Note de l'auteure :
Je commence par les notes de l'auteure pour m'excuser des mois de retard (le remplacement de mon ordinateur, la session d'examen, le début de mes stages, le covid,…). Mais je vous rassure, cette histoire, je la terminerai même si ça doit être la dernière chose que je réalise sur cette terre ! Les grandes lignes des chapitres sont écrites et je dois juste retrouver le courage et surtout le temps de m'y remettre.
Malgré tout j'espère que ce chapitre vous plaira et vous donnera un peu de joie dans ces temps difficiles ^^
Comme d'habitude, j'espère que ne pas avoir laisser trop d'erreurs :/
Merci et bonne lecture T-T
Le voyage avait été long, plus long que Bilbon ne l'aurait voulu. Cette fois-ci, le magicien n'avait pas été là pour l'accompagner et plus d'une fois, il s'était mis en danger de mort pour ne pas ralentir. Chaque fois qu'il craignait pour sa vie ou que la fatigue lui brisait le corps, il repensait à Thorin, mourant chez lui, qui avait besoin que Bilbon ramène cette femme pour le sauver.
Carha. Il n'avait pas arrêté de se demander pendant tout ce voyage ce qui avait pu se passer pour que Thorin s'éprenne d'elle. Ce sentiment douloureux qui lui empoisonnait l'esprit à chaque fois qu'il y pensait ne faisait que le ralentir et il devait l'ignorer. Pourtant, quelque chose au fond de lui le rendait peut-être… jaloux. C'était ridicule, se disait-il. Thorin ne serait pas moins son ami s'il se mariait. Après tout, il lui avait lui-même expliqué au mariage de sa sœur que c'était ce que l'on attendait de lui. Ou alors ce n'était pas tant la peur de ne plus pouvoir être son ami qui le faisait souffrir mais plutôt la peur qu'il le reste… Il ne devait pas y penser. Il devait avancer, coûte que coûte.
Lorsqu'il arriva devant la montagne solitaire, il fut surpris de la voir plus agitée et plus peuplée que jamais. C'est vrai, il l'avait oublié, mais le tournoi de Thorin et de Barûsar se déroulait le jour avant son couronnement. Tous les rois et tous les nains du pays y avaient été invités. Plus il s'approchait d'Erebor et plus il s'engouffrait dans des foules en fête. La montagne n'avait jamais si mal porté son nom de solitaire. Enfants, familles et nains de toutes les régions s'amassaient aux alentours de la ville avec leurs bagages, leur charrette et même leurs animaux. Des campements avaient été dressés par les nains pour séjourner au pied de la montagne.
Bilbon n'avait pas le temps d'en profiter et gardait en tête son seul objectif : trouver Carha et la convaincre de partir avec lui dès que possible, en espérant qu'ils arrivent à temps pour Thorin.
Il arriva à bout de l'immense foule et se retrouva devant l'immense porte d'Erebor. Une gigantesque marée naine tentait d'y entrer, mais se faisait gentiment sermonner par les gardes qui leur expliquaient qu'en l'absence du roi, seuls les habitants pouvaient être autorisés. Bilbon savait qu'ils risquaient d'attendre à jamais s'il ne pouvait pas y entrer. Il s'approcha de l'un des gardes avec son sourire le plus sympathique. Il fit mine d'entrer comme si de rien n'était, mais l'un des gardes l'arrêta.
- Par ordre du Seigneur Dáin, toute personne qui…
- Oui, je sais, j'ai entendu quand vous l'avez dit à cette dame, à ce monsieur et aux quatre autres nains. Écoutez, il faut que je parle justement à Dáin. C'est Thorin Ecu-de-Chêne qui m'envoie.
Les deux gardes se mirent à rire bruyamment et ils furent suivis par le reste de la foule de nains.
- Bhin tient ! On nous l'a jamais faite celle-là. Le roi vous a envoyé ? Tout seul ? Et pour faire quoi ?
- Je ne peux pas vous dire ! C'est pour ça que je dois parler au Seigneur Dáin.
- Bien sûr… Je lui dirai quand je le verrai. Je suis sûr que les histoires des semi-hommes de toute la région l'intéresseront.
- Arrêtez de vous payer de ma tête ! C'est une question de vie ou de mort.
- Oh, mais j'en suis sûr. Maintenant, veuillez circuler, vous empêchez les nains de passer.
Bilbon savait que la montagne n'avait pas d'autre entrée, à moins d'avoir des années devant lui pour attendre d'ouvrir la porte par laquelle il était entré voir le dragon. Il sentait dans sa poche l'appel de l'anneau. Il aurait voulu l'utiliser, mais disparaitre en plein milieu d'une foule serait encore pire que d'aller directement dire aux deux gardes qu'il faisait de la magie noire. Alors qu'il sentait le désespoir le gagner, il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna et vit Bofur.
- Bilbon ? Ça faisait longtemps !
- Bofur ! Je suis content de te voir !
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Et où est Thorin ?
Entendre son nom fit remonter en lui les souvenirs angoissants encore frais. Bofur vit son visage s'assombrir et commença à craindre quelque chose.
- Il est toujours dans la Comté. Je dois sur le champ parler à Dáin.
- Que se passe-t-il ?
- Nous n'avons pas le temps ! Je t'expliquerai plus tard.
Bofur accepta et demanda aux gardes de le laisser passer avec Bilbon. Il était bien assez connu de tous les nains de la montagne pour qu'aucun de ses ordres ne puisse être remis en question. Bilbon put dévisager les gardes avant de s'enfoncer dans la montagne. Sur leur route, ils croisèrent les autres nains qui furent tous ravis de revoir Bilbon, mais qui commencèrent à l'interroger sur Balin et Dwalin, mais surtout sur Thorin. Bofur leur expliqua qu'il n'avait pas le temps et qu'il devait trouver Dáin. Ils le conduisirent dans la salle du trône.
Barûsar était en train de discuter vivement avec Dáin. Bilbon n'avait pas eu le temps de demander à ses compagnons ce qu'il s'était passé pendant l'absence de Thorin, mais il pouvait voir dans la frappe fraternelle que Dáin donna à Barûsar que leur rapprochement avait été rapide. De l'autre côté de la pièce, Carha était silencieusement assise les bras croisés. Elle fut la première à remarquer l'arrivée de Bilbon. Elle croisa son regard avec surprise, mais le baissa instantanément. Quand Dáin vit Bilbon, ses rires amicaux se changèrent en un silence glacial. Il n'était pas plus heureux de le voir maintenant qu'à l'époque. Cependant, son regard semblait chercher Thorin.
- Seigneur Dáin, j'ai besoin de m'entretenir avec vous en privé de toute urgence.
Dáin s'en étonna.
- Vous pouvez parler ici et maintenant. Le seigneur Barûsar est un nain de confiance.
- Je… je ne peux parler de ce que je voudrais devant le seigneur Barûsar, je suis désolé.
- Je n'ai pas le temps pour vos enfantillages ! Parlez maintenant ou sortez !
Bilbon se souvenait de ce que Balin lui avait dit sur Barûsar. Il ne voulait pas lui donner des informations qui l'enchanterait. Mais il devait en donner assez pour que Dáin l'écoute. Bofur et les autres nains lui firent comprendre du regard que Dáin ne pourrait pas changer d'avis. Il n'avait pas le choix.
- Où diable est donc Thorin ? S'interrogea Barûsar avec un air amusé. Voudrait-il fuir notre combat ?
- Thorin… ne pourra pas combattre.
- Quoi ? s'insurgea Dáin pendant que Barûsar semblait accueillir la nouvelle avec joie. Et pourquoi donc ?
- Il est… souffrant. Il est dans un état critique.
La compagnie de nains fut prise de court face à cette nouvelle. Dáin fut frappé de stupeur et Barûsar tentait vainement de cacher sa joie. Carha avait relevé le visage pendant un bref instant.
- Quels maux le frappent ? demanda Dáin avec un ton angoissé que Bilbon ne lui connaissait pas.
- Nous n'en savons rien… pour l'instant.
- Pourquoi ne l'avez-vous pas ramené ici ? Erebor a les médecins nains les plus compétents de cette terre.
- Thorin était incapable de se tenir debout quand je suis parti, ce voyage l'aurait tué.
Dáin et la compagnie des nains écarquillèrent les yeux. Pour eux, l'état critique de Thorin avait doublé en importance. Ils connaissaient bien assez Thorin pour le savoir capable de courir avec les blessures et les maux les plus douloureux de cette terre. Le savoir immobilisé était finalement bien pire à leurs yeux que de le savoir mourant.
- Permettez-moi de m'insurger, interrompit Barûsar en s'avançant, mais… je trouve cela bien étrange.
- Que veux-tu dire ? demanda Dáin
- Je veux dire… n'est-ce pas étrange que Thorin abandonne son royaume quelques jours avant son couronnement ? Pour je ne sais quelle affaire ? Qu'il tombe affreusement malade, au point de ne pas pouvoir bouger, quelques jours avant son combat ? Un voyage qu'un semi-homme a été capable d'accomplir seul, le puissant Thorin en serait incapable ? Et en plus, il n'enverrait qu'un misérable hobbit pour nous conter la nouvelle ? Je trouve ça très étrange que vous soyez le seul qui puissiez nous raconter cette histoire. Que sont devenus les deux nains qui étaient partis le chercher ?
- Ils sont à son chevet pour éviter son trépas. J'étais le seul d'aucune utilité dans la Comté et je…
- La Comté ? s'insurgea Dáin. Thorin est parti dans la Comté ?
Bilbon ne sut plus quoi dire. Il se tourna vers ses camarades nains et comprit à leur regard que ce n'était pas une information que Dáin aurait dû connaitre. Alors Thorin le lui avait caché ? Il savait que Dáin ne le portait pas dans son cœur. Mais au point de le lui cacher… Thorin ne le lui avait pas dit et c'était trop tard maintenant. Il ne pouvait pas faire marche arrière.
- Heu... oui, c'est ça.
Barûsar semblait aussi surpris par cette nouvelle, mais pas autant que Dáin dont les doutes s'étaient changés en suspicion.
- Comme je l'avais dit, souffla Barûsar avec un petit sourire, cette histoire n'est pas claire…
- Qu'importe où est Thorin ! Vous devez retarder le duel ! Le temps que Thorin se rétablisse !
- Nous ne pouvons pas faire ça, s'exclama Barûsar avant Dáin, les nains sont venus des 4 coins de la terre du milieu pour assister à ce combat et au couronnement du futur roi. Un monarque ne peut pas se permettre ce genre de chose !
- Si vous ne me croyez pas, envoyez-lui des médecins !
- Ça revient au même ! Retarder le couronnement n'est pas faisable !
Dáin ne disait rien, mais son air pensif, lui, disait tout.
- Je t'avais mis en garde, Dáin. Thorin n'est pas le roi dont a besoin cette montagne. Il fut peut-être un grand guerrier et participa à nous rendre la montagne, mais… la corruption et la lâcheté coule toujours en lui. La bataille d'Erebor ne lui a rien appris !
Dáin mit quelques secondes avant de dire avec un calme teinté d'amertume :
- Tu as sans doute raison.
Bilbon et les nains tombèrent des nues en voyant Dáin se laisser aussi vite convaincre par les beaux discours de Barûsar. Il ne pouvait pas laisser Thorin perdre le royaume pour lequel il avait tant fait.
- Non ! Attendez ! Thorin n'a jamais déclaré forfait ! C'est pour ça qu'il m'envoie !
- Dans ce cas, j'accepte, répondit Barûsar avant un grand sourire.
Bilbon et les nains présents dans la pièce ne comprirent pas.
- Pardon ? demanda Bilbon.
- J'accepte que vous remplaciez Thorin.
- Vous ne voulez pas dire pour…
- Pour le duel, évidemment. Si Thorin ne peut pas venir et qu'il vous envoie, j'imagine qu'il vous a choisi pour se battre à sa place. Et j'ai accepté.
Dáin se tourna vers Barûsar.
- Voyons, tu ne peux pas te battre contre ce semi-homme.
- Le public est venu voir un duel, non ?
- Ce nabot n'acceptera jamais de se battre contre toi.
- Mais il vient de le faire ! Dans le cas contraire, nous n'aurons pas d'autre choix que de déclarer forfait pour Thorin. Et je vous inviterai à quitter cette cité réservée aux nains. Mais ne vous inquiétez pas, ma première décision en tant que nouveau roi sera de lui envoyer les meilleurs médecins de cette cité.
En prononçant ces mots, Barûsar avait fait un pas en avant vers lui. Leur différence de taille aurait eu de quoi convaincre n'importe quelle créature de la terre du milieu. Bilbon n'était pas guerrier. Il ne savait pas se battre. Il ne savait même pas se défendre. Il n'était qu'un cambrioleur et pas toujours le meilleur. Mais Thorin, lui, était un guerrier, un combattant, qui ne reculerait devant rien, même s'il devait en mourir. Et aujourd'hui, il se mourrait. Thorin avait besoin de lui. Bilbon n'était pas un guerrier, mais il était son ami. Thorin était plus important pour lui que sa propre vie.
- Très bien. J'accepte de remplacer Thorin.
- Formidable, déclara Barûsar. Dans ce cas, vous pouvez rejoindre vos anciens quartiers et vous préparer !
Bilbon remercia Barûsar et Dáin qui ne semblait pas satisfait. Lui et la compagnie furent dirigés vers l'extérieur et ils se rendirent dans les anciens quartiers de Bilbon. Quand ils arrivèrent, ils fermèrent la porte et demandèrent des explications.
- Bilbon, tu n'es pas sérieux. Barûsar est un chef de guerre ! Il va te massacrer ! s'exclama Bofur en l'empoignant.
- Ce n'est qu'un duel…
- J'ignore ce à quoi ressemble un duel de hobbit mais un duel de nain est un combat dans lequel tous les coups sont permis, y compris la mort.
Bilbon savait qu'un duel de hobbit était bien plus proche d'un combat dans un bar se finissant à l'infirmerie que d'un bain de sang.
- Si tu n'es pas démembré lentement, tu seras juste tué devant des milliers de gens qui l'applaudiront. Tu n'es pas un guerrier…
- Je sais ! Je suis un cambrioleur. Et c'est pour ça que j'ai accepté. J'avais besoin de pouvoir rester ici et gagner du temps.
- Est-ce que tu vas nous expliquer ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui est si grave que tu as refusé de le dire à Barûsar ? Les interrompit Ori
- Thorin est en train de mourir. Il… il est victime de la malédiction du cœur des nains.
Tous se mirent à ouvrir la bouche de surprise. L'idée que le froid et solitaire Thorin s'éprenne de quelqu'un était la dernière chose qu'ils croyaient pouvoir entendre.
- C'est pour ça que je suis revenu. Je dois ramener Carha.
- Carha ? murmura Dori.
- Le bras droit de Barûsar ? Ajouta Nori.
- Thorin est tombé amoureux d'elle ? Rajouta Gloin.
- C'est la seule possibilité, souffla Bilbon. Balin dit qu'elle et Thorin se sont vus en secret.
- He bien… ça semble tellement impensable, dit Bofur.
- Je dois la convaincre de partir avec moi.
Ils se regardèrent tous un peu gênés.
- Ça va être difficile de la convaincre. Je veux dire… dit Oin.
- On lui a jamais vraiment parlé, continua Ori.
- Ah si. Hier, je crois que je lui ai demandé de me passer le fromage à table, s'exclama positivement Bombur.
- Non, ça, c'était moi, idiot ! L'engueula Bifur.
- Elle mange avec Barûsar et la plupart du temps elle est dans ses quartiers, dit Gloin.
- Elle est plutôt renfermée, répondit Nori.
- Comme Thorin cela dit, c'est peut-être ça qui les a rapprochés, protesta Bombur.
- Vouloir être seul les a motivés à se mettre ensemble ? questionna Dori.
Ils se mirent à réfléchir, mais même ça ne semblait pas les convaincre.
- Je dois aller lui parler, finit par dire Bilbon.
- Dáin ne t'en a pas donné l'autorisation. S'il te voit dans les couloirs, il risque de te jeter dehors, lui répondit Bofur.
- Il ne me verra pas. Faites confiance à votre cambrioleur.
Ils se regardèrent tous tout en sachant qu'ils n'avaient pas le choix. Ils faisaient confiance à Bilbon, mais ils avaient peur pour lui et pour leur roi.
- Restez ici et faites en sorte que personne ne remarque mon absence jusqu'à ce que je revienne avec Carah. Si j'y arrive…
« Je n'ai pas d'autre choix », pensait-il.
Ori ouvrit la porte et s'approcha de l'un des gardes. Pendant qu'il leur demandait de déboucher une bouteille d'alcool qu'il avait lui-même soudé quelques temps avant, Bilbon quitta les lieux sans se faire remarquer. Dès qu'il se retrouva seul dans un couloir, il enfila l'anneau. Une grande vague de chaleur sembla parcourir tout son corps. Il ne se souvenait pas du plaisir que cet objet pouvait lui faire ressentir. Pendant quelques instants, c'est comme si tout son esprit s'était tourné vers ce précieux. Mais il se ressaisit quand il vit un garde nain passer à côté de lui.
Bilbon se faufila parmi les gardes et les passants et heureusement pour lui personne ne sembla remarquer de présence. Au détour d'un couloir, il vit Barûsar et Dáin discuter. Il aurait voulu vouloir savoir ce qu'ils disaient, mais il n'avait pas le temps. Si Barûsar avait laissé Carha seule, il devait en profiter. Il finit par trouver les quartiers de Carha. Il frappa à la porte et attendit qu'elle ouvre celle-ci. Il patienta un peu, mais elle finit par l'entre-ouvrir. Puis elle l'ouvrit d'un coup et sortit pour chercher du regard celui qui avait frappé, une dague à la main. Bilbon gloussa silencieusement puis se glissa à l'intérieur. Ne voyant personne, Carha retourna dans ses quartiers et ferma la porte. Elle souffla et partit s'assoir à une table silencieusement. Bilbon s'assurait qu'ils étaient seuls avant de lui révéler sa présence. Il fut cependant arrêté dans son élan lorsqu'elle sortit de sa poche une bague en métal. Elle la caressait du bout des doigts avec soin. Bilbon ne pouvait pas y croire. Cette bague ne pouvait pas avoir la même signification chez les nains que chez les hobbits. Il se souvenait avoir entendu Thorin parler de similarité entre les coutumes matrimoniales. Mais il ne pouvait pas croire qu'elle était mariée. Il n'avait pas vu Thorin avec une telle bague. Peut-être l'avait-il caché lui aussi ? Il s'approcha lentement d'elle et de son bureau. Il pouvait lire sur son visage à quel point cet objet avait de la valeur pour elle, mais surtout la tristesse qui la consumait. C'était une bague en fer assez rustique de par son alliage. Et bien qu'il n'était pas un spécialiste, il pouvait quand même saluer la beauté et les prouesses techniques de sa finition. Elle semblait représenter deux loups s'entremêlant l'un sur l'autre et sur les côtés, il pouvait lire les lettres C et V.
Bilbon ne pouvait pas croire que la femme qu'il était venu chercher pour sauver Thorin avait déjà le cœur pris. Il commençait à sentir la haine et le désespoir monter en lui. Il s'apprêta à retirer l'anneau pour lui dire tout ce qu'elle lui inspirait, mais d'un seul coup, la porte s'ouvrit. Barûsar entra à pas lourd. Carah rangea la bague dans sa poche et s'approcha de lui humblement.
- Bonne nouvelle, Carah. Dáin accepte que le sous-homme remplace Thorin pour le duel. Quand j'aurais tué le nabot, Thorin aura définitivement disparu de la carte.
- Dáin n'appréciera peut-être pas que ce duel se transforme en exécution.
- Le public ne sera pas du même avis et puis… ce n'est pas comme si Dáin portait dans son cœur ce nabot. Je vais continuer à nourrir ces soupçons en lui faisant croire qu'il a assassiné Thorin…
Il se mit à rire gravement.
- S'il savait que Thorin agonisait dans une hutte de nabot en sentant son cœur le quitter, il risquerait de le prendre en pitié.
Bilbon écarquilla les yeux. Comment pouvait-il savoir à propos de son cœur ? Il avait pourtant fait attention de ne pas révéler cette information. Mais peut-être que Carha savait. Est-ce que Carha lui avait dit ?
- Faites attention, Monseigneur! L'état de Thorin a peut-être empiré au point qu'il ait envoyé le demi-homme à sa place, mais… il n'en est pas mort pour autant.
- Sans le remède, il mourra dans quelques semaines, ce n'est qu'une question de temps.
Un remède ? Parlait-il toujours de Carha ? se demandait Bilbon.
- En parlant du remède… Vous aviez promis de me le livrer dès que vous auriez eu la confirmation que Thorin avait été infecté. Les jours passent et j'ai peur qu'elle ne s'en sorte p…
- Silence. Il lui reste encore au moins une semaine… Tu auras le remède quand j'aurai ma couronne. Je ne voudrais pas te donner l'occasion de me vendre.
- Je vous l'ai promis, seigneur, je vous ai juré fidélité et je sais qu'elle ne voulait pas vous trahir.
- Elle aurait dû y réfléchir avant de tenter d'utiliser mon propre poison contre moi ! Je le connais bien assez pour en connaitre les effets sur le bout des doigts et c'est pour ça que je sais que ton amie et Thorin sont encore en vie.
Bilbon ne pouvait pas en croire ses oreilles. Ce n'était pas une malédiction, mais du poison ? Pourtant Thorin en était sûr.
- Quand je pense que le malheureux croit que c'est son pauvre cœur qui le lâche. À se demander ce qu'il est allé faire dans ce village de pouilleux… Et tu me confirmes qu'il est bien parti avec ce morceau de livre là-bas ?
- Oui, seigneur, la nuit où je l'ai empoisonné, il avait le poème dans la poche d'un manteau. Je suis retournée dans sa chambre et je n'ai pas pu le retrouver. Il est parti avec sans aucun doute.
Les idées de Bilbon se mélangeaient dans sa tête. Il ne pouvait pas croire qu'il avait faux sur toute la ligne. Thorin ne mourait pas parce qu'il était amoureux, il avait été empoisonné par Barûsar. Et cette femme ne pouvait pas le sauver, Barûsar était le seul qui le pouvait avec son remède. D'un seul coup l'angoisse de cette trahison se transformait en espoir. Il n'avait qu'à voler le remède et il aurait assez de temps pour retourner dans la Comté s'il pouvait croire les propos de Barûsar.
Alors qu'il semblait perdre l'équilibre par le choc de la nouvelle, il fit un pas en arrière contre une étagère et en fit tomber les poteries. Certaines tombèrent à ses côtés. L'une d'entre elles tomba sur sa tête et le fit tomber lourdement, les bras en avant. Dans sa chute, l'anneau tomba de son doigt et le révéla à Carha et Barûsar qui n'en croyaient pas leurs yeux.
Bilbon n'eut même pas le temps de se lever que Carha l'avait déjà empoigné par ses vêtements. Elle sortit sa dague en un éclair et la glissa sous son cou. Il eut seulement le temps d'apercevoir son anneau magique continuer sa route sous la table du bureau de Carha. Ni Barûsar ni Carha ne semblait l'avoir remarqué s'en aller tant l'apparition de Bilbon les avait pris de court.
- Vous ! Je ne m'attendais pas à vous voir. Quel genre de magie avez-vous utilisée ?
- Comment pouvez-vous m'accuser de méfaits alors que vous venez d'avouer avoir empoisonné le roi !
- Avouer ? Ce n'est que votre parole contre la mienne.
- Quand je le dirai à Dáin il…
- Dáin, le coupa-t-il, celui à qui je viens de parler et qui continue de croire que vous avez tué Thorin ? Je ne pense pas que vous puissiez lui faire croire le contraire.
- Après tout ce qu'a fait Thorin, comment pouvez-vous vous croire plus légitime que lui ?
- Laissez-moi vous raconter une histoire sur le mérite…
Barusar sourit et s'assit sur la chaise du bureau.
- En tant qu'hobbit, j'imagine que vous ne connaissez rien de l'histoire de Brakorda, celui dont la dynastie fut maudite par la malédiction. Ce nain, c'était mon grand-père et il avait tout pour devenir roi. Il avait réussi à épouser Mezzynthir, fille d'un puissant roi nain. Grâce à lui, un glorieux et radieux avenir de monarque était promis à mon père et à moi. Certes, il n'aimait guère son épouse et il avait été assez futé pour lui faire croire le contraire jusqu'à leur union, mais que voulez-vous… ce n'est que de la politique. Malheureusement, il s'est laissé aller à des… sentiments. Il s'est épris d'une domestique. Il voulait tout abandonner pour elle, mais elle voulait juste qu'il arrête. Elle et ma mère étaient, disons… proches. Proches au point que quand ma mère a appris que mon grand-père s'était épris d'elle, elles ont concocté un plan pour lui faire peur. Ma mère était une alchimiste très douée et elles eurent l'idée de créer un poison capable de simuler la malédiction du cœur des nains. Vous avez sûrement appris que c'est une très vieille légende et mon grand-père faisait partie de ces nains très superstitieux. Mon père se souvenait encore entendre sa mère lui dire qu'il était juste question de lui faire peur pour qu'il arrête de tourmenter son amie. Je ne saurai jamais si c'était vrai ou faux, mais la situation a empiré et il n'y avait plus de retour possible. Le roi se mourait et la reine ne trouvait pas de remède. Et malheureusement, le temps qu'elle trouve ce remède, mon grand-père avait commis l'irréparable. Elle qui venait annoncer à sa domestique qu'elles pourraient sauver le roi, la retrouva étranglée à côté de son époux agonisant. Rongée par la honte et la perte de son amie, elle abandonna le roi à son sort et se donna la mort. Elle laissa à mon père une lettre contant toute l'histoire ainsi que le remède à ce mal. Elle lui laissait la décision de sauver ou non son propre père. Mais il n'en fit rien. Il avait provoqué la mort de sa mère et méritait peut-être ce poison. Quand le père de ma grand-mère apprit la mort de sa fille par les mains de son époux, notre nom, notre dynastie, notre sang furent abjurés et nous furent chassés de ses terres. Jamais plus le titre de roi ne nous serait permis. À ces yeux, nous étions des bâtards et des lâches. Jamais personne, hormis mon père et mes frères, ne sut ce qu'il s'était réellement passé. Ainsi la légende de la malédiction du cœur des nains n'en fut qu'enrichie. Avant de partir, mon père prit les notes de ma mère sur le poison ainsi que le remède. Il savait que ça pouvait servir. Aujourd'hui je suis la preuve que ce poison peut servir. Ce qui a mené ma famille à la perte de son rang va me le rendre.
- Au prix du sang ?
- Je n'ai versé aucun sang. Seulement un peu de poison. Et puis, ni Thorin ni personne ne pourra jamais prétendre que le futur roi a été assassiné. Il est persuadé, tout comme mon grand-père le fut, que c'est son pauvre cœur en mal d'amour qui se meurt. Il écrira certainement dans ses derniers mots quelle infâme maladie du cœur l'a emmené et je serai délivré de tout soupçon.
- Et moi ? vous allez juste m'exécuter maintenant pour garder le silence ?
- J'ai beaucoup mieux. Notre duel n'est pas un combat à mort, mais… un accident n'est pas impossible non plus.
- Je le dirai aux autres.
- Vous ne direz rien. Vous avez pénétré dans les quartiers de mon bras droit. J'irai chercher la garde et je leur demanderai de vous enfermer dans les cachots pour cette nuit. Et aucun de vos camarades ne sera invité.
Bilbon baissa les yeux avec impuissance. Ce n'était pas possible que ça se finisse ainsi. Il avait échoué. Thorin allait mourir à cause de son échec en pensant que ce fut de sa faute. Barûsar avait vu cette défaite dans son regard.
- Sachez que ce n'est pas personnel, monsieur le semi-homme. Thorin, vous, un autre. Tout ce que je voulais, c'était récupérer ce qui revenait de droit à ma famille et à moi. N'était-ce pas les mêmes intentions que Thorin en venant chercher l'arkenstone ? Quand les Hommes me l'ont vendue à Grimelva, j'ai senti la chance tourner et l'opportunité de retrouver mon titre.
Bilbon vit dans ses yeux quand il évoqua le nom de la pierre une étincelle qu'il n'avait plus vu depuis des semaines : l'avarice, celle du pouvoir. Alors Barûsar aussi y avait succombé.
Carha attacha les bras de Bilbon puis la garde arriva dans les quartiers. Ils furent surpris d'apprendre que Bilbon avait réussi à défier leur sécurité et se firent sermonner par Barûsar. Il exigea d'eux qu'ils l'emmènent en secret dans les cachots et qu'aucun nain ne puisse y pénétrer. Ils acquiescèrent et saisirent Bilbon.
- Une dernière question avant de vous quitter, dit Barûsar avant que Bilbon ne soit sorti. Il y a une chose que je ne comprends toujours pas. Comment Thorin a-t-il pu se retrouver dans votre village de bouseux ?
- Je l'ignore, répondit sèchement Bilbon avant d'être emporté par les gardes.
