Et voilà le tout dernier OS de cette semaine spéciale Shizuo (qui a un peu débordée du coup :p). J'espère qu'il vous plaira ! Je vous souhaite une bonne lecture !


Rêver de cette ville

Shizuo rêvait souvent de cette ville imaginaire. Cette ville où personne ne le connaîtrait et où il pourra enfin marcher tranquillement dans les rues, sans crainte d'être dérangé par des abrutis qui voulaient juste le mettre en colère. Au milieu d'inconnus, Shizuo aurait alors le droit d'être qui il voulait. Il pourrait effacer son passé et repartir sur de nouvelles bases. Et ça, Shizuo le désirait tant.

Certains jours, il s'imaginait même en détails le quotidien qu'il vivrait dans cette nouvelle ville. Il aurait le courage de reprendre ses études. Il trouverait alors un travail qui le passionnerait bien plus. Sa vie serait tellement, mais tellement plus simple. Il apprendrait à être quelqu'un de meilleur. Peut-être même y arriverait-il. Et, là, il serait enfin à la hauteur.

Mais c'était toujours à cet instant que son rêve commençait à s'effriter. Parce qu'il ne savait pas pour qui il serait enfin à la hauteur. Après tout, dans cette ville lointaine et paisible, il serait seul. Complètement seul.

Il n'y aurait pas de motarde sans tête toujours prête à l'écouter et à compatir, sans jamais le juger.

Pas de médecin cinglé qui voulait faire des expériences sur lui pour tester l'étendue de sa force surhumaine.

Pas non plus de patron compréhensif qui faisait tout pour l'aider.

Et encore moins d'informateur malfaisant qui refusait de le laisser tranquille.

S'il voulait repartir à zéro, aucun d'eux ne devait être là. Et, autant ils l'avaient tous profondément énervé à un moment donné (certains plus que d'autres, d'ailleurs), autant Shizuo avait du mal à imaginer sa vie sans eux. Ils faisaient partie de son entourage. Ils tenaient à lui, malgré ses défauts. D'une façon étrange pour le médecin, d'une manière malsaine pour l'informateur. Mais ils tenaient quand même à lui. Il avait beau relâcher toute sa violence devant eux – sur eux – ils ne le laissaient jamais tomber.

Dans cette ville, en revanche, il ne serait qu'un homme parmi tant d'autres. En paix, oui, mais seul et incompris. Parfois, il se demandait si ça en valait la peine. Si pour être tranquille, il pouvait sacrifier les seules relations qu'il avait réussi à créer de toute sa vie. Quand il y réfléchissait, il imaginait toujours la réaction qu'aurait son entourage s'il venait à les quitter.

Celty lui dirait de suivre son cœur.

Shinra le saluerait simplement, avant de se détourner de lui.

Tom tenterait de l'encourager, ne voulant que son bien.

Oui, Shizuo en était persuadé. Aucun d'eux trois ne tenterait de le retenir. Pour son bonheur, ils seraient prêts à le laisser partir... Restait le quatrième. Le pire de tous. Shizuo n'avait même pas besoin d'y penser longtemps. Il savait d'avance qu'Izaya ne le laisserait jamais s'installer dans une autre ville loin de lui. Et tant que ce maudit Izaya restait dans sa vie, Shizuo ne pourrait pas prendre son nouveau départ. La puce ferait tout pour le décourager. Il lui enverrait des sales types pour ruiner sa nouvelle tranquillité. À tous les coups, il serait même prêt à le suivre et à prétendre qu'il avait simplement trouvé un autre travail. Il deviendrait pénible et encore plus insupportable – si c'était possible. Oui, Izaya s'opposerait toujours à son rêve. C'était une certitude.

Shizuo devrait en être énervé. Il devrait, mais, étrangement, aucune colère ne montait en lui quand il y songeait. Ça avait beau être exaspérant, ça avait aussi un côté rassurant. Comme s'il avait un point d'ancrage. Il pouvait faire ce qu'il voulait, aller aussi loin qu'il le souhaitait, commettre des actes irréparables, il y aurait toujours au moins une personne qui resterait auprès de lui. Shizuo avait énormément de chances. D'avoir des amis qui acceptaient son anormalité, d'avoir un ennemi qui ne le laisserait jamais être seul. Il n'avait aucune garantie de pouvoir retrouver de telles relations. Non, il en était même persuadé, surtout pour Izaya. Il n'avait aucun risque de rencontrer quelqu'un comme lui dans une autre ville. Et heureusement d'ailleurs ! Le monde avait clairement déjà bien assez à faire avec une seule puce.

Dans le fond, la réponse, Shizuo la connaissait donc depuis longtemps. Même en admettant qu'il trouve cette ville et qu'il laisse – qu'il sème dans le cas d'Izaya – son entourage derrière lui, cette nouvelle vie de calme n'en vaudrait pas la peine. S'il pouvait toujours s'y faire des nouvelles connaissances, il se doutait qu'elles ne l'accepteraient pas aussi facilement que ses amis actuels, en découvrant son passé. Et même si, par il ne savait quel miracle, ça devait arriver, ce ne serait toujours pas suffisant. Parce qu'il lui manquerait encore un ennemi à la hauteur d'Izaya. Et, malgré ses dires, malgré sa colère, il n'avait pas envie de perdre ça.

Alors, oui. Shizuo aimait rêver de cette ville imaginaire où il ne poserait jamais les pieds. Il aimait songer, un instant, à cette vie parallèle qui aurait été bien plus simple. Mais ce rêve ne faisait jamais le poids bien longtemps. Il aimait encore plus son quartier. Parce qu'Ikebukuro l'acceptait comme il était. Et parce qu'il lui offrait un terrain de chasse alléchant pour poursuivre les puces ennuyeuses. Ça, Shizuo le savait. Il ne le trouverait jamais nul part ailleurs.

Ce rêve était donc juste condamné à rester dans son esprit. Et ça lui allait très bien...


Et voilà, c'est fini. J'espère que ça vous a plu. Dans tous les cas, n'hésitez pas à me donner votre avis, ça fait toujours plaisir :)

Merci de m'avoir lue, en tout cas ! Je vais tout faire pour revenir très bientôt sur ce fandom !