avait pas invité à entrer dans sa chambre et se raidit encore plus lorsque celle-ci referma la porte derrière-elle.

Ses doigts se crispèrent autour de la pile de vêtements que lui avait donné Rosalie pour remplacer sa tenue actuelle. Bella aimait beaucoup son costume de Jane Austen mais il commençait à la démanger. Et puis, ce ne serait certainement pas pratique de s'enfuir dans un tel accoutrement.

« Je ne pouvais pas faire semblant. Je ne suis pas un as du mensonge contrairement à vous » répliqua-t-elle, la voix acerbe et accusatrice.

Rosalie plissa les yeux.

« Je ne suis pas une menteuse ».

Bella haussa les sourcils.

« Tu veux vraiment qu'on reparle de- ».

Un grognement l'interrompit.

« Je ne suis pas une menteuse » répéta-t-elle encore plus fermement.

Bella la dévisagea, incrédule devant l'entêtement buté de la jeune femme avant de finir par céder. Elle soupira lourdement et déposa la pile de vêtements sur le lit.

Rosalie se détendit, satisfaite par sa réaction et s'installa sur le rebord du lit sans son autorisation encore une fois. Bella grinça les dents mais se força à ne pas le lui faire remarquer. L'éclat de colère dont elle avait fait preuve face à sa sœur la dissuadait pour l'instant de toute confrontation.

« Je crois que tu n'as pas conscience de l'importance que tu as à ses yeux. Tu es sa nouvelle favorite, Bella » lui signala-t-elle en la fixant étrangement comme si cette information aurait dû lui provoquer un certain sentiment.

Mais Bella se contenta d'émettre une exclamation moqueuse.

« Je suis votre otage, rien de plus ».

Rosalie leva un sourcil mais Bella fut incapable de déchiffrer l'éclat qui éclairait son visage froid. Elle posa les mains derrière-elle et s'étendit légèrement vers l'arrière. Sa tête pencha sur le coté, l'air songeur. Bella essaya de ne pas s'attarder sur cette position qui mettait encore plus en valeur ses formes séduisantes et qui semblait l'inviter plus d'une manière. Elle détourna rapidement la tête et déplia nerveusement les vêtements.

« Je me demande si Edward sera toujours enclin à te courtiser lorsqu'il comprendra que tu lui as volé sa place… Il n'a jamais supporté d'être laissé de coté, et encore moins par Esmée. Il risque d'être dévasté et très en colère » murmura Rosalie en lui jetant un bref regard.

Bella fronça les sourcils et tiqua sur le mot « courtiser » avant d'être interpellée par le reste de la phrase.

« Mais je ne veux pas de sa place. Il peut la garder. Je la lui rends avec plaisir » insista-t-elle sans hésiter, l'air légèrement railleur.

Rosalie pinça les lèvres, les yeux fixés sur elle.

« Mais il est trop tard pour ça. Elle t'a choisi ».