Et voilà le quatrième OS. J'espère que ça vous plaira ! Je vous souhaite une bonne lecture...
Tout ce dont j'ai besoin
La nuit tombait en douceur sur Ikebukuro. Dans les rues froides du quartier, Shizuo marchait d'un pas tranquille. Il venait tout juste de quitter l'appartement de Shinra. Il y avait passé un moment agréable avec son ami et Celty. Cette dernière avait préparé tout le repas et avait même tenté de lui faire un gâteau d'anniversaire. Le résultat n'avait pas été très réussi, mais Shizuo n'avait rien dit. Après tout, c'était l'intention qui comptait. D'autant plus que ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas passé un aussi bon anniversaire. Ses amis avaient pensé à lui. Son frère lui avait envoyé un message et ses parents l'avaient même appelé sur le temps de midi. Il avait donc tout pour être content de sa journée. Et pourtant... pourtant, sur le chemin du retour, il se mit à ressentir une sensation d'inachevé. Oh, il savait d'où elle venait, bien sûr. Ça faisait des mois qu'il l'avait compris. Mais ce n'était pas pour autant que la situation en devenait plus simple.
En y songeant, Shizuo sortit une cigarette de sa poche et l'alluma. Il inspira ensuite longuement la fumée. Ça l'aidait à rester détendu, même si son esprit, lui, était toujours focalisé sur le manque qui l'envahissait. Aujourd'hui, la puce ne s'était pas montrée une seule fois. D'habitude, il prenait toujours un malin plaisir à venir gâcher son anniversaire. Pour ça, il redoublait sans cesse d'imagination. Mais cette année, aucune trace de lui. Etait-il trop occupé ou bien… ou bien, malgré ses dires, il comprenait enfin que leur relation avait évolué ? Après tout, c'était la première fois que Shizuo fêtait son anniversaire depuis que les choses étaient devenues plus intimes avec Izaya. Evidemment, ce dernier ne l'admettait pas du tout. Il se lançait toujours dans de longs discours sur les besoins sexuels de Shizuo, sur la façon dont il l'utilisait pour se défouler autrement qu'en ayant recours à la violence et sur ses instincts de monstre. Honnêtement, ça faisait bien longtemps que Shizuo ne l'écoutait plus lorsqu'il partait dans de tels monologues. C'était stupide. Comme s'il ne pouvait pas voir qu'Izaya essayait juste de se convaincre lui-même. Shizuo, de toute façon, ne se posait aucune question. Il ne voyait vraiment pas l'intérêt de retourner la situation dans tous les sens. La présence d'Izaya lui faisait désormais du bien. Et c'était tout ce qui comptait. Il laissait donc les prises de tête à la puce.
Enfin... Du moins, en temps normal. Aujourd'hui, il ne pouvait s'empêcher d'y penser. Parce que, malgré tout, il trouvait que son absence était étrange. Et ennuyeuse. Mais ça, c'était un trait de sa personnalité qui ne changeait pas. Peu importe ce qui se passait entre eux, Izaya avait toujours la fâcheuse tendance à être ennuyeux. Seulement, pour le coup, ça n'arrangeait pas ses affaires. Izaya aurait quand même pu choisir un autre jour pour décider de ne pas se montrer. Shizuo le savait – il le ressentait. Il voulait voir Izaya. Cette envie l'étreignait de plus en plus. Shizuo n'avait pas envie de l'ignorer. Il la ressentait avec tant de force. Cette journée ne serait pas parfaite tant qu'il ne l'aurait pas vu. Mais, bien sûr, Izaya n'en faisait qu'à sa tête. Peut-être que Shizuo devrait simplement prendre les choses en mains. Perdu dans ses réflexions, il en vint à se demander s'il ne devait pas carrément se rendre à Shinjuku. Il pouvait encore faire demi-tour et- et il perdit le fil de ses pensées. Cette odeur... Non. Il ne pouvait pas se tromper. Son agacement disparut. Sa sensation d'inachevé s'atténua. Sans même s'en rendre compte, Shizuo se mit alors à accélérer l'allure pour rentrer chez lui le plus rapidement possible. Dès qu'il le put, il ouvrit la porte à la volée. Ses sens étaient en alerte.
Une fois à l'intérieur, ses yeux tombèrent immédiatement sur la veste brune posée sur l'une de ses chaises. Un large sourire s'afficha sur son visage. Il jeta sa cigarette dans un cendrier et s'avança dans la pièce. Aucun doute possible, Izaya était là. Son odeur avait déjà infiltré tout son appartement. Oui, il était bien présent. D'un coup, ce fut comme si le manque n'avait jamais existé. Suivant son flair, Shizuo se dirigea vers sa chambre, le cœur beaucoup plus léger. Quand il vit que la puce était tranquillement assise sur son lit, un de ses livres à la main, une douce chaleur se diffusa dans son corps. Enfin. Cette journée était enfin complète.
Il ne fallut que quelques secondes pour que le regard d'Izaya se tourne vers lui, rieur. Ses lèvres s'étirèrent ensuite de chaque côté de son visage.
« Shizu-chan ! s'écria-t-il, le ton enjoué. Tu en as mis du temps pour revenir. J'ai été obligé de prendre un livre dans ta bibliothèque pour passer le temps. Tes goûts sont tout simplement désastreux. Tu n'as rien d'autres que des romans de jeunesse et des mangas. Pas étonnant que ta culture soit aussi basse. En plus-
—Tais-toi », le coupa alors le blond.
Shizuo n'avait clairement pas envie de perdre son temps à supporter ses piques sur son intelligence. Il voulait juste profiter de ce moment avec lui. Mais, tandis qu'il s'approchait de la puce, le regard de ce dernier se fit plus moqueur.
« Tu es méchant, Shizu-chan. En plus, si je me tais, comment est-ce que je peux te souhaiter un bon anniversaire ? »
Shizuo le regarda, nullement impressionné par le sourire charmeur qu'Izaya abordait à présent. Il savait très bien où l'informateur voulait en venir. D'une façon ou d'une autre, il allait essayer de l'énerver. Mais Shizuo était bien décidé à passer une bonne journée jusqu'au bout.
« Fais-le alors, au lieu de te plaindre, lui répondit-il d'une voix grave.
—Ce que tu peux être exigeant, Shizu-chan. »
Sur ces mots, Izaya posa enfin le livre sur la table de chevet et se redressa. Sans même y penser, Shizuo laissa ses yeux traîner sur son corps. La puce était encore plus attirante que d'habitude. Etait-ce seulement possible ?
« J'ai un cadeau pour toi, chantonna Izaya sans faire attention à son regard. C'est gentil de ma part, non ? »
Shizuo ne lui répondit pas. Avec lui, il avait appris à se méfier. Il se contenta alors de froncer les sourcils, attendant qu'il lui en dise plus. Izaya, quant à lui, soupira et fit semblant d'être dépité par son manque de réaction.
« Si tu n'en veux pas, je peux aussi m'en aller.
—Arrête ton cinéma ! »
Izaya rigola doucement. Puis, une lueur prédatrice traversa ses yeux.
« Cette nuit... »
Il s'arrêta un instant, comme pour le faire languir. Puis, il poursuivit dans un souffle que Shizuo ne lui connaissait pas.
« … Je vais te laisser faire tout ce que tu veux de moi. »
Le cœur de Shizuo s'emballa à ces mots... Avait-il bien entendu ?
« Eh oui, Shizu-chan, reprit Izaya d'un ton railleur qui cassa tout l'effet qu'il avait instauré juste avant. Tu devrais en profiter ! Tu vas pouvoir laisser parler le monstre qui est en toi. »
Evidemment. C'était donc bien ça qu'il voulait. Décidément, la puce n'apprenait jamais.
« Tu peux te montrer aussi violent que tu le souhaites, ria le brun. Alors, dis-moi... Où veux-tu qu'on s'amuse ? Dans le lit ? Sous la douche ? À moins que tu ne veuilles me prendre sauvagement sur la table de la cuisine ? »
Son sourire se tordit en un rictus et son rire s'éleva dans les airs, mesquin. Izaya pensait clairement dominer la situation. À tous les coups, il voulait le pousser à la violence pour après pouvoir lui prouver qu'il avait raison depuis le début. Il ne se rendait pas compte à quel point Shizuo avait déjà dépassé tout ça. À quel point il se sentait juste bien avec lui. Comme toujours, Izaya lui donnait l'impression qu'il voulait détruire tout le bonheur qui se présentait à lui. Mais il était temps qu'il arrête. Parce que Shizuo, y tenait, lui, à ce bonheur. Et Izaya allait bien devoir l'accepter. Shizuo fit alors un pas vers lui.
« Je peux faire tout ce que je veux, tu en es sûr ? grogna-t-il, tout en scrutant la moindre de ses réactions.
—Evidemment, Shizu-chan ! Tu sais bien que je n'ai qu'une seule parole. »
Quel beau menteur il faisait. Mais qu'importe. Shizuo comptait bien le prendre au mot. Il réduisit alors enfin la distance qui les séparait. Izaya l'observa intensément. Il attendait probablement le coup venir. Ou, du moins, l'espérait-il sûrement pour pouvoir se prouver qu'il avait raison de ne pas y croire. Mais Shizuo ne lui ferait pas ce plaisir-là. À la place, il préféra se pencher vers lui et poser en douceur ses lèvres sur les siennes. Le goût d'Izaya pénétra dans sa bouche. Et il ne ressentit alors plus aucune tension. Il passa ensuite ses bras autour de son corps et l'amena tout contre lui. L'une de ses mains partit se glisser dans sa chevelure, tandis que l'autre se logea dans le creux de ses reins. Il pouvait enfin l'étreindre comme il le désirait depuis si longtemps. D'habitude, Izaya menait toujours la danse. Il ne laissait aucun temps mort dans leur rencontre. Avec lui, c'était toujours rapide, bâclé, sauvage. Oh, Shizuo mentirait s'il osait affirmer que ça ne lui plaisait pas. Seulement il en voulait tellement plus. Il souhaitait que le temps se fige. Pour que jamais il n'ait à s'éloigner de lui. Juste pouvoir le tenir comme ça, dans ses bras, c'était... c'était si fort. Si rare. Si intense. Et Shizuo le sut immédiatement. Jamais il ne pourrait se contenter d'une seule étreinte. Il lui en faudrait beaucoup plus. Malheureusement, Izaya ne partageait pas son enthousiasme. Il n'avait fait aucun geste envers lui. Il était resté immobile. Shizuo pouvait le sentir se tendre sous lui. Ce n'était pas ce qu'il voulait. D'un geste tendre, il traça des cercles sur son dos.
« … Qu'est-ce que tu fais ? » finit par demander Izaya d'une voix étrange.
Jamais il n'avait autant paru sur ses gardes qu'en ce moment même. Alors qu'il acceptait toute la violence de Shizuo, il se méfiait de sa douceur. Il fallait que ça change. Il le fallait absolument.
« Je profite de mon cadeau », répondit-il posément.
Pour une fois, Izaya ne semblait pas savoir quoi lui rétorquer. Shizuo en profita pour enfouir son visage dans son cou et inspirer profondément son odeur. Oui, il ne pourrait pas s'en passer. Il fallait que les faux-semblants cessent. Qu'Izaya voie la réalité en face. C'était le moment. Shizuo le savait. Il en avait la certitude. Il connaissait ses sentiments. Il devait juste se lancer maintenant. Il se laissa alors porter par ce moment et il se lança, tout simplement. Le cœur léger, il parvint enfin à lui chuchoter cette phrase qu'il rêvait tant de lui dire depuis des mois.
« Je t'aime. »
Lorsque les mots quittèrent ses lèvres, il se sentit incroyablement bien. Il lui avait fallu vingt-cinq longues années pour y arriver, mais il avait finalement réussi à être entièrement en phase avec ses émotions. Il en était tellement heureux qu'il aurait pu en rire. Oui, il aurait pu en rire si le corps d'Izaya ne s'était pas mis à trembler. Si ses mains ne s'étaient pas agrippées à son dos, dans un geste qui semblait désespéré. Si un sanglot ne s'était pas fait entendre. Ses émotions n'eurent alors plus la moindre importance. Parce que tout ce qui comptait, c'étaient celles d'Izaya. Shizuo resserra aussitôt son étreinte, dans un geste instinctif, comme pour le rassurer. Comme pour le protéger.
« … Tu es... stupide... »
La voix d'Izaya était si différente de d'habitude. Elle paraissait fragile, incertaine. L'inquiétude submergea Shizuo. Avait-il commis une erreur ? Il hésita à s'éloigner, mais les doigts d'Izaya se refermèrent sur lui avec plus de force lorsqu'il esquissa un mouvement de recul. Shizuo put alors sentir le cœur d'Izaya battre violemment contre son torse. Plus que jamais, l'amour qu'il éprouvait pour la puce se mit à marteler sa poitrine. Sa main caressa alors tendrement ses cheveux. Puis, il posa un doux baiser dans son cou.
Izaya commença lentement à se calmer. Mais il ne le repoussa toujours pas. À présent, son corps semblait même se fondre complètement dans le sien. Shizuo savait qu'il n'aurait aucune réponse à sa déclaration, mais ça n'avait pas d'importance. Parce que Shizuo connaissait depuis bien longtemps les sentiments d'Izaya. De toute façon, les mots n'avaient jamais compté pour lui. Non. Tout ce dont il avait besoin, c'était de pouvoir tenir Izaya dans ses bras. De l'avoir contre lui. Et de pouvoir recommencer encore et encore.
Il lui avait fallu une éternité pour le comprendre. Mais, maintenant, il ne comptait plus le lâcher. Il ne lui permettrait plus de s'enfuir. Il ne le laisserait plus se mentir à lui-même. Parce que, de toute sa vie, Shizuo ne s'était senti plus heureux qu'en ce moment même. Il ne se voyait pas partager ce bonheur avec quelqu'un d'autre que cette puce ennuyeuse. Ils étaient désormais liés. Et c'était juste plus fort que tout le reste.
Shizuo gardait précieusement Izaya dans son étreinte. Ils ne faisaient plus qu'un. Et oui – définitivement – c'était le plus bel anniversaire qu'il n'ait jamais eu...
Et voilà, à demain pour le tout dernier OS de cette semaine spéciale Shizuo ! :)
