N/A : Des avis ? :)

Bonne lecture.


Chapitre 7

Les jours défilèrent.

Bella passa le plus clair de son temps dans sa chambre, à broyer du noir et à étouffer ses sanglots contre son oreiller. Le reste du temps, elle le consacra à se perdre dans des livres que Rosalie lui apportait. Autrement, lorsqu'elle ne faisait aucune de ces deux activités, elle allait se promener autour du périmètre autorisé du chalet, toujours sous la surveillance d'un membre des Cullen.

Comme toujours, un froid presque glacial soufflait sur les alentours. Mais au lieu de s'en plaindre, Bella s'en réjouit car c'était désormais la seule chose qui la reliait à sa ville natale.

Parfois, quand elle se promenait, Bella voyait du coin de l'œil une silhouette se dessiner derrière l'une des fenêtres du chalet. Elle n'avait aucun mal à reconnaître Esmée ni la désapprobation qu'elle affichait devant ses promenades autour du chalet qui pouvaient s'éterniser pendant des heures. Esmée n'était jamais venue la voir pour lui signaler sa désapprobation, sûrement inquiète à la perspective de dégrader encore plus leur relation depuis l'incident de la tasse. Et Bella y voyait cela comme une maigre victoire. Maintenant, lorsqu'elles se croisaient, Bella détournait la tête et enfonçait jusqu'au sang ses ongles dans le creux de ses paumes.

« Tu devrais arrêter de faire ça » lui dit Rosalie.

Bella sortit de ses pensées et lui jeta un regard confus. Bien qu'elle se répugnait à l'admettre à elle-même pour des raisons évidentes, Bella appréciait la compagnie de Rosalie plus qu'elle n'aurait dû le faire. Rosalie l'accompagnait presque toujours lors de ses promenades.

« Quoi ? ».

Rosalie lui désigna ses mains, une moue désapprobatrice aux lèvres. Bella baissa la tête et écarta ses doigts pour examiner les petits croûtes qui décoraient le creux de ses paumes. Il y en avait un peu plus chaque jour. Elle s'empressa de les cacher dans les poches de sa veste chaude. Un autre vêtement de Rosalie.

« Je ne fais pas exprès » finit-elle par répondre, rompant le silence lourd.

« Tes plaies risquent de s'infecter si tu continues de faire ça et si tu ne les désinfectes pas régulièrement » l'avertit Rosalie.

Bella fronça les sourcils.

« Serait-ce si grave que ça ? ».

Rosalie cessa brusquement de marcher et la dévisagea. Bella fit encore quelques pas avant de s'arrêter à son tour avec un soupir exaspéré. Elle bascula son pied de l'autre coté et fit demi-tour.

« Quoi ? » souffla-t-elle.

Le regard perçant de Rosalie s'enfonça dans le sien. Bella se fit presque violence pour ne pas baisser les yeux ou montrer à quel point ce regard la troublait.

« Je ne plaisante pas avec toi. Occupe-toi en ou je m'en occuperais moi-même » l'avertit-elle d'une voix sèche avant de la bousculer pour rejoindre le chalet.

Bella chancela avant de retrouver l'équilibre, le cœur plus rapide. Elle resta un moment au milieu du jardin, les yeux fixés sur le sol et les ongles enfoncés dans ses paumes avant de rejoindre le chalet à son tour.


« Tu ne devrais pas être aussi dure avec elle ».

Bella faillit laisser tomber le livre qu'elle tenait dans ses mains. Elle s'empressa de le ranger soigneusement dans son étagère et se retourna vers son interlocuteur.

Edward s'avança dans la pièce consacrée à la pratique ou à l'étude des arts. C'était une pièce de taille moyenne, encastrée d'étagères de bibliothèque et de tableaux contemplatifs. Un chevalet de peinture était disposé près d'une grande fenêtre qui jetait un large rectangle de lumière dans la pièce. Une table d'étude statuait au centre et des fauteuils rembourrés aux couleurs automnales étaient dispersés ici et là. Le lieu respirait un calme et une plénitude que Bella n'avait ressenti dans nul autre pièce du chalet.

Bella le fixa avec incrédulité.

« Elle m'a kidnappé ».

« Elle t'a épargné » la corrigea Edward.

Bella le dévisagea.

Elle avait été véritablement soulagée en apprenant que ce dernier était incapable de lire dans ses pensées. Auquel cas, elle aurait vraiment été condamnée à leur merci. Mais elle comprenait mieux son comportement à son égard. A plusieurs reprises, elle l'avait surpris en train de l'observer, l'expression partagée entre la frustration et la fascination.

« Pourquoi lui es-tu aussi fidèle, Edward ? » lui demanda-t-elle brusquement.

Le jeune homme cligna des yeux, pris de court par cette question. Il mit du temps à rassembler ses pensées avant de lui fournir une réponse :

« Elle m'a tout donné. Je lui dois tout ».

Bella fronça les sourcils.

« Est-ce qu'elle t'a kidnappé, toi aussi ? ».

Edward grimaça au terme et secoua de la tête.

« J'étais atteint de la grippe espagnole. Il ne me restait plus que quelques heures à vivre avant d'y succomber. Mais mère est apparue et m'a sauvé. Elle m'a nourri et protégé. Elle m'a offert une seconde chance. Je lui en serais toujours reconnaissant » lui expliqua d'une voix chargée de dévotion et de tendresse.

Bella eut besoin de s'asseoir sur l'un des fauteuils de la pièce pour assimiler ce qu'elle venait d'entendre. La grippe espagnole remontait à un siècle de leur époque actuelle. Pourtant, Edward ressemblait à un jeune homme fort et vigoureux qui ne témoignait d'aucune trace de vieillesse. Bien que… son dialecte et ses manières lui avaient toujours parus désuets.

« Tu es vieux » souffla-t-elle faiblement.

Edward prit un air offensé.

« Je viens à peine de fêter mon centième anniversaire. Ce n'est pas si vieux que ça ».

Bella dû se retenir à la table pour ne pas tomber de sa chaise. Elle avala difficilement sa salive et tenta de reprendre contenance. Elle se racla la gorge.

« Vous êtes immortels » comprit-elle.

Bella n'avait jamais osé parler ouvertement de leur nature. C'était un sujet tabou que personne ne semblait vouloir aborder, pas même Esmée. Pourtant, lorsqu'on livrait bataille à un ennemi, on avait plus de chance de s'en sortir vainqueur si l'on connaissait les points forts et les points faibles de ce dernier.

Mais peut-être s'obstinait-elle à fuir ce sujet pour la simple et bonne raison que plus elle en apprenait sur eux, plus ses chances de survie lui paraissaient ridiculement basses.

Edward hocha de la tête.

« En effet. C'est l'une de nos caractéristiques ».

Bella lui jeta un regard consterné.

« Il y en a d'autres encore? ».

Edward lui offrit un sourire désabusé.

« Nous sommes également pourvus d'une force et d'une vitesse hors du commun. Notre cerveau peut résoudre une équation en quelques millièmes de secondes. Nos sens sont dix fois plus développés que la normale. Notre peau est incassable. Et certains possèdent des dons comme te l'ont déjà expliqué Alice et Rosalie ».

« Vous êtes invincibles, en somme » résuma-t-elle, le teint livide.

Bella eut l'impression qu'elle allait s'évanouir.

Oh, comme elle regrettait d'avoir continué cette conversation. Elle aurait dû s'en tenir à ce qu'elle savait déjà. Bella n'avait clairement aucune chance de rivaliser contre eux. Pas même contre Alice qui était la plus fluette et la plus maigre d'entre eux mais qui possédait un précieux don de voyance.

« Mais tu n'as pas à avoir peur de nous. Nous ne te ferons jamais de mal. Tu fais partie des nôtres et tu seras bientôt comme nous » s'empressa de la rassura Edward.

Bella allait décidément s'évanouir s'il continuait à parler. Elle aurait souhaité pouvoir lui dire de se taire mais sa bouche était toute pâteuse et lourde. Esmée n'avait jamais parlé de la transformer en ce qu'ils étaient. La panique et la terreur s'emparèrent d'elle. Elle ne voulait pas devenir un monstre. C'était hors de question.

Le monde tangua dangereusement autour d'elle.

« Je ne serais jamais comme… vous » réfuta-t-elle avec difficulté, la sueur collée à son front.

Edward la regarda avec incompréhension, un sourire incertain sur les lèvres. L'espoir et l'enthousiasme qui brillaient dans ses yeux lui donnèrent envie de vomir son dernier repas.

« Bien sur que si. Tu es sa fille, Bella. Mère ne t'abandonnera jamais ».

Bella s'écroula sur le sol avec un bruit sourd.


Quelqu'un fredonnait.

C'était agréable. C'était même réconfortant. Sa mère avait l'habitude de la bercer en chantonnant lorsqu'elle était petite. Sa voix était douce et aimante. Elle s'enroulait autour d'elle comme un cocon chaleureux et protecteur. Bella aurait tout donné pour pouvoir retourner à ces jours-ci, lorsqu'elle pensait naïvement que rien ne pourrait leur arriver.

Quelqu'un – Bella supposa qu'il s'agissait de la même personne qui fredonnait – tapotait délicatement un chiffon mouillé contre son front. Le geste lui fit du bien. Son corps tout entier se réchauffa.

« Maman ? » souffla-t-elle sans réfléchir, la voix rauque.

La personne se figea brusquement. Bella crû même entendre un halètement. Elle se força à ouvrir les yeux et avisa la femme qui était à son chevet. Son corps se pétrifia en la reconnaissant.

Esmée la fixa avec de grands yeux brillants et expressifs. Une myriade d'émotions éclairait son visage : soulagement, espoir, joie et bonheur.

« Tu es enfin réveillée. Tu es restée inconsciente toute la journée. J'ai eu peur que ta tête ait frappé trop durement le sol » dit-elle.

Bella se redressa le plus rapidement possible et se recroquevilla contre le dossier du lit, le plus loin possible d'Esmée. Cette dernière l'observa faire avec une vide douleur.

« Q-Que s'est-il passé ? ».

Esmée la regarda avec inquiétude.

« Tu ne te souviens pas ? ».

Bella hésita un instant. Elle se souvenait qu'elle était en train de choisir sa prochaine lecture lorsqu'Edward était entré dans la pièce. Ils avaient parlés un peu : il lui avait dévoilé des choses à peine croyables sur leur nature et qu'elle serait bientôt comme eux. Il lui avait dit qu'Esmée ne renoncerait jamais à elle.

Bella pâlit.

« Si, je m'en souviens maintenant » murmura-t-elle, la gorge nouée.

Esmée enfonça le chiffon dans l'eau chaude du bassin qui était posé sur le table de chevet et le laissa prendre l'eau avant de l'essorer un peu trop violemment. Le chiffon se déchira légèrement. L'eau gicla sur les rebords du bassin.

« C'était trop tôt. Tu es à peine capable de nous regarder droit dans les yeux. Il n'aurait jamais dû te parler de tout cela. Ce n'était pas à lui à le faire » marmonna-t-elle, l'air contrarié.

Bella fronça les sourcils.

« En quoi aurait était-ce mieux de continuer à me mentir ? Je pensais que vous vouliez que je vous fasse confiance. Je pensais que vous feriez tout pour vous racheter. Pensez-vous sincèrement que c'est en continuant à me cacher des choses que vous y arriverez ? ».

Esmée écarquilla les yeux.

« Ma chérie- ».

« Je veux juste que vous soyez honnête avec moi. Qu'attendez-vous exactement de moi, Esmée ? » lui demanda-t-elle, l'air désespérée.

Esmée abandonna le chiffon dans le bassin et s'empara des mains de Bella. Celle-ci tressaillit violemment et voulut les retirer mais la force d'Esmée était indiscutablement supérieure à la sienne. Esmée planta son regard dans le sien. Ses yeux brillaient si passionnément que Bella en fut décontenancée.

« Je te l'ai dit. Un lien spécial et précieux nous relie toutes les deux. Un lien familial. Nous sommes faites pour être mère et fille. Je n'ai jamais ressenti une certitude aussi forte de toute mon existence ».

Les yeux de Bella s'emplirent de larmes.

« Mais j'ai déjà une mère. Je n'ai pas besoin d'en avoir une autre ».

Le visage d'Esmée se tordit, oscillant entre la douleur du rejet et la compréhension. Elle serra doucement ses mains.

« Je ne remplacerais jamais complètement ta mère. Elle aura toujours une place particulière dans ton cœur. J'en suis consciente. Mais nous avons également un lien. Tu n'es peut-être pas encore en capacité de le ressentir ni même de l'accepter, mais ce sera le cas un jour. Et lorsque ce jour viendra, je serais là pour toi » lui promit-elle doucement, le regard éclairé par une détermination et une conviction que rien ne semblait pouvoir faire vaciller.

Bella ferma les yeux et s'affaissa contre le dossier du lit.

Elle comprit qu'il serait vain de tenter de la raisonner. Esmée était comme l'un de ses fanatiques qui croyaient dur comme fer aux complotisme.

« Et si ce jour ne vient jamais ? » demanda-t-elle en s'efforçant de cacher le peu d'espoir qu'il lui restait.

Le regard d'Esmée brilla encore plus fort.

« Il viendra ».