Petit blabla de l'auteur : Bonjour, nous revoici pour un petit OS, une petite partie portant simplement sur les jumeaux Saga et Kanon. J'ai toujours trouvé leur relation intéressante, notamment d'un point de vue psychologique, et ce fut un plaisir à écrire. La scène est particulièrement, elle m'est venue d'un coup et a été rédigée très rapidement et ce n'est pas quelque chose d'extrêmement travaillé en plus d'être court

Attention, je tiens à préciser qu'ici ils ont environ 13 ans et que je ne prends en aucun cas compte de l'origine divin du dédoublement de personnalité de Saga et de la trame originale en soi. Cet OS s'inscrit dans la "continuité" des autres, donc dans ma sorte de fiction abandonnée.


Ils avaient roulé dans le sable de l'arène.

La chevelure blonde n'avait tardé à virer à un noir des plus profonds.

C'était Sa couleur…

Les orbes smaragdins avaient pris un meurtrier éclat sanguin.

C'était Sa couleur…

Ils avaient roulé dans le sable de l'arène.

Les mains avaient glissé sur le cou de son double qui avait hoqueté de surprise.

C'était Ses mains…

Les doigts avaient serré avec force cette gorge vitale.

C'était Ses doigts…

Et il avait une fois de plus perdu le contrôle…

Alors que le blond doré reprenait peu à peu sa place, faisant disparaitre les mèches noires des racines jusqu'à la pointe des cheveux, les traits agressifs du visage juvénile se défirent et les yeux injectés de sang rougeoyants laissèrent place aux émeraudes habituels. Ces derniers ne tardèrent à briller, larmoyants, alors qu'il recula de quelques pas, titubant, s'écroulant à genoux. Ses doigts crispés sur des boucles or les relâchèrent pour que ses mains aillent s'échouer sur la poussière sale de l'arène. Un gémissement étranglé s'échappa de ses lèvres tremblantes lorsque son regard embué passa sur son double, découvrant avec horreur une marque de strangulation bleuâtre ceignant son cou.

Il avait recommencé.

Il avait perdu une fois de plus le contrôle.

Il avait une fois de plus blessé son jumeau malgré lui.

Sa gorge se noua douloureusement, les larmes se mettant à dévaler le long de ses joues, perles cristallines salées traçant des sillons humides pour se perdre dans son cou. Ses épaules tressautèrent sous ses sanglots et étreint d'un immense sentiment d'impuissance il se prit le visage entre ses mains, ne pouvant supporter de voir le visage habituellement bronzé de son cadet d'une blancheur presque cadavérique. Mais c'eut tout l'effet contraire, à peine rencontra-t-il dans son champ de vision ses mains, celles qui s'il n'avait su reprendre le contrôle auraient ôté injustement la vie de son jumeau, qu'il poussa un cri à fendre l'âme, ne pouvant qu'enfoncer ses poings dans le sable poisseux. Il était désespéré, il ne savait plus quoi faire et sous ses plaintes et pleurs il n'entendit pas le pas traînant de son cadet qui s'approchait vers lui.

Celui-ci avait repris ses esprits, il les avait repris bien vite une fois qu'il eut senti la poigne meurtrière de l'Autre se desserrait et quant il avait vu le visage de son aîné se tordre de douleur alors qu'il reprenait le contrôle. Une quinte de toux l'avait secoué et il avait instinctivement posé une prudente dextre au niveau de sa gorge douloureuse alors qu'il vit son frère chuter au sol. Toutefois, sa douleur devint sa seconde priorité quand il aperçut les larmes ruisseler sur les joues de celui qui l'avait toujours protégé lors de leur vie à Sparte et que ses cris déchirés parvinrent à ses oreilles. Avançant avec précaution, comme lorsque l'on s'approchait d'un animal blessé, il réduisit timidement les quelques mètres les séparant et s'agenouilla devant son double qui hoquetait dans ses sanglots, le corps secoué de spasmes.

Avec une douceur extrême, qu'il ne se connaissait pas, il l'enlaça, le ramenant contre son frêle torse, mettant sa tête au niveau de son cœur. Il ne tient pas compte du tressaillement de surprise de son aîné à son geste, et se contenta de poser son menton sur le sommet de sa tête, son regard allant se perdre dans le lointain alors qu'il murmurait :

- Calmes-toi Saga… Calmes-toi… Tout va bien… Je vais bien… Je suis vivant, tu ne m'as pas tué…

Il sentit désagréablement les pleurs de son frère mouiller sa tunique d'entraînement et continua de le rassurer autant qu'il le pouvait à l'aide de mots doux, caressant avec bienveillance ce dos qu'il avait connu si fort. Il lui arrivait de plus en plus souvent de devoir faire face à ce genre de situation à son grand regret et si la première fois il avait fini désemparé devant la crise de larmes de Saga, il savait maintenant à peu près comment les gérer. Mais il ne supportait toujours pas de le voir dans cet état. Ça lui faisait mal au cœur. Très mal.

Ils étaient jumeaux. Ils étaient jumeaux après tout. Ils avaient grandi dans le ventre d'une femme ensemble. Ils y avaient grandi ensemble, partageant tout et un lien très fort s'était créé entre eux. Ils étaient jumeaux. Ils étaient nés jumeaux au grand désespoir de leurs parents, notamment de leur mère qui avait succombé à leur naissance. Grandissant avec un père qui les incombait du décès de leur génitrice, se soûlant tous les jours, ils avaient grandi, miroir de l'autre. Le même groupe sanguin, les mêmes groupes tissulaires, les mêmes proportions, les mêmes cheveux blonds et les mêmes yeux émeraude. Miroir, ils renvoyaient le parfait reflet de l'autre, ils étaient à la fois double et un. Ils étaient deux mais ils ne formaient qu'un. Ils partageaient tout. Ils partageaient tout jusqu'au bout. Leur lien gémellaire était fort, beaucoup trop fort. Et ils le ressentaient au fond d'eux. Ils ressentaient tout de l'autre.

La tristesse de l'un était celle de l'autre. La joie de l'autre était celle de l'un. La peur de l'un était celle de l'autre. La colère de l'autre était celle de l'un. Le dégoût de l'un était celui de l'autre. La surprise de l'autre était celle de l'un.[1]

Et lorsque l'un se blessait, c'était l'autre qui saignait. Et c'était une fois de plus le cas aujourd'hui. Lorsque Saga se blessait, blessé par une énième prise de possession de l'Autre, Kanon saignait, son cœur se serrait douloureusement dans sa poitrine quand il voyait le triste état dans lequel plongeait son aîné. Il souffrait pour lui mais il ne pouvait pleurer pour lui, devant se montrer assez fort pour qu'il puisse se reposer sur lui. Il était dans ces moments-là son seul pilier, son seul soutien, sa seule échappatoire, sa seule et unique bouée de sauvetage.

- Saga… Chhhhhh… Ça va aller… Tout va bien…

Il ne put que continuer d'essayer de le réconforter, tous deux à genoux au milieu et dans le sable de l'arène. Peu lui importait que quelqu'un les surprennent, l'important pour lui était de consoler son aîné du mieux qu'il puisse. Le gardant contre lui, l'enlaçant toujours dans une étreinte fraternelle et se voulant rassurante, une de ses mains se mit inconsciemment à caresser son dos en dessinant des cercles. Les mèches d'or semblables aux siennes chatouillaient son cou et sous les sanglots intarissables, une nouvelle flopée de paroles apaisantes lui échappa.

Sous ses dernières, Saga faisait du mieux qu'il pouvait pour essayer de tarir ses larmes mais il n'y arrivait. Il avait peur. Il avait peur de Lui. Il avait peur de lui. Il avait parfaitement conscience de la peine qu'il infligeait à son cadet en se mettant dans des états pareils mais c'était plus fort que lui. Il avait terriblement peur. Il avait peur qu'un jour il ne réussisse pas à reprendre conscience à temps. Il avait peur qu'un jour il blesse grièvement quelqu'un et en particulier son frère. Il avait peur un jour de tuer sous Son influence. Il avait peur. Il était en réalité mort de trouille…

- Kanon… Kanon… Kanon…, répéta-t-il entre deux sanglots comme un mantra, ses mains tremblantes saisissant la tunique de son jumeau qu'il serra.

- Chhhh… Je suis là Saga…

- Kanon…

Sentir les bras de son cadet l'enlaçant plus fermement, l'emprisonnant dans cette bulle gémellaire, le rassurait et inconsciemment, il se pelotonna presque à la manière d'un chaton contre le torse adolescent. Il avait besoin de lui. Il avait besoin de son jumeau. Il avait besoin de son double. Il avait besoin de celui qui le comprenait et connaissait mieux que quiconque.

Son visage enfouit dans la tunique turquoise, ses larmes continuant de l'imbiber, il tentait vainement de calquer sa respiration hachée sur celle calme de son frère. Son frère qui était là pour lui. Son frère qui était là pour le protéger. Son frère qui était là pour le réconforter. Son frère qui était là pour le soutenir. Son frère qui était là et restait là malgré ses trop nombreuses crises de folie.

Et se concentrant sur les battements de cœur de celui qu'il aimait plus que tout, ses yeux fermés, il se réfugia encore plus qu'il ne le pouvait contre son cadet.

- Chhhh… Calmes-toi Saga… Je suis là…, lui chuchota celui-ci en déposant un discret baiser sur la chevelure blonde.

- Kanon… Je ne veux plus… Je n'en peux plus, Kanon… Je ne veux plus qu'Il revienne… Kanon… Je ne veux pas qu'Il te fasse de mal…

- Je suis là Saga… Je suis toujours là. Il ne m'a pas tué. Tu es revenu à temps.

L'aîné aurait dû sentir un certain réconfort l'envahir à ces paroles mais ce ne fut malheureusement le cas. Il était bien trop mal. Il avait bien trop peur. Ce n'était pas la première fois qu'Il s'en prenait à son jumeau lors de leurs entraînements quotidiens. Par chance, il reprenait toujours le dessus de justesse avant que l'irréparable ne soit commis mais…

- … Et si un jour je n'y arrive pas ? osa-t-il demander, étouffant ses sanglots mais les épaules tressautantes.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'offusqua le plus jeune avec un hoquet de surprise. Tu es bien plus fort que cet Autre !

- … Kanon... J'ai peur… J'ai peur…

- Saga…

La terreur qui imprégnait les quelques mots du plus âgé auraient presque pu laisser le cadet bouche-bée. Ils passaient leur temps ensemble, ils vivaient ensemble, l'un était l'autre et l'autre était l'un. Ils étaient deux pour ne former qu'un. Or, même si Kanon avait déjà connu des états de faiblesse de son aîné qui lui faisait part de ses craintes, c'était bien la première fois qu'il le voyait ainsi. Et cette crainte, contagieuse par leur relation fusionnelle, commençait à s'immiscer dans son cœur.

Puis, il délaissa les paroles rassurantes au profit d'une proposition que son jeune âge pensait plus sage.

- Tu ne voudrais pas que l'on en parle à Aspros et Deters ?

- Non ! s'écria aussitôt son aîné énergiquement en secouant la tête, chatouillant le cou de son puîné.

- Pourquoi ? Ils pourraient nous aider, non ?

- Je ne veux pas… Je ne veux pas… J'ai peur… Je ne veux pas qu'ils nous séparent…

Écoutant les sanglots de son jumeau reprendre de plus belle, le cadet resserra son étreinte, le câlinant doucement. Il comprenait les doutes de celui-ci mais leurs maîtres ne pourraient que les aider dans cette situation. Un avis adulte serait le bienvenu et puis ils auraient l'aide de Gold Saints.

- Saga… Ils n'ont aucune raison de nous séparer… Je suis sûr qu'ils pourraient nous aider… t'aider…

- Kanon…

Les mains du susnommé remontèrent le long du dos du plus âgé – de quelques minutes seulement – pour saisir ses épaules et il le détacha doucement de lui. Celui-ci rouvrit les yeux de surprise, toujours emplis de larmes, ses mains relâchant la tunique de lin, et rencontra un regard émeraude, identique au sien, mais dans lequel il pouvait lire une grande détermination.

- Et puis je serais là pour te protéger s'ils refusent de nous aider, lui fit son frère avec cran, le regardant droit dans les yeux. Jamais ils ne pourront nous séparer et personne d'autre ne le pourra. Nous sommes jumeaux après tout.

- Kanon…

- Aies confiance. Nous resterons toujours ensemble et ce n'est pas cet Autre qui va nous en empêcher. On va trouver une solution.

Les mains légèrement bronzées par le soleil grec quittèrent les épaules pour aller délicatement se poser sur les joues humides, l'aîné fermant quelques secondes les yeux sous ce contact rassurant. Un pouce vint cueillir une perle salée, l'empêchant de continuer sa route et le puîné apposa son front à celui de son double, son jumeau, ce reflet éploré.

Leurs mèches se confondirent, le contact de leur peau l'une contre l'autre leur semblait brûlant, et leurs regards s'accrochèrent, émeraudes dans émeraudes. Leurs souffles se mélangeaient et à nouveau, ils étaient deux mais ils ne formaient qu'un.

- Kanon… Je ne veux plus perdre le contrôle… Je ne veux pas faire du mal aux autres… Je ne veux pas te blesser… Je ne veux pas te perdre par Sa faute… Je ne veux pas… J'ai peur… Kanon…

- Je suis là Saga, lui murmura son frère, caressant doucement le haut d'une pommette humide avec son pouce. Tout va bien aller. On va trouver une solution et tout ira bien. Tu ne blesseras personne, ne t'en fais pas.

- Kanon…

- Chhhhhh…

La sénestre du plus jeune descendit, suivant les courbes du visage identique au sien pour se caler à la charnière du cou et de la clavicule. Des paroles réconfortantes lui échappèrent encore et décollant leurs fronts, il vint déposer un baiser sur la joue de son aîné qui frémit sur le moment. Un goût désagréable, salin, goûta ses lèvres et un voile peiné tomba sur ses orbes smaragdins alors qu'il sentit son cœur se serrer. Il ne voulait pas que son jumeau souffre autant. Il ne voulait plus que son jumeau souffre autant.

Et il continua à déposer de doux baisers, remontant la joue au goût marin, embrassant ses larmes qu'il considérait comme siennes. Il remonta, allant jusqu'à cueillir les dernières larmes au coin de l'œil, Saga lâcha un petit soupir d'aise sous ce traitement, tandis qu'il alla s'occuper de l'autre joue. Ils étaient deux. Ils étaient deux et ils partageaient tout. La souffrance de l'un était celle de l'autre et ensemble, ensemble ils trouveraient une solution. Ils trouveraient une solution pour eux deux. Et jamais ils ne se sépareraient. Jamais ils ne se sépareraient et Kanon continuera à protéger, à soutenir, son jumeau dans cette bataille. Il continuera d'être là pour lui et le sera toujours.

Ils étaient jumeaux après tout.

Ils étaient jumeaux et rien ne les sépareraient.


[1] Il s'agit des six émotions fondamentales dénombrées par le psychologue américain Paul Eckmann qui ensuite se déclinent en tous les autres sentiments que vous connaissez.

Autre petite précision, je mentionne Aspros et Deuteros de The Lost Canvas qui n'ont, selon la trame originale, aucun rapport avec les Gémeaux de Saint Seiya de Kurumada. Ce choix est délibéré, cette partie suivant toujours la logique de ma fiction abandonnée dans laquelle avait lieu un choc des générations et par ce choc, je sous-entends que les Saints du XVIIIe siècle viennent pour former ceux du XXe siècle. Le pourquoi du comment sera expliqué un jour dans une autre partie.