Et coucou ! Hé bah dites, vous ici, ça fait une paie ! Merci d'être là pour ce 2e chapitre et un grand grand merci pour tous vos messages et encouragements sur le premier. C'était pile poil ce dont j'avais besoin pour continuer cette trad et essayer de proposer quelque chose de sympa. Evidemment, depuis le temps que j'ai commencé cette trad, j'ai l'impression que tout est à jeter et c'est affreux, alors j'espère que ça vous plaira quand même ! Vous êtes géniaux, merci à tous, stay safe et bonne lecture !


Il était à peine minuit passé à Serpentes et le bar était noir de monde. Plus de chaises élégantes, plus de tables à la décoration soignée : dès les premiers coups de minuit, tout avait été volatilisé pour faire de la place à une gigantesque piste de danse. Harry retrouvait l'ambiance habituelle des clubs qu'il fréquentait : des lumières stroboscopiques, des boules disco et des hommes qui se frottaient les uns aux autres sous une musique assourdissante. Les stripteaseurs et les serpents ne se produisaient pas seulement sur la scène principale mais également sur de petites scènes de fortune et dans des cages accrochées au plafond dont les suspensions avaient été renforcées par des sorts.

Harry leva son regard vers une des cages et salua Matt d'un signe de main. Le roux lui rendit son salut sans cesser de danser, agitant les ailes d'ange accrochées dans son dos. Le club était rempli d'hommes superbes et Harry devait régulièrement se répéter qu'il était là pour le boulot et seulement pour le boulot.

Les quatre derniers jours avaient filé à toute vitesse, réfléchit Harry en étouffant un bâillement. Il avait passé l'intégralité de ses journées à apprendre à danser avec les stripteaseurs et Bacon (qui avait essuyé une larme imaginaire avec sa queue quand un Harry radieux était rentré à la maison après les auditions), informer ses collègues sur l'enquête – et ignorer Parvati et ses questions gourmandes sur son galop d'essai. Il avait également fourni un inventaire des serpents danseurs. Malheureusement, les stripteaseurs n'avaient pas le droit d'accéder à la réserve des serpents. Quelqu'un les déposait dans une salle d'attente avant le début des représentations et les danseurs choisissaient alors leur partenaire pour la soirée.

Harry avait promis à Parvati qu'il explorerait rapidement les deux pièces suspectes mais il n'arrivait pas à se débarrasser de la sensation de fatigue qu'il ressentait en permanence. Son cycle de sommeil avait été profondément perturbé. Il quittait désormais le bar entre trois et quatre heures du matin, s'effondrait dans son lit avant de se relever tard dans la matinée pour se rendre au Ministère ou déjeuner avec Ron et Hermione. Evidemment, il ne pouvait plus dîner avec eux désormais. Parfois, il grapillait quelques minutes pour une courte sieste avant de retourner à Serpentes à 23h.

Peut-être qu'il avait ses chances ce soir, considéra Harry. Il jeta un œil à sa montre. Il n'était qu'une heure et demie du matin. Il pouvait s'échapper de la foule grossissante…

…mais Malfoy ne le quittait pas des yeux.

Malfoy était perché sur une des plateformes, non loin de la cage de Matt, mais il ne dansait pas. Accoudé paresseusement à la rambarde de la plateforme, Malfoy regardait la piste de danse avec la suffisance d'un roi qui surveillerait son royaume. Quand il sentit les yeux gris s'attarder sur son corps, Harry ondula des hanches dans sa direction.

Cela faisait trois nuits qu'ils se cherchaient du regard et du corps. Malfoy avait passé les deux premières nuits à regarder Harry depuis le bar en sirotant son cocktail vert et ses cerises. La troisième nuit, Malfoy dansait avec un autre homme mais ses yeux étaient restés fixés sur Harry. Au bout de ces trois jours, Harry avait fini par se convaincre qu'il pourrait obtenir de précieuses informations s'il se rapprochait de Malfoy. Mais c'était effrayant de constater à quel point il voulait être proche de lui…

Désormais incapable de quitter la piste de danse, Harry lança un regard insolent à Malfoy sans cesser de danser. Malfoy sourit en réponse et se pencha par-dessus la rambarde, le menton posé sur la paume de sa main pour regarder Harry danser pour lui.

Et puis soudain, Harry ne vit plus Malfoy. Un homme blond se tenait droit devant lui. Surpris, Harry cligna des yeux et fit un pas en arrière, chancelant légèrement quand il sentit un autre homme derrière lui qui glissa ses deux mains chaudes contre ses biceps. Il tendit le cou pour regarder Malfoy et sentit une étrange vague de plaisir le traverser quand il aperçut son expression outrée.

Décidant joyeusement qu'un peu de jalousie ne faisait de mal à personne, Harry se laissa aller à profiter de la compagnie. Il posa ses poignets sur les épaules du blond et dansa avec lui, étouffant un grondement quand l'homme derrière lui s'avança et pressa son érection contre ses fesses.

- On t'a vu danser et on aimerait te ramener… tous les deux. Ça te dit ? lui proposa le blond, détachant à peine sa bouche de son lobe d'oreille, tandis que les trois hommes continuaient de danser collés les uns aux autres.

Oh.

Harry cherchait une façon polie de refuser quand il vit un avant-bras pâle s'interposer entre lui et l'homme blond. L'instant d'après, Malfoy était à ses côtés, les deux bras autour de lui, le séparant des deux hommes.

- Je suis navré messieurs mais il n'est pas disponible ce soir, annonça doucement Malfoy.

Le ton de sa voix était léger mais les deux hommes ne s'y trompèrent pas. Ils fusillèrent Malfoy du regard mais reculèrent malgré tout.

- Merci, dit Harry, le souffle court.

C'était la première fois qu'ils se parlaient depuis la nuit des auditions. Harry pouvait sentir l'impatience grandir dangereusement en lui.

- Je n'étais pas sûr d'être le bienvenue. Tu avais l'air de bien t'amuser, répondit Draco avec un soupir dramatique. Ils finissent par se lasser de moi. C'est toujours une bonne idée de proposer de la chair fraîche tant qu'ils n'oublient pas qui est… au-dessus.

Harry sourit lascivement au sous-entendu, baissa son regard vers Malfoy – c'était agréable d'être plus grand que lui, pour une fois – et se rapprocha de lui.

-Personne ne peut se lasser de te regarder danser, répondit-il.

Malfoy eut l'air ravi.

- Ah oui ? Danse avec moi dans ce cas, Dan, ronronna-t-il, s'attardant sur son nom un peu plus longuement que nécessaire.

Entendre Malfoy utiliser son nom d'emprunt rendit Harry un peu plus téméraire.

- Tout ce que tu veux, Draco, répondit-il en humectant ses lèvres sèches.

- Ce que je veux ? répéta Malfoy d'un ton faussement innocent, les yeux écarquillés.

- Ce que tu veux, chuchota Harry en retour.

Il sentait le désir parcourir ses veines tandis qu'il regardait Malfoy bouger instinctivement au son de la musique, mais cette fois, il était proche de lui, assez proche pour le toucher.

Tandis qu'il dansait avec Malfoy, Harry remarqua un miroitement métallisé sur son oreille gauche. En regardant plus attentivement, il réalisa que Malfoy portait une boucle d'oreille en argent, modelée en forme de serpent.

- Tu es encore plus beau de près, murmura-t-il en passant ses bras autour de la taille de Malfoy pour l'attirer contre lui.

- Et toi, tu as la langue bien pendue, sourit Malfoy.

- Tu n'as pas idée, répondit Harry sans réfléchir avant de rougir immédiatement.

- Sais-tu pourquoi nous t'avons choisi alors que tu n'avais aucune expérience ? lui susurra Draco d'une voix chaude tandis que ses mains se déplaçaient le long du torse de Harry. Il y a une certaine modestie naturelle en toi, quelque chose d'innocent… presque de la timidité. C'est rare de trouver ce genre de qualité chez quelqu'un avec un tel corps, murmura Draco. Je trouve ça particulièrement… charmant.

- Laisse-moi t'offrir un verre, proposa Harry d'une voix pressante.

N'importe quoi pourvu qu'ils arrêtent de danser, parce que Harry était sur le point de perdre le peu de sang-froid qui lui restait.

- Tu m'as aidé pour les auditions, après tout. Je t'en dois même probablement un second pour avoir jeté ma chemise sur toi.

- Pourquoi pas, sourit Malfoy avant de guider Harry vers le bar.

Les voyant arriver, Jacob les accueillit gaiement et entreprit de préparer deux verres.

- Que dirais-tu de nous rejoindre au pub ce soir ? Matt, Jacob et les autres ne devraient pas tarder. C'est une de nos traditions, offrir un verre aux nouvelles recrues, lança Malfoy tout en remerciant le barman d'un signe de tête quand il revint avec son cocktail vert et le Whisky Pur-Feu de Harry.

- Quelle tradition ? Je n'ai jamais entendu parler de… Oh !

Jacob se tut immédiatement lorsque Malfoy leva ses sourcils d'un air entendu.

- Bien sûr, se pressa-t-il d'ajouter, j'oubliais cette fameuse tradition ancestrale qui consiste à inviter les nouveaux stripteaseurs canon au pub. Pour l'unité du club, c'est important l'unité du club.

Sur ces mots, Jacob se mit à essuyer le comptoir en essayant tant bien que mal d'effacer son sourire insolent de son visage.

- Pourquoi pas. Je n'ai pas d'autres projets, de tout façon, mentit Harry.

Une vague de culpabilité le traversa à la pensée des deux pièces qu'il devait encore fouiller. D'un autre côté, tisser de bonnes relations avec les autres danseurs - qui plus est, avec le propriétaire du club - était d'une importance considérable pour l'affaire. N'est-ce pas ?

- Vraiment ? Personne… à retrouver ce soir ? demanda distraitement Malfoy en le regardant à travers ses cils.

- Non. Je suis seul, ajouta Harry.

Au diable la prudence.

- Seul et… ouvert aux rencontres ?

- Ouvert, oui. On ne peut plus ouvert, murmura Harry.

Ses yeux glissèrent jusqu'aux lèvres de Malfoy, elles étaient légèrement brillantes avec le cocktail et les cerises… et elles s'étirèrent lentement en un sourire plein de dents lorsque Malfoy entendit la réponse de Harry.


Il était quatre heures du matin quand ils quittèrent le pub.

- Et voilà, beurré comme d'habitude. Petite nature, sourit Jacob en cognant avec affection son poing contre l'épaule de Malfoy, qui chancela dangereusement en réponse.

Harry se rapprocha des deux hommes et rattrapa Malfoy avant qu'il ne tombe.

- Très cher, j'ai bien peur que tu ne sois responsable de Draco ce soir, annonça Jacob à Harry avec un clin d'œil. Voici son adresse. Fais attention à lui, tu veux bien ?

Sur ces mots, Jacob transplana sans attendre de réponse. Les autres danseurs prirent le temps de souhaiter une bonne nuit à Harry avant de transplaner à leur tour.

Bien. C'était un début, pensa Harry. Il était maintenant au milieu de la rue avec un Malfoy saoul sur les bras.

- Hé. , Draco. Accroche-toi, d'accord ? On va transplaner, avertit Harry en secouant Malfoy.

- Transplaquoi ? gloussa Malfoy en levant les yeux vers Harry.

Evidemment, il fallait qu'il soit adorable quand il était saoul.

Harry écarta toute pensée inappropriée, les fit transplaner devant la porte d'entrée de Malfoy, regarda Malfoy dans l'attente de quelque chose…

…et le vit rentrer dans la porte avant de se laisser joyeusement tomber au sol.

- Putain, Malfoy, soupira Harry.

De toute évidence, les autres membres du bar avaient l'habitude de ramener Malfoy chez lui après les sorties au pub. Une clé devait probablement être cachée quelque part… Harry essaya de lancer un Sortilège d'Attraction et jura silencieusement en ne voyant rien bondir vers lui. Il finit par regarder autour de lui pour essayer de trouver des cachettes potentielles avant de remarquer une boucle d'oreille en forme de serpent nichée dans une plante en pot. Il la retira et la tapota avec sa baguette, annulant le sortilège de dissimulation et révélant une clé.

- Tout ce cirque parce que tu ne sais pas t'arrêter de boire, marmonna Harry en ouvrant la porte en grand.

Il murmura un Lumos, enchanta sa baguette pour voleter dans les airs et pénétra dans la maison avec Malfoy, à moitié en le portant, à moitié en le traînant.

- Où est ta chambre ? haleta-il.

- Chambre. Lit. Les yeux de Malfoy s'éclairèrent avec un regain d'intérêt. Avec toi ? Avec plaisir.

Il gémit et essaya de se frotter contre Harry mais ses hanches ne rencontrèrent que le vide. Mais particulièrement intéressé depuis la mention d'un lit, Malfoy passa devant et avança en trébuchant, traînant Harry derrière lui. Ils parvinrent à rejoindre une chambre et Malfoy poussa immédiatement Harry contre son lit.

Merde. Harry prit une profonde inspiration. Il était dur, mais il ne pouvait rien faire, peu importe à quel point son envie lui coupait le souffle, peu importe à quel point il voulait…

- Tes cheveux…

Malfoy leva une main hésitante qu'il enfouit dans les cheveux de Harry.

- Ils ressemblent à ceux de quelqu'un. Quelqu'un de l'éch… de l'esc… de l'école. Ils sont tout noirs et nuls. Tu le connais forcément parce que tout le monde le connaît forcément.

Son expression rêveuse disparut, remplacée par un rictus familier.

Harry battit en retraite. Il devait sortir d'ici maintenant avant de faire quelque chose de profondément stupide et dramatique pour l'enquête, comme déchirer les vêtements de Malfoy et le baiser dans son propre lit.

Il s'échappa dans la cuisine et s'aspergea le visage d'eau. Et tandis qu'il fouillait les placards à la recherche d'une Potion Anti-Gueule de Bois, il se répétait en boucle la seule information intéressante qu'il avait réussie à glaner au bar.

Malfoy n'était pas le véritable propriétaire de Serpentes.

"Parfois, on n'est même pas sûrs que Draco possède vraiment cet endroit ! Il passe son temps à danser quand il est là" avait lâché Alex, l'un des plus jeunes danseurs.

Harry avait guetté la réaction de Malfoy, et le temps d'un battement de cils, quelque chose était passé sur son visage avant de disparaître.

"Ce n'est pas parce que je dirige ce club que je ne peux pas y danser", avait-il simplement répondu, le regard fuyant et en haussant les épaules, avant de conclure : "Je suis seulement doué pour faire plusieurs choses à la fois".

Puis il avait fermement changé de sujet de discussion.

C'était peut-être son instinct, son intuition, ou le fait d'avoir littéralement passé des années à scruter Malfoy à Poudlard, mais c'est exactement à ce moment-là que Harry avait compris que Malfoy mentait. Il n'était pas le propriétaire de Serpentes.

Alors ce soir-là, alors qu'il remplissait un verre d'eau pour Malfoy dans sa propre cuisine, il essayait de comprendre pourquoi il se sentait soulagé de cette découverte.

Tu n'as pas envie d'arrêter Malfoy. Au fond de toi, tu as envie de croire qu'il a changé.

Mais était-ce vraiment le cas ?

Malfoy était toujours aussi sarcastique, narquois, bonimenteur, et son attitude toute entière lui donnait furieusement envie de le frapper au visage, mais il ne pouvait ignorer l'affection réelle que Malfoy montrait envers ses collègues. Demander des nouvelles de la femme de Michael et de ses deux enfants. Rire avec les autres quand Michael leur avait raconté le premier jour de sa fille à la maternelle.

Harry n'avait jamais entendu Malfoy rire comme ça auparavant. Un rire clair et heureux, comme un jour d'été.

Et puis Alex avait laissé échapper, les yeux bas et l'air profondément embarrassé, qu'il avait du mal à payer ses factures et celles de l'hôpital de sa mère, parce qu'il était le seul à pouvoir travailler dans sa famille. Sa petite sœur venait tout juste d'entrer à Poudlard et c'était un nouveau poste de dépense qu'il fallait maintenant prendre en compte.

"Je ne te demande rien, Draco, pas d'augmentation, rien. Tu m'as déjà suffisamment aidé. C'est génial de pouvoir travailler avec vous, le salaire est top, tu me laisses toujours faire des heures supp quand j'en ai besoin."

Peut-être que Malfoy n'avait pas changé, peut-être qu'il était profondément impliqué dans cette histoire de trafic de serpents, mais Harry avait toujours besoin de preuves parce qu'il était toujours en plein milieu d'une enquête qui n'avançait pas, merde !

Il posa la potion à côté du verre d'eau, sur la table de la cuisine, et retourna vers la chambre vérifier si Malfoy allait bien.

C'est alors qu'il l'entendit. Son nom, pas celui de Dan, celui de Harry, qui s'échappait de la gorge de Malfoy, aussi lourd et voluptueux que de la fumée ou du sexe. Harry s'arrêta net à quelques pas de la chambre. Il savait ce qui était en train de se passer. Evidemment qu'il le savait, combien de fois l'avait-il imaginé, mais de là à aller voir

Il resta planté là, à quelques pas de la porte de la chambre.

- Oh, Harry, Harry !

La voix de Malfoy était pressante. Le bruit d'une fermeture éclair déchira le silence de l'appartement, rapidement suivi par un froissement de vêtements.

- Putain oui, Harry, touche-moi.

Harry se mordit la langue. Il commençait à adorer la façon dont son nom roulait sur la langue de Malfoy.

A bien y réfléchir, il ne s'agissait probablement même pas de lui. Poudlard était sûrement rempli de garçons aux cheveux noirs et nuls qui répondaient au nom de Harry. Et Malfoy avait rencontré un nombre incalculable d'hommes au cours de sa vie, quelles étaient les chances que cette description le concerne, lui, Harry ?

- Saint Potter. Viens par ici, on verra si tu es toujours un saint quand j'avalerai ta queue !

….

Et merde.

Son cerveau ayant finalement décidé de laisser les rênes à une autre partie de son corps, Harry risqua un coup d'œil dans la chambre et fut récompensé par la vision la plus affolante et la plus excitante qu'il n'ait jamais vu.

Malfoy ne portait rien d'autre que sa chemise, les pans entortillés autour de ses hanches, ses interminables jambes largement écartées sur les draps froissés comme une invitation, les orteils crispés de plaisir, sa main allant et venant sur son sexe. Harry mourait d'envie de virer cette main, et de prendre Malfoy dans sa bouche, et de…

Harry ne l'avait jamais vu dans cet état, aussi sauvage, aussi abandonné. Irrésistible. Il ne semblait plus avoir aucun contrôle sur lui-même, trop occupé à ne penser qu'à Harry.

Et Harry était en train de devenir dingue.

Sans réfléchir ce qu'il était en train de faire, Harry déboutonna son propre pantalon et sortit sa queue. Ce n'était pas la sienne, c'était celle de Dan et c'était une expérience incroyablement bizarre que de se branler avec la bite d'un autre mec, mais Harry s'en foutait royalement, parce que Malfoy était là et qu'il avait envie de le dévorer, et qu'il se touchait en pensant à lui pendant que Harry le regardait.

- Qu'est-ce que tu ferais si tu pouvais me voir, hein ?

Malfoy n'était plus que gémissements et Harry accéléra le rythme de sa main. Malfoy s'appuya sur ses coudes, la langue coincée entre ses dents tandis qu'il regardait sa propre main en action.

- Si tu savais q… Putain, je me foutrais en quatre pour toi mais ça ne changerait rien, pauvre con.

Malfoy se retourna et loupa complètement son oreiller. A la place, son corps se retrouva étendu en diagonale sur son lit, les coudes penchant dangereusement sur les bords du lit et la tête penchée sur le côté tandis qu'il continuait à se toucher. Les yeux de Harry se verrouillèrent instantanément sur le cul de Malfoy qui s'agitait, qui semblait prêt pour lui.

- Te hais tellement fort, Potter. Je te hais si f-f-fort en ce moment, je te hais de toutes mes forces, ta queue dans m… putain oui !

Sous les yeux brûlants de Harry, tout le corps de Malfoy se tendit et il vint contre les draps en criant son nom.

Apparemment, Malfoy était bruyant au lit.

Et Harry adorait ça.

Et merde.

Harry se força à s'éloigner de la porte et se laissa glisser le long du mur, mordant fermement son poing pour étouffer ses propres cris. Les paupières résolument fermées, il accéléra ses mouvements sans pouvoir échapper à la parade d'images pornographiques de Malfoy qui défilait devant ses yeux. Il lui fallait juste un peu plus, parce que rien au monde n'avait jamais été aussi fort que ça avant. Il mordit durement les articulations de son poing et jouit violemment contre le sol du salon de Malfoy.

Il fallut à Harry un moment avant qu'il ne puisse reprendre son souffle et réfléchir de nouveau de façon cohérente. Ce qui commença avec "C'était incroyablement excitant, mais ce n'est pas à ça que ma bite ressemble, habituellement", puis "Je viens juste de me branler en pensant à Malfoy, et c'était génial", puis "Malfoy ? Malfoy ?", avant de descendre précipitamment à "Malfoy, qui fait l'objet d'une enquête", puis "Et je viens de jouir contre son parquet", avant de se terminer en "Et merde, rien de tout cela ne figure dans le Manuel Auror de Bonne Conduite" et sa tête dans ses mains.

Reprenant ses esprits, il lança rapidement un sort de Nettoyage sur le sol. Il jeta un œil dans la chambre. Malfoy était sur le dos, endormi. Il était toujours étendu en travers sur son lit, sa tête contre l'un des bords, exposant sa gorge pâle à son regard. Pendant une seconde, il envisagea de rentrer pour déposer l'eau et la Potion sur la table de nuit, mais il ne se faisait vraiment, vraiment pas confiance pour s'approcher d'un Malfoy à demi-nu qui venait tout juste de proclamer fièrement qu'il se mettrait en quatre pour lui.

Alors Harry déglutit, détourna le regard à contrecœur et quitta l'appartement.


- Draco est bien rentré hier soir ? demanda Jacob en voyant Harry se hisser sur un des tabourets du bar.

- Bien sûr, répondit Harry en baissant soigneusement le regard pour cacher le fard qui brûlait ses joues. Il, heu… Il garde des souvenirs de ses soirées quand il boit comme ça ?

- Non, et c'est une bonne chose, l'alcool le désinhibe complètement. On se contente de le jeter sur son lit et de le laisser se reposer. Généralement, il va mieux le lendemain matin.

Heureusement, Jacob était trop occupé à gérer les commandes qui s'enchaînaient pour se méfier. Harry attendit qu'il soit de nouveau disponible pour relancer la discussion, en prenant soin de choisir prudemment ses mots et la façon dont il allait poser ses questions.

- Draco a l'air jeune pour posséder un club de cette envergure, non ?

Jacob hocha la tête tout en essuyant un verre.

- Oui, on s'est posé pas mal de questions à ce sujet, mais on a aussi appris à ne plus lui en parler. Comme les danseurs qui ne posent pas de questions sur la provenance des serpents, même si les animaux ont parfois l'air bien amochés.

Il continua en haussant légèrement les épaules.

- Mais il y a ce mec…

Jacob se tut.

Harry fit de son mieux pour ne pas avoir l'air trop curieux.

- Tu finiras bien par le savoir de toute façon. Un gars vient ici toutes les deux semaines. Il ne regarde jamais les danseurs, il ne prend jamais rien à boire, il se contente de venir et de passer son temps dans les coulisses. Draco sait toujours quand il est là, même s'il ne parle jamais de lui, et même si lui ne parle qu'à Draco. Nous, on pense que c'est lui, le vrai propriétaire du club, mais si c'est bien le cas, on ne comprend pas trop pourquoi il ne vient jamais nous voir.

- Oh, euh… Vous êtes sûrs que ce n'est pas le copain de Draco ?

- Impossible, assura Jacob. Ils sont loin d'agir comme un couple, mais ils iraient plutôt bien ensemble.

Son regard fut attiré vers la porte.

- En parlant du loup…

Harry se retourna sur son siège pour regarder.

Malfoy attendait quelque chose. Tout dans son attitude le criait. Il était adossé au mur, la nuque raide, le dos droit, les bras fermement croisés sur sa poitrine, les doigts de sa main droite tapotant impatiemment contre son bras gauche. Il se décolla du mur à la seconde où un grand blond au nez long et au menton pointu entra dans le club. Malfoy se dirigea vers l'autre homme, et même de là où il se tenait, Harry pouvait voir ses sourcils froncés et la façon agitée qu'il avait de remuer la main dans les airs pendant qu'il parlait. Ca ne ressemblait pas à Malfoy d'être aussi expansif. Il devait vraiment être hors de lui.

Ils se dirigèrent ensemble vers les coulisses. Harry cilla. A coup sûr, ils allaient se rendre dans la pièce cachée que Bacon avait indiqué sur la carte après leur venue la première nuit. Harry se retourna vers le bar, compta cinq secondes dans sa tête avant d'inventer une excuse et quitter le bar. Il suivit les deux hommes blonds qui se frayaient facilement un chemin à travers la foule et attendit de nouveau cinq secondes pour leur laisser le temps d'entrer à l'arrière du club avant de les suivre. Cette fois, Harry glissa facilement entre les videurs, leur adressant un signe de tête avant de se diriger vers les vestiaires. Il sourit aux deux danseurs qui s'y trouvaient déjà et les laissa sortir avant d'attraper sa Cape d'Invisibilité.

Harry s'approcha de la pièce et, de justesse, se colla contre le mur pour éviter de percuter de plein fouet deux autres videurs qui venaient de toute évidence d'être congédiés de leur poste. Juste à temps, il aperçut Malfoy et son compagnon disparaître dans le bureau. Prudemment, il resta suffisamment éloigné de la porte au cas où cette dernière s'ouvrirait et sortit ses Oreilles à rallonge.

La voix de Malfoy était agitée.

- Un des serpents a failli blesser Alex en le serrant trop fort ! Je n'ai pas oublié les accidents de la dernière fois, j'ai besoin de savoir ce qu'il se passe. Je refuse que mes danseurs soient de nouveau blessés. Soit vos… gens ne droguent pas suffisamment les serpents, s…

- Le Ministère s'est attaqué aux Potions et aux serpents, le coupa l'autre homme.

Harry fouilla dans son esprit, essayant de se rappeler d'un profil avec ce visage et cette voix, mais en vain. Il n'avait jamais vu ou entendu parler de cet homme avant.

- Nous craignons qu'une enquête ne vise Serpentes, continua l'homme.

Un court silence s'installa. Harry pouvait entendre Draco respirer bruyamment par le nez.

- Il semblerait que nous ayons perdu un serpent lors du dernier raid. Smith et Jackson ont essayé de me le cacher mais j'ai fini par m'en apercevoir. Ils ont vu Harry Potter sur place. Juste avant de s'enfuir, ils pensent avoir vu le serpent avec Potter. Je suis venu parce que j'ai entendu dire que… tu le connaissais bien.

Et merde.

- Harry Potter ?! Potter ?!

Les mots jaillirent de la bouche de Draco comme une volée de flèches.

- Et tout le monde sait qu'il est Fourchelangue.

- Alors quoi ? Je dois m'attendre à voir débarquer le Ministère à tout moment juste parce que ce foutu club est à mon nom alors que je n'ai rien à voir avec ton business crasseux ?

Malfoy parlait de plus en plus fort, jusqu'à presque crier.

- Je ne retournerai pas au Ministère ! Jamais je n'obtiendrai de procès équitable avec mon passé !

- Tu aurais dû y penser avant de t'impliquer dans cette affaire.

- Quel tissu de conneries. Tu ne m'aurais jamais donné ce travail si je n'avais pas accepté de te suivre selon tes conditions, tu savais parfaitement que je n'avais pas de porte de sortie ! Ma mère e…

- Prépare-toi à partir, le coupa brusquement l'autre homme. A la seconde où nous apprenons quelque chose, nous partons d'ici. En attendant, augmente la sécurité, nettoie les autres pièces et détruit tout ce que tu peux, en particulier tout ce qui est là-dedans, insista-t-il.

Harry cilla. Ce qu'il cherchait était ici. Il allait devoir se faufiler dans cette pièce dès que possible.

- Je ne m'enfuirai pas. Ma mère est malade !

D'agitée, la voix de Malfoy était presque devenue désespérée.

- Non, tu ne peux pas rester ici. Tu en sais trop. Tu ferais mieux de m'écouter attentivement, Draco.

La voix de l'homme était jusque là restée calme et contrôlée, mais à présent et même de l'autre côté de la porte, Harry la sentit devenir nettement plus dangereuse et menaçante. Il y eut un crissement de chaise, comme si quelqu'un s'apprêtait à partir.

- Soit tu pars avec nous, soit on te renvoie à ta chère mère dans trois boîtes différentes. J'ai été assez clair ?

L'homme semblait visiblement ravi de lui-même. Un silence suivit sa déclaration.

- Comme du cristal, murmura Malfoy entre ses dents.

Harry eut à peine le temps de ranger les Oreilles et de s'assurer qu'il était toujours bien caché sous sa Cape que la porte s'ouvrit rageusement, laissant sortir Malfoy. Harry essaya de regarder dans la pièce avant que la porte ne se referme mais il ne put apercevoir qu'une crinière de cheveux blonds, presque blancs, qui brillait dans la pièce presque plongée dans l'obscurité.

Harry tourna la tête vers Malfoy qui s'était arrêté au milieu du couloir.

- Potter, articula Malfoy d'une voix rageuse.

Ses yeux gris brillaient d'une intensité que Harry n'avait plus vu depuis très longtemps. En revoyant cette expression sur son visage, Harry sentit quelque chose de violent s'allumer à l'intérieur de lui. Avant qu'il ne comprenne ce qu'il se passait, la lumière dans les yeux de Malfoy avait disparue.

- Potter, répéta Malfoy, doucement cette fois.

Il resta là pendant un instant, plongé dans ses pensées. Puis il repartit presque en courant, ses chaussures claquant durement contre le sol brillant et impeccable du club.


"Parvati, on s'est trompé de cible. Malfoy est peut-être le propriétaire du club sur le papier mais ce n'est pas l'homme qu'on recherche. Vérifie l'historique de Serpentes, on doit trouver quelqu'un qui a des relations, une expérience criminelle, peut-être même quelqu'un qui a fait partie d'un gang. Je n'ai pas de nom à te donner mais il doit faire la même taille que Malfoy et il est blond. Ce n'est pas grand chose pour avancer mais je sais à quoi il ressemble. Essaie de réduire les possibilités et envoie-moi les photos."


- Sûr de ne pas préférer un Sortilège de Désillusion ? proposa une nouvelle fois Harry.

- Tu sais à quel point je déteste ça. Je ne peux pas bouger correctement quand je suis sous l'emprise de ce sort, répliqua Bacon en faisant la moue. Mais mon bien-être est le cadet de vos soucis, à toi et tes crétins d'amis.

Harry soupira. Comme il était sous couverture et que Bacon avait déjà exploré Serpentes, il n'avait pas eu d'autre choix que donner son accord pour que le serpent assiste les autres Aurors sur leurs propres affaires.

Cette décision n'avait pas du tout plu à Bacon.

- Mes collègues ne sont pas des crétins, marmonna Harry.

Il resserra la Cape d'Invisibilité autour d'eux tandis qu'un des gardes bâilla et s'étira, puis reprit d'un ton apaisant :

- Ils étaient… heu… bloqués sur l'affaire Rogers et ils avaient vraiment besoin de ton aide. Ils ont beaucoup insisté pour que tu viennes.

Bacon parut y réfléchir pendant un moment.

- Dit comme ça… finit-il par acquiescer en remuant sa tête et se gonflant d'orgueil.

Harry et Bacon étaient accroupis au bout du couloir qui menait au bureau, volontairement installés dans la partie entièrement baignée de lumière. Ils suivirent du regard les gardes qui vérifièrent chaque salle par deux fois avant de traverser le couloir dans leur direction. Harry se colla étroitement contre le mur lorsqu'ils tournèrent et disparurent.

Ils n'avaient que quinze minutes avant le prochain tour de garde. Harry allait opérer sous le regard attentif de Bacon. Pendant plusieurs nuits, le serpent était resté allongé, dissimulé dans le coin d'ombre le plus proche du bureau, pour noter le schéma et la durée des tours de garde. C'est comme ça qu'ils avaient décidé du meilleur moment pour frapper : les prochains gardes avaient toujours quinze minutes de retard.

Presque en courant, Harry traversa le couloir, lança un Sortilège de Mutisme sur la lampe la plus proche du bureau et la fit exploser. Immédiatement, Bacon jaillit des ténèbres, sa gueule dressée à l'opposé du couloir, prêt à attaquer.

Harry commença alors à désactiver les sortilèges de protection. Chacun d'entre eux demandait un peu de temps en raison de leur complexité, mais rien qu'un Auror expérimenté ne puisse accomplir. Il jeta un œil à sa montre et accéléra ses mouvements en constatant qu'il avait déjà passé la moitié du temps imparti sur ces fichus sortilèges et que les gardes pouvaient revenir plus tôt que prévu. Lorsqu'il franchit enfin le seuil de la pièce, il invoqua une boule de lumière qui le suivit quand il balaya la pièce de plusieurs sorts de diagnostic. Sans surprise, ces derniers ne révélèrent rien de nouveau.

Il commença à fouiller le bureau et jura quand la recherche se révéla infructueuse. Il tourna alors son attention vers les murs, les rideaux…

Il s'arrêta brusquement.

Selon Bacon, il n'y avait pas de fenêtre par ici. Pourquoi avoir installé des rideaux ?

Harry ouvrit les rideaux, l'excitation déferlant dans ses veines. Il pouvait sentir un puissant réseau de magie passer par ici, des sortilèges de protection et de dissimulation assez puissants pour éviter ses sorts de diagnostic global. Pressé par le temps, Harry entreprit de neutraliser les différents sortilèges les uns après les autres. Il finissait tout juste lorsqu'il entendit le sifflement de Bacon à travers l'ouverture sous la porte.

Il avait dû sentir dans l'air et sur le sol les vibrations créées par les gardes à l'approche. Harry savait pertinemment qu'il était temps pour lui de retourner sous la Cape, de quitter le bureau, de récupérer Bacon et de s'échapper.

Mais il ne pouvait pas partir maintenant, pas alors qu'il était si proche.

C'était toujours la même chose. Depuis la Guerre, toujours la même chose. Harry et ses amis rivalisaient d'ingéniosité pour mettre en place de superbes plans de bataille…

…qui finissaient systématiquement par partir en couille.

Ignorant les avertissements de Bacon, qui augmentaient dangereusement en fréquence et en volume, Harry continua à travailler furieusement sur ses sortilèges. Peu de temps après, ravi, il exhuma un coffre-f…

Harry sentit son cœur se serrer quand il découvrit le coffre-fort explosif.

Ce genre de coffre-fort était rare sur le terrain mais la seule façon de le déverrouiller était d'utiliser une clé de déchiffrement à sept chiffres. Une erreur, une seule, et tout le voisinage exploserait. Il ne pouvait pas prendre le risque de mettre en danger les personnes qui gravitaient dans le club.

Des bruits de pas qui se rapprochent et des voix étouffées commencèrent à briser le silence du bureau. Harry annula rapidement ses propres sortilèges et remit le coffre-fort à sa place. Il détruisit la boule de lumière, s'accroupit derrière la porte et se blottit contre la Cape d'Invisibilité, sa baguette dégainée.

S'il sortait maintenant, il se ferait immédiatement repérer par les gardes. A en juger par le bruit, il devait y avoir une bagarre dehors. Harry agita sa baguette au niveau de la porte pour regarder à travers. Bacon avait manifestement décidé de s'occuper des deux gardes en même temps. Sa queue puissante était enroulée autour de la baguette d'un des deux gardes et la catapulta jusqu'au milieu du couloir. Sans plus prêter attention au garde qui trébuchait pour aller récupérer sa baguette, Bacon se concentra sur le deuxième sorcier. Il évita un sort de justesse, sifflant sa colère. Profitant que le garde lui tournait le dos, Harry s'échappa silencieusement du bureau et referma la porte derrière lui. Il lui lança un Maléfice du Croche-Pied avant de faire exploser deux autres lampes, détournant avec succès l'attention des gardes.

Bacon se coula dans un coin d'ombre et Harry, bien caché sous sa Cape d'Invisibilité, le retint contre lui. Ils étaient sur le point de s'enfuir lorsque Malfoy arriva.

- Que se passe-t-il ici ? les apostropha Malfoy en découvrant la scène.

- Il y a un serpent en liberté. C'est pas un des nôtres, il n'est pas marqué.

Harry se mordit l'intérieur de la bouche quand il vit Malfoy fixer les lampes explosées qui pendaient le long des murs. Un serpent n'aurait pas pu faire ça seul.

- Venez avec moi. S'il y a un serpent dans la nature, j'ai besoin de votre aide pour le localiser.

- Mais il est dans le coin ! Je ne sais pas où il se cache mais il n'a pas pu s'enfuir d'ici.

- Je vous ai dit de venir avec moi ! Il n'a pas dû aller bien loin, insista Malfoy d'un ton que Harry connaissait bien.

Malfoy avait exactement la même intonation quand il s'adressait à Crabbe et Goyle.

Les deux sbires échangèrent un regard, levèrent les yeux vers l'endroit où Bacon et Harry étaient cachés et haussèrent les épaules. Ils suivirent Malfoy et le couloir retrouva son calme.

Harry laissa échapper un soupir de soulagement.


- Qui était-ce ? Draco Malfoy ? demanda Bacon, surexcité. Le bipède avec lequel tu es allé à l'école, celui à qui Hermione dit que je te fais penser ?

Harry soupira. A cette heure-ci, le bureau des Aurors était vide. Il s'arrêta un instant de fouiller dans les dossiers qu'il avait étalé sur sa table.

- Oui, c'est lui. Est-ce que tu pourrais…

Des deux mains, il attrapa le serpent, le souleva de la table et le lâcha sans ménagement sur la chaise. Bacon siffla son mécontentement mais ne changea pas de sujet pour autant.

- Alors je t'annonce que s'il me ressemble tant que ça, je l'approuve ! s'exclama-t-il en grimpant de nouveau sur la table et en étalant son long corps sinueux sur les piles de papiers.

Harry leva les mains en signe de reddition.

- Tu ne peux pas approuver ou désapprouver les hommes de ma vie, Bacon !

Le serpent renifla.

- C'est là que tu te trompes ! Ce Draco est bien plus intéressant que ceux que tu ramènes habituellement, t…

- Pour la dernière fois, je ne le fréquente pas !

- Mais tu aimerais bien ! insista Bacon, le regard perçant. Il a l'air fantastique. Exactement ton type !

Harry eut une pensée pour certains de ses anciens partenaires. Ses histoires n'avaient jamais vraiment duré longtemps, maintenant qu'il y repensait.

- Rob avait l'air fantastique, lui aussi !

- Ses deux yeux étaient presque collés ensemble, et il a fallu que je te le dise pour que tu t'en rendes compte.

- Craig ?

- Il était complètement fanatique. Tu détestes les mecs comme ça.

- Et David ?

- Oh, je t'en prie, le coït était désastreux avec lui et tu le sais très bien !

Harry rougit de colère.

- Je croyais t'avoir dit d'arrêter de regarder ! Et d'utiliser le mot coït, c'est trop bizarre.

Bacon se contenta de se redresser.

- Quiconque a peur des serpents n'a pas de place dans ta vie, déclara-t-il.

- Tu ne peux pas leur en vouloir d'avoir peur quand ils se réveillent et se retrouvent d'un coup face à face avec un serpent qui semble sur le point de leur manger le visage ! Tu ne peux pas faire ça à chaque fois que tu désapprouves quelqu'un, souligna sèchement Harry.

Il se souvenait encore du cri de David quand il avait ouvert les yeux dans son lit pour se retrouver face à la gueule béante de Bacon, sa gorge rouge et ses longs crocs étincelants de venin. Il avait bondit, avait attrapé ses vêtements et s'était enfui cul nu en prenant à peine le temps de crier : "Ne m'appelle pas, Harry, je t'appellerai".

- Ne rejette pas la faute sur moi, les hommes que tu choisis ne valent pas plus que du crottin de serpent séché ! répliqua Bacon.

Harry ferma les yeux, retira ses lunettes d'un geste abrupt et se pinça l'arête du nez.

- Je refuse que nous ayons cette discussion au milieu de mon bureau.

Bacon se renfrogna mais se tut et ondula jusqu'à un coin de la table. Dans un geste de bonne volonté, il donna un petit coup de museau contre la tasse de café pour la pousser vers Harry. Il enroula son long corps et se laissa retomber de tout son poids en position de repos, avec un dernier regard appuyé vers Harry.

- Je dis juste que ce Draco peut valoir le coup.


- C'est lui ! C'est bien lui !

- Beau travail, Harry, mais on n'a pas assez de preuves.

- Tout est dans leur bureau, dans le coffre-fort ! J'ai vérifié les archives la nuit dernière mais nos experts ne sont pas disponibles pour le moment. Je les ai appelé pour essayer de les convaincre mais ils ne peuvent pas venir sur le terrain.

- Je réfléchis à un plan B. En attendant, si tu arrives à mettre la main sur ces preuves, on te rejoint immédiatement.


Harry avait un rendez-vous. Peut-être. Il n'en était pas vraiment sûr.

Malfoy avait proposé ça la veille au soir, l'air de rien. "Que dirais-tu d'un dîner ? J'aimerais… vraiment prendre le temps de te connaître davantage, Dan."

Puis, il avait souri, d'un large sourire plein de dents qui faisait bouillir son sang de mille raisons différentes.

Harry savait qu'il aurait dû dire non. Il le savait.

C'est pourquoi il se trouvait ce soir-là sur le pas de la porte de Malfoy.

- Bonsoir, l'accueillit Malfoy en ouvrant la porte.

Il était vêtu d'un jean noir et d'un simple pull noir en cachemire dont il avait relevé les manches jusqu'aux coudes. Quand il passa près de lui, Harry sentit l'enivrante odeur de vanille et de cerise dont il commençait à être familier l'envahir.

C'était la première fois que Harry allait passer du temps seul avec Malfoy. Et à vrai dire, il n'était pas sûr si la sensation qui se tortillait dans le creux de son ventre était due à l'anticipation, l'excitation, la curiosité ou la méfiance.

Peut-être un peu de tout.

Malfoy fit signe à Harry de le suivre dans la cuisine. La porte de la chambre était fermée mais un tourbillon de souvenirs vint le frapper, l'image de Malfoy, sur son lit, en train de se toucher en criant son nom. Le regard vague, il posa les yeux sur le coin du sol où il avait joui cette nuit-là.

- Le repas est prêt, il ne reste plus qu'à servir, lança Malfoy, sortant Harry de ses pensées.

Harry prit alors seulement conscience de la petite table de salon installée pour deux, du repas chaud qui reposait sur la cuisinière et de la bonne odeur d'herbes et d'épices qui flottait dans l'air.

- Tu as cuisiné, réalisa Harry avec incrédulité, les yeux ronds. Je ne croyais… Je ne savais même pas que tu cuisinais. Je pensais qu'on allait sortir. J'aurai dû apporter quelque chose !

A côté de la cuisinière, Malfoy était occupé à servir des spaghettis bolognaise avec des morceaux de poulet grillé et des légumes frais. Harry prit le temps d'admirer l'angle élégant de ses poignets. Malfoy leva sa baguette et deux assiettes se mirent à flotter jusqu'à la table. Il se tourna pour faire face à Harry, suçant distraitement son doigt couvert de sauce, les lèvres arquées en un sourire évasif.

- C'est si surprenant ?

Harry ne pouvait pas détacher son regard des lèvres de Malfoy.

- Je ne suis pas… surpris, nuança-t-il en baissant légèrement la tête et en frottant le haut de sa nuque. J'aurais dû me douter que tu étais un homme aux multiples talents.

Malfoy sourit, ravi.

- Continue de parler comme ça et tu auras peut-être droit à ça plus tôt que prévu.

Malfoy se dirigea d'un pas tranquille vers le frigo et, délibérément, se pencha très lentement et en retira d'un geste théâtral une part de tarte à la mélasse.

- C'est toi qui l'as fait ?

Malfoy secoua la tête.

- Non. Elle vient du petit bar où on est allé avec les autres, l'autre nuit. J'ai cru… remarquer que tu aimais vraiment ça.

Harry en avait l'eau à la bouche. Cette tarte à la mélasse était incroyable, mais la pensée d'une tarte à la mélasse couplée à Malfoy ouvrait de nouveaux horizons encore plus alléchants. Il soulagea Malfoy de la tarte et la posa sur la table. L'autre homme souleva un sourcil amusé et ils s'assirent finalement pour dîner. Harry versa du vin rouge dans les deux verres au milieu de la table et attira un des verres vers son assiette. Il entreprit de faire honneur à son assiette de pâtes et entrevit Malfoy regarder son assiette avec un petit sourire satisfait.

Harry fronça les sourcils et inclina la tête, interrogateur. Malfoy répondit par un mouvement fier du poignet et pointa le repas du menton.

- C'est à ton goût ?

- C'est parfait. Je ne cuisine pas vraiment moi-même, c'est vraiment agréable de manger de la nourriture maison pour une fois.

- Vraiment ? remarqua Malfoy en effleurant le bord de son verre de vin du bout du doigt. Que fais-tu quand tu ne danses pas ?

Harry se tendit immédiatement.

- Du Quidditch, déclara-t-il d'une voix évasive. Je passe la plupart de mon temps libre à jouer au Quidditch.

- Tu jouais déjà à l'école, j'imagine ? Tu étais à Poudlard, si je me souviens bien ?

- Attrapeur pour l'équipe de Serdaigle, dit Harry en hochant la tête, concentré sur la couverture de Dan. Même si je n'ai rejoint l'équipe qu'en dernière année.

- Quelle coïncidence ! J'étais l'Attrapeur de Serpentard, pointa Malfoy en attrapant un morceau de poulet avec sa fourchette. Quand as-tu quitté Poudlard ? Je n'aurais pas pu te manquer si nous étions ensemble en cours.

- J'ai terminé ma dernière année après la Guerre et quitté Poudlard il y a un an.

Harry ne manqua pas la façon dont le bras gauche de Malfoy se raidit lorsqu'il parla de la Guerre. Il réorienta la conversation vers le Quidditch puis, après un moment, finit par poser sa fourchette. Régulièrement, Malfoy le quittait des yeux pour jeter un regard à l'horloge accrochée au mur.

- Tu es attendu quelque part ?

Pris de court par la question, Malfoy se reprit rapidement.

- Non. Je me demandais juste si c'était le bon moment pour passer dans un endroit plus confortable, murmura-t-il avec un petit sourire.

Harry baissa le regard vers leurs assiettes vides et se demanda, le coeur bondissant, ce que Malfoy entendait par là. Ce dernier se tamponna les lèvres avec sa serviette, se leva et alla poser son verre de vin dans la cuisine. Harry se leva à son tour et le suivit pour aller s'installer avec lui dans le canapé. Malfoy replia ses longues jambes, un coude sagement posé sur le sommet du canapé, et posa la tête sur son bras en lançant à Harry un regard prometteur.

Harry gigota maladroitement sous le regard transperçant et prit une gorgée de vin pour reprendre contenance.

- Tu ne te rends vraiment pas compte que j'essaie de te séduire, pas vrai ?

Harry s'étouffa dans son verre.

- Q-Q-Quoi ?

Ce n'était pas vraiment une surprise, mais entendre Malfoy en parler si ouvertement…

Malfoy avait son sourire de requin. Il attrapa le verre des mains de Harry et se rapprocha de lui. Harry essaya de se reculer mais il sentit rapidement le bout du canapé cogner contre son dos, et Malfoy était proche, beaucoup trop proche.

- Une danse, un dîner, un dessert et maintenant un rendez-vous. Comment pourrais-je être plus clair ? Est-ce qu'il faut que j'enlève mes fringues pour toi ?

La voix de Malfoy n'était plus qu'un souffle rauque.

Oui, s'il te plaît !

- Non ! Je veux dire, non, s'étrangla Harry, envahi par la panique et le désir.

- Bien. Parce que j'espérais que tu te chargerais de m'enlever mes fringues, ce soir.

D'un geste habile, Malfoy poussa Harry contre le canapé jusqu'à se retrouver au-dessus de lui. Leurs corps étaient si proches l'un de l'autre que Harry pouvait sentir le sexe dur de Malfoy à travers son jean.

- Je crois que tu me veux aussi, pas vrai ? A moins que je n'ai mal interprété tes signaux. Je sais que tu me veux. Je peux le sentir, ajouta-t-il en ondulant des hanches, et Harry était sûr que Malfoy pouvait sentir son propre sexe en train de durcir.

- Draco…

Malfoy posa sa tête dans le creux du cou de Harry et lécha la peau fine de sa clavicule jusqu'à son oreille.

- Redis ça, grogna-t-il d'une voix si rauque que Harry sentit un long frisson traverser son dos. J'ai toujours voulu t'entendre dire ça comme ça. Pas forcément comme ça, mais je prendrais n'importe quoi. Redis-le !

- Draco, murmura Harry.

Cette fois, c'était lui qui releva les hanches, frottant le bas de son corps contre le sien. Les deux hommes gémirent au contact. Draco mordait sa lèvre inférieure, si pleine, si désirable, et Harry réalisa que s'il relevait juste un peu la tête, il pourrait l'embrasser. C'était tout ce à quoi il pouvait penser une fois la nuit tombée, une fois dans son propre corps, la main enroulée autour de sa propre queue ; à embrasser, et lécher, et sucer Malfoy. Il voulait l'entendre prononcer son nom, mais pas comme ça, pas dans le corps de Dan…

- Combien de temps est-ce que tu… putain

La tête toujours perdue dans le cou de Harry, les mots de Malfoy s'étouffèrent quand il glissa le bout de ses doigts contre le sexe de Harry.

Haletant, Harry essaya tant bien que mal de se concentrer pour reprendre le contrôle, en se forçant à répéter silencieusement des bouts de phrase encore et encore. Des méchants enlèvent et exploitent des serpents. Harry est Auror et attrape les méchants. Malfoy est un méchant. Méchant Malfoy. Méchant, vilain Malfoy. Malfoy doit être puni. Malfoy à genoux, en train de demander pardon. Je veux le voir à genoux devant moi, pas devant Dan…

- Je ne peux pas. Putain, je le veux tellement, mais arrête Draco, arrête, bégaya Harry avec la voix de Dan, le repoussant avec les mains de Dan.

Harry se décala en tremblant. Se laissant retomber sur le canapé, Malfoy se renfrogna. Le regard suspicieux, ses yeux gris s'attardèrent sur le visage de Harry avant de se concentrer sur ses cheveux noirs en bataille.

- Tu me rappelles quelqu'un de l'école, murmura Malfoy.

- Un ami ? hasarda Harry, l'appréhension chassant rapidement l'envie qu'il avait de lui.

- Non. C'était loin d'être un ami, assura Malfoy d'une voix voluptueuse, étudiant toujours Harry attentivement.

Un signal d'alarme résonner sourdement dans sa nuque.

- Des cheveux noirs, toujours en désordre… Comme les tiens, à vrai dire. Étonnant, pas vrai ? remarqua Malfoy d'un ton qui sous-entendait tout le contraire. Pas les mêmes yeux, cela dit. Il a les yeux verts. Les yeux les plus verts qu'on puisse voir, comme de l'herbe tout juste coupée sur un terrain de Quidditch.

Il sait. Je ne sais pas comment il peut en être aussi sûr, mais il sait.

- Est-ce qu'il te plaisait ? réussit à articuler Harry, essayant désespéramment de trouver un moyen de tourner cette discussion à son avantage.

- Quelle importance ? A moins qu'il ne soit celui que je…

D'un coup, Malfoy s'interrompit au milieu de sa phrase. La cheminée venait brusquement de s'allumer et une voix de femme se mit à l'appeler avec une douleur clairement identifiable.

Pendant une fraction de seconde, Malfoy ne bougea pas, puis il tourna le dos à Harry et se précipita vers la cheminée. Harry tendit le cou pour essayer de voir le visage dans les braises mais il avait déjà une vague idée de qui il s'agissait. L'échange fut bref et inaudible, Malfoy parlait trop rapidement et trop bas pour lui. Lorsque la cheminée s'éteignit, Malfoy revint vers le canapé, l'air encore plus pâle qu'avant.

- Tu dois partir, aboya-t-il.

Ses épaules s'affaissèrent quand il appuya la paume de ses mains contre ses yeux clos.

Étrangement, Harry se rendit compte qu'il n'avait pas envie de laisser Malfoy dans cet état.

- Je pourrais peut-être…

- Va-t'en ! rugit Malfoy.

Son visage se déforma avec un rictus familier, les yeux étincelants. Harry recula, un peu vexé.

C'était comme si rien de ce qui s'était passé ce soir n'avait existé.

- Très bien, puisque tu veux la jouer comme ça ! lança Harry d'une voix rageuse.

Et, sans un regard en arrière, il sortit en trombe de l'appartement et transplana chez lui.

Dans le salon, roulé en boule dans son grand panier rembourré, Bacon leva la tête en sentant Harry passer d'un pas lourd en direction de la cuisine.

- C'est quoi son putain de problème ?! Tout se passait bien, le courant passait bien, on l'appelle, je sais très bien que c'est sa mère, je lui propose de l'aide et là, il m'envoie bouler ! explosa Harry.

Il ne prêta aucune attention à un Bacon particulièrement amusé par la situation et entreprit de remplir la bouilloire avant de la poser d'un coup sec sur la cuisinière.

Il fouilla les placards à la recherche d'une boîte de thé, ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Mais évidemment, ça ne marcha pas, comme à chaque fois avec Malfoy, parce que cet enfoiré avait toujours eu le chic de le faire sortir de ses gonds et de le rendre complètement dingue. Toujours hors de lui, Harry prépara une tasse une fois que l'eau fut chaude et avala rageusement son thé brûlant.

- Je ne sais plus si j'ai envie de le baiser ou de le buter !

Le serpent lui adressa un clin d'œil solennel.

- Tu peux toujours faire les deux.

Harry lui jeta un regard noir.

- Oh, je suis désolé, ironisa Bacon de sa voix traînante. Était-ce une de ces questions rhétoriques parfaitement inutiles ? Parce qu'on sait très bien tous les deux que tu veux le baiser !

- Non, je ne peux pas, c'est Malfoy ! gronda Harry en plongeant sa tête entre les mains. Et je ne peux pas parce qu'il est impliqué dans mon affaire ! Et je crois qu'il se doute de ma véritable identité, qu'il sait que je suis sous Polynectar. Ou… Attends un peu.

Harry fronça les sourcils, l'esprit en alerte.

- Peut-être qu'il n'est pas sûr que c'est moi, que c'était du bluff. Donc je sais qu'il sait que je sais qu'il sait que c'est moi, mais pourquoi ne…

- A en croire ce que tu m'as rapporté de sa conversation avec le bipède blond, il semble avoir une raison de t'aider, suggéra Bacon, sortant Harry de ses pensées confuses.

Harry s'avachit sur sa chaise et se frotta les yeux.

Il aurait dû se douter que rien n'était simple avec Draco Malfoy.

- Reprenons. J'ai cherché et tué Voldemort quand j'avais dix-sept ans. Je n'épouserai jamais une femme qui me donnera trois beaux enfants et un Croup parce que je suis gay. J'ai rencontré tout un tas d'hommes parfaitement charmants - il fut brièvement interrompu par Bacon qui renifla avec dérision, gagnant au passage un nouveau regard noir de la part de Harry - mais sans que ça ne marche vraiment. Et maintenant, je rencontre quelqu'un qui me les brise depuis qu'on a onze ans, il est beau comme un dieu, je suis sous Polynectar parce que j'enquête sur lui pour une affaire, c'est le pire choix auquel on puisse penser pour une relation, et pourtant je le veux plus que tout au monde, rumina Harry en conclusion.

Ses yeux croisèrent ceux de Bacon, attentif.

- Tu sais, par moments, j'aimerai que ma vie soit plus simple.

Bacon laissa échapper un soupir patient, et nul doute que si les serpents pouvaient lever les yeux en l'air, il l'aurait fait. Il suivit Harry jusque dans sa chambre, monta sur son lit, ouvrit largement la gueule et tira la couette de Harry pour lui permettre d'y entrer.

- La vie n'est pas compliquée. C'est vous, les humains, qui la rendez compliquée, déclara Bacon avec un ton tellement proche de celui de Hermione que Harry ne put s'empêcher de rire.

- Tu as passé trop de temps avec Hermione.

- C'est une bipède merveilleusement exquise, confirma Bacon avec affection, avant de remuer la tête avec dédain. Malheureusement, je ne peux pas en dire autant sur le choix de son compagnon.

- Je ne comprends toujours pas ce que tu reproches à Ron. Je pensais que vous aviez commencé à vous entendre, murmura Harry.

Bacon ne répondit pas et remonta la couette sur Harry. Peu de temps après, Harry s'endormit profondément, Bacon roulé en boule à ses côtés.


- Je pense que Dan et moi pouvons reprendre le poste d'Alex.

Sur le point d'appliquer du gel sur ses cheveux, les mains de Harry se stoppèrent à mi-hauteur quand il entendit la voix de Malfoy résonner dans le vestiaire.

Trois jours étaient passés depuis la Nuit de la Séduction Ratée. Malfoy n'était pas venu au club les deux premiers soirs, sûrement pour prendre soin de sa mère. A peine une demi-heure plus tôt, quand Harry avait croisé le regard de Malfoy au bar, l'autre homme avait ostensiblement détourné le regard.

Et maintenant, il veut danser avec moi ?

Harry plissa les yeux en croisant le sourire mauvais de Malfoy à travers le miroir.

- Va pour un duo, quinze minutes, grommela Frank, le coordinateur du spectacle, après avoir consulté son porte-bloc.

Voyant que Malfoy ne faisait aucun signe dans sa direction, Harry resta obstinément devant son miroir et se concentra sur sa coiffure. Il avait déjà vu des duos de stripteaseurs au club mais sans jamais en faire lui-même. Malgré lui, ses yeux dérivèrent vers Malfoy, qui était en train de louper son trait d'eyeliner parce qu'il était occupé à fixer Harry à travers le miroir.

Cette fois, la coupe était pleine. Harry était fatigué de ce petit jeu, des regards brûlants échangés en secret et de ne jamais savoir à quoi pensait Malfoy. Il accrocha deux bracelets noir et argenté sur ses poignets, jeta un dernier regard à son reflet dans le miroir et s'avança d'un pas raide vers Malfoy.

- D'humeur pour une petite compétition, Draco ?

Malfoy arrêta d'appliquer son eyeliner.

- Qu'est-ce que tu proposes ?

- La victoire pour celui qui reçoit le plus grand nombre d'applaudissements.

Malfoy appliqua la touche finale sur ses yeux, posa le pinceau et croisa le regard de Harry.

- Quelle récompense ?

Harry hésita et dit la première chose qui lui vint à l'esprit.

- Si tu gagnes, je te prépare un petit-déjeuner.

- Un petit-déjeuner ? Pour… le lendemain matin ? minauda Malfoy en souriant. Si je gagne, je veux une nuit avec toi. Avec toi, articula-t-il, une lueur prédatrice dans ses yeux gris plissés. Tu sais très bien ce que je veux dire.

Harry fit semblant de ne pas comprendre l'allusion. Ils se serrèrent la main et quittèrent le vestiaire.

Harry repensa à l'audition qu'il avait passé. Il s'était largement amélioré depuis cette première nuit, et les applaudissements assourdissants qui les accueillirent tous les deux lorsqu'ils arrivèrent sur scène le confortèrent sur cette idée.

Harry regarda Draco initier les premiers pas de danse, faisant glisser ses mains sur sa poitrine exposée par la veste en cuir marron qu'il avait à moitié boutonnée. Ses hanches ondulaient légèrement au son de la musique. Lorsqu'il se retrouva face à Harry, il plongea son regard dans le sien et déboutonna un bouton de sa veste. Il ne fallut que quelques secondes avant que Malfoy n'enlève complètement sa veste et la jette dans la foule, révélant sa Marque des Ténèbres et une bande de cuir noir qui couvrait le haut de son bras gauche.

Il avait beau avoir l'habitude de regarder Malfoy danser depuis le bar, ça n'aurait pas dû être si surprenant de constater qu'il était encore plus beau vu de près. Harry se lécha les lèvres en le dévorant des yeux.

Lorsque la musique commença à ralentir, Malfoy s'avança vers Harry, tout en arrogance. A chacun de ses pas, ses doigts pâles tiraient sur la fermeture éclair de son pantalon en cuir noir, posé très bas sur ses hanches. Lorsqu'il arriva à la hauteur de Harry, son pantalon était quasiment défait, mais toujours en place. Il tourna brusquement sur ses talons, inclina la tête et applaudit avec le public quand Harry avança au centre de la scène.

C'était quasiment devenu une seconde nature pour Harry. Les lumières brillantes et éblouissantes, le bruit sourd de la ligne de basse qui accompagnait sa danse, la sensation de liberté profonde et naturelle qui battait dans ses veines quand il dansait… Il ne se contentait pas d'enlever ses vêtements ; d'une certaine façon, c'était comme s'il se débarrassait aussi de son identité. Quand il dansait là, dans ce club, il n'était plus Harry. Il n'était plus du tout Harry…

Lorsque la musique atteignit son climax, Harry courut vers l'autre bout de la scène, se laissa tomber sur les genoux, attrapa le haut de son débardeur blanc, le serra de toutes ses forces…

…et le déchira.

La foule rugit, et même si les applaudissements qui éclatèrent n'étaient pas aussi forts que ceux de Malfoy, Harry lança un sourire triomphant à l'autre homme.

Il courba son corps comme on lui avait appris, en relevant vers le haut ses épaules et son torse nus et en écartant largement ses jambes encore recouvertes du jean. Il tint la position pendant un moment, laissant la foule se délecter de la vue, puis se redressa, leur tourna le dos et retourna danser en direction de Malfoy.

Les deux hommes firent la moue en constatant que le public les acclamait tous les deux. Du coin de l'œil, Harry vit les deux serpents qui leur avaient été attribués, le fameux mamba noir de Malfoy et un serpent rouge qu'il ne connaissait pas, grimper sur scène… ensemble.

Et il eut une idée folle, complètement folle.

En un souffle, Harry se rapprocha de Malfoy, se plaça dans son dos et posa ses mains sur ses hanches. Presque collé à lui, il balançait ses propres hanches en rythme avec la musique, incitant Malfoy à l'imiter. La lèvre inférieure coincée entre ses dents, Malfoy ravala un gémissement, ferma les yeux et laissa sa tête tomber en arrière sur l'épaule de Harry, exposant sa gorgée déployée à la foule. Tout en dansant avec lui, Malfoy leva les mains et les posa délicatement sur le creux de la nuque de Harry, le rapprochant un peu plus de lui, puis fit glisser ses mains le long de son corps, caressant sa poitrine avant de venir rejoindre les mains de Harry. Entremêlés, leurs doigts frôlaient à présent la lisière du string de Malfoy.

Harry inspira profondément et sentit l'odeur puissante de vanille et de cerises envahir ses poumons. Le bruit de la foule et la musique lui parvenait de très loin et de toute façon, rien de tout cela n'avait d'importance parce que plus rien, absolument rien, n'avait d'importance à ses yeux, même pas les serpents qui sifflaient à leurs pieds. Rien d'autre que Malfoy.

Malfoy battit des paupières. Ses yeux gris étaient noirs de désir. Il ressentait la même chose que lui et c'est affolant. Merde, Malfoy pouvait probablement même sentir son coeur battre à tout rompre à travers sa peau.

Quelque chose rugit en Harry ; quelque chose de sombre, de profondément enfoui, de primitif.

Avec des gestes sûrs et rapides, Harry retourna Malfoy vers lui, se laissa tomber sur les genoux et arracha le pantalon de cuir de Malfoy.

Pris par surprise, Malfoy glapit devant le spectacle qu'ils offraient. Il ne portait plus que son string noir, ses fesses nues étaient tournées vers la foule, et Harry était à genoux devant lui, l'entrejambe de Malfoy à hauteur de son visage. Les hanches de Malfoy se mirent à trembler, ses mains enfouies dans les cheveux noirs, et Harry sentait le désir le consumer, le supplier d'enlever ce string et de prendre Malfoy dans sa bouche, entièrement, mais pas ici, pas comme ça…

Le mamba noir commença à s'enrouler autour des jambes de Malfoy et encore à demi-perdu, Harry sentit le serpent rouge l'imiter sur son propre corps. Il se releva doucement, remontant avec de longues caresses le long du corps de Malfoy, ses mollets, ses fesses, la courbe de son dos et le haut de son corps jusqu'à ses épaules. Par-dessus son épaule droite, Harry gronda et lança un regard glacial aux hommes qui se pressaient devant eux. A moi, il est à moi, juste à moi !

Il fit un pas en arrière et regarda Malfoy, lui habituellement si calme, si détaché, si propre sur lui, rendu presque fou d'envie et de désir à cause de lui. Harry retroussa sa lèvre supérieure et écarta largement les bras, laissant son serpent s'enrouler autour de son bras droit.

Malfoy sembla sortir de sa torpeur. Il s'installa à genoux en face de Harry et commença à déboucler sa ceinture et à enlever son jean, en prenant tout son temps comme s'il ouvrait un cadeau de Noël. Lorsqu'il eut fini, Harry ne portait plus qu'un sous-vêtement noir. Il sourit d'un air moqueur quand Malfoy écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche face au renflement caché par le fin tissu noir. De longs doigts virent tracer leur chemin à l'intérieur de la cuisse de Harry, s'approchant lentement de ses hanches frissonnantes avant de se poser fermement contre son bas-ventre.

Aimablement, Harry le rejoint au sol, et avant qu'il ne puisse réagir, Malfoy s'était faufilé de manière à ce que la tête de Harry se retrouve entre ses jambes. Il sentit le serpent rouge bouger contre son corps et rejoindre le mamba noir. Les cuisses pâles et nues tremblaient de chaque côté de la tête de Harry. Plissant les yeux, il se rendit compte qu'il pouvait presque voir la rondeur des testicules de Malfoy, et son cul n'était pas loin. Il brûlait d'envie de déchirer le string de Malfoy et d'avaler sa queue jusqu'au fond de sa gorge maintenant, maintenant, maintenant.

C'est inconcevable. Harry n'aurait jamais imaginé que le spectacle de sa danse avec Malfoy ce soir serait aussi explicite, mais ce n'était pas grave après tout parce qu'il n'était pas Harry

Ses propres jambes s'étaient écartées au fur et à mesure de leurs mouvements. Il ne put s'empêcher de se toucher de la paume de la main, se déplaçant légèrement, avisant Malfoy qui parcourait la scène de son regard triomphant. Les deux serpents étaient enroulés le long de ses bras tendus, de ses poignets à ses épaules. Son mouvement ne passa pas inaperçu pour autant et Malfoy se baissa et frappa la main de Harry pour l'éloigner de son sexe.

Sans baguette, Malfoy invoqua une chaise au bout de la scène. Il fit signe à Harry de s'asseoir. Voyant Harry obéir, le serpent rouge ondula pour rejoindre son épaule et attendit patiemment.

Malfoy commença à danser autour de Harry, souriant à la foule qui l'encourageait. Il finit par s'arrêter en face de Harry. Un pas de plus en avant, et il était sur les genoux de Harry, les jambes crochetées autour de ses hanches. Sans cesser de sourire, il fit glisser son doigt depuis la tempe de Harry jusqu'à ses lèvres. Sans réfléchir, Harry attrapa le doigt de Malfoy quand il s'arrêta sur sa bouche et se mit à le sucer. Malfoy haleta et poussa ses hanches en avant. Les cuisses toujours fermement plaquées contre Harry, il laissa lentement le haut de son corps tomber vers l'arrière, le visage vers le sol et les mains caressant le torse de Harry. Pendant ce temps, le mamba noir remontait le torse de Malfoy, dirigeant sa gueule toujours plus haut vers le ciel.

Le bouquet final fut incroyable. Harry, désormais complètement décoiffé, était assis sur sa chaise, les jambes largement écartées, un serpent rouge installé sur son épaule et son corps collé à celui de Malfoy au niveau des hanches. De son côté, pratiquement nu et la tête en bas, Malfoy fixait la foule, le haut de son corps tellement courbé que des mèches de cheveux blonds effleuraient le sol, son mamba noir fièrement posé en équilibre sur son torse.

La musique commençait à ralentir. Malfoy glissa deux doigts dans sa bouche et les suça brièvement tandis que ses hanches dansaient durement contre la queue de Harry. Ancrant fermement ses paumes de mains au sol, Malfoy se redressa avec souplesse et s'extirpa des genoux de Harry d'un geste ample. La foule poussa un grondement déçu. En réponse, Malfoy leur adressa un clin d'œil et une petite moue. Il posa la main sur le dos de la chaise de Harry et lui fit signe de se lever.

La musique s'arrêta enfin. Les deux danseurs se penchèrent en avant pour saluer leur public et Harry ne quitta pas Malfoy du regard. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un de plus attirant que lui, depuis ses longues jambes, sa peau pâle, ses pensées dépravées, son esprit espiègle et ses lèvres entrouvertes, jusqu'au fait que sous cette confiance insolente et cette audace désinvolte se cachait un homme qui demeurait une foutue énigme à ses yeux.

Draco Malfoy était bandant à en crever, une vraie rock star sur scène et une véritable porn star en coulisses.

Et Harry n'avait jamais autant eu envie de quelqu'un auparavant.

- Qui a gagné ? demanda Malfoy d'une voix essoufflée.

Il refusait de croiser le regard de Harry tandis qu'ils avançaient vers les vestiaires.

- Tous les deux, siffla Harry.

Il plaqua Malfoy contre le mur et enfin, enfin, ils s'embrassèrent, s'embrassèrent désespéramment, violemment, la bouche ouverte. Ils s'embrassèrent comme s'ils n'avaient embrassé personne depuis des années, et Harry sentait qu'il perdait complètement pied parce que Malfoy était si docile, si avide sous ses mains.

- Tu me rends dingue, parvint à articuler Harry, le souffle court, entre deux baisers.

Malfoy rejeta la tête sur le côté et Harry s'empressa de poser sa bouche dessus, titillant de sa langue le bijou en forme de serpent que Malfoy portait à l'oreille avant de descendre plus bas dans le creux de son cou.

- Toujours à agir comme si tu étais le roi, comme si le monde devait être en adoration devant toi. A Poudlard, tu avais ton petit fan club de Serpentard, toutes ces filles, tous ces mecs… Et maintenant, tu as une foule d'hommes qui te regardent, qui t'applaudissent pour que tu danses pour eux.

- Et alors ? Jaloux ?

De nouveau, Malfoy arborait un rictus triomphant, comme si Harry venait de laisser échapper quelque chose qu'il n'aurait pas dû, mais le cerveau de Harry ne fonctionnait plus correctement alors il se contenta d'effacer ce sourire avec sa bouche.

Quand il se détacha de lui, ce fut pour rire d'un air sombre, presque redoutable.

- Jaloux ? Ce ne sont pas eux qui te touchent ce soir. Ce ne sont pas leurs cuisses que tu chevauches en ce moment.

Tout en parlant, Harry avait coincé sa cuisse entre les jambes de Malfoy, laissant l'autre homme frotter son entrejambe contre le sien aussi durement et rapidement qu'il le souhaitait.

- Je ne leur en veux pas. Parce que tu es digne d'être adoré. Avec ce corps, ces lèvres et tes cerises à la con… Laisse-moi t'adorer, moi aussi. Laisse-moi le temps, n'importe quand, à genoux devant toi, murmura Harry d'une voix rauque, souriant contre la peau de Malfoy en sentant ses hanches s'ouvrir par saccades tandis qu'il semblait boire les mots de Harry.

Il serra le string de Malfoy entre ses mains, lécha le cartilage de son oreille et murmura :

- Je passerai la nuit à t'adorer.

Harry sentait le désir tonner en lui. Il était si proche de faire enfin glisser le string de Malfoy, de pouvoir enfin se mettre à genoux devant lui et cette fois, cette fois, de pouvoir le sucer jusqu'à ce que Malfoy ne puisse plus tenir debout et ne puisse plus réfléchir correctement.

- Dan, tu es… putain de merde !

La voix de Franck résonna soudainement dans la pièce remplie de leurs gémissements et de leurs halètements, et leur bulle de plaisir explosa.

Harry et Malfoy s'éloignèrent brusquement.

- On t'attend sur scène dans dix minutes, marmonna un Franck rouge vif avant de s'enfuir.

Dan.

Il n'était pas Harry.

Il fallut au monde quelques secondes aussi longues que des heures avant qu'il ne reprenne sa course habituelle et que Harry réalise où il était. Il était sous Polynectar, il était là pour le boulot et il était sur le point de résoudre son enquête.

Il ne pouvait pas… Il ne pouvait pas.

Il n'était pas Harry.

Fermement décidé à s'y tenir, Harry tourna les talons et disparut à son tour.

S'il s'était retourné, il aurait vu Malfoy glisser au sol, comme si le baiser avait sapé toute son énergie. S'il s'était retourné, il l'aurait peut-être entendu murmurer : "Reviens, Harry".

Mais il ne se retourna pas.


Il portait le même pantalon de cuir que d'habitude et il buvait la même boisson verte à la cerise que d'habitude.

Mais tout avait changé.

Harry sentit toutes les fibres de son corps se dresser quand Malfoy s'assit à côté de lui au bar. Un suçon brillait dans le creux de son cou et Harry sentit son visage s'enflammer quand il se souvint qui était à l'origine de ça.

- Tu sais, il existe un numéro que tu peux appeler si tu te perds ici, quand les portes sont fermées et que les lumières sont éteintes, lança Malfoy avec ambiguïté en pointant de la tête le bureau que Harry avait fracturé quelques jours auparavant.

Regardant Harry dans les yeux, Malfoy attrapa sa main et traça une série de sept chiffres sur sa paume.

Le code du coffre, réalisa brusquement Harry.

Malfoy s'écarta de Harry et se mura dans le silence, le regard perdu dans le vague.

- Si j'appelle ce numéro… articula lentement Harry, croisant le regard de Malfoy. Qu'est-ce qui me garantit que la personne au bout du fil pourra m'aider ?

Malfoy ne répondit pas tout de suite. Il semblait chercher ses mots avec précaution.

- Va savoir. C'est le genre de personne qui décrocherait si tu recevais un maléfice Cuisant sur le visage.

La prise de Harry sur sa pinte de bière se resserra au souvenir de leur accrochage au manoir Malfoy.

Au creux de sa main, la peau que Malfoy avait touché en traçant le code du coffre le picotait.

Harry pivota sa chaise pour faire face à la scène et prit une grande gorgée de bière.

- Ce soir, après ton service. Assure-toi d'avoir un alibi, formula-t-il d'une voix légère, sans regarder Malfoy.

- Pourquoi ?

- Va savoir. On n'attrape pas les fouines avec un Feudeymon, murmura-t-il en se tournant enfin pour faire face à Malfoy.

Un silence passa.

Leur conversation était incompréhensible mais c'était ce qu'ils voulaient. Parler en énigmes pour s'assurer que personne d'autre ne comprenne ce qu'ils voulaient vraiment dire. Harry venait de révéler sa véritable identité à Malfoy et ce dernier en avait parfaitement conscience, à en juger par l'étincelle triomphante dans ses yeux et son sourire qui ne cessait de s'agrandir.

- Tu aimes les cerises ? demanda gaiement Malfoy.

Harry fronça les sourcils. Ça n'avait aucun sens. D'un haussement d'épaules, Malfoy pêcha une cerise dans son verre, la plaça délicatement entre ses dents et s'approcha de Harry. Sentant son coeur s'emballer, Harry s'avança et mordit dans le fruit. Ils avalèrent leur bout de cerise, leurs lèvres s'effleurant à peine, et avant que Harry ne puisse s'écarter, Malfoy posa sa main contre sa nuque et l'embrassa de nouveau. Et cette fois, tout était différent. Ce n'était pas moins renversant que les baisers brûlants et désespérés qu'ils avaient échangé deux heures auparavant, mais c'était complètement différent.

Parce que la partie était terminée. Malfoy savait que c'était lui, Harry Potter, et il continuait de l'embrasser.

Harry gémit et approfondit le baiser à la cerise, ce baiser qui débordait de douceur, qui brûlait avec une intensité qu'il pouvait ressentir au plus profond de son être. C'était un baiser rempli de promesses et de possibilités, un baiser qui en disait long sur les choses à venir…

Quand Malfoy se recula, ses yeux brillaient.

- J'ai toujours préféré les yeux verts aux yeux bleus, susurra-t-il.

Un doigt glissa le long du ventre de Harry et s'arrêta à la lisière de son pantalon. Harry sentit son souffle se couper.

- Une chose que tu ignores peut-être sur les fouines, glissa Malfoy avec son sourire plein de dents. Elles aiment que le petit-déjeuner leur soit servi au lit.

Puis il quitta le bar avec un clin d'œil et se dirigea vers les vestiaires.

Harry se retint de le suivre.

Maintenant qu'il avait la clé du coffre, il y avait beaucoup à faire. Il jeta un œil à sa montre. Parvati et les autres devaient encore dormir à cette heure-là mais ils ne pouvaient pas se permettre d'attendre plus longtemps. Il dressa mentalement la liste des personnes qu'il devait prévenir au plus vite. Ils allaient devoir organiser une descente dans le club pour libérer les serpents, récupérer autant de preuves que possible et traquer les responsables de toute cette histoire.

Son attention vacilla quand Malfoy apparut sur scène.

C'était sa dernière nuit à Serpentes. Harry se laissa envahir par l'ambiance de l'endroit les lumières brillantes, la musique assourdissante, l'incroyable sensation de liberté que cet endroit lui procurait… Il sentait la douceur du grain du comptoir du bar sous ses doigts et ferma les yeux pour graver ce moment dans sa mémoire. Il contracta ses muscles. Après cette soirée, il quitterait pour toujours le corps de Dan. Emprunter un corps comme celui-là avait été agréable, mais Harry avait hâte de retrouver son propre corps.

Oui, il avait encore beaucoup de choses à faire.

Harry noua ses doigts derrière sa tête et se cala plus confortablement au bar.

Tout cela pouvait attendre qu'il ait vu Draco Malfoy danser dans ce club une dernière fois.


A suivre dans le 3e et dernier chapitre ! Merci d'avoir lu jusque là, vous êtes géniaux o/