Salut, désolée pour le retard (genre vraiment)
Gros chapitre aujourd'hui et celui qui m'a stressé le plus, mais que j'ai pris le plus de plaisir à écrire (en espérant que le plaisir a été partagé). Encore une fois, je me permets de préciser que je suis une grosse néophyte dans l'univers de Tolkien et j'espère ne pas avoir trop choqué les plus fins connaisseurs. Toujours désolée pour cette histoire de voyage qui devrait durer plus longtemps, mais j'espère que vous serez assez indulgents pour fermer les yeux : p
Le chapitre prochain sortira la semaine prochaine (donc le jeudi 13) et sera moins long. Je suis en période d'étude d'examen donc il n'est pas impossible d'avoir d'autre retard, désolée d'avance.
EDIT: petite-update pour vous dire que la chaleur estivale et mes examens me poussent à devoir prendre une semaine supplémentaire pour le chapitre qui devait sortir le 13. Je le sortirai donc le jeudi 20 :( déso
Merci à ma relectrice, merci à ceux qui me lisent et plus encore à ceux qui me laissent des commentaires ^^.
La nuit n'avait pas été de tout repos pour Thorin qui avait dû se battre avec son cœur et la chaleur épouvantable qui l'avait pris à la gorge. Quand il eut enfin réussi à calmer la douleur, il était épuisé. Il se rendormit alors que le jour pointait le bout de son nez. Quand il se réveilla, il pouvait voir à la lumière éclatante du soleil qu'il avait dormi bien plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu. Il s'en mordit les doigts. Il n'avait pas beaucoup de temps à passer ici. Il ne pouvait pas les passer à se reposer et à dormir.
Il se leva en constatant qu'il tenait encore en main le morceau de papier qui l'avait accompagné dans son agonie. Il n'avait pas pu s'empêcher pendant cette nuit de lire encore et encore le poème qu'il avait pris avant de partir. Il le remit dans sa poche. Le tenir à côté de lui avait quelque chose de rassurant. S'il lui arrivait malheur, il voulait qu'on sache ce qui l'avait tué et, que cette légende soit vraie ou non, c'était toujours une réponse.
Il arriva toujours fatigué et marqué par sa nuit passée, mais en tentant de faire bonne figure. Bilbon ne semblait pas être là. Il chercha dans quelques pièces de la maison et finit par ne trouver qu'une assiette de charcuterie et du pain qui l'attendaient. Il y avait également un mot accroché à côté de la planche à découper :
« Je suis parti au marché. Reposez-vous bien et bon appétit. »
Ce mot lui fit chaud au cœur. Thorin n'avait jamais remarqué à quel point l'écriture de Bilbon était belle. Il avait vu sa signature soignée et presque pimpante mais ne se doutait pas qu'il pouvait aussi écrire ainsi. Il n'avait pas très faim. La soupe qu'il avait mangée la veille lui avait pesé sur l'estomac toute la nuit et il avait bien failli ne pas la garder. À la place, il commença à flâner dans la maison. La plupart des meubles avait été pris mais il s'étonnait de retrouver tous les livres et toutes les feuilles qu'il se souvenait avoir vus et moqués. Il se trouva également nez à nez avec une petite table d'écriture. Un grand livre blanc y était ouvert et il s'approcha pour voir sur quoi travaillait Bilbon. Mais il fut déçu de n'y voir qu'une page blanche. Il se demandait sur quoi Bilbon pouvait travailler et cela fit sourire Thorin.
Son sourire fut interrompu par le bruit de la porte qui s'ouvrait. C'était Bilbon, les bras chargés de fruits et légumes. Il ne semblait pas voir devant lui à cause des provisions et Thorin s'approcha de lui sans qu'il le remarque.
— Je peux vous aider ?
Bilbon sursauta et faillit en faire tomber les sacs. Mais Thorin les prit.
— Oh ! c'est vous ? vous m'avez fait peur. Vous avez bien dormi ?
— Parfaitement, lui dit-il avec un petit rictus. Et vous ?
— Très bien aussi. Je nous ai ramené quelques carottes, quelques pommes et quelques…
Bilbon s'interrompit en regardant la table de la cuisine.
— Vous n'avez pas encore mangé ?
— Je n'ai pas très faim.
— Comme vous voulez, ne soyez pas gêné, ne vous privez pas.
— Ne vous inquiétez pas.
Pendant que Bilbon était en train de sortir les légumes des sacs et de les entreposer dans sa bien vide réserve, Thorin sortit. C'était une vue bien étrange que celle de la Comté. De toutes petites maisons creusées dans le sol, des jardins et des prairies à perte de vue, un grand ciel bleu parsemé de quelques nuages et des hobbits semblant à la fois travailler et se reposer en même temps. Il était bien loin de la cité minière en reconstruction et de son tas d'or. Il fit quelques pas dans le jardin. Cette petite parcelle de pelouse était quelque peu en chantier, mais on voyait que les mauvaises herbes et les plantes non désirées avaient commencé à être arrachées. Il pouvait même voir qu'il avait récemment planté quelques fleurs et même ce qui ressemblait à un début de potager.
Bilbon arriva, les mains dans les poches, avec un petit sourire empli de fierté pendant que Thorin admirait son travail. Il s'assit sur son petit banc et alluma sa pipe.
— Je peux vous en proposer ?
— Non, merci, lui dit Thorin qui savait que sa faible endurance n'apprécierait pas de tabac.
Il s'assit néanmoins à ses côtés pour prendre un peu le soleil. C'était bizarre pour Thorin de simplement s'asseoir et attendre. Bilbon pouvait le sentir et il brisa le silence.
— Y-a-t-il une activité qui vous intéresse dans la Comté ? Ou... préférez-vous simplement profiter du soleil ?
— Il y a une chose que je voudrais savoir…
Il se tourna vers lui et lui demanda :
— Est-ce que vous avez planté le gland que vous avez ramené de notre voyage ?
— Oui bien sûr ! lui répondit-il tout excité.
Il se leva et prit l'un des petits pots en terre cuite du jardin.
— Ça ne fait que quelques jours alors il n'a pas encore poussé. Et j'ai préféré lui donner toutes ses chances avant de le lâcher dans la nature.
Ils sourirent, mais furent dérangés par la présence de deux badauds qui les regardèrent puis les saluèrent avec un grand sourire. Thorin les salua sans comprendre, mais vit le salut au sourire crispé de Bilbon.
— Vous voyez ? Ce sont les dixièmes de la journée. Ils font semblant de passer pour vérifier que je suis bel et bien vivant, comme ça, encore et encore, comme par hasard. J'ai l'impression d'être devenu l'attraction de la région…
Le reste de la journée se déroula dans cette même ambiance paisible et presque innocente. Thorin et Bilbon s'occupèrent du jardin, se reposèrent sur le banc, grignotèrent quelques pommes. Puis ils partirent se balader pour visiter le village. Ils passèrent par le marché et les champs. Thorin commençait à sincèrement apprécier ce train de vie pittoresque, mais calme. Les passants hobbit continuèrent de saluer Bilbon pour son plus grand bonheur, mais saluait également Thorin qui les interrogeait et les impressionnait par sa taille. Il était grand pour un nain et pour un hobbit c'était un géant.
Ils terminèrent leur visite par une petite forêt. Sur le chemin, Thorin ne se sentit pas bien. La journée avait été longue et le soleil tapant n'était pas avantageux. Thorin s'arrêta et s'assit parce qu'il perdait l'équilibre. Quand Bilbon le remarqua, il se tourna vers lui inquiet, en lui demandant s'il allait bien. Thorin dut improviser un mensonge pour ne pas l'alerter.
— Je crois que je vais me coucher ici. Ce petit coin de nature, l'ombre de cet arbre. C'est ce dont j'ai besoin.
— C'est vrai que c'est un coin magnifique. J'y venais souvent quand j'étais petit. Ça avait presque quelque chose de magique, lui dit Bilbon en s'asseyant à côté de lui.
Thorin était couché sur le sol moussu et légèrement humide et commençait à sentir ses mains trembler. Il tourna son visage qui commençait à perler de sueur et vit Bilbon, les yeux fermés, le visage baigné de lumière et profitant d'une légère brise. Il commençait à sentir son cœur se serrer et ne voulait pas que Bilbon soit là quand il agoniserait. Il ne fallait pas qu'il sache. Mais il ne pouvait plus se lever. Thorin ferma les yeux en soufflant doucement par le nez pour se concentrer sur sa respiration et pour ne penser ni à Bilbon ni à la douleur. Mais il ne tiendrait pas très longtemps. Quelques minutes passèrent et il sentit Bilbon se lever :
— Je vais vous laisser vous reposer. Vous m'avez supporté toute la journée, je ne voudrais pas m'imposer.
— C'est gentil, lui répondit Thorin avant de réaliser qu'il ne voulait pas l'offenser. Mais vous ne m'avez pas dérangé. J'ai beaucoup aimé passer du temps avec vous. C'est juste cet endroit qui m'apaise.
— Bonne sieste alors. Mais revenez pour le souper quand même.
— J'y serai.
Bilbon s'en alla et dès qu'il fut assez loin, il put se tordre de douleur. Alors qu'il luttait contre lui-même, il s'énervait également. Lorsque des hobbits passèrent pour lui demander s'il allait bien, il leur somma de le laisser avec autant de délicatesse que la douleur le lui permettait. Il ne pourrait pas continuer cette mascarade très longtemps. Ça lui faisait de plus en plus mal, mais il voulait encore attendre. Ces moments qu'il passait avec lui, avec toute la bienveillance et toute sa sincérité, que se passerait-il s'il lui parlait de cette légende ? Est-ce que Thorin lui avouerait qu'il l'aimait, qu'il aimait être avec lui, que s'il pouvait il voudrait rester ici ? Mais est-ce que Bilbon l'aimerait en retour ? S'il ne l'aimait pas, il en mourrait plus vite, il en est sûr. Toutes ses questions prirent fin avec sa douleur et il revint chez Bilbon avant que celui-ci n'ait commencé à préparer à manger. Il put lui donner un coup de main, mais après avoir soupé, il dut aller dormir tant cette journée l'avait épuisé.
Le lendemain, Thorin se força à se lever un peu plus tôt. Quand il arriva, Bilbon était train de se préparer à partir. Ils partirent encore une fois ensemble pour se balader. Mais le village semblait avoir quelque peu changé depuis hier. Tout le monde semblait pressé et enthousiaste à la fois. Au milieu du village, des tentes et des tables étaient dressées. Des centaines de petites mains préparaient et décoraient le lieu et des tonnes de nourriture et de boissons circulaient. Quand Bilbon les vit, il s'écria :
— Oh, mais oui. Le mariage ! Avec votre venue, j'ai failli l'oublier !
— Le mariage ? se demanda Thorin.
— Ma sœur se marie ce soir. Sa famille est en train de préparer la cérémonie. Comment cela a-t-il pu m'échapper ? Je suis sûr que vous allez adorer. Ce sera l'occasion de vous montrer un peu des fêtes hobbits.
— C'est généreux mais je ne voudrais pas m'imposer.
— Vous imposer ? S'imposer dans une fête, c'est presque une tradition hobbit. Pour certains, c'est la seule véritable manière d'être invité. On invite officiellement une dizaine de personnes et toute la région fait le déplacement. Les mariages attirent toujours beaucoup de monde, mais pas autant que les buffets.
— Dans ce cas, ce serait un plaisir. Je tenterai de trouver de vêtements adaptés.
— Ne vous inquiétez pas pour ça. Moi non plus, je ne suis pas sûr de trouver une tenue convenable.
Le soir même, Thorin et lui vinrent avec les tenues les plus chics qu'ils purent trouver. Thorin avait dépoussiéré ses vêtements de voyage et Bilbon avait trouvé une chemise avec seulement quelques tâches et un manteau bleu qu'il avait recoud avant de venir.
Il faisait nuit quand ils arrivèrent. Le mariage aurait lieu sous les étoiles comme l'avait désiré sa sœur et le village avait ainsi été couvert de lampions. Comme Bilbon l'avait prévu, toute la région semblait s'être invitée. Il y croisa même ceux chez qui il était allé frapper pour récupérer ses affaires. L'un d'eux avait même eu l'audace de porter l'un de ses costumes préférés. Et il le portait mal, avait murmuré Bilbon à Thorin, en serrant des dents. Ils arrivèrent non loin de l'estrade couverte de fleurs où, Thorin supposait, devait se dérouler le mariage. Il n'avait pas eu l'occasion de voir beaucoup de mariages, mais ceux des hobbits semblaient beaucoup ressembler à ceux des nains.
Bilbon prit la main de Thorin pour le guider dans la foule jusqu'à la hobbit qui l'intéressait. Thorin avait les mains si chaudes que celles de Bilbon lui semblèrent glaciales. Mais Bilbon était bien trop concentré pour le remarquer. Ils traversèrent la foule d'invités pour se retrouver dans une petite tente où se préparait la future mariée. C'était une hobbit dans la tranche d'âge de Bilbon habillée d'une robe de mariée blanche. Elle avait de longs cheveux bruns attachés d'un chignon complexe et un sourire éclatant en les voyant entrer.
— Bilbon ! s'écria la hobbit avec un enthousiasme spectaculaire. Tu as pu venir !
— Je n'allais pas manquer le mariage de ma sœur préférée !
— Tu ne dis pas ça parce que je suis la seule ?
— Je dis ça parce que tu es ravissante, lui dit-il pour se corriger.
Elle tourna sur elle-même pour faire valser sa longue robe blanche garnie de dentelle fine et de fleurs. Elle en était fière et rougit devant ses compliments.
— Merci beaucoup. Toi aussi tu es ravissant, lui dit-elle avec ironie en regardant son simple manteau bleu.
— Ah… tu es au courant de la vente de ma garde-robe…
— Ma mère y était. Mon cadeau de mariage c'est ton argenterie.
— Je le savais ! s'exclama Bilbon avec un mélange de surprise et de colère. Quand je suis allée chez elle, elle m'a rendu deux cuillères en disant que c'était tout ce qu'elle avait acheté. Enfin… J'espère que ça compensera le fait que je n'ai que ça à t'offrir, lui dit-il en sortant un petit paquet de sa poche. Ce n'est pas grand-chose, désolé, mais j'espère que ça te plaira.
Il lui tendit son cadeau qu'elle s'empressa d'ouvrir. Dedans, il y avait un petit dessin dans un cadre en bois. Thorin n'arrivait pas à totalement comprendre ce que représentait le dessin. Cela semblait être un dessin d'enfant et deux petits bonhommes en bâtonnets semblaient courir dans une forêt sous une boule jaune souriante.
— Je n'arrive pas à croire que tu aies gardé ce gribouillis. Merci beaucoup.
— Je me suis dit que si tu voulais voyager, tu aurais encore un peu de nous et de la Comté. En tout cas, la manière dont tu percevais la Comté avec ton œil d'artiste de l'époque.
Elle le prit dans ses bras et le serra assez fort pour que même Thorin remarque que Bilbon manquait d'air. Elle se détacha de lui et ils remarquèrent qu'elle avait les larmes aux yeux.
— Ne te mets pas à pleurer. Tu voudrais que je pleure aussi ?
Elle rigolait en séchant ses larmes puis son regard se porta sur Thorin qui s'était lui aussi mis à sourire devant cette scène touchante.
— Tu ne me présentes même pas ton invité ?
— Bien sûr. Primula, je te présente Thorin Ecu-de-Chêne. Thorin, je vous présente Primula.
— Enchanté de vous rencontrer, et félicitations pour votre mariage, lui dit Thorin en s'inclinant.
Elle eut à son égard un regard pétillant et d'autant plus devant son geste élégant.
— C'est avec lui que tu es parti à l'autre bout de la terre du milieu ?
— Heu… C'est Thorin qui m'a embauché comme cambrioleur pour sa compagnie. Il est souverain d'Erebor.
— Alors dans ce cas, c'est moi qui vous félicite, Thorin. Avoir sorti mon frère de sa maison et de ses peignoirs, quel miracle !
Elle et Thorin en rirent et Bilbon fit mine de ne pas avoir entendu. Une hobbit débarqua en catastrophe pour annoncer que les préparatifs étaient finis. Les invités avaient commencé à s'installer et, dans peu de temps, elle pourrait s'avancer pour rejoindre son époux et prononcer ses vœux. Elle demanda à Bilbon s'il était toujours d'accord d'être son témoin. Bilbon était ravi qu'elle n'ait pas changé d'avis. Thorin dut donc s'éclipser pour rejoindre les autres invités.
La suite de la cérémonie se passa sans accroc. Bilbon accompagna Primula jusqu'à son époux. Le maire du village, qui avait déjà commencé à se servir dans le bar, fut celui qui les maria. Mais les échanges de vœux se déroulèrent très rapidement, comme si même les mariés se réjouissaient de faire la fête. Quand les tourtereaux s'embrassèrent, toute la foule s'écria de joie. Bilbon avait versé une petite larme en voyant sa sœur pleurer de joie. Dès que la cérémonie prit fin, tous les invités et les mariés se jetèrent sur le buffet et commencèrent à danser.
Thorin était en train de se servir au buffet pendant que Bilbon discutait un peu avec sa sœur et son époux. Bilbon serra, avec très peu d'entrain, la main de son beau-frère. Il lui répondait avec un sourire niais qu'il était content de le voir à son mariage. Bilbon s'exclama avec un encore plus grand sourire et en serrant des dents que lui aussi était ravi. Primula savait l'affection que Bilbon portait à son époux et demanda à ce dernier d'aller lui chercher une bière. Il comprit ce que sa femme voulait de lui et partit. Bilbon pouvait profiter de l'absence du boulet qui servait de fiancé à sa sœur, ou plutôt de mari, à présent. Ils reparlèrent de ce temps où ils n'étaient que deux jeunes hobbits gambadant dans les prés et les bois et revenant seulement pour se recharger et repartir. Ce temps était bien loin d'eux, mais se retrouver avait de quoi leur faire ressentir ces périodes révolues. Bilbon parla également de son voyage et de son aventure. Primula avait vu qu'il avait changé dès qu'elle l'avait revu. Quelque chose dans son regard ou quelque chose dans sa manière de parler, elle ne savait pas mettre le doigt dessus. Et elle avait également vu le nain qu'il avait invité et qui, selon les rumeurs, logeait chez lui.
— Je n'arrive toujours pas y croire. Toi, partir en voyage du jour au lendemain et risquer ta vie. Quand je pense que tu as failli t'évanouir la première fois que je t'ai parlé de quitter la Comté quelques jours. C'est ce nain qui t'a fait changer d'avis ? Même si en vrai… Moi aussi j'aurais vite changé d'avis en le voyant, lui dit-elle avec un clin d'œil.
Bilbon eut un regard étonné caché derrière son sourire et ne semblait pas comprendre le sous-entendu.
— Quand repart ton roi ?
— Demain matin. Il n'est pas resté longtemps.
— C'est un monarque après tout. Je suis déjà étonnée qu'il soit venu nous dire bonjour.
— Oui, moi aussi.
Bilbon regardait Thorin de loin discuter avec quelques autres hobbits autour d'une chopine de bière. Rien que de le regarder, il ne pouvait pas s'empêcher de sourire et de sentir son cœur battre un peu plus. Sa sœur lui donna un coup de coude en lui disant :
— Profites-en bien alors.
Elle s'éclipsa pour retrouver son mari. Bilbon rejoint Thorin. Il prit l'assiette qu'il lui avait préparée, mais ne put s'empêcher de souffler en voyant sa sœur se jeter dans les bras de son époux et l'inviter à danser. Thorin le remarqua.
— Vous n'aimez pas votre beau-frère ?
— Non ! Ce n'est pas que je ne l'aime pas. C'est juste qu'il est… Il m'énerve à être aussi mou. Je ne comprends pas comment quelqu'un d'aussi énergique et souriant que ma sœur peut être avec quelqu'un d'aussi lent et insipide.
— Je vous comprends. Être un grand frère c'est aussi apprendre à laisser sa sœur faire ses propres choix. D'ailleurs c'est votre grande ou petite sœur ?
— Oh en fait… Ce n'est pas vraiment ma sœur dans le vrai sens du terme. C'est plutôt ma cousine.
— Votre cousine ?
— Je l'appelle « sœur », elle m'appelle « frère ». C'est quelque chose de naturel entre nous, mais c'est vrai que pour ceux qui ne savent pas, ça peut les troubler.
— Je comprends. Vous étiez proches ?
— Oh oui ! J'ai toujours été fils unique alors… j'ai passé tellement de temps avec elle quand j'étais petit. Il m'arrivait même parfois de me tromper de maison. Nous étions vraiment inséparables petits et puis… le temps a passé. On a grandi, mais on est resté proches. Puis elle a voulu partir. Et elle a rencontré Drogo… Ce n'est pas quelqu'un de mauvais. Il est juste… tellement à l'opposé d'elle. Elle veut voyager, découvrir, explorer, et lui… il se contente de bêtement la suivre sans rien dire. Mais elle est persuadée que c'est son « âme-sœur », alors qui suis-je pour les juger…
Thorin écarquilla les yeux en attendant ces mots. Tous ces moments d'innocence et de déni s'écroulèrent en un instant alors que ces maudits mots lui revenaient et cette fois-ci, sortant de la bouche de Bilbon.
— « Âme-sœur » ? demanda Thorin en prononçant ces mots sèchement.
— Oui, c'est une légende de hobbit, un conte qu'on raconte aux enfants avant d'aller dormir. C'est ce genre d'histoire naïve où l'amour serait une histoire de prédestination, ceux qui arrivent à trouver la personne qui est faite pour eux sont comme liés à cette personne. Les hobbits se trouvent et ne peuvent plus se quitter. De belles histoires pour enfants…
Thorin comprenait à la manière peu convaincante qu'il utilisait pour décrire cette légende que Bilbon n'en était pas un grand amateur.
— Nous aussi, nous avons une légende naine qui y ressemble… Et comme vous, il est question d'être lié à une personne pour toujours.
Thorin ne voulait pas entrer dans les détails et évoquer l'autre aspect funeste. Bilbon sembla positivement surpris d'apprendre ce point commun.
— Ça ne m'étonne pas. L'amour est un thème universel dans tous les peuples de la terre du milieu.
— Mais la nôtre explique que les âmes-sœurs sont uniques aux nains. C'est ce qui fait leur force et avantage sur tous les autres peuples.
— Vous auriez le monopole de l'amour ? s'exclama Bilbon en plaisantant.
— Il faut croire que oui, lui répondit Thorin.
Ils rigolèrent jusqu'à ce qu'une jeune hobbit vienne les interrompre. Thorin l'avait remarquée depuis quelques minutes puisqu'elle semblait les regarder du coin de l'œil. Thorin s'attendait à ce qu'elle s'adresse à Bilbon, mais c'est vers lui qu'elle se tourna. Elle semblait extrêmement timide et mit quelques secondes à trouver ses mots :
— Excusez-moi… Est-ce que je peux vous inviter à danser ?
Thorin fut abasourdi par cette demande et se tourna instinctivement vers Bilbon qui eut la même réaction que lui, mais qui semblait en rire. Il se tourna vers la jeune femme à nouveau un peu gênée.
— C'est très gentil. Mais… je ne danse pas.
La hobbit sembla un peu déçue, mais vit dans le sourire de Thorin qu'il en était désolé. Elle le salua et partit. Il était toujours un peu choqué suite à cet incident.
— Vous aviez raison. Les nains ont vraiment le monopole de l'amour, plaisanta Bilbon.
— Je ne m'attendais pas à ça…
— Vous êtes à un mariage après tout. Beaucoup de hobbits en profitent pour trouver l'amour eux aussi.
— Non, je veux dire… je ne m'attendais pas à ce qu'une hobbit puisse s'intéresser à un nain.
Bilbon fut étonné de cette réponse et reçut cette information étrangement.
— Oh… Hé bien… Ce n'est pas mal vu chez les hobbits de s'éprendre d'une personne d'une autre race, ou même de se marier avec. J'ai connu une voisine qui s'était éprise d'un elfe. Bon… l'exemple n'est pas forcément pas bien choisi parce qu'ils se sont séparés dans la douleur. En tant que voisin, je m'en souviens encore… Mais ce que je veux dire, c'est que ça n'a choqué personne.
— Je ne peux pas en dire autant des nains. Ils ont… un certain sens de la fierté concernant leur race. Si je peux le formuler ainsi. Et puis, pour moi, c'est surtout par rapport à mon rang que…
— Que quoi ?
— En tant que roi, on attend de moi non seulement de régner, mais aussi… de fournir une descendance qui pourra faire de même.
Bilbon sembla quelque peu angoissé par cette idée pourtant si évidente.
— Je n'y avais pas pensé… Vous êtes le dernier de votre lignée…
Le mariage commençait doucement à se terminer. Les derniers hobbits vinrent saluer l'hôte de la fête. Elle les remerciait chaleureusement de leur venue et ne semblait même pas fatiguée. Thorin se sentait bien, mais il ne savait pas si son cœur exploserait à nouveau. Il s'étonnait cependant d'avoir pu tenir autant de temps. Et même, il s'étonnait de ne pas avoir senti de douleur aujourd'hui. C'était presque un miracle qu'il soit encore debout. Non pas qu'il allait mieux et que sa pâleur et sa fatigue avaient fait du progrès. Mais elles n'avaient pas empiré. Ça faisait bien longtemps que son cœur n'avait pas repris son cours. Peut-être était-il guéri ? Peut-être qu'après tout, ces vacances étaient la solution ? Cette stupide légende n'était qu'un conte parmi tant d'autres et le cœur des nains n'était pas plus maudit que celui des autres.
Bilbon commençait à piquer du nez et proposa à Thorin de rentrer. Il accepta et ils se levèrent pour dire au revoir à sa sœur. Bilbon expliqua que Thorin devait partir le lendemain et sa sœur acquiesça en le remerciant d'être venu. Il lui souhaita une bonne nuit de noces et elle lui souhaita également une bonne nuit avec un clin d'œil complice que Bilbon n'arrivait décidément pas à comprendre.
Ils rentrèrent, tous deux épuisés. Avant d'aller dormir, Thorin voulait remercier Bilbon.
— Bilbon… Je tenais juste à vous dire que j'ai passé une soirée formidable. Je ne pourrais jamais assez vous remercier de ce que vous avait fait pour moi. Vraiment.
— Moi aussi je vous remercie. Savoir que vous partez demain m'attriste au plus haut point.
— Si l'occasion se présente à nouveau, je reviendrai vous voir.
— Je l'espère.
— Bonne nuit, Bilbon
— Bonne nuit, Thorin.
Mais il n'arriva pas à dormir et, cette fois-ci, pas à cause de son cœur. Enfin, son cœur battait fort, mais pas douloureusement, c'était des battements rapides, mais d'une manière presque agréable. Peut-être que cette malédiction était fausse, mais, ce qui ne pouvait pas être faux, c'était le bonheur qu'il avait ressenti ces deux derniers jours. L'idée de partir l'empêchait de dormir. S'il était guéri, alors il pouvait repartir sans jamais revenir. Il n'avait même pas besoin de lui avouer quoique ce soit. Il pourrait s'en aller et simplement ne plus penser à lui. Mais légende ou non, il savait que ce ne serait pas possible. Il avait besoin d'être à ses côtés.
Il se leva pour aller chercher à boire, mais il s'étonna de voir la cheminée allumée et d'entendre des bruits dans la cuisine. C'était Bilbon qui remplissait une bouilloire d'eau.
— Vous ne dormez pas ? lui demanda Thorin.
— Oh non… je… je n'arrivais pas à trouver sommeil.
— Moi non plus.
Ils se regardèrent un peu gênés.
— J'étais en train de faire du thé. Est-ce que je peux vous proposer une tasse ?
— Ma foi… si je dois partir demain, pourquoi ne pas essayer ?
— Essayer ? Vous n'avez jamais bu de thé ?
— Si, une fois. Je ne me rappelle pas avoir aimé. Peu de nains aiment le thé, pour ne pas dire, presque aucun.
— Oh, mais celui-ci c'est une recette de famille. Vous m'en direz des nouvelles.
Bilbon porta la bouilloire jusqu'à la cheminée pour faire chauffer l'eau. Et en seulement quelques minutes, le thé était prêt à être servi dans de petites tasses. Thorin souffla pour le refroidir et quand il put le boire, il goûta. Il s'attendait à ce goût amer et poussiéreux, mais fut étonné de tomber sur quelque chose de doux et fruité.
— Vous aviez raison. C'est très bon. Votre famille peut être fière.
— Merci, dit Bilbon, flatté.
— Je ne connais qu'une autre personne qui a essayé de m'initier au thé.
— Qui ?
Il baissa les yeux en serrant la tasse.
— Ma sœur…
Bilbon regretta instantanément sa question.
— Je suis désolé… En plus, je vous ai invité au mariage de ma sœur… J'imagine que ça vous a rappelé de mauvais souvenirs.
— Non pas du tout. J'ai passé un merveilleux moment.
Cette réponse rassura Bilbon.
— Peut-être qu'un jour, votre relation avec elle s'améliorera.
— Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même pour la mauvaise relation que nous avons, elle et moi. Elle a toujours été plus… enfin moins guerrière que je ne le suis. Et j'ai beau lui avoir expliqué que je n'avais pas le choix, ce ne sont pas tous les morts que j'ai ramenés avec moi qui l'ont convaincue.
— Mais le temps peut guérir les blessures.
— Même si c'était le cas. Je ne lui en veux pas de m'en vouloir. Au contraire, je préfère qu'elle me déteste et qu'elle m'en veuille. Ça me permet de me rappeler pourquoi je me bats et pourquoi je dois encore racheter mes erreurs.
— C'est pour ça que vous avez aussi facilement accepté ce tournoi… Vous ne pensez toujours pas que vous méritez votre trône. Vous vous en voulez encore pour Kili et Fili ; je parie que vous vous en voulez toujours de m'avoir menacé sur cette rambarde…
— Oui… c'est vrai.
— Vous ne devriez pas vous acharner autant sur vous-même. Les gens qui vous entourent vous aiment et vous soutiennent. Vous n'avez pas besoin de vous justifier et de vous battre.
— Ce n'est pas aussi simple… Un roi ne peut pas se permettre d'avoir des faiblesses.
— Toute personne a ses faiblesses. Roi ou non.
— Les nains méritent mieux. Eux qui se sont battus pour leur terre, qui la reconstruise, qui la façonne. Ils méritent bien mieux qu'un roi faible comme moi. Et surtout un roi… qui ne veut même pas de son trône.
En formulant ces mots, Thorin réalisait que c'était la première fois qu'il le disait à quelqu'un, la première fois qu'il trouvait la force de l'avouer. Bilbon fut aussi choqué que lui et se tourna vers lui, abasourdi.
— Je suis désolé… Je ne savais pas. Après tout ce que vous avez fait pour récupérer Erebor et ce que vous êtes prêt à faire pour rester roi, je n'aurais jamais imaginé que…
— Je fais ce que je dois faire, ce qu'on m'a toujours dit de faire. Mais à présent… je n'en veux plus. Mais je ne peux pas juste laisser tomber… Surtout pas en ce moment.
— Et vous voudriez vous battre pour un rôle que vous ne voulez pas ? Je suis sûr que plein d'autres nains, d'autres chefs pourraient prendre le flambeau !
— Quelle déchéance pour ma famille et pour mon nom si j'abandonnais tout ça ! Je ne serais pas seulement un lâche à leurs yeux, mais un traitre. Je serais banni et je ne pourrais plus jamais vivre dans ma propre ville.
— Vous pourriez vivre ici !
Bilbon se mit à rougir en formulant ces mots. Le cœur de Thorin se mit à accélérer d'un coup.
— Vous voulez dire… ici… avec vous.
— Bien sûr ! J'aime beaucoup votre compagnie, Thorin. Vous m'avez proposé de rester à Erebor, moi aussi, je vous propose de rester dans la Comté. Ce n'est pas très glorieux, il n'y a pas beaucoup de combats, seulement quelques hobbits et Cul-de-sac. Mais je suis sûr que vous pourriez y trouver votre bonheur.
— Si je le pouvais, maître Sacquet… j'accepterais votre proposition sans hésiter. Mais… j'ai des devoirs, des devoirs que je suis le seul à pouvoir accomplir.
Bilbon baissa les yeux. Il comprenait Thorin de tout son cœur, mais ce refus lui avait fait bien plus de mal qu'il ne l'aurait imaginé. Lui qui avait enfin pu reprendre le bonheur de sa vie de hobbit ne voulait pas retrouver ce sentiment angoissant de solitude. Mais il n'avait pas le choix. Thorin était un roi nain, il était un simple hobbit. Peut-être était-ce leur place à tous les deux ?
Thorin le regardait avec regret. Il ne pouvait pas rester avec lui. Il l'aurait voulu de toute son âme. Mais… il devait partir demain, se battre contre Barûsar, devenir roi, avoir une descendance et régner sous la montagne. C'était sa place. Il fallait que ce soit des adieux définitifs. Il ne pouvait plus revenir, jamais. Sinon, il pense qu'il serait incapable de ne pas rester. Et si c'était la dernière fois qu'il le voyait, alors il devait lui dire, lui dire ce qui l'avait rongé pendant tout ce temps, la raison pour laquelle il était là.
— Bilbon… Il y a quelque chose que j'aimerais vous dire…
— Quoi ?
Son cœur se tordit d'un coup dans sa cage thoracique, comme pour compenser toute cette journée de repos. Sur le moment, la douleur fut si forte que le monde sembla exploser tout autour de lui. C'était si fulgurant et intense qu'il ne pouvait rien dire et rien faire. Bilbon le lut sur son visage horrifié.
— Thorin ?
Il se leva rapidement, la main sur le cœur. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son visage et le monde autour de lui fondait. Son cœur se déchira une deuxième fois et il en perdit l'équilibre. Il se rattrapa à la chaise de peu. Bilbon se leva paniqué pour l'aider.
— Est-ce que ça va ?
Thorin voulut lui dire que tout allait bien, mais une troisième déchirure de sa poitrine eut raison de lui et le fit tomber lourdement.
