N/A : Bonne année et bonne santé pour tous !

Bonne lecture.


Chapitre 10

Bella roula plusieurs heures sans s'arrêter avant qu'une douleur insupportable ne déchire sa poitrine. Elle hurla et perdit le contrôle de la voiture. Celle-ci bifurqua violemment et fit une sortie de route dans un crissement de pneus. Par chance, Bella eut le réflexe de freiner assez rapidement pour ne pas percuter l'arbre en face d'elle. Elle éteignit le moteur et agrippa violemment sa poitrine.

« Q-Qu'est-ce qui se passe ? » haleta-t-elle, les traits plissés par la douleur « Pourquoi ai-je si mal ? ».

Était-elle en train d'avoir une crise cardiaque ? Allait-elle vraiment mourir alors que Rosalie s'était mise en danger pour lui permettre de s'évader ?

« N-non » hoqueta-t-elle en fermant les yeux « Pitié, non, non... ».

Bella étouffa un autre cri de douleur alors que la douleur ne faisait qu'augmenter. Encore un peu plus et elle finirait par s'évanouir. Elle essaya de se concentrer sur la douleur et d'en discerner l'origine. La douleur venait principalement de sa poitrine. Une étrange traction la tirait, intense et douloureuse à laquelle Bella ne pouvait se soustraire. Elle grogna et haleta, de la sueur se mit à perler sur son front et elle ne cessa de se tordre de douleur sur son siège.

Puis, brusquement, le visage de Rosalie apparut dans son esprit et tout le reste disparut autour d'elle.

Rosalie avait besoin d'elle.


La Mercedes grise fit un dérapage violent devant le chalet des Cullen, soulevant une nuée de neige. Bella ouvrit avec frénésie sa portière et manqua de peu de tomber sur le sol en voulant s'en extirper le plus rapidement possible. La douleur pulsait toujours dans sa poitrine mais elle s'était affaiblie à mesure que Bella s'était rapprochée du chalet.

Bella releva la tête et avisa les enfants Cullen qui étaient éparpillés dans la cour, la mine inhabituellement sombre et funeste. Ils semblèrent à peine surpris de son retour.

Le visage de Bella se durcit.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ! » leur hurla-t-elle, la voix pleine de rage et de haine « Je sais que vous lui avez fait quelque chose ! Où est-elle ? Où est Rosalie ? ».

« Elle devait être punie ».

Bella sursauta et fit volte-face. Edward se tenait face à elle, le regard presque inhumain. Bella frissonna et recula de plusieurs pas. Elle blêmit aux mots du jeune homme.

« Où est-elle ? » répéta-t-elle, le ventre alourdi par une boule d'angoisse.

Edward continua de la fixer sans lui répondre et Bella fit de son mieux pour soutenir son regard dérangeant. Mais rien n'aurait pu la dissuader de retrouver Rosalie, pas même lui.

« Dans sa chambre » finit par lui répondre Alice.

Bella ne perdit pas de temps et s'élança à toute vitesse vers le chalet, le corps rempli d'un effroi terrible.


Bella ouvrit la porte de la chambre de Rosalie et entra aussitôt dans la pièce. Elle plissa les yeux lorsqu'elle fut accueillie par une obscurité presque complète. Les rideaux de la chambre avaient été tirés, ne laissant passer presque aucun rayon de lumière. Elle referma la porte derrière-elle et s'avança dans la chambre, l'air incertain.

« Rosalie ? ».

Un gémissement misérable lui répondit.

La poitrine de Bella se serra douloureusement. Elle détecta aussitôt la provenance du bruit et se précipita vers le lit de la jeune femme. Celle-ci était recroquevillée sur son lit, roulée en boule et le visage presque enfoui dans ses genoux. Ses cheveux étaient dispersés tout autour de sa tête et l'empêchaient de voir son visage.

Bella posa une main sur son épaule. Rosalie tressaillit aussitôt.

« Non, non, non… Tu n'aurais jamais dû revenir. Pourquoi es-tu revenue, Bella ? » gémit-elle, la voix méconnaissable, toute enrouée et tremblante.

Bella pressa son autre main contre sa bouche pour s'empêcher de pleurer. Elles n'étaient pas si proches que cela, pourtant Bella ne s'était jamais sentie aussi affligée et concernée par l'état de quelqu'un d'autre. Chaque gémissement, chaque tremolo, chaque tremblement arraché à Rosalie était comme un coup supplémentaire porter à son affliction.

« Je t'ai senti » dit-elle avec difficulté, la voix épaisse et fragile « J'ai senti ta douleur, Rosalie. Tu m'as appelé. Je ne pouvais pas t'ignorer ».

Rosalie trembla violemment et étouffa un autre gémissement misérable contre la couverture de son lit. Bella se retint de la prendre dans ses bras.

« T-tu aurais dû » finit-elle par répondre.

Bella étouffa un sanglot désespéré. Sa main se resserra autour de l'épaule de Rosalie. Elle tenta de chercher des yeux la blessure qu'on avait pu lui infliger mais le corps de Rosalie semblait indemne.

« Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Pourquoi as-tu si mal ? Comment puis-je t'aider ? S'il te plaît- ».

« Arrête. Ne dis plus rien. Va-t-en » la supplia la blonde, la voix brisée.

Bella ferma les yeux. Les larmes dévalèrent le long de ses joues. Même si elle avait voulu repartir, elle en aurait été incapable. Son corps avait pris le dessus sur sa raison et il ne voulait rien d'autre que rester auprès de Rosalie.

« Je ne peux pas » murmura-t-elle.

Rosalie lâcha un sanglot. Le cœur de Bella se fissura.

Elle cessa de réfléchir et grimpa sur le lit. Elle ignora les faibles protestations de Rosalie qui tenta de la repousser, en vain. Même ses capacités surnaturelles semblaient avoir été impactés par ce qu'elle avait subi. Bella s'allongea à coté d'elle et passa son bras autour de sa taille. Elle pressa tout son corps contre le sien, embrasant aussi bien que possible les membres recroquevillés de Rosalie. Elle croisa le regard torturé de la jeune femme et lui sourit faiblement.

« Je suis là » la rassura-t-elle.

« T-tu ne fais qu'empirer les choses. Pars ».

Pourtant, ses mains pâles s'agrippèrent au devant de son pull et le serrèrent tellement fort qu'ils finirent par déchirer l'encolure. Bella s'en fichait. Tout ce qui lui importait, c'était de soulager la souffrance de Rosalie.

Elles restèrent dans cette position un long moment, sans bouger le moindre membre. Bella finit par tomber dans un état de semi-somnolence, complètement vidée de son énergie. Le souffle froid de Rosalie chatouillait son cou. Son odeur puissante et envoûtante emplissant ses poumons.

Puis, la porte de la chambre s'ouvrit légèrement.

Bella redressa la tête avec difficulté. Elle se crispa en croisant le regard d'Esmée. Celle-ci resta dans l'embrasure de la porte sans oser entrer. Son regard s'attarda un instant sur la forme recroquevillée de Rosalie. Celle-ci se remit à trembler et troua sa chemise.

Esmée regarda à nouveau Bella.

« Tu es rentrée » déclara-t-elle comme si elle revenait du travail.

Bella la fixa avec haine.

« Que lui avez-vous fait ? ».

Esmée se contenta d'esquisser un sourire sans joie.

« Les liens ne mentent jamais » dit-elle et elle sortit de la chambre en veillant à refermer la porte derrière-elle.


La voix de Rosalie la réveilla.

« Nous avons tous un lien avec elle. C'est ce qui lui permet de garantir une certaine… unicité et loyauté de notre part. Elle en use pour s'assurer qu'aucun d'entre nous ne se retournera un jour contre elle. Et quand l'un d'entre nous faisons quelque chose qu'il ne devrait pas faire, elle le punit en manipulant le lien » expliqua-t-elle, la voix à peine perceptible.

Bella l'écouta attentivement, toujours blottie contre elle. Elle se mit inconsciemment à caresser le dos crispé de Rosalie pour la détendre. Cette dernière poussa un soupir tendu.

« Tu penses bien que sans ce lien, je serais déjà partie. Mais tu ne peux même pas imaginer l'emprise qu'il peut avoir sur quelqu'un, surtout lorsqu'il est très bien entretenu et Esmée est très pointilleuse avec nos liens » reprit-elle avec un sourire amère « Plus la complicité est grande, plus le lien est tenace. Mais le temps joue également un rôle fondamental sur la solidité d'un lien. Il grandit de jour en jour ».

Bella réfléchit soigneusement au choix de ses mains avant de prendre la parole :

« De quelle manière manipule-t-elle les liens ? ».

Rosalie tressaillit légèrement.

« C'est difficile à expliquer avec des mots justes. En revanche, ce que je peux te dire c'est que j'ai rarement connu une souffrance aussi atroce. C'est comme si la solitude et l'abandon m'écrasaient brusquement. C'est impossible de le repousser ».

Bella frissonna avec horreur.

« Ça a l'air horrible et très cruel » en convint Bella en la serrant un peu plus dans ses bras. Les cheveux de Rosalie lui chatouillèrent légèrement le menton « Mais tu ne peux pas faire la même chose qu'elle ? ».

Rosalie grimaça.

« C'est… compliqué. Elle est plus âgée que nous. Le lien qui nous relie à elle est également un lien de subordination et une fois qu'il est crée, il est presque impossible de le modifier ».

Bella garda le silence, l'air pensif.

« Je suppose qu'elle veut créer le même lien avec moi ».

Rosalie se raidit contre elle, ses doigts se crispèrent sur sa chemise. Un éclat de panique traversa son regard.

« Tu ne peux la laisser faire. Tu dois lui résister, Bella. Si tu- ».

Bella enroula doucement ses mains autour des siennes et les serra doucement. Rosalie s'interrompit brusquement, troublée par ce toucher et releva la tête vers elle. Leurs regards se croisèrent.

« Je sais » la rassura-t-elle.

Rosalie la fixa longuement avant de se détendre légèrement.

« Je la connais. Elle va tout faire pour te pousser à tisser des affinités avec les autres. Alice et Emmett t'apprécient déjà. Et elle sait que tu commences également à t'attacher à eux. Elle va tenter de s'en servir contre toi ».

Bella la contempla en silence. Elle s'attarda sur ses yeux sombres et sur sa bouche charnue qui se tordait rapidement alors qu'elle parlait à une vitesse presque trop rapide pour que Bella puisse comprendre le moindre de ses mots. Une expression de fébrilité s'accrochait à ses traits pâles et finement dessinés.

« J'ai une autre question, Rosalie » fit-elle soudain.

Rosalie cligna des yeux et lui jeta un regard incertain.

« Oui ? ».

Bella hésita un court instant avant de lui poser la question qui n'avait pas cessé de la hanter depuis qu'elle avait senti cette douleur atroce lui perforer la poitrine.

« Pourquoi tu ne m'as jamais dit que nous avions un lien également ? » murmura-t-elle, craignant presque la réponse.

Les yeux de Rosalie s'écarquillèrent. Une lueur étrange brilla dans son regard.

« Je ne savais pas non plus ».

Bella plissa les yeux.

« Menteuse ».

Rosalie grimaça.

« Je ne voyais pas l'intérêt de t'en parler, c'est tout » finit-elle par dire, l'air faussement irritée.

Bella fronça les sourcils. Pour une raison qui lui échappait encore, elle se sentait extrêmement blessée et bouleversée par les mots de Rosalie. Est-ce que cela signifiait que Rosalie se fichait de leur lien ?

« J'aurais aimé en avoir connaissance » protesta-t-elle faiblement.

Rosalie en fut surprise. Elle la fixa longuement.

« Il était plus prudent que tu restes dans l'ignorance. Le lien avait alors moins de chance de se développer et de… nous poser quelques problèmes par la suite ».

Bella se moqua.

« En effet, ta stratégie semble avoir parfaitement marché. C'est un véritable succès » lui fit-elle remarquer, la voix amère.

Rosalie grimaça et détourna les yeux.

« Je ne pensais pas qu'il était déjà aussi fort. J'ai fait exprès de me tenir à l'écart de toi et de réduire au maximum nos conversations. C'était censée marcher » marmonna-t-elle.

« Mais tu t'es trompée » insista Bella.

Rosalie s'assombrit.

« Oui, je me suis trompée ».