Et justement, la Grande Déesse tomba à pic comme une réponse à la prière d'Oropo qui fût soulagé de son arrivée. Elle remarqua que cette tâche était beaucoup trop difficile pour le pauvre eliotrope et l'envoya faire la suivante, dans la dimension d'Osamodas : Osamosa.

L'endroit en question était absolument magnifique! Qui aurait cru qu'on marcherait sur un gigantesque dragon qui porte des bâtiments et une faune tout entière sur son dos? À l'entrée du zaap, le soleil brillait haut dans le ciel et Oropo avait oublié son ombrelle. Il aurait les mains prises s'il devait s'occuper à la fois des animaux et tenir son ombrelle en même temps...

"Pourquoi Pinpin m'a-t-il provoqué? Si ce crétin de iop s'abstenait de me taquiner, je n'aurais pas les ailes dans le plâtre feuillu à l'heure qu'il est, je me serai protégé en mettant mon capuchon! Mais hélas! là je ne peux pas! ... Bon, tant pis!"

Oropo referma sa cape jusqu'au cou et rentra ses bras à l'intérieur, limitant les risques de coups de soleil.

"Désolé, ma beauté, dit-il en parlant et en touchant à sa crinière, mais c'est pour le bien de ma peau"

Il se décoiffa jusqu'à avoir la coupe de cheveux qu'il avait quand il était enfant, protégeant ainsi son visage. Il ressemblait à un ermite avec son visage à moitié caché par sa frange mal coiffée et sa longue cape refermée cachant ses bras ainsi que ses plâtres qu'il avait aux ailes.

En essayant de trouver le Dieu Osamodas, Oropo croisa des animaux sur son chemin qui se promenaient tranquillement. Certains roupillaient, d'autres s'amusaient entre eux. Il repéra une truche qui le fixait de ses gros yeux intrigués. Il décida de lui faire une farce. D'abord en s'approchant vers l'animal comme si de rien n'était puis...

- BOUH!

Effrayée, la truche plongea sa tête dans le sol ce qui fit rire énormément l'eliotrope. Il continua son chemin lorsqu'il sentit quelque chose se poser sur sa tête : un tofu! Il le prit et vit qu'il était mal au point : ses plumes étaient ternes au lieu d'un jaune éclatant, ses yeux étaient très humides et injectés de sang. La petite bête éternua, de la poussière en sorti de son bec.

- RAAAAAAATCHA!

- Oh! Pauvre petit bonhomme!

- Comme tu dis. lui répondit une voix bestiale.

Oropo leva la tête et aperçut Osamodas qui se présenta à lui.

- Je viens tout juste de l'accueillir après que j'ai découvert qu'on le forçait à travailler dans les mines d'Astrub.

- Quoi? s'indigna Oropo. Mais c'est affreux!

Il désigna le tofu malade.

- Il n'a pas une tête à travailler! C'est inhumain! J'espère que ceux qui ont fait ça seront punis.

- Ils le sont. affirma le Dieu. Je les ai transformés en tofu pour qu'ils comprennent ce que ressentent ces petites bêtes.

Il fit signe à Oropo, qui tenait le tofu malade, de le suivre jusqu'à un grand bâtiment où beaucoup d'animaux y traînaient autour. Ils y entrèrent. À l'intérieur, des animaux en train de se reposer et d'autres, de manger.

- Vois-tu, expliqua Osamodas, il n'y a pas que lui que j'ai retiré à leurs propriétaires pour maltraitance ou travail forcé.

L'eliotrope relâcha le tofu qui s'envola vers une mangeoire et vit, parmi les animaux blessés ou malades, une famille de mulou en pleine convalescence, un bébé chienchien avec une collerette qui mangeait dans sa gamelle ainsi qu'un chacha blanc avec un bandage à la patte arrière droite en train de dormir sur le rebord d'une fenêtre en plein soleil.

- Je ne suis pas contre un coup de main de ta part, eliotrope.

Oropo le regarda, confus.

- Vous voulez que je vous aide à m'occuper des animaux avec vous? Vous n'êtes plus en colère contre moi pour ce que j'ai fait à votre fille et ce que j'ai failli faire envers vous?

Osamodas se gratta la truffe, embêté.

- Disons que, avoua-t-il, oui j'étais vraiment furieux. Vouloir nous tuer ainsi que rendre ma fille triste, ça été trop pour moi. J'ai réfléchi et je me suis complètement trompé sur toi... Désormais, je dois être plus attentif et renouer les liens avec elle.

Le chacha qui faisait la sieste sur le rebord de la fenêtre, se réveilla et alla vers Oropo qui le caressa en étant accroupi.

- Donc vous ne l'espionnez pas? Et d'ailleurs, comment avez-vous su que j'ai tué accidentellement les animaux de Coqueline?

"J'AVOUE : JE NE SAIS PAS VISER! hurla intérieurement Oropo. MAIS FAUT PAS FAIRE TOUT UN FROMAGE!"

- Quand ma petite dort, son gobgob vient me voir en secret en m'apportant des nouvelles, c'est grâce à lui que j'ai su pour cet accident. C'était un soulagement que j'ai eu, un signe de vie de ma petite Coqueline via son familier que je lui ai offert pour ses 4 ans.

Oropo quitta sa posture d'accroupi pour s'asseoir par terre tout en continuant de caresser le chacha qui ronronna.

"Il n'avait pas eu les nouvelles du gobgob car l'hyperzaap a été surveillé de près à ce moment-là... Au moins, je suis fixé pour la mise au parfum du père."

- En tout cas, dis à Coqueline que je suis désolé qu'elle ait enduré ma longue absence, que je n'ai pas été un bon père due à mes occupations de Dieu et que si elle veut, elle peut venir me voir. On s'occupera ensemble des animaux blessés ou malades.

- Je lui dirai, promis.

Oropo avait définitivement compris que ce n'était pas de l'abandon mais une surcharge de travail! Entre les prières et la protection du Monde des Douze, ils n'avaient pas le temps de souffler. Depuis la réincarnation de Iop en Tristepin de Percedal, ça devenait encore plus difficile de tout gérer, il fallait être disponibles en cas d'urgence. À force de courir à droite et à gauche, ils avaient failli perdre la vie à plusieurs reprises par manque de vigilance. Alors ils décidaient d'élire un "élu" en tant que Messager des Dieux afin de recréer le lien Dieux-mortels et de remettre de l'ordre dans le Monde des Douze.

- À la fin de ton séjour, renifla Osamodas, je te donnerai un "petit" quelque chose pour que tu puisses le donner à Coqueline de ma part, elle sera très contente quand elle le verra.

- D'accord.

Oropo aida le Dieu dans cette tâche de prendre soin des animaux puis alla dans la dimension de Xélor pour... astiquer l'armure de celui-ci. Personnellement, ça ne le dérangeait absolument pas, c'est beaucoup plus facile d'astiquer une armure que des kamas.

- Voilà! Ça brille comme un kamas neuf! déclara-t-il quand il eut fini.

- Super! Tu peux disposer. Euh... attends! T'as pas nettoyé mon aiguille!

- Déjà fait! dit-il en allant au zaap pour la dimension d'Eniripsa.

- Oh. fit le Dieu surpris en voyant son aiguille d'une propreté éclatante.


Dans la dimension d'Eniripsa, il coiffa les cheveux de celle-ci avec une brosse à cheveux, assise sur une chaise. Encore une tâche facile! Tout en la coiffant, Oropo pouvait discuter avec elle.

- Quand je pense! Qu'est-ce que je suis heureuse que tu sois le petit ami de ma fille! J'ai vraiment tout raté...

- Mais non, lui assura-t-il, vous ne pouvez pas faire autrement, c'est tout.

- Oui, avec mon boulot de Déesse, j'suis vraiment une mauvaise mère... Si j'avais pu lui envoyer une autre lettre pour la prévenir de la dernière minute que j'ai eu, il y a des siècles, elle n'aurait pas pensé que je l'ai abandonnée...

- Non, vous n'êtes pas une mauvaise mère et j'avoue qu'être Dieu, ça peut être très difficile... Vous n'êtes pas la seule : Osamodas m'a confié que ce métier lui prenait beaucoup de temps aussi et qu'il n'avait pas eu le temps de s'occuper de sa fille. Il sait qu'il fera des efforts pour rattraper le temps perdu avec elle. J'suis sûr que ça sera pareil pour vous avec votre fille!

Il plaisanta sur les cheveux de la Déesse et son inquiétude.

- Ne vous faites pas des cheveux blancs!

- Tiens, c'est ce que m'avait dit Ecaflip, je me fais toujours des cheveux blancs alors que J'AI des cheveux blancs!

Tous les deux rigolèrent.

- Je me demande à quel moment tu as rencontré ma fille... rêvassa la Déesse.

Oropo hésitait un moment à lui raconter sa vie et son aventure avec Echo mais comme il avait pour projet de se marier et fonder une famille avec elle, pourquoi pas?

- Je l'ai rencontré au moment où j'allais vers l'âge adulte, elle l'était aussi. J'étais avec mes frères et soeurs eliotropes et l'un d'eux ne se sentait pas bien, on avait fait une halte dans une ville fantôme. Et c'est là que je l'ai vu.

- Elle était comment?

- Vous voulez le savoir? Bah... ses cheveux étaient noirs, une robe noire, à l'époque ses cornes étaient courtes maintenant elles ont bien poussées...

- Attends... lui interrompit-elle en retournant la tête légèrement. Elle a des cornes? Des cheveux noirs?

- Oui, continua Oropo tout en continuant de la coiffer, elle était comme ça quand je l'ai rencontré... Pourquoi? Elle ressemblait à quoi normalement?

- Comme moi : cheveux blancs, teint bronzé, pas de cornes. La mini-moi.

- Ah... Et les mêmes ailes, je parie. Parce que une fois, elle m'a raconté qu'elle les a coupés et...

- QUOI?! hurla-t-elle, faisant sursauter l'eliotrope qui avait vraiment cru qu'elle était en colère. ELLE LES A COUPÉS?!

- O-oui! balbutia Oropo. C'est elle qui les a coupé, pas moi! Elle me l'a juste raconté une fois! À ses mots, elle a fait ça parce que vous n'êtes pas revenue et elle a décidé de ne plus vous ressembler! Cela expliquerait son "évolution"! Vous n'êtes pas marié avec un dragon à ce que je saches?

- Non, nous les Dieux, on s'était reproduit avec les poupées pour avoir une descendance.

- Poupées... Poupées comme Dathura?

- Oui, confirma Eniripsa. Quand j'ai eu ma fille, je me suis reproduit avec une poupée qui n'était pas du tout un dragon mais plutôt un simili-dragon.

- Ce n'était pas vraiment un simili-dragon, au final...

Eniripsa s'étira.

- En ce qui concerne ses ailes, quand je la verrai, je peux les lui faire repousser...

- Ce n'est pas la peine, lui coupa poliment l'eliotrope, elle les a déjà remplacés : une aile couleur blanche et une aile couleur bordeaux.

- Oh... fit-elle, déçue. En parlant d'ailes, tu veux un conseil pour accélérer la guérison des tiennes?

- Ce serait formidable! dit Oropo, ravi.

- Concentre ton wakfu sur tes ailes.

- C'est tout? Ça va permettre de les guérir?

- Oui, ne force pas trop surtout. Tu te détends tout en concentrant ton wakfu et d'ici environ 3 jours, la guérison sera complète! Mais attention, il y a la rééducation à faire pendant 4 jours. Tu rééduques tes ailes.

Il s'arrêta de coiffer un instant.

- En faisant quoi? En les battant à la manière des oiseaux?

- Oui, et en les étirant comme si tu t'étirais au réveil. Mais non, ne t'arrêtes pas, continue encore de me coiffer pendant 5 minutes et c'est parfait.

- Mais j'ai mal à la main! rigola-t-il en souffrant et en tournant le poignet de sa main droite pour le soulager.

- Allez! le taquina-t-elle.

Le conseil d'Eniripsa en tête, Oropo le suivra désormais.