Bonjour à tous, je vous présente donc ici un recueil d'OS on va dire ou plutôt de parties d'une fiction que je ne pense rédiger. Ces écrits remontent à six mois, lorsque j'avais eu ce bref élan d'inspiration sur un coup de tête, mais mes lectures et visionnages de Saint Seiya et Saint Seiya The Lost Canvas datent de plusieurs années (2014 je crois bien). Néanmoins, même si c'est maladroit et possiblement bourré d'incohérences (je ne me suis mise que récemment à la relecture des Saint Seiya), sachez que j'ai un minimum retravaillé ces écrits sans pour autant les dénaturer de leur idée de base. D'ailleurs, il n'y aura aucun ordre entre les parties publiées (je les ai écrites aléatoirement) mais voyez comme fil conducteur l'idée d'un choc des générations entre les Saints du XVIIIe siècle et ceux du XXe siècle.

Voici donc la première partie qui aurait dû faire office de prologue dans ma fiction si elle avait vu le jour. Il est bien long que ceux à quoi j'avais songé et vous pouvez, si vous voulez, le situer presque quinze ans avant le récit de Seiya et compagnie. Ici est mis en avant Shion du Bélier qui occupe le poste de Grand Pope.

Sur ce, bonne lecture.

P.S. : Merci d'avance pour ceux qui auront la foi de lire ce bon morceau et n'oubliez pas de lire mes notes en fin de partie.

Disclaimer : Les personnages relèvent de la propriété de Masami Kurumada et de Shiori Teshirogi.


Le soleil s'était levé depuis plusieurs heures, faisant étinceler de mille feux la belle Méditerranée d'un bleu céruléen. Il réchauffait avec allégresse la terre grecque, revigorait les vestiges de grands édifices antiques immaculés. Il trônait dans une immensité azurée, dénuée du moindre nuage, allant faire face à un lieu surnommé le Sanctuaire. Et sous les échanges qui allaient de bon train entre les habitants de cet endroit sacré, il faisait miroiter presque comme des diamants treize temples qui se succédaient sur un mont, surplombant les autres édifices.

Les rayons chaleureux du soleil grec passaient à travers les grandes ouvertures faisant offices de fenêtres de l'immense naos[1] du treizième temple qui avait des allures de véritable palais. Ils l'éclairaient, faisant scintiller presque comme de la neige le marbre pentélique[2] composant presque l'entièreté de l'édifice et venaient réchauffer l'homme qui s'y trouvait. Ce dernier était seul, terriblement seul. D'un immense vêtement noir bordé de pourpre et de fils d'or vêtu, un casque doré avec l'effigie d'une sorte de dragon aux ailes déployées sur la tête, libérant de longues mèches d'un blond presque blanc sur son habit, il trônait au bout de la pièce, sur un podium à trois degrés. Son regard rosé, à moitié dissimulé par son couvre-chef, fixait vaguement le long tapis rouge qui courait sur le sol, s'arrêtant net au seuil d'une imposante porte à double battant en bois d'olivier ornée de discrètes dorures. Une porte close. Une porte qu'il attendait de voir s'ouvrir sur des visages familiers, visages familiers qu'il n'avait malheureusement plus aucune chance de revoir.

Il souffrait de cette solitude que lui imposait son statut de Grand Pope.

Assis, le dos enfoncé dans le dossier du trône qu'il côtoyait depuis désormais près de deux siècles, Shion soupira longuement. Actuellement, il était dans le mal. Il était vraiment dans le mal. Non pas qu'il n'arrivait pas à assurer les démarches administratives relevant du statut de Grand Pope, loin de là même. En deux cents ans il était rôdé, il ne faut pas croire. Ce n'était même pas vraiment lui qui était dans le mal. Mais il s'agissait plutôt du Sanctuaire. Oui, le Sanctuaire était vraiment dans le mal.

Il n'y avait aucun problème avec les Bronze et les Silver Saints bien que toutes les armures de ces castes-là n'avaient pas encore de propriétaire. Cela ne pressait d'ailleurs pas pour le moment. Chaque armure donnerait naissance à un nouveau Saint en temps et heure voulus. Il n'y avait aucun problème du côté des apprentis en général, le Sanctuaire avait toujours été un lieu des plus attrayants et bien que durant son règne le nombre d'apprentis venant pour une armure avait diminué, il restait dans la limite du raisonnable. Les infrastructures du Sanctuaire en lui-même n'avaient guère souffert durant cette période après une reconstruction des plus vigoureuses suite à la dernière Guerre Sainte. En fait, on pourrait dire que tout allait bien. Mais non.

Il y avait bien un problème qui faisait que Shion était dans le mal.

Le problème venait des Gold Saints même. Ces Saints constituaient la crème des crèmes de la chevalerie d'Athéna. Ils étaient vus comme les guerriers les plus puissants que la Terre puisse porter. D'un niveau bien supérieur aux Bronze et Silver Saints, entraînés depuis leur plus jeune âge, ils étaient destinés dès le départ à une armure en particulier. Ils étaient destinés aux armures dont la constellation se situait sur l'écliptique. Ils étaient destinés à l'une des douze armures du zodiaque. Ces armures étaient ni en bronze ni en argent mais en or, un or qui aurait pu paraitre ô que bien lourd pour un humain ordinaire mais qui ne paraissait peser rien sur les épaules d'un Gold Saint.

Mais ça, c'était une fois que le Saint en question était habitué à l'armure, aurait pu préciser Shion. Il se rappelait très bien du poids imposant de son armure lorsqu'il l'avait revêtue pour la première fois. Il aurait presque pu s'écrouler dessous si son ami d'enfance Dôko ne l'avait pas retenu, grimaçant lui aussi sous la masse de sa propre armure.

Cependant, il n'en demeurait pas moins que ces armures étaient plus qu'importantes aux yeux du Sanctuaire. Les Saints qui les revêtaient, chacun doté de capacités différentes mais toutes aussi puissantes, se voyaient comme la garde presque personnelle du Grand Pope et de la déesse Athéna. En effet, sur la colline impressionnante du Sanctuaire se succédaient bien douze temples avant le temple appartenant au Pope lui-même et à la déesse. Douze temples dont chacun était gardé par un Gold Saint, gardien et protecteur de sa maison zodiacale.

Une personne normale n'aurait pu su discerner le problème qui pouvait concerner ces fameux chevaliers qui étaient alors les plus puissants du Sanctuaire. Non, elle n'aurait pu le voir, au contraire des habitants de ce lieu sacré. Chacun, qu'il soit apprenti, garde ou simple chevalier avait pourtant remarqué ce problème. Et quel était le problème à la fin ?

Il n'y avait plus de Gold Saints.

Chacune des armures reposait dans sa maison depuis plusieurs années maintenant. Elles n'avaient plus connu depuis longtemps sous leurs plaques dorées la sensation des muscles saillants de leur propriétaire ou encore l'humidité de la sueur du guerrier. Elles étaient délaissées. A l'abandon. Seules dans ces temples vides. Véritables œuvres d'art à l'éclat terni à l'abri des regards curieux.

Il n'y avait plus personne pour les revêtir, plus personne pour les amener aveugler un quelconque adversaire en reflétant un rayon traitre de l'astre diurne. Chaque Saint avait une spécialité, des techniques qui lui étaient propres et qu'il transmettait à son disciple, celui qui lui succéderait lorsqu'il partirait. Or, la dernière véritable génération de Gold Saints était partie bien trop tôt. Elle était partie sans le moindre successeur potentiel. Certes, il y avait eu des survivants, les Gold Saints du Bélier et de la Balance, mais ils n'avaient pas eu la foi de prendre un disciple, l'un ayant perdu son maître et l'autre celui qui aurait pu être considéré comme son petit-frère. Il était trop tôt pour eux, les blessures étant à vif. Et ceux qui avaient eu la chance de subir l'entrainement de quelques Gold Saints qu'ils soient n'avaient pas eu le loisir d'apprendre ce qu'il fallait. En effet, le jeune Teneo du Taureau qui avait succédé à Rasgado n'avait jamais réellement fini sa formation. Son maître était parti prématurément pour lui.

Au fil des années il y avait bien eu quelques prétendants potentiels, des jeunes Saints prometteurs mais qui, sans maître adéquat, n'avaient rien pu apprendre. Il s'agissait alors à ce moment-là de simples Saints lambdas vêtus d'une magnifique armure d'or. Tout simplement. Il fallait bien s'avouer que lorsqu'un type incapable du moindre Scarlet Needle prenait possession de la Gold Cloth du Scorpion il y avait de quoi rougir de honte.

Le pauvre Kardia avait dû bien se moquer d'eux de là où il était s'il les voyait.

Au début, bien que Shion eût vite saisi la gravité de la situation, il n'avait rien pu faire pour réparer cette erreur. Il connaissait les techniques de base de chacun qui fut autrefois ses confrères mais sans pratique, il n'aurait pu former douze futurs Gold Saints. Il n'avait lui-même d'ailleurs pris le temps de former son propre successeur à la Gold Cloth du Bélier depuis. Son armure devait bien lui en vouloir. Puis, il avait cru qu'au cours des décennies un miracle se produirait, un miracle qui lui aurait amené des apprentis aux capacités dignes de ses défunts frères d'armes et auxquels il aurait pu confier sans hésitation les armures. Mais non. Il n'y avait eu personne qui pouvait prétendre au rang de Gold Saint, pas même l'un des Silver Saints les plus expérimentés.

Le temps était alors passé. Les heures s'étaient écoulées. Les jours s'étaient succédés. Les mois s'étaient répétés. Les années s'étaient additionnées. Puis les siècles. Et c'était maintenant, après plus de deux cents ans qu'il comprenait à quel point la situation était critique. Plus de deux cents ans étaient passés depuis la précédente Guerre Sainte et bientôt, une nouvelle risquait d'éclater. Hadès allait ressusciter et les Saints d'Athéna devraient retourner au front contre ses Spectres. Et le problème était là, le Sanctuaire n'avait plus le moindre Gold Saint à sa disposition et l'Athéna de cette époque ne s'était même pas encore réincarnée.

La situation était plus que cruciale et si Shion ne trouvait rien d'ici peu, le Sanctuaire courait droit à sa perte dans quelques années tout au plus.

Un soupir las, un soupir faible, un soupir frustré lui échappa, un soupir emprunt de la fatigue du temps passé. Le Grand Pope le savait qu'il lui fallait trouver une solution, il en était de son devoir mais ce n'était pas chose aisée. Il rejeta la tête en arrière en expirant profondément, expiration qui résonna presque dans l'immense naos, alors que son regard se perdit sur le plafond immaculé. Il avait réussi à assurer à peu près jusque-là. Dôko était même venu lui donner des coups de main à maintes et maintes reprises avant de se retirer en Chine, aux Cinq Pics de Rozan pour surveiller les cent huit étoiles maléfiques tout en prétendant qu'il lui enverrait un jour son successeur et que lui, il ne ferait pas parti de la prochaine guerre. Il croyait à cette promesse bien sûr, mais cela lui faisait une belle jambe. Ils allaient être beaux contre Hadès le jour où le Sanctuaire enverrait avec les Bronze et Silver Saints deux Gold Saints, ceux du Bélier et de la Balance. Après, il avait ressenti il y avait de ça quelques années en Grèce le cosmos de jumeaux qui pouvaient prétendre au titre de Gold Saint des Gémeaux, mais il ne sentait pas prêt à batailler avec ce genre de chevalier. D'autant plus que sur le coup, il ne savait pas grand-chose des capacités de ce Saint en particulier. Il n'avait pas connu Aspros et n'avait pas été si proche de Deuteros.

Pour en revenir au point initial, oui, il était dans le mal et il sentait une migraine des plus vicieuses le guetter. Décidément, toutes ces affaires n'étaient plus de son âge et en plus de chercher un successeur pour lui et ses défunts compagnons pour leur Gold Cloth, il devrait également songer à se trouver un successeur en tant que Grand Pope. Il aimerait bien peut-être passer ces derniers jours à Jamir, sur sa terre natale.

Une de ses mains, marquée par les affres du temps se serra sur un petit objet qui cliqueta faiblement et un fin sourire étira ses lèvres. Il se redressa et ouvrit lentement sa sénestre pour saisir entre les doigts de sa main droite un bibelot qui lui renvoya un vif éclat rougeoyant. Il l'amena à la hauteur de ses yeux, tenant entre son pouce et son index une chaîne aux fins maillons dorés qui avait comme pendentif une étrange pierre. Ce bijou était d'un rouge vif, éclatant, presque sanguin, on put aisément croire à un rubis mais dont la taille était alors signifiance d'une préciosité accablante. A la forme un peu d'une goutte écrasée, polie et brillante comme si l'acte venait d'être effectué, de délicats filets d'or emprisonnaient la pierre, donnant l'impression de dessiner un arbre à l'envers dont les branches la soutenaient. C'était vraiment une merveille à la rareté inégalable. Une merveille digne d'un cadeau des dieux. Enfin, il s'agissait même d'un cadeau des dieux.

Ce que beaucoup auraient pu considérer un chef d'œuvre tout juste fini était en réalité vieux de près de deux cents ans. Il était question d'un trésor dont Sasha, la réincarnation d'Athéna de son temps, lui avait fait don avant de partir pour la dernière bataille. C'était un véritable présent divin à la valeur inestimable et il laissa pour la énième fois ses iris roses détailler l'objet.

« Si un jour tu as besoin d'une aide divine dans ton rôle de Grand Pope et que par un quelconque concours de circonstance je ne puis être à tes côtés pour te seconder, ce bijou sera là pour me remplacer. Il s'agit d'une goutte de mon sang que j'ai cristallisé avec mon cosmos. Cette goutte sera là pour te soutenir et d'aider à faire à la difficulté, jouant le rôle que je ne pourrai jouer à ce moment-là. Son efficacité ne se verra ternie au fil des années, ne t'en fais pas. Je suis sûre que tu sauras en faire bon usage. »

Il s'était inlassablement répété les mots de sa déesse lorsqu'elle lui avait remise ce bien qu'ils étaient inscrits au fer rouge dans sa mémoire. Il se souvenait même de sa surprise en apprenant la nature de cette pièce et qu'il l'aurait refusé si elle n'avait pas insisté pour qu'il la garde, lui confiant que c'était la seule chose qu'elle pouvait se permettre de lui offrir à l'aube du dernier affrontement.

Une goutte de sang d'Athéna. Voilà ce qu'était ce bijou écarlate semblable à un rubis. Non, il n'était pas semblable mais supérieur à cette pierre précieuse qui faisait bien pâle figure en comparaison.

Ce bijou recelait la puissance d'une déesse. Ce bijou était bien plus puissant que n'importe quel sceau marqué d'un sang terni d'Athéna. Ce bijou était bien plus puissant que l'épée de son maître Hakurei qui s'était vue bénie du sang d'Athéna. C'était le véritable sang d'Athéna. C'était un bien si précieux duquel, durant sa longue vie, il n'avait pu se séparer, le portant en continu sur lui. Il connaissait tout de ce bijou, tout jusqu'au millimètre près des maillons qui en constituaient la chaîne. Toutefois, malgré les épreuves difficiles que le Sanctuaire et lui avaient traversé comme les pandémies de peste et de choléra, il n'avait jamais songé à avoir recours à cet artefact. Jamais cela ne lui avait affleuré l'esprit. Bien évidemment, il avait comme beaucoup prié sa déesse dans les moments difficiles, des obstacles indépendants de la volonté des dieux, mais jamais il n'avait pensé à demander à sa déesse d'agir.

Mais peut-être serait-il alors temps, non ?

Shion soupira une fois de plus, le pendentif oscillant faiblement comme un pendule devant ses yeux. Qu'aurait donc fait Dôko à sa place ? Il aimerait tant avoir son avis sur la situation. Il avait essayé depuis son départ pour la Chine de le contacter à plusieurs reprises, mais celui-ci n'avait pas répondu au moindre de ses appels. Ressentant toujours son cosmos malgré la distance, il savait qu'il n'était pas mort mais rien ne lui disait pourquoi il ne lui donnait plus aucune nouvelle. Il avait besoin d'un soutient. Il avait besoin du soutien de celui qui avait été son ami d'enfance, son frère d'arme, puis son amant par la suite. Il avait véritablement besoin de lui.

En toute franchise, il ne saurait même dire s'il était un bon Grand Pope ou non, n'ayant jamais reçu une quelconque formation avant d'être placé sur ce piédestal qui ne lui seyait guère. Malgré les années passées et la sagesse acquise, il avait besoin du soutien des siens, il avait besoin d'un ami, d'une épaule sur laquelle il pourrait faire part de ses doutes. Mais il n'avait plus personne.

Tout le monde était parti.

Il plaça alors une paume ouverte ridée sous le bijou qu'il laissa chuter doucement dedans avant d'en caresser avec prudence les contours incertains. La plante de ses doigts passants lentement sur la goutte cristallisée à la surface et froide comme de la glace éternelle, il ne pouvait empêcher son esprit d'être assailli par tout un tas de questions qu'il savait loin d'être superflues. Devait-il vraiment se confier à cette merveille ? Devait-il faire part de ses doutes et angoisses à ce trésor ? Ce trésor avait-il réellement les capacités d'alléger ses peines et de l'aider en ces temps difficiles ?

Ses phalanges se refermèrent alors sur le pendentif qu'il ramena contre sa poitrine en abaissant ses paupières fatiguées. Qui sait après tout ? Une prière ne pouvait lui faire de mal, non ?

- Ô déesse Athéna aux yeux pers[3, fille de Zeus porte-égide[4] ! Vous êtes notre Protectrice et celle pour qui nous dédions nos vies. Vous avez quitté votre Terre bien-aimée il y a de ça plus de deux cents ans en nous assistant dans une bataille à l'issue victorieuse contre Zeus Chtonien[5] et jamais nous ne pourrions assez vous remercier. Nos prières et notre dévotion sont les plus illustres présents que nous sommes en mesure de vous faire, vous qui éclairez nos chemins.

Aujourd'hui, je prie et m'adresse à vous dans une probable requête égoïste ma déesse et je ne peux que maudire d'avance la bassesse de ma mortalité. A l'aube de votre affrontement ultime contre Zeus Chtonien vous m'avez fait don d'une goutte de votre pouvoir divin. Je ne puis être que trop indigne de ce présent divin et pourtant, j'implore votre bienveillance une fois de plus. Une nouvelle Guerre Sainte contre Zeus Chtonien nous menace et pourtant, nous, Saints de votre grandeur, nous ne sommes prêts. Loin d'être votre faute, mon incompétence est de mise. De ce fait, je vous implore, ô déesse Athéna aux yeux pers, fille de Zeus porte-égide ! J'implore votre bienveillance, guidez-moi dans mes actes futurs, guidez-moi dans cette bataille que je ne puis mener sereinement privé de mes frères d'armes, feu Gold Saints qui ont offerts leur vie pour vous…

Et son imploration à Athéna continua, s'éternisant sur de longues heures durant lesquelles, tout en vantant la grandeur de sa déesse, il se libérait peu à peu, lui faisant part de ses doutes et angoisses. Il ne pouvait que prier pour le futur du Sanctuaire, le futur du monde, en espérant que leur divinité ne les ait abandonnés, eux, pauvres mortels impudents qu'ils étaient.


Un miracle… il s'agissait d'un fait extraordinaire : ni impossible ni inexplicable, mais hautement improbable. Lorsqu'on parlait de miracle, en effet, on ne faisait pas seulement référence à des statistiques, mais on avait dans l'idée que quelque chose ou quelqu'un qui nous dépassait était intervenu pour défier nos attentes. On trouvait alors traditionnellement deux conceptions du miracle : la première défendait que le miracle était extraordinaire par rapport aux lois naturelles, c'est-à-dire qu'il était de l'ordre du surnaturel, et ne pouvait pas être résolu en terme de lois physiques ou de statistiques ; la seconde défendait que le miracle n'était extraordinaire que selon le regard de l'homme, il relevait de l'inhabituel.

Le miracle n'était alors pas seulement ce qui surpassait les forces de la nature, ni ce qui était inhabituel, ni même seulement un signe divin, mais une révélation. Le miracle révélait qu'au-delà du naturel, il y avait du surnaturel. Qu'au-delà de notre monde, il y avait quelque chose, ou quelqu'un, qui le transcendait. Qu'il y avait une parole, un logos, une intelligence à l'œuvre dans ce monde, et qu'elle semblait plutôt bienveillante. Et l'on s'attachait souvent à des divinités de ce fait.

Cependant, on en arrivait alors à un mystère du mal dans le monde, que le miracle questionnait douloureusement. Parfois, les miracles arrivaient. Parfois non. Par essence, un miracle était localisé dans l'espace et dans le temps. Mais les dieux, eux, étaient-ils localisés ? Est-ce que l'Olympe se voyait doté d'une altitude et latitude exactes dans les présumés cieux ? Pourquoi s'attacher à un lieu et à un moment ? En venant à y réfléchir, on se rendait compte que la localisation spatio-temporelle, qui était une forme de contingence, était la condition sine qua non de toute relation et de tout événement.

Alors, peu importe que le miracle soit surnaturel ou seulement inhabituel, tant qu'il était porteur de cette révélation. Le dieu à l'origine de ce miracle ne s'adressait pas à un tout, le monde vague et impersonnel, mais à quelqu'un en particulier. Il répondait à ce quelqu'un qui avait su le toucher par ses paroles.

Et ce fut le cas.

Les paroles de Shion atteignirent les douces oreilles de sa déesse qu'il n'avait de cesse imploré.

Et elle lui répondit. Elle lui répondit d'une voix douce. Elle lui répondit d'un souffle bienveillant. Elle lui répondit en bafouant les lois du monde divin. Elle lui répondit en faisant fi des lois ancestrales qui régissaient le domaine divin. Elle lui répondit en s'opposant à la volonté de Zeus Père[6] à la voix puissante[7].

Elle lui répondit en rendant l'impossible possible.


[1] Partie intérieure de l'édifice où se trouvait normalement placée la statue de la divinité. Dans Saint Seiya le Grand Pope en est le représentant direct et siège dans ce treizième temple, la statue de la divinité se trouvant à l'extérieur derrière sur une esplanade.

[2] Marbre venant du Pentélique, ayant dans l'Antiquité servit à la construction de nombreux édifices de l'Athènes antique, notamment sur l'Acropole.

[3] Epithète homérique associé à Athéna. Dans l'Antiquité la déesse était vue avec les yeux gris voire bleus, d'où l'emploi de l'adjectif « pers ».

[4] Epithète homérique associé à Athéna. Dans le récit de l'Iliade, on parle d'un Zeus porte-égide ce que l'on peut penser être un bouclier recouvert d'une peau de chèvre, soit Amalthée, la nourrice de Zeus. Il s'agit d'un outil merveilleux, offensif comme défensif, et en la secouant, Zeus déclencherait la foudre. Le terme exact est αἰγίοχος (« aigíokhos »), qui signifie, dans le Grand Bailly (ed 2000, p.39), « qui tient ou secoue l'égide ».

[5] Epithète qualifiant ici Hadès. L'adjectif « chtonien » est relatif aux divinités infernales, du monde souterrain, et en l'associant à la personne de Zeus, qui est le « dirigeant » de l'Olympe, celui qui y règne, on désigne celui qui domine le monde souterrain grec, soit Hadès.

[6] Epithète homérique associé à Zeus. Zeus est le père des dieux mais également celui des hommes, πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε (patềr andrôn te theôn te).

[7] Epithète homérique associé à Zeus. Zeus, en plus d'être le « Dieu des dieux », il a pour fonction secondaire d'être le dieu du ciel et de la foudre (à ne pas confondre avec son attribut, le foudre). En le qualifiant de Zeus « à la voix toute puissante », on fait référence à la foudre, au tonnerre dont le roulement est puissant, sous-entendant qu'il aurait une voix grave, qui tonnerait.

En espérant que ce bref lexique vous ait appris quelque chose.

Je vais tâcher maintenant d'expliquer certains points possiblement obscurs dans cet écrit et il faut encore avoir à l'esprit que ce récit date et que je n'avais pas toutes les cartes en main pour éviter mes incohérences probablement grosses comme une maison.

J'ai pris la décision de dire qu'il n'y avait plus de Gold Saints ou Chevaliers d'Or (si vous avez une préférence pour la version française, je changerai cela) puisque selon moi et mes vieeeeeeeuuuuuux souvenirs concernant Saint Seiya The Lost Canvas, pour succéder à un Gold Saint, il faut avoir été formé par celui-ci. Ceux du XVIIIe siècle partent assez vite et on n'a aucune précision s'ils ont ou non eu un apprenti (par exemple, je vois également très mal Albafica avec un apprenti) et concernant Saint Seiya, il me semble qu'à aucun moment on nous présente les maîtres des Gold Saints (sauf exception Mü). Après, peut-être que Saint Seiya G donne plus de détails et si certains le savent, faites-en-moi part. En tout cas, cette situation était d'ailleurs un facteur me permettant d'avancer dans mon idée de base et si elle vous a déplu, navrée.

Le sang d'Athéna est présenté comme étant une source de pouvoir et ayant de nombreuses capacités. On peut le voir exploiter à plusieurs reprises et diverses manières dans les animés ou les mangas. Souvent, il est simplement appliqué, sur un sceau, ou l'objet a "baigné" (terme à prendre avec des pincettes) dedans comme une épée ou une armure. Il est même dit qu'il serait la source du "misopethamenos" si je me souviens bien donc le sang se voyant introduit dans la personne porteuse de ce don. De ce fait, j'ai songé à l'époque qu'une goutte de ce sang, cristallisée par le cosmos de la déesse (j'avais de belles idées farfelues dis donc), pourrait être porteuse de certaines capacités. Bonne ou mauvaise idée, à vous de me le dire.

Et concernant la prière de Shion, je n'avais pas d'exemples types sous les yeux, et ce, malgré mes études qui concernent un minimum le domaine (de la mythologie grecque j'entends). J'ai donc inventé la chose en faisant en sorte que Shion reste le plus humble possible, avec l'emploi de nombreux épithètes. En outre, concernant son statut de Pope, je ne me rappelle plus bien comment il y est parvenu donc mes maladresses sont normales et cela se verra corrigé lorsque j'aurais relu les Saint Seiya The Lost Canvas. Merci de votre compréhension.