Happy Thanksgiving
Appartement Danvers, National City :
Kara se laissait choir sur le canapé de son salon, de la manière la plus lourde qui soit. La longue journée qu'elle venait de passer l'avait éreintée. Un long soupir quittait ses lèvres, tandis que ses yeux demandaient déjà à se fermer sous la fatigue. Sa sœur, Alex, assise à ses côtés, l'avait suivie du regard depuis que la jolie blonde était entrée dans l'appartement qu'elles partageaient. L'heure de la soirée était déjà bien avancée, et la plus âgée des deux sœurs avait été assez surprise de voir sa cadette rentrer si tard de son travail. Kara avait toujours été quelqu'un de très consciencieux, qui ne voyait pas spécialement l'heure défiler lorsqu'elle était concentrée, néanmoins, au plus le temps passait, et au plus la blonde partait tôt et rentrait tard.
Les sourcils froncés et le regard un rien suspicieux, Alex se contentait de fixer en silence sa sœur d'adoption, comme si cette action allait lui apporter les réponses aux questions qu'elle se posait. Mais ce ne fût clairement pas le cas. Toutefois, la brune n'avait pas eu à briser le silence établi entre elles, car Kara le faisait la première. La plus jeune était, certes, épuisée, mais elle n'en avait pas moins besoin de se confier à son aînée. Depuis quelques jours, des pensées toujours plus négatives les unes que les autres se bousculaient dans l'esprit de la blonde, et elle était persuadée qu'elle finirait par devenir folle si elle n'en parlait pas à quelqu'un. Et il s'avérait qu'Alex était la personne idéale pour cela, elle le savait bien. La jeune femme à ses côtés avait toujours été son roc, autant que sa confidente. Il n'y avait donc pas de raison pour que Kara garde ses préoccupations pour elle plus longtemps.
- Je déteste ma boss, se plaignit-elle sans attendre, surprenant la brune dont les sourcils se haussaient. Tu ne sais pas comment te débarrasser d'un corps, par hasard ?
Bien sûr que si, elle savait comme faire, s'amusait intérieurement Alex. Un des grands avantages à travailler dans la police. Mais la brune ne prenait pas vraiment cette question plus au sérieux que cela. Pour cause, Kara était incapable de faire de mal à une mouche, en réalité, et la policière le savait parfaitement. Affichant un air bien plus concerné, la plus âgée haussait les épaules, arborant un faible sourire incrédule.
- Je pensais que tu l'aimais bien, souleva-t-elle en penchant la tête sur le côté. Ce n'est pas pour ça que tu as accepté ce poste dans sa société ?
- Si, marmonna aussitôt la blonde en secouant la tête, plus agacée par la situation que par les questions légitimes de son aînée. Mais je t'assures que si c'était à refaire, je passerai mon chemin. Cette femme, c'est un véritable démon ! Elle n'est jamais contente, elle veux absolument tout contrôler et en plus, elle a ce foutu charisme qui fait qu'elle intimide tout le monde.
Un petit rire s'échappait de la gorge de la policière alors que sa sœur, qui avait retrouvé une énergie soudaine, s'était redressée sur le canapé et parlait en faisant de grands gestes pour donner du poids à ses paroles. La brune aimait particulièrement lorsque sa cadette arborait cette attitude outrée qui l'amenait systématiquement à pincer ses lèvres dans une moue enfantine hilarante. Alors, constatant que la plus âgée ne cessait de rire de sa petite tirade, Kara avait fini par croiser ses bras sur sa poitrine en secouant la tête de plus belle.
- Je la hais, répéta la blonde avec une conviction bien trop grande pour être vraie.
- Alors pourquoi tu ne démissionnes pas ? S'enquit Alex sur un ton évident qui déroutait sa petite-sœur.
Elle avait raison, pensait la blonde. Pourquoi Diable n'avait-elle pas encore posé sa démission sur le bureau de son horrible patronne ? Kara soupirait. Elle aurait menti si elle avait assuré ne pas y avoir déjà pensé. Néanmoins, à chaque fois qu'elle se levait le matin, et qu'elle arrivait sur son lieu de travail, toute sa détermination à confronter sa supérieure s'envolait dès que la blonde croisait son regard vert si profond. A vrai dire, malgré sa fatigue évidente, et le malmenage évident que sa patronne lui faisait subir, la jeune Danvers aimait particulièrement son travail. Elle aimait le contact qu'elle avait avec les gens, elle aimait la relation qu'elle entretenait avec ses collègues, et elle se sentait bien dans son environnement.
- Je ne retrouverai jamais une aussi bonne place, ailleurs, déclara-t-elle en venant triturer la branche de ses lunettes d'une main nerveuse.
- Kara... soupira l'aînée en secouant la tête avec incrédulité, tu n'es qu'une assistante. Pour les diplômes que tu as, c'est carrément indécent.
- J'aime bien mon travail, rétorqua la blonde en haussant les épaules.
Alex poussait un soupir. Elle n'avait jamais compris pourquoi sa cadette avait accepté cet emploi alors qu'elle aurait pu faire quelque chose de beaucoup plus passionnant, et de beaucoup plus valorisant. Mais non, il avait fallu que celle-ci décide de faire de l'assistanat pour une jeune milliardaire qui avait exactement le même niveau d'études qu'elle, voire même moins. Alors bien sûr, lorsque Kara lui avait annoncé qu'elle avait accepté ce fichu travail, la policière n'en avait pas réellement était surprise. La blonde avait toujours voué une admiration sans faille pour les travaux et les études de sa patronne. Mais quand même, pensait-elle, tout ça était un réel gâchis.
Malgré tout, la brune décidait de ne pas s'attarder davantage sur le sujet. La plus jeune avait beau être quelqu'un de particulièrement gentil, elle savait bien que si elle prenait le risque de poser trop de questions, ou de pousser la blonde dans ses retranchements, cette dernière prendrait la mouche. Le changement de sujet apparaissait comme être de rigueur, ici. Et heureusement pour Alex, elle n'eût pas à chercher bien longtemps pour trouver le sujet idéal.
- J'ai eu maman au téléphone, tout à l'heure, annonça-t-elle avec un sourire contrit, en passant une main nerveuse dans sa nuque. Nous ne fêterons pas Thanksgiving en famille, cette année.
- Quoi ? S'étonna la blonde avant de revêtir un air consterné. Mais on le fête tous les ans !
- Je sais, Kara...
Alex marquait une pause, fuyant le regard accusateur de sa cadette. La brune ne pouvait rien cacher à sa cadette et, même si elle l'avait voulu, cette dernière avait toujours eu un instinct particulier pour déterminer les causes et effets. Si bien que là, tout de suite, la policière savait que la blonde avait sentit qu'elle n'était pas pour rien dans le fait qu'elle ne fêterait pas cette tradition si chère au coeur de Kara. Mais comment la brune aurait-elle pu se réjouir et remercier qui que ce soit pour quoi que ce soit, alors que sa fiancée venait de la larguer comme une vulgaire chaussette sale ? Car même si Alex assurait à tous les membres de sa famille qu'elle allait bien, et que sa rupture ne la chagrinait plus autant qu'avant, la policière sentait son coeur brisé lui faire aussi mal que le premier jour passé loin de celle qu'elle aimait.
- Mais maman est de garde, à l'hôpital, et moi aussi. Donc papa ne veux pas faire la route jusqu'ici tout seul, et puis, ce n'est même pas comme si on avait vraiment quelque chose à remercier, cette année.
La blonde secouait vigoureusement la tête. Il y avait toujours quelque chose à remercier, s'indignait-elle intérieurement. Toutefois, la blonde ne fût pas assez rapide pour protester que son aînée reprenait déjà la parole en haussant les épaules, l'air désolé.
- Tu n'as qu'à le fêter avec Winn ou Mike, tenta-t-elle dans une vaine tentative de se dédouaner, mais Kara secouait déjà la tête en arborant un air bien plus triste.
- Winn pars fêter Thanksgiving avec sa nouvelle copine, en Amérique du Sud, et Mike rencontre enfin les parents d'Imra, soupira la blonde en baissant la tête.
Un puissant sentiment de culpabilité s'emparait aussitôt d'Alex, qui massait de nouveau sa nuque d'une main nerveuse. Le silence reprenait rapidement ses droits dans le salon de leur appartement tandis que Kara retenait les larmes qui lui piquaient les yeux. Cette dernière s'en voulait déjà d'être si émotive pour une simple célébration. D'ailleurs, pourquoi fallait-il qu'elle réagisse de la sorte ? Voilà qu'elle ressemblait à une enfant, se réprimandait-elle en clignant plusieurs fois des paupières pour refouler la vague de tristesse qui lui enserrait la poitrine. Elle exagérait probablement mais, en cet instant, elle était vraiment convaincue que cette journée ne pouvait pas être pire. Alors, secouant de nouveau la tête, elle s'était empressée de se lever, et avait pris le chemin de la chambre qu'elle occupait, sous le regard coupable de son aînée.
- Je vais me coucher, lança-t-elle doucement en essayant de contenir le tremblement dans sa voix, sans franc succès. Je suis fatiguée.
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Bureau de Lena, L-Corp, National City :
Lena Luthor venait d'en finir avec l'un de ses appels téléphoniques pour le plus inattendu. Cette année, tout était différent de tout ce qu'elle avait pu vivre jusqu'alors. Et contrairement aux précédentes, la jeune milliardaire à la tête de l'une des plus grandes multinationales du monde ne se réjouissait pas de devoir quitter son Amérique pour se rendre sur ses terres natales. Mais sa famille l'attendait, et ils étaient très à cheval sur les traditions. Elle ne pourrait donc pas échapper à ce repas de Thanksgiving, quand bien même elle le souhaitait de tout son coeur. Et le pire dans tout cela, c'est qu'elle n'avait plus qu'à trouver quelqu'un pour l'accompagner, car son petit-ami de longue date venait tout juste de la larguer de la plus ignoble des façons.
Fais le pour ta grand-mère, lui avait-il dit, elle n'aime pas te voir seule. Alors, la brune avait serré les dents, et avait promis de venir accompagnée. Désormais le regard rivé sur la tonne de dossiers devant elle, la brune marmonnait, plus grognon qu'elle ne l'avait jamais été. Non seulement elle ne parvenait pas à se sortir cette stupide promesse de la tête mais, en plus de cela, elle était tellement préoccupée qu'elle ne parvenait pas à résoudre l'équation pourtant très simple sur laquelle elle travaillait depuis plus d'une heure. La colère ne fit que s'accroître dans son corps tandis que sa mâchoire se serrait.
Puis, prise d'un soudain élan de rage, principalement dû à la frustration qui lui oppressait la poitrine, la milliardaire avait saisi le dossier sur lequel elle travaillait, et l'avait envoyé valsé à travers la pièce. Celui-ci heurtait alors de plein fouet le jeu d'échecs trônant fièrement sur la table basse du bureau qu'elle occupait et, dans un vacarme assourdissant, l'ensemble des pièces s'écrasait sur le sol. D'un geste plus lent, et plus maîtrisé, Lena baissait alors la tête et, accoudant l'un de ses bras sur son bureau, elle posait son front contre sa main en massant sa tempe de son pouce, dans des mouvements circulaires apaisants.
Toutefois, son repos fût de courte durée. Alertée par le bruit des pions tombés sur le sol, sa jeune assistante blonde s'était dépêchée de faire irruption dans la pièce qu'occupait sa patronne avec un air réellement soucieux. Pour cause, la jolie brune multimilliardaire n'était pas d'un naturel violent, et rares étaient les fois où du bruit provenait de son bureau toujours si parfaitement rangé. Alors, lorsque Kara Danvers avait pénétré dans les lieux, poussant vigoureusement la porte, elle s'était immédiatement stoppée dans l'embrasure de cette dernière, et ses yeux s'étaient ouverts en grand tandis qu'elle avisait le bazar qui régnait sur le sol.
Ayant parfaitement conscience de ne plus être seule, Lena avait lentement relevé la tête pour poser un regard inquisiteur sur la femme qui l'importunait. Et comme à chaque fois qu'elles se retrouvaient dans la même pièce, leurs regards furent indéniablement attirés l'un par l'autre, et chacune d'elles soutenait le contact visuel de l'autre. Un étrange frisson parcourait aussitôt leurs deux échines, faisant se redresser la milliardaire sur son siège, au même moment où son coeur décidait de rater l'un de ses battements, lui coupant momentanément le souffle. Ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait ces étranges sensations en présence de son assistante, mais Lena s'était toujours évertuée à les refouler au plus profond d'elle.
- Est-ce que tout vas bien, Mademoiselle Luthor ? S'enquit enfin la jeune femme en venant triturer nerveusement la branche de ses lunettes, un faible sourire incertain sur le visage.
Dès lors que la blonde avait effectué ce geste qu'elle lui connaissait si bien, la milliardaire s'était sentie défaillir. Elle avait toujours été sous le charme de la plus jeune, et ce, depuis qu'elle lui avait fait passer son tout premier entretien pour le job. C'était en partie ce qui avait fait que Lena l'avait choisie, elle, et non l'une des nombreuses personnes ayant postulées. La brune l'avait toujours su, mais elle n'avait jamais voulu se l'avouer.
- Oui, Kara, tout vas bien, assura-t-elle d'une voix monocorde, presque soupirante.
- Vous êtes sûre ?
L'insistance de la séduisante blonde qui lui faisait face l'aurait irritée, si cela avait été prononcé par quelqu'un d'autre. Mais étrangement, maintenant qu'elle avait enfin laissé exploser sa colère en passant ses nerfs sur cet innocent dossier, Lena ne ressentait plus le besoin d'être odieuse avec la seule personne qui l'approchait habituellement, autrement dit, avec cette pauvre Kara.
Dans un geste machinal, cette dernière s'était accroupie sur ses escarpins et s'était attelée à rassembler les feuilles du dossier qui gisaient ça et là sur le sol. Et pour la première fois depuis des mois, un petit sourire était né sur le visage de la milliardaire en voyant faire son assistante. Alors, sans attendre plus longtemps, la brune avait quitté son siège tout en retrouvant son expression neutre, et avait rejoins la blonde en quelques enjambées.
- Laissez, je vais le faire, lui indiqua la PDG en surprenant quelque peu son assistante.
Il n'y avait aucune hostilité, et aucune froideur, dans la voix habituellement si dure de sa supérieure. Comme pour appuyer ses dires, Lena s'était accroupie face à la blonde, qui relevait prestement la tête. Son regard tombait alors dans les beaux yeux verts si profonds de la milliardaire et, pour la première fois depuis longtemps, son coeur avait raté un battement. Du plus loin que Kara se souvenait, jamais elles n'avaient été aussi proches par le passé. Quelques centimètres à peine séparaient leurs deux visages, et elles pouvaient toutes deux sentir le souffle de l'autre contre leurs lèvres.
- Oh, je... euh... bégaya la blonde, incapable d'aligner deux pensées correctes et dont les joues rougissaient à vue d'œil.
- Ce n'est pas à vous de vous occuper de mes bêtises, assura la brune avec un petit sourire amusé que Kara ne lui connaissait pas.
Lena Luthor savait donc sourire, pensait la plus jeune. Son coeur se gonflait immédiatement d'un sentiment fort, et nouveau, qui déroutait l'assistante. Toujours dans l'incapacité de répondre quoi que ce soit, elle s'était donc contentée de hocher légèrement la tête, et s'était remise debout quasiment en même temps que son employeuse. Osant un faible sourire, Kara avait fait volte-face et avait aussitôt repris la direction de la porte, pour retourner à son travail.
C'est là que l'évidence avait frappé la milliardaire de plein fouet. La démarche incertaine de son employée, qu'elle savait troublée, mais son port de tête haut et son charisme, caché mais bien présent, séduisait la brune plus qu'elle n'aurait dû l'être. C'était parfait, pensait-elle. Toutefois, mordant machinalement sa lèvre inférieure, son dossier dans les mains, Lena avait pris une microseconde pour réfléchir. Mais avant même qu'elle ne trouve une réponse satisfaisante à ses interrogations, Kara posait la main sur la poignet de la porte du bureau, et les mots de la milliardaire quittèrent sa bouche sans qu'elle ne puissent les retenir.
- Kara, l'interpella-t-elle. Est-ce que vous avez quelque chose de prévu pour Thanksgiving ?
La blonde, qui avait aussitôt fait demi-tour à l'entente de son prénom, regardait maintenant sa supérieure avec un air particulièrement surpris. D'où sortait cette question ? Et pourquoi Diable, Lena Luthor la lui posait-elle ? Pendant un court instant, le silence avait pris possession de la pièce, rendant la milliardaire plus nerveuse qu'elle n'aurait dû l'être. Sa jeune assistante mordait sa lèvre inférieure avec hésitation puis, finalement, poussait un soupir.
- Non, avoua-t-elle alors sur un ton incertain, en revenant triturer la branche des ses lunettes. Pourquoi cela ?
- Parfait, déclara Lena avec un soulagement non feint, avant d'arborer un petit sourire bien plus assuré. J'ai besoin de vous, nous partons en week-end.
Les traits de Kara se faisaient un peu plus surpris encore à cette annonce, alors que son regard se rivait dans celui de la milliardaire. Cette dernière était-elle en train de lui faire une blague ? Oui, ça ne pouvait pas en être autrement. De toutes les personnes de l'entreprise, la blonde ne comprenait pas pourquoi sa supérieure la choisissait.
- Bien sûr, vous serez financièrement indemnisée pour ça, s'empressa d'ajouter Lena, de peur que la blonde ne refuse.
- Mais... pourquoi moi ? Demanda-t-elle simplement avec incompréhension. Je veux dire, vous n'avez pas plutôt besoin d'un commercial, ou d'un scientifique ?
La justification de la blonde fit naître un sourire amusé sur le visage de la PDG, qui avait déjà trouvé sa réponse.
- C'est vous que je veux, Kara.
Le bras relevé de l'assistante retombait mollement le long de son corps tandis qu'elle restait là, pantelante, la bouche entrouverte, à soutenir le regard de la charismatique brune qui lui faisait face. Un floppée de sensations s'emparait du corps, et du coeur, de la blonde, qui se sentait tomber pour la milliardaire. Le sourire amusé de celle-ci s'était transformé en un petit sourire en coin. Elle était parfaitement consciente de ce qu'elle venait de provoquer chez son employée, et elle en était plus que satisfaite. Oui, c'était certain, la blonde ne refuserait pas son ordre après de telles paroles.
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Appartement Danvers, National City :
- Je crois que ma patronne est tombée sur la tête, déclara Kara, de but en blanc, en picorant dans l'assiette de raisin devant elle.
- Pourquoi ça ?
Alex, qui était hautement concentrée à éplucher l'une des ses pommes de terres au dessus de levier, ne prenait pas la peine de se retourner pour observer sa cadette, qu'elle savait appuyée contre le plan de travail de la cuisine, derrière elle. Il était bientôt l'heure de dîner et si elle ne finissait pas sa tâche assez rapidement, elle raterait son émission préférée, chose qui était inconcevable pour la policière. Et sa petite-sœur étant une piètre cuisinière, la brune n'avait pas non plus envie de lui déléguer le travail de leur faire à manger, de peur que Kara ne fasse flamber leur appartement.
- Elle m'a demandée de l'accompagner en week-end, à Thanksgiving, déclara la blonde en marquant une micro-pause pour réfléchir. Enfin, c'était plutôt un ordre en réalité, mais peu importe.
- Quoi ?
L'annonce de la blonde avait tellement surpris la policière, que celle-ci en avait lâché sa pomme de terre. Vigoureusement, elle avait alors fait volte-face pour observer sa cadette avec étonnement, mais cette dernière ne semblait pas comprendre pourquoi son aînée réagissait de la sorte, à en juger par son soudain haussement de sourcil.
- Ouais, on est d'accord, acquiesça Kara en poussant un soupir contrarié. Je pense qu'elle devrait aller voir un médecin.
- Non, mais...
Alex secouait la tête avec vivacité, tant elle était abasourdie par les paroles de la blonde.
- Qu'est-ce que tu as dit ? Tu as accepté ?
- Bien sûr, déclara-t-elle comme si cela relevait de l'évidence. Pourquoi je ne l'aurais pas fait ?
La brune secouait la tête de plus belle. Puis, par pur besoin de se raccrocher à quelque chose, la policière tirait l'un des tabourets autour du plan de travail, et venait s'asseoir sur celui-ci. Son regard noisette tombait aussitôt dans celui, azur, de sa sœur d'adoption si naïve que s'en était agaçant.
- Ton odieuse patronne te demande de l'accompagner en week-end, à Thanksgiving, très probablement dans sa famille, et toi, tu acceptes ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Rétorqua la blonde en secouant la tête à son tour, dans un mélange de surprise et d'incompréhension.
- Est-ce que tu lui as demandé où vous alliez, au moins ? S'indigna Alex en passant une main sur son visage.
Déroutée, la jeune assistante observait quelques instants sa sœur aînée, en silence. Doucement, les paroles de cette dernière firent leur chemin dans l'esprit de Kara et, aussitôt, un rire nerveux s'échappait de sa gorge alors qu'elle venait triturer la branche de ses lunettes, sans réellement s'en rendre compte.
- Non... avoua-t-elle d'une petite voix traînante. Mais elle a parlé de m'indemniser financièrement alors, c'est qu'on part forcément pour affaires, non ?
Alex plaquait fermement sa main contre son visage avec désespoir. Une furieuse envie de se claquer la tête contre la table la saisissait. La policière ne savait vraiment pas si elle devait rire, ou pleurer, du manque de jugeote dont pouvait faire preuve sa cadette en termes de relation humaine, alors qu'elle était littéralement un génie intellectuellement parlant. Kara avait décidément encore tout à apprendre malgré ses vingt-sept ans.
- Mon dieu, Kara, ce que tu peux être bête, parfois... soupira la plus âgée avec un air bien trop sérieux pour elle.
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Avion, Aéroport de National City, National City :
Confortablement installée sur l'un des sièges de l'avion, aux côtés de sa patronne, Kara regardait les nuages défiler par le hublot sur lequel elle était accoudée. Depuis qu'elle était arrivée à l'aéroport, les deux femmes n'avaient pas échangé énormément de mots. La blonde se sentait intimidée et mal à l'aise, notamment car elle n'avait de cesse de penser à sa conversation de la veille avec Alex. Toutefois, à chaque fois qu'elle se disait qu'elle allait questionner sa supérieure sur la raison de leur voyage, la blonde perdait tout son courage, et elle se retrouvait juste à observer la séduisante milliardaire qui l'accompagnait. Concrètement, tout ce qu'elle savait de ce soudain voyage était qu'elle allait avoir une prime, et qu'elles volaient actuellement en direction de l'Irlande. Et maintenant qu'elle y pensait plus sérieusement, les yeux perdus dans le vague, une étrange sensation accentuait le malaise présent dans sa poitrine.
Kara avait toujours admiré la scientifique pour laquelle elle travaillait depuis qu'elle avait été capable de comprendre les études que celle-ci menait, soit, lorsque la blonde était rentrée à l'université. Et la coïncidence de l'époque avait voulu qu'elle fasse ses études dans le même établissement d'enseignement supérieur que celui de la milliardaire, qui ne l'avait précédée que de deux ans. Autrement dit, cela faisait exactement neuf longues années que la jeune assistante avait connaissance de l'existence de sa patronne, mais seulement un an qu'elle la connaissait personnellement et travaillait pour elle. Et s'il y avait bien une chose que Kara savait mieux que les autres, à force de s'être renseignée sur la jeune femme, c'était que la jolie brune était née, et avait majoritairement grandi, en Irlande. Alors, forcée de constater que sa sœur avait peut-être raison, finalement, la blonde avait soupiré et avait fini par trouver le courage de tourner sa tête vers Lena, occupée à lire une revue scientifique, sur le siège adjacent au sien.
- Nous ne sommes pas en route pour un voyage d'affaires, n'est-ce pas ? S'enquit Kara d'une voix emplie d'incertitude, après un court instant d'hésitation.
Le silence soudainement rompu par la voix mélodieuse de son assistante, Lena avait aussitôt relevé la tête. Quant à leur habitude, ses profondes prunelles verdâtres s'étaient naturellement plongées dans le regard azuré de la blonde. Le lèvre inférieure retroussée sous l'une de ses dents, la plus jeune avait eu tout le loisir de voir la lueur hésitante dans les yeux de sa patronne, alors que sa manière de mordre sa lèvre lui donnait un air sexy qui faisait rater un battement au coeur de Kara. Si elles commençaient ainsi ce voyage, la blonde n'avait aucun doute que celui-ci serait rempli d'émotions, et à vrai dire, elle ne savait pas encore dire si cela risquait d'être une bonne ou une mauvaise chose. Et ce, même si elle ne doutait pas que beaucoup de personnes aurait tué mère et père pour avoir la chance d'être à sa place.
- Non, avoua la milliardaire avec culpabilité. Ce week-end est entièrement personnel.
- Je ne comprends pas, déclara la blonde en secouant la tête, les sourcils froncés.
Refermant la revue scientifique qui trônait sur la tablette devant elle, Lena poussait un soupir. Elle s'était préparée à avoir cette conversation avec son assistante. Après tout, ce n'était pas comme si elle allait pouvoir cacher la raison de ce voyage durant la totalité de celui-ci. Néanmoins, ce n'était pas plus simple pour elle d'en parler. Comment aurait-ce pu l'être, de toute manière ? La brune aurait pu trouver n'importe qui pour l'accompagner dans sa contrée natale, mais il avait fallu qu'elle le demande à son assistante, uniquement parce que celle-ci lui faisait ressentir des choses qu'elle savait ne pas être anodines. Et même si Lena n'était pas vraiment enjouée à l'idée de rejoindre sa famille dans leur chalet en forêt, elle était quand même plus que ravie d'être là avec la blonde. Elle était pathétique, pensait-elle.
Un léger silence était retombé entre les deux femmes, durant lequel la milliardaire s'était empressée de fuir le regard insistant, et perdu, que Kara portait sur elle. La brune se sentait déstabilisée, et ici, loin de la folie et des obligations de son rang, elle ne parvenait pas à cacher ses émotions. Cela dit, elle ne cherchait pas à le faire non plus. Elle portait envers son assistance une confiance instinctive qu'elle ne comprenait pas plus que cela, mais qu'elle ne souhaitait pas combattre.
- J'ai promis à ma grand-mère et à mon père que je viendrais accompagnée pour fêter Thanksgiving, expliqua Lena d'un ton monocorde.
- Votre père ? Releva Kara avec surprise. N'est-il pas censé être mort ?
Cette réplique fit naître un petit sourire amusé sur les lèvres de la milliardaire, qui reconnectait enfin son regard dans celui de la blonde, qui la fixait d'un air abasourdi. Et étrangement, la brune n'avait aucun mal à la comprendre, parce qu'elle était persuadée qu'elle aurait également réagi de cette manière si elle avait été à sa place.
- C'est une longue histoire, déclara-t-elle sans se départir de son petit sourire. Peut-être que je vous la raconterait un jour, autour d'un bon verre, si vous me promettez de garder cela pour vous, mais pas tout de suite.
- Pourquoi moi ? Demanda alors la blonde en secouant la tête. Je veux dire... vous auriez pu demander à n'importe qui alors, pourquoi m'avoir choisie, moi ?
Lena haussait négligemment les épaules en penchant sa tête sur le côté, arborant un petit air mystérieux, et Kara se mordait aussitôt la lèvre inférieure pour contenir son désir. Ses mains étaient anormalement devenues moites et, sans même s'en rendre compte, la plus jeune s'était mise à les frotter nerveusement contre son jean. Comme elle l'avait fait la veille, dans son bureau, la PDG savait exactement ce qu'elle devait répondre avant même d'y avoir songé, et ses mots, prononcés de manière suave, avait fait cesser de battre le coeur fragile de son interlocutrice.
- Parce que je vous aime bien, Kara. Et que j'ai confiance en vous.
Un immense sentiment de satisfaction s'emparait de la milliardaire alors qu'elle voyait sans mal les joues de son assistante s'empourprer sur ces paroles bien plus éloquentes. Diable qu'elle était belle lorsqu'elle était gênée, pensait la brune en se faisant violence pour ne pas perdre contenance à son tour.
- Et par pitié, Kara, appelez-moi Lena. Je pense qu'il est grand temps qu'on se tutoie.
Incapable de répondre, la jeune assistante avait hoché la tête avant de porter une main nerveuse à ses lunettes, pour en triturant l'une des branches, un sourire plus franc, mais toujours gêné, étirant ses lèvres. Alex avait donc raison, pensait-elle. Aucun doute, ce voyage allait être aussi intéressant que particulièrement perturbant.
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Chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Lorsque les deux femmes étaient descendues du taxi, sur le sentier de terre de la petite forêt de Ballyseedy Woods, au sud est de la ville de Tralee, elles étaient déjà très attendues. D'une grâce qui la caractérisait si bien, Lena avait été la première à descendre du véhicule, posant avec assurance ses escarpins sur le chemin bossu. Une paire de lunettes de soleil élégamment relevée et posée sur le sommet de son front, la milliardaire avait pris soin de tenir la portière de la voiture pour laisser sa compagne du week-end en descendre. Et alors que celle-ci quittait l'habitacle du taxi avec un peu plus de maladresse que sa supérieure, son regard curieux se mettait à détailler avec attention les alentours.
Les feuilles jaunes, orangées et rouges des arbres donnaient une ambiance automnale qui ravissait la blonde tandis qu'un magnifique lit de feuilles jonchait le sol aux alentours. Devant elle, le petit sentir continuait sur quelques mètres, laissant se distinguer un petit chalet à l'allure conviviale en son centre. Contre la devanture de la bâtisse avait été posé un petit banc en bois, et Kara n'eût aucun mal à s'imaginer les occupants de la demeure assis dessus, profitant des premiers rayons de soleil du matin ou, au contraire, de la lueur grisâtre que la lune devait renvoyer durant la nuit.
La jeune assistante n'avait, jusqu'à lors, jamais mis un seul pied sur les terres Irlandaises, mais ce qu'elle en voyait pour le moment la séduisait au plus au point. Des étoiles dans les yeux, trahissant son émerveillement non feint, la blonde avait naturellement fait un tour autour d'elle même pour détailler davantage ce qui l'entourait. Mais hormis des arbres, il n'y avait rien à voir. Cela dit, ce n'était pas vraiment pour déplaire à la jeune femme, qui appréciait d'entendre le vent souffler dans les feuilles qui ornaient encore les branches de conifères, ainsi que l'indéniable sérénité que dégageait son environnement.
Un franc sourire sur les lèvres, le regard doux et attendri par l'attitude de son employée, Lena avait observé celle-ci durant sa découverte des lieux. La milliardaire avait eu l'impression de voir une enfant face au plus beau cadeau de Noël que l'on aurait pu lui faire et, à ce constat, son coeur avait à nouveau raté un battement dans sa poitrine, lui rappelant les puissants sentiments qui naissaient dans son corps tout entier.
- Lena, salua la voix bourrue de l'homme des lieux, tu m'as manqué.
Lionel Luthor, la personne qui avait fait naître l'entreprise florissante que la milliardaire dirigeait désormais, arborait un sourire alors qu'il venait de se stopper devant son unique fille. Ce n'est d'ailleurs que lorsque la voix de l'homme d'affaires parvint à ses oreilles que Kara, surprise, était revenue sur terre, soudainement sortie de sa rêverie. Ses yeux s'étaient posés sur le grand brun à la forte carrure, et, comme cela avait déjà pu être le cas avec Lena, la blonde était frappée par le charisme qu'il dégageait. La stature droite, le port de tête haute, et un style vestimentaire luxueux, le vieil homme renvoyait une image qui s'accordait parfaitement avec celle de sa fille, face à lui.
- Toi aussi tu m'as manqué, papa, avoua la brune avec sincérité.
- Alors, où est ton prétendant, cette année ? S'enquit Lionel en jetant en regard aux alentours, sans même sembler remarquer la présence de la blonde aux côtés de sa progéniture. Ta grand-mère a très hâte de le rencontrer.
D'un geste qui se voulait naturel, mais qui s'avérait être légèrement maladroit, la femme d'affaires avait délicatement posé sa main dans le dos de son assistante avec un sourire moins certain. Alors seulement, les yeux du père Luthor se posaient sur la grande blonde élancée qui accompagnait son enfant, et ses traits se tirèrent dans un air que Kara n'était pas en mesure d'interpréter. Ne le quittant pas du regard, la jeune femme avait eu tout le loisir de le voir froncer les sourcils, avant qu'il ne se tende en serrant la mâchoire. Cela n'annonçait rien de bon, pensait la blonde en sentant une certaine anxiété l'envahir.
Lentement, Lionel avait quitté la plus jeune du regard, pour reposer ce dernier sur le visage impassible qu'arborait son enfant. Sa main toujours fermement posée dans le dos de Kara, qui commençait à ressentir des picotements lui parcourir l'échine à cause de ce contact un poil trop insistant, la milliardaire s'efforçait de paraître assurée. Mais elle était loin de l'être en réalité. Et pour cause, ce que la blonde ne savait absolument pas, c'était que la brune n'avait encore jamais ramené de femmes au sein du cocon familial des Luthor, ni au sein de celui des Kieran.
- Je te présente Kara Danvers, annonça-t-elle en offrant un petit sourire à sa camarade, sous l'œil contrarié de son géniteur.
- C'est un plaisir de vous rencontrer, monsieur Luthor, salua poliment la blonde en tendant sa main vers l'avant.
Lionel hésitait quelques secondes durant lesquelles son regard divaguait entre sa fille, son amie, et la main que celle-ci lui tendait. Puis, finalement, après ce qui avait paru être une éternité à la jeune assistante, il l'avait gratifié d'une poignée de main douce, tout en étant ferme. Toutefois, si aucune colère ne semblait traverser le visage du vieil homme, sa contrariété parlait d'elle-même, et il ne comptait pas rester silencieux indéfiniment.
- Je pensais que tu viendrais avec un homme, avoua-t-il après s'être râclé la gorge, sans gêne aucune à l'égard de la blonde qui se sentait particulièrement mal à l'aise désormais.
- N'ai-je pas le droit d'aimer aussi les femmes ? Rétorqua la milliardaire en haussant un sourcil à la fois dubitatif et provocateur.
- Enfin, Lena, tenta de se dédouaner le plus vieux d'entre eux, tu sais bien que ta grand-mère...
- Oh, je suis sûre qu'elle va adorer Kara, assura-t-elle avec un sourire en coin.
Nullement décidée à se faire ainsi marcher sur les pieds, la brune fit un pas en avant, prête à rejoindre le chalet familial. A vrai dire, elle était assez satisfaite de sa manœuvre et, quoi qu'il puisse se passer, elle était déterminée à imposer ses choix de vie à son entourage, même s'il fallait qu'elle se frotte à son père pour cela. Lena avait longtemps vécu dans la peur et, maintenant qu'elle était là, avec la femme qui lui plaisait, elle refusait que cela ne dure plus longtemps.
Alors, exerçant une pression un peu plus forte au creux des reins de Kara, Lena l'incitait à la suivre, un sourire en coin sur les lèvres. Elle n'avait eu aucune envie de rejoindre sa famille pour fêter Thanksgiving cette année-là donc, maintenant qu'elle avait fait plaisir à son patriarche, elle avait bien le droit de se faire plaisir également.
- Allons-y, lança-t-elle avec un enthousiasme mi-feint, mi-sincère. Nous n'allons quand même pas faire attendre grand-mère plus longtemps.
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Chambre de Kara et Lena, Chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Le petit chalet d'apparence si chaleureuse l'était encore plus à l'intérieur, qu'à l'extérieur. Néanmoins, Kara n'eût pas trop le temps de détailler celui-ci plus attentivement. Après une brève salutation de la vieille dame, assise sur son fauteuil, dans le salon, Lena s'était empressée d'inciter sa collègue à la suivre, dans la chambre qu'elles occuperaient pour le week-end, au rez-de-chaussée de la demeure. Lionel Luthor avait gentiment déposé les bagages des deux femmes près de la porte dès lors que celles-ci s'étaient éloignées du taxi en lui déléguant cette lourde tâche.
Désormais seules dans la pièce à coucher, la porte menant au salon soigneusement fermée par la milliardaire, Kara observait les différents bibelots, cadres, et autres décorations disséminées ça et là, confortablement assise sur le lit double de la chambre.
- Je suis désolée pour mon père, déclara la brune avec sincérité.
La voix de Lena avait sorti la blonde de sa contemplation. Doucement, sa tête s'était tourné et un petit sourire naquit sur ses lèvres alors que son regard azuré rencontrait celui de son interlocutrice. Le dos appuyé contre la porte menant au salon, la milliardaire passait une main nerveuse dans son coup pour masser sa nuque, espérant ainsi détendre ses muscles tendus. Sans grand succès. Et encore une fois, maintenant qu'elles n'étaient plus que toutes les deux, Kara était agréablement satisfaite que la brune ne cherche pas à cacher ce qu'elle ressentait comme elle en avait l'habitude. Ainsi, la gêne évidente que la plus jeune parvenait à lire dans les iris vertes de son interlocutrice la faisait sourire en peu plus encore. Pour la première fois depuis bien longtemps, la blonde se sentait spéciale à l'égard de quelqu'un et, à ce constat, son coeur s'emballait dans sa poitrine.
- Ce n'est pas grave, la rassura-t-elle du mieux qu'elle le pouvait en haussant les épaules. Enfin...
Kara marquait une légère pause pour mordre sa lèvre inférieure avec incertitude. Lena avait dit qu'elles devaient se tutoyer, certes, mais la blonde pouvait-elle donc lui poser des questions plus personnelles ? Elle n'en était pas vraiment sûre. Toutefois, sa curiosité prenait le dessus sur la peur. Ce n'était pas vraiment comme si elles n'allaient pas être amenées à devoir jouer un rôle, si Kara avait bien compris la situation.
- Je rêve ou c'était un coming-out ?
- Un peu maladroit, n'est-ce pas ? S'enquit la brune dans un soupir qui fit rire son interlocutrice.
- J'aurai plutôt qualifié ça d'audacieux.
Le ton rempli d'humour qu'avait utilisé la blonde avait réchauffé le coeur de la milliardaire. Un petit sourire s'était enfin mis à étirer les coins de ses lèvres. Il était rare de voir la jeune Luthor en proie à ses incertitudes mais, Kara devait bien l'avouer, elle aimait assez cet aspect de la personnalité de sa patronne. Sans se départir de son air amusé et de toute la malice qui régnait dans son regard, la plus jeune avait continué sur sa lancée, consciente que la brune aurait volontiers laissé le silence retomber entre elles.
- Donc... tu es bi, en réalité ?
- Non, soupira Lena en secouant la tête.
Un court silence s'installait tandis que la milliardaire passait une main dans ses cheveux pour les repousser. Puis, mordant sa lèvre inférieure, elle avait enfin quitté la place qu'elle occupait contre la porte, pour se mettre à faire les cents pas dans la pièce.
- En fait, je ne prends aucun plaisir à sortir avec des hommes, avoua-t-elle, surprenant son interlocutrice.
- Alors pourquoi continuer à avoir des relations hétérosexuelles ? Demanda Kara, les sourcils froncés, en secouant la tête avec incompréhension.
Cette question, si évidente, et prononcée avec autant d'innocence, avait fait sourire un peu plus la brune.
- N'est-ce pas plus facile ?
- Bien sûr que non, assura la blonde avec une conviction qui étonnait la milliardaire. Tu es ce que tu es, et tu n'as pas a en avoir honte. Tu aimes les femmes, et alors ? Qu'est-ce qu'il y a de mal à cela ?
Lena, qui s'était subitement stoppée dans sa marche anxieuse, avait haussé un sourcil avant que son regard ne s'adoucisse. Croisant de nouveau les prunelles bleutées de la jolie femme qui l'accompagnait, la brune sentait quelque chose naître en elle. Quelque chose qu'elle n'avait jamais connu encore. Son coeur, battant sous le poids du stress, s'était considérablement allégé tandis qu'un long frisson lui parcourait l'échine et que son estomac se tordait. Kara savait quoi dire, et quand le dire. La milliardaire l'admirait pour cela. Alors, cette dernière lui offrait un petit sourire teinté de reconnaissance, que la blonde s'empressait de lui rendre.
Puis, jugeant la conversation close, la jeune PDG s'était saisie de vêtements dans son propre bagage, l'air bien plus serein.
- Je vais me changer, expliqua-t-elle naturellement.
- Oh euh... bien sûr.
Dans un geste naturel et hautement pudique, la blonde s'était empressée de regarder ailleurs, faisant naître un sourire en coin chez la milliardaire. Contrairement à Kara, cette dernière n'avait jamais connu de réelle pudeur. Lena avait toujours eu particulièrement conscience de sa beauté physique et, pour cela, elle n'avait aucun mal à apprécier son propre corps... et à le montrer. Alors, sans se poser plus de questions que cela, elle avait simplement retirer son t-shirt, dévoilant son soutien-gorge et sa poitrine généreuse.
Et malgré toute la violence dont faisait preuve la blonde pour ne pas céder à son envie de découvrir le corps de sa patronne, celle-ci n'avait pas été en mesure de contenir sa curiosité. Les joues déjà rouges, un puissant désir déjà bien présent dans son ventre, la plus jeune avait posé ses yeux sur la poitrine de la brune, l'espace d'un instant. Mais une seule microseconde avait suffit pour que le regard de la milliardaire, qui boutonnait son élégante chemise, capte celui, brûlant de désir, de la blonde.
- Tu sais, mes yeux sont plus haut, taquina-t-elle volontairement en faisant redoubler le rouge aux joues de Kara.
- Je... euh... non, je ne regardais pas... bafouilla celle-ci en faisant davantage sourire son interlocutrice.
- Bien sûr, la coupa Lena sur un ton qui se voulait entendu.
Honteuse, la blonde s'était rapidement levée, détournant finalement son regard du corps un peu plus vêtu de sa patronne. Pourquoi avait-il fallu qu'elle cède à son envie ? Plus jamais la milliardaire ne la regarderait de la même façon, désormais, pensait-elle en venant triturer nerveusement la branche de ses lunettes. Le regard insistant que la brune avait toujours sur elle faisait monter sa chaleur corporelle, augmentant passablement le rythme de ses battements cardiaques et, Kara était même sûre que la milliardaire devait les entendre tellement ils étaient puissants. Elle avait besoin d'air.
- On... on devrait rejoindre ta famille, déclara la blonde en se dirigeant vers la porte d'un pas rapide qui trahissait son anxiété. Sinon, ils vont se demander ce qu'on fait.
- Et on ne voudrait surtout pas qu'ils pensent à ce que tu penses, affirma Lena en provoquant un peu plus de malaise chez la blonde.
Sans même répondre, celle-ci avait presque couru pour disparaître dans le salon, laissant la milliardaire seule, et très satisfaite, un lumineux sourire sur le visage. Au plus les heures passaient, et au plus la brune savait que ce week-end allait être bien plus intéressant qu'elle ne l'aurait cru, au départ.
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Chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Ce que Kara n'avait pas prévu lorsqu'elle avait quitté la chambre à toute vitesse, était de se retrouver nez à nez avec les deux autres membres de la famille de Lena, qui la fixait avec un air inquisiteur à la vue de ses joues rosées. Mais, pour le plus grand soulagement de la blonde, ceux-ci avaient étés suffisamment respectueux pour ne pas la questionner sur la raison de son malaise évident. Alors, cherchant à masquer au mieux ses sentiments si chamboulés et puissants, la jeune femme avait pris place sur l'une des chaises libres autour de la table, déjà apprêtée pour leur petit repas de Thanksgiving.
Un silence pesant s'était alors emparé de la pièce, jusqu'à ce que Lena ne les rejoigne, quelques minutes plus tard, et prenne place aux côtés de son assistante, face à son propre père. Un franc sourire sur le visage, la milliardaire était à des années lumières de ressentir la même gêne que sa camarade, bien au contraire. Son attitude totalement détachée et anodine en avait presque dérouté la jolie blonde qui n'osait même pas la regarder trop longtemps, de peur de refaire quelque chose qu'elle aurait pu regretté. C'est pourquoi son regard s'était posé sur la vieille dame qui lui souriait franchement, face à elle.
- Alors, Kara, vous étiez déjà venue en Irlande ? S'enquit-elle sur un ton avenant, mettant enfin un terme au silence pesant entre eux.
- Non, avoua-t-elle en rendant son sourire à la femme, c'est la première fois. Je n'avais encore jamais eu l'opportunité jusqu'à aujourd'hui.
La vieille dame hochait aussitôt la tête, peu surprise par cette révélation.
- Lena, il faudra que tu ailles lui faire visiter les environs, lui indiqua-t-elle.
- Je le ferais, grand-mère, assura la milliardaire avec un sourire en coulant un regard vers la blonde qui évitait toujours fermement le contact visuel.
- Je l'espères bien, la rabroua la vieille dame.
Se penchant doucement vers l'avant, le père de famille devançait sa fille qui avait déjà ouvert la bouche pour répondre à sa grand-mère.
- Et donc, que faites-vous dans la vie, Kara ?
- Oh euh...
L'hésitation palpable de la blonde avait fait tiquer l'homme d'affaires, qui fronçait immédiatement les sourcils. Et pour la première fois depuis qu'elle avait quitté cette chambre, les iris azurées de la jeune femme tombaient dans celles de sa patronne avec une lueur incertaine. Devait-elle avouer à la famille de la brune qu'elle n'était qu'une simple assistante ? Durant quelques secondes, la blonde avait vraiment espéré que la milliardaire se charge de répondre à sa place, de manière à servir la meilleure réponse possible aux deux uniques membres restants de la famille Kieran-Luthor. Toutefois, Lena ne lui faisait pas ce plaisir, se contentant juste d'adresser un sourire rassurant à sa compagne du week-end.
- Je suis l'assistante de Lena, avoua-t-elle alors d'une petite voix, en triturant ses lunettes.
- Je vois... marmonna le brun en haussant un sourcil sceptique.
Discrètement, il jetait un furtif coup d'œil à sa progéniture, et la lueur tendre qu'il voyait dans son regard le fit se raidir sur sa chaise. Alors, lentement, ses propres mains venaient se lier entre elles et son attention se reportait sur la jolie blonde assise à la gauche de sa fille.
- Et vous n'avez jamais pensé à être plus ambitieuse ? S'enquit-il avec un sérieux qui lui valait un regard noir de la part de la milliardaire.
Mais étrangement, Kara n'était nullement surprise par cette interrogation légitime. Un petit sourire se dessinait alors sur son visage et son geste nerveux sur ses lunettes se stoppait. Lionel pensait l'avoir cernée, elle le savait bien, mais il n'avait aucune idée de qui elle était vraiment, et cela amusait passablement la blonde, qui haussait les épaules.
- En réalité, je suis diplômée de deux doctorats du MIT, déclara-t-elle en surprenant les trois personnes autour de la table. Un en physique quantique, et l'autre en physique nucléaire.
- Vraiment ? S'étonna Lionel.
- Mais pourquoi tu as accepté ce poste d'assistante ? Renchérit Lena en ne la quittant pas du regard.
Le malaise reprenait possession de la blonde, qui s'empressait de mordre sa lèvre inférieure tout en plongeant ses iris dans celles de la brune. N'était-ce pas évident ? Toutes les raisons du monde étaient implicitement dites dans le bleu profond de ses yeux, et la milliardaire n'avait absolument pas besoin d'entendre la réponse pour le comprendre. Comprenant cela, son coeur s'emballait dans sa poitrine, éradiquant totalement la surprise de son corps pour ne laisser place qu'à un sentiment poignant d'amour. Elle venait définitivement de tomber pour sa ravissante assistante... et la lueur d'espoir qui venait de naître au creux de son esprit gonflait son coeur.
- C'est une longue histoire, éluda la blonde en faisant comprendre à tout le monde qu'elle ne répondrait pas à cette question.
Aussitôt, un profond silence s'abattait dans la pièce tandis que les deux collègues de travail se retrouvaient incapables de rompre le contact visuel qu'elles avaient, sauf pour laisser tomber leurs iris sur les lèvres de l'autre. Lena avait furieusement envie d'embrasser Kara, si bien qu'elle avait totalement oublié la pièce dans laquelle elles se trouvaient. Et peut-être même aurait-elle succombé à cette pulsion poignante, si sa grand-mère n'avait pas détourné son attention de la plus jeune.
- Franchement, Lena, je ne comprends pas pourquoi tu ne nous as pas présenté ta petite-amie plus tôt, déclara la vieille dame sans être nullement dérangée par ce fait. Elle est beaucoup plus charmante que ce stupide Jack.
- Oh non, nous ne somme pas...
La tentative de dénégation de la milliardaire fût rapidement avortée lorsque Kara, prise d'un élan de courage, avait posé sa main sur le genou de sa supérieure, sous la table. Soudainement déroutée, la jeune Luthor avait stoppé son discours en cours de route, et son regard s'était reposé sur le doux visage de la blonde, qui lui adressait l'un de ses petits sourires qui faisaient cesser de battre son coeur.
- Je suis ravie d'être là, déclara sincèrement la plus jeune, en arborant l'un de ses sourires lumineux et en regardant la vieille dame.
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Forêt, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Lena et Kara marchait sur le sentier principal de la petite forêt de Ballyseedy Woods depuis quelques minutes déjà, totalement silencieuses. Côtes à côtes, il arrivait parfois que leurs mains en viennent à se frôler mais, ni l'une ni l'autre n'avait, ni le courage de le relever, ni l'envie de s'éloigner de son homologue. Alors, dans cette absence de bruit, uniquement rompue par le vent dans les branches de arbres qui ornaient le chemin, les deux collègues de travail avançait.
Kara, toujours plus émerveillée par le paysage irlandais qu'elle découvrait, n'avait de cesse de jeter des regards à droite, puis à gauche, décelant parfois un écureuil sur le sol ou un oiseau sur une branche base. Néanmoins, depuis qu'elles avaient quittées le chalet familial, toutes les pensées de la blonde revenait sans cesse vers la splendide brune qui l'accompagnait. Si les raisons qui avaient poussées cette dernière à lui demander de la suivre sur un autre continent lui étaient encore floues, maintenant qu'elle était là, la jeune assistante n'avait plus aucune envie de repartir. Et depuis qu'elle avait eu le courage d'établir un contact physique moins professionnel avec sa patronne, elle se sentait déroutée tant son organe palpitant s'emballait à la moindre parole, au moindre regard, et au moindre contact de la brune.
Leurs mains se frôlaient une nouvelle fois, faisant se tendre la blonde. Tout son corps lui criait de saisir celle de la milliardaire pour entrelacer leurs doigts et pour découvrir la flopée de sentiments agréables qui l'envahirait, mais Kara se faisait violence pour ne pas succomber, au même titre que Lena. Mais finalement, incapable de continuer à s'infliger cette douce torture plus longtemps, la brune se décalait d'un seul petit pas, leur offrant la distance qui leur manquait pour qu'elles ne se touchent plus. Pourtant, au lieu du sentiment de soulagement qu'elle avait espéré ressentir en faisant cela, ce fût de la frustration qui prenait possession du corps de la milliardaire.
- Que penses-tu de l'Irlande ? Demanda cette dernière avec un réel intérêt.
- C'est magnifique, annonça la blonde en souriant à son interlocutrice.
L'opinion que Kara portait sur le pays natal de la brune importait bien plus à celle-ci que ce que la blonde croyait. Car même si la milliardaire était partie, même si elle n'avait pas souhaité y revenir cette année, en réalité, elle aimait l'Irlande plus que tout au monde. Elle ne s'était jamais sentie plus à sa place que sur ces terres, au milieu de personnes qui partageaient ses coutumes et ses convictions. Elle avait d'ailleurs longuement songé à reprendre sa vie où elle l'avait laissé en partant pour les USA, mais elle ne pouvait décemment pas tout plaquer et renoncer à son poste au sein de la société familiale.
- Pourquoi avoir quitté ce pays ? S'enquit doucement Kara, après un instant d'hésitation, en coulant un regard vers la brune à ses côtés.
Un profond soupir quittait les lèvres de la milliardaire. Dans un tic nerveux, sa lèvre inférieure c'était naturellement retroussée sous l'une de ses dents, faisant défaillir la blonde à ses côtés. Lena avait toujours éludé cette question, que cela soit en interview ou dans sa vie personnelle. Pourtant, intimement, son coeur et son esprit l'incitait à en parler aujourd'hui afin d'alléger enfin ses épaules alourdies par toutes ses années de secret.
- Mon père... commença-t-elle avec une hésitation palpable. Mon père a été gravement malade, il y a quelques années.
La brune marquait une pause pour prendre le temps de trouver ses mots tandis que la blonde l'observait avec une tendresse dont elle seule savait faire preuve. Mordant de nouveau sa lèvre inférieure, Lena jetait un coup d'oeil vers sa camarade. Un petit sourire rassurant naissait alors sur les lèvres de la jeune assistante, et la brune le lui rendait instantanément, bien que plus faiblement. La bienveillance qui se peignait sur les traits de Kara incitait naturellement la milliardaire à reprendre, faisant tomber ses dernières réticences. Lena pouvait lui faire confiance, elle le savait bien.
- A l'époque, l'entreprise était en pleine ascendance, expliqua-t-elle alors en replongeant ses yeux dans le vague, l'air lointain et perdu dans ses souvenirs. Nous venions tout juste de rentrer en bourse et les actions devenaient de plus en plus coûteuses.
La milliardaire marquait une nouvelle pause durant laquelle Kara hochait simplement la tête, d'une attention sans faille pour le récit de son accompagnante. Alors, passant une main nerveuse dans sa nuque, la brune poussait un nouveau soupir et reprenait son discours d'une voix plus triste.
- Ma belle-mère était quelqu'un de cupide. Avec l'aide de mon frère, Lex, ils ont élaborés tout un plan pour assassiner mon père, et pour faire passer ça pour une mort accidentelle due à la maladie. Et ils étaient à deux doigts de réussir.
Soudainement, Lena arrêtait sa marche en remarquant la présence d'un petit banc en bois, à l'orée du chemin sur lequel elles se trouvaient. Dans un besoin de retrouver contenance, la milliardaire n'avait pas attendu pour s'asseoir sur ce dernier et, toujours muée dans un silence attentif, la blonde avait pris place à ses côtés. De nombreuses questions se bousculaient contre les lèvres de la jeune Danvers, toutefois, elle retenait sans mal sa curiosité, pour une fois. En aucun cas elle ne souhaitait que la brune se sente obligée de lui parler de son passé. Mais elle était vraiment touchée que celle-ci le fasse tout de même.
- Mon père avait vu la chose venir alors, un soir, alors que je rentrais tard d'un rendez-vous, il m'a appelé. J'ai sauté dans le premier avion à destination de Métropolis. En arrivant là-bas, mon père convulsait car ma belle-mère avait injecté une substance dans sa perfusion. J'ai aussitôt appeler la police mais, après cette tentative de meurtre, mon père n'était pas serein. Donc, on a décidé de mettre en scène sa mort. Ma belle-mère et mon demi-frère ont finalement été envoyés en prison et moi... je suis devenue la nouvelle PDG de l'entreprise.
A mesure que Lena révélait les circonstances de cette affaires, les yeux de Kara s'agrandissaient sous la surprise. La blonde n'aurait jamais imaginé cela. Et elle comprenait maintenant pourquoi Lionel Luthor se tairait au creux de cette forêt, dans cette petite ville d'Irlande, au lieu de reprendre sa place au sein de son entreprise florissante. Les enjeux étaient beaucoup trop importants.
Dans un nouvel élan de courage, Kara avait réduit la distance entre leurs deux corps, laissant leurs genoux se toucher, tandis qu'elle prenait les mains de la brune dans les siennes. Et Lena, qui s'était d'abord tendue à ce contact appuyé, avait finalement accepté la présence de la blonde près d'elle, et n'avait pas cherché à déloger ses mains de celles de sa jolie assistante.
- Je suis vraiment désolée, Lena, déclara sincèrement la jeune femme en souriant doucement. Tu ne méritais pas ça, et ton père non plus.
Incapable de répondre, la vision brouillée par les larmes, la brune s'était contenté d'offrir un faible sourire à la blonde. Elle espérait que cela suffirait à lui faire comprendre qu'elle était touchée par son soutien. Et cela dût être le cas puisque, naturellement, Kara avait passé un bras autour des épaules de sa supérieure et rapidement, celle-ci s'était retrouvée blottie contre son corps bien plus fort qu'elle ne l'aurait cru. Un frisson parcourait sans attendre l'échine de la milliardaire, provoquant une sensation agréable qui lui avait fait fermer les yeux. Et oubliant totalement leurs statuts respectifs, la milliardaire s'était pressée un peu plus contre le corps de son assistante en posant sa tête contre l'épaule de cette dernière. En cet instant, elles n'étaient plus un salarié et son employeur, mais simplement Kara Danvers et Lena Luthor, seules dans l'immensité du monde.
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Chambre de Kara et Lena, Chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
La nuit avait rapidement pointé le bout de son nez, ce soir-là, et lorsque les deux femmes étaient finalement revenues de leur balade de la soirée, les deux autres membres de la maison étaient déjà couchés. Kara avait longuement cherché à trouvé le sommeil, allongée aux côtés de la brune, à une distance respectable, mais celui-ci n'était jamais venu. Alors, après quelques heures passées sur le dos, à observer le plafond, la blonde s'était finalement levée en prenant garde à ne faire aucun bruit. Délicatement, elle avait enfilé récupérer l'un des gilets de Lena, qui trainait sur le petit fauteuil près de la fenêtre, et l'avait naturellement passé sur ses épaules car elle ne voulait pas prendre le risque de réveiller la brune en allant récupérer le sien dans sa valise fermée. Aussitôt, la douce et enivrante odeur de sa patronne était arrivée jusque ses narines et, comme une habitude maintenant, son coeur avait raté un battement, bien vite accompagné de cet agréable frisson le long de son échine. Puis, toujours avec la même précaution, elle s'était installée sur le fauteuil, repliant ses jambes contre sa poitrine, et s'était mise à réfléchir sur un équation mathématique que lui avait envoyé une amie.
L'obscurité présente dans la pièce n'était rompue que par la luminosité du téléphone portable de la plus jeune, et par les rayons lunaires argentés. L'atmosphère fraîche était légère et apaisait l'esprit de la blonde, qui ne pouvait s'empêcher de sourire en jetant, de temps en temps, des coups d'œil vers la fenêtre donnant sur l'extérieur du petit chalet. Toutefois particulièrement concentrée sur son problème de maths, Kara avait rapidement perdu la notion du temps, si bien qu'elle ne savait pas vraiment dire combien de temps elle était restée assise là, à se creuser la tête.
Ce n'est que lorsque des pas feutrés se firent entendre dans son dos que la jeune femme avait relevé la tête, et avait tourné celle-ci vers la source du bruit. La vision qui s'offrait à elle faisait automatiquement naître un sourire attendri sur ses lèvres, et elle se blâmait d'être aussi niaise. La milliardaire, qui avait quitté la chaleur des couvertures dans lesquelles elle dormait, s'était approchée de sa collègue, l'air encore à moitié endormi.
- Tu ne dors pas ? Demanda celle-ci en s'accoudant au dossier du fauteuil, dans le dos de la blonde.
- Je ne trouvais pas le sommeil, avoua simplement Kara avec un petit haussement d'épaules.
La brune, l'esprit encore embrumé par son réveil, clignait plusieurs fois des yeux pour s'adapter à la forte luminosité de l'écran du téléphone de la blonde, qui lui agressait les pupilles. Néanmoins, celles-ci s'avéraient s'accoutumer plutôt rapidement et, par pure curiosité, la milliardaire n'avait pu s'empêcher de zyeuter l'écran, découvrant aussitôt l'équation scientifique qui y résidait. Sa première réaction avait été de la surprise puis, après quelques secondes, le discours que sa jeune assistante avait tenu, plus tôt, lui était revenu à l'esprit, la faisant sourire.
- Alors comme ça, tu t'amuses à résoudre des équations pour combattre l'insomnie ? Taquina la brune avec humour. Je n'avais encore jamais essayé, mais effectivement, je pense que ça peut être efficace.
Un petit rire échappait à la blonde tandis qu'elle verrouillait son téléphone dans un geste machinal. Les mathématiques n'avaient rien de vraiment assommant pour elle, mais elle comprenait parfaitement où venait en venir la Luthor.
- Non, s'amusa-t-elle, mais une amie m'a demandé de l'aide et j'ai promis de trouver du temps pour l'aider.
- C'est gentil de ta part, acquiesça Lena avec sincérité.
Un petit silence s'installait de nouveau dans la pièce, laissant les deux femmes profiter de leur petit moment de légèreté que Kara n'aurait jamais imaginé connaître en présence de la milliardaire. Puis, gigotant sur le fauteuil qu'elle occupait, la blonde tapotait l'accoudoir d'une main en tournant la tête de manière à croiser le regard de celle qui faisait chavirer son coeur.
- Assieds-toi, l'invita-t-elle avec douceur.
Lena ne se faisait pas prier. Contournant le dossier du fauteuil sur lequel elle était accoudée, la milliardaire avait rapidement rejoint l'accoudoir et avait pris place sur celui-ci, à quelques centimètres seulement de la blonde. De cette manière, Kara n'avait plus besoin de se tordre le cou afin de laisser son regard courir sur les traits anguleux de la brune, qui paraissait presque mystique dans la clarté argentée que leur renvoyait la lune à travers la fenêtre. Leurs regards se croisaient quelques secondes, avant que celui de la milliardaire ne descende sur les lèvres de son interlocutrice, et finalement, sans que Kara ne comprenne immédiatement pourquoi, ses sourcils se fronçaient.
- Je rêve ou tu portes l'un de mes gilets ?
La question de la brune, davantage dit sur le ton de la surprise que de la colère, avait automatiquement fait naître des rougeurs sur les joues de la blonde, qui jetait nerveusement un regard sur le vêtement qu'elle portait. Cette réaction gênée, et particulièrement attendrissante selon Lena, avait fait apparaître un sourire en coin sur les lèvres de cette dernière. Kara était définitivement beaucoup trop facilement perturbable, et la milliardaire adorait ça.
- Oh, euh... je... j'avais froid, bégaya la Danvers en venant triturer la branche de ses lunettes avec nervosité. Et je... je ne voulais pas te réveiller, alors...
Un petit rire amusé échappait à la milliardaire alors que sa main venait naturellement se poser sur l'un des genoux de Kara, comme celle-ci avait déjà pu le faire par le passé. Il n'en fallait pas plus à la blonde pour que ses mots meurent au sein de ses cordes vocales, faisant se tordre son estomac dans une agréable sensation. Jamais elle n'avait entendu une mélodie aussi juste que celle du rire de la brune, qui parvenait à ses oreilles comme la plus douce des musiques imaginables. A ce constat, ses joues ne firent que se teinter davantage de rouge, alors que leurs regards se rencontraient enfin. Et toute la tendresse que Kara pouvait lire dans les iris verdâtres de Lena la faisait défaillir, provoquant la naissance d'une brûlante chaleur au sein de son bas-ventre.
- Tu peux le garder, si tu veux, lui proposa naturellement la brune en arborant un sourire en coin. Il te va beaucoup mieux qu'à moi.
Lena marquait volontairement une pause, saisissant les pants du gilet que portait la blonde pour le lui mettre correctement, réduisant par la même occasion la proximité de leur deux corps. Et elles étaient désormais si proches, que Kara pouvait presque sentir le souffle de la brune sur son visage, la rendant clairement incapable d'aligner deux pensées cohérentes.
- Et je dois avouer que j'aime beaucoup te voir porter l'un de mes vêtements, avoua la milliardaire dans un murmure suave.
Kara aurait succombé. Oui, elle aurait clairement succombé, et aurait embrassé sa supérieure sans même y réfléchir si celle-ci ne s'était pas aussitôt reculée une fois ces mots prononcés. On ne peut plus satisfaite de cette simple phrase qui, elle le savait, avait suffit à faire perdre ses moyens à sa secrétaire. Lena s'était donc levée de l'accoudoir avec la même grâce dont elle faisait toujours preuve et, naturellement, elle s'était éloignée pour rejoindre le lit qu'elles partageaient, sans se départir de son sourire en coin.
- On devrait retourner dormir, maintenant. La journée de demain ne sera pas moins éprouvante que celle d'aujourd'hui.
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Chambre de Kara et Lena, Chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Le lendemain matin, Lena avait été la première à se réveiller. Et quelle ne fût pas sa surprise de constater que, durant la nuit, elle avait réduit la distance entre son corps et celui de la jolie blonde qui partageait son lit. La poitrine collée contre le dos de Kara, la milliardaire avait passé un bras fort autour de la taille de la plus jeune et, naturellement, sa main s'était logée sur le ventre de cette dernière. Mais ce n'était pas ce qui l'avait étonnée le plus, non. Lena avait toujours été ce genre de personne à chercher la chaleur du corps à ses côtés, si bien que ce genre de réveil lui était plutôt habituel lorsqu'elle dormait avec quelqu'un. Non, le plus surprenant était que, même si elle avait voulu se dégager de cette agréable position, elle n'aurait absolument pas pu le faire car la blonde avait posé sa main sur la sienne et entrelacer leurs doigts.
Un petit sourire de satisfaction s'emparait des lèvres de Lena. Ce petit constat plus qu'apprécié avait fait rater un battement au coeur de la brune, qui était désormais belle et bien réveillée. Alors, incapable de faire quoi que ce soit, le visage enfoui dans la nuque de la blonde, la milliardaire avait simplement fermé les yeux et avait laissé le doux parfum de Kara lui parvenir aux narines.
- Hey... salua la petite voix endormie de la jeune assistante, toujours dos à sa supérieure.
- Bonjour, murmura celle-ci près de l'oreille de Kara.
La voix suave de Lena avait automatiquement fit frissonner sa compagne du week-end, et un petit sourire niais s'était glissé sur son visage lorsqu'elle le constatait. En réalité, la brune n'avait pas le souvenir d'avoir déjà vécu un réveil aussi agréable que celui-là, aussi chaste fût-il.
- Tu as bien dormi ? S'enquit la milliardaire sans bouger d'un pouce.
- Oh, oui, jusqu'à ce que tu te colles à moi, taquina la blonde sans le penser le moins du monde.
Et Lena en avait parfaitement conscience. Son sourire niais se transformait en quelque chose de plus espiègle tandis qu'elle rouvrait enfin ses paupières, les yeux remplis de malice. Alors Kara était ce genre de filles à vouloir jouer dès le matin ? Cela convenait parfaitement à la brune, qui sentait son coeur se gonfler dans sa poitrine, sous le poids des sentiments forts qu'elle ressentait.
- Vraiment ? Demanda-t-elle en osant venir caresser la nuque de la blonde avec ses lèvres. Je suis pourtant presque sûre que ce n'est pas moi qui ai lié nos doigts ensemble...
Comme brûlée par cette réflexion soudaine, Kara s'était empressée de lâcher la main de sa patronne. Dans un mouvement vif, elle avait fait volte-face pour pouvoir enfin apercevoir le visage de celle avec qui elle parlait, les joues rouges de honte. Mais elle ne s'était pas vraiment attendue à ce que la brune soit si proche d'elle, même si elle avait parfaitement conscience que celle-ci était collée à son dos. Alors, sentant désormais son souffle sur son visage tant elles étaient proches, la blonde s'était figée, la respiration momentanément coupée. Comment Lena pouvait-elle être si belle alors qu'elle venait tout juste de se réveiller ?
- Je... bégaya la jeune Danvers sans vraiment savoir ce qu'elle voulait dire. Je suis désolée...
Un franc sourire en coin se dessinait immédiatement sur les lèvres de la milliardaire, qui n'avait pu s'empêcher de plonger son regard brûlant de désir dans celui, coupable, de sa collègue. Kara était beaucoup trop mignonne sans ses lunettes, et encore plus lorsqu'elle venait de se réveiller, pensait Lena, nullement gênée d'avoir ce genre de pensées à son égard. Et c'était ces mêmes pensées qui l'avaient amenée à se mordre la lèvre inférieure et, dans un élan de spontanéité, à venir posée sa main libérée de la poigne de Kara sur la joue de cette dernière.
- Ne le sois pas, murmura la Luthor dont le regard divaguait désormais sur les lèvres de sa camarade.
Malgré l'absence de ses lunettes, la blonde n'avait eu aucun mal à voir l'égarement de sa patronne. Et ce dernier provoquait un nouveau frisson le long de son échine alors qu'elle se mettait à mordre sa lèvre inférieure de la même manière que son interlocutrice. Quelques secondes de plus et, elle le savait, Lena allait l'embrasser. Ce n'était pas la première fois qu'elles se retrouvaient dans l'un de ses moments suspendus entre deux possibilités et là, tout de suite, Kara mourait d'envie que la brune mette un terme à cette douce torture qui avait élue domicile au creux de son estomac.
Mais cet instant ne vint jamais. Tout à coup, quelques coups portés contre la porte de la chambre les avaient fait tressaillir et, une microseconde suivante, Lionel pénétrait dans la pièce. Le père Luthor, qui ne s'était pas attendu à interrompre une scène pareille, s'était figé sur le pas de la porte tandis que, pour son regard extérieur, les deux amantes se séparaient avec vivacité. Un petit grognement de mécontentement s'échappait alors de la gorge de la milliardaire, qui offrait un regard noir à son paternel, à l'instar de son employée qui ne paraissait que plus penaude encore.
- Le déjeuner est servi, annonça-t-il sur un ton plutôt dur qui fit se tendre les muscles de la blonde.
- On arrive, marmonna sa progéniture en passant une main dans ses cheveux bruns.
Lena avait faim, ça oui. Mais pas faim de nourriture, quand même bien son ventre criait famine. En temps normal, la brune avait toujours eu une bonne relation avec son père, mais là, tout ce qu'elle avait envie de faire était de commettre un meurtre. Et Kara partageait totalement son envie, même si elle ne se serait jamais permise de laisser cela se voir.
Les joues rouges de honte, la blonde s'était empressée de récupérer ses lunettes et de les poser sur son nez. Sa vue retrouvée, ses belles iris bleutées tombaient automatiquement dans celles de celle qui aurait pu être son beau-père, et elle se ratatinait aussitôt dans le lit. La lueur dérangée qu'elle pouvait lire dans les prunelles sombres du Luthor lui tordait l'estomac d'une anxiété nouvelle.
- Kara, que diriez-vous de venir couper du bois avec moi pour allumer le feu de la cheminée ? S'enquit-il davantage par politesse que pour laisser le choix à celle qui semblait être sa belle-fille. Je suis sûr que c'est quelque chose que vous n'avez pas l'habitude de faire à National City.
Le dos appuyé contre le dossier du lit, la blonde venait triturer la branche de ses lunettes, trahissant sa nervosité. Elle savait bien que Lionel avait tourné son ordre sous forme de questions uniquement pour y mettre des formes, mais elle ne pouvait absolument pas refusé, c'était certain. Alors, arborant un petit sourire contrit, elle avait hoché la tête.
- Avec plaisir, monsieur Luthor.
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Abords du chalet, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
Cela faisait déjà plusieurs minutes que Kara était debout, à l'extérieur du petit chalet familial, en compagnie du père de Lena. Lionel, particulièrement concentrée à abattre sa hache sur les petites buches de bois, avait longuement expliqué à la blonde l'importance d'avoir un geste fort du bras pour que la hache coupe correctement. Et honnêtement, tandis qu'elle écoutait attentivement les paroles du vieil homme, la jeune assistante ne se sentait que de moins en moins rassurée. Car malgré toute la force qu'elle mettait pour ne pas paniquer, elle ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer sa tête être à la place de la buche de bois. Aucun doute, Lionel Luthor savait comment calmer des ardeurs, et encore plus comment faire peur aux gens. Peut-être que la jeune Danvers aurait dû y réfléchir à deux fois avant de laisser son attraction et ses sentiments pour la milliardaire prendre le dessus sur sa raison.
- Est-ce que vous voulez essayer ? S'enquit le brun en prenant soin à paraître courtois.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée... déclara la blonde après un instant d'hésitation, en passant une main nerveuse dans sa nuque.
- Oui, je m'en serais douté, avoua-t-il simplement.
Kara ne savait pas comment elle devait prendre cette remarque de la part du père de Lena. Devait-elle se sentir offusquée ou, au contraire, ne pas y faire attention ? Elle optait pour la deuxième option, même si une légère amertume pesait sur son coeur. Lionel Luthor avait la sale habitude de juger les gens au premier regard, la jeune assistante l'avait bien compris.
- Alors, pourquoi ma fille ? Demanda-t-il après un court silence oppressant.
La blonde haussait un sourcil sur cette question, observant la patriarche qui lui faisait dos. D'un geste habile et fort, ce dernier venait d'abattre sa hache sur l'une des buches, faisant frissonner son interlocutrice.
- Ne le prenez pas mal, indiqua Kara en pinçant les lèvres, mais j'aimerai autant ne pas répondre à cette question tant que vous tenez cette hache.
Un rire franc s'échappait alors de la gorge du vieil homme, qui se tournait aussitôt vers la blonde pour la regarder. Tout, chez Kara, transpirait la nervosité et la peur. Et à vrai dire, rien que pour cela, Lionel la portait déjà un peu plus dans son coeur. C'était bien la première fois que sa fille lui ramenait quelqu'un qui n'osait pas se confronter à lui et à sa dureté morbide. Un petit sourire apparaissait alors sur les lèvres du brun, surprenant quelque peu Kara, qui ne s'était pas attendue à le voir exprimer un sentiment positif à son égard.
- Je ne vais pas vous tuer, Kara, déclara-t-il avec sincérité, faisant naître une vraie surprise sur le visage de la blonde. Oh, ne faites pas cette tête. En réalité, je vous aime bien. Vous êtes discrète, indéniablement brillante étant donné vos diplômes et, même si ça me coûte de l'avouer, vous avez l'air d'avoir un bon impact sur ma fille. Je n'avais pas vu Lena sourire ainsi depuis des années.
L'étonnement de la jeune Danvers ne faisait que s'accroître au fur et à mesure du discours du père Luthor. Celui-ci marquait une pause, puis lâchait un soupir en haussant finalement les épaules. Il ne s'était lui-même pas attendu à en dire autant.
- La seule chose qui me dérange, c'est que vous soyez une femme, avoua-t-il honnêtement. Mais que puis-je y faire ? Je n'irai pas contre le bonheur de mon unique fille. Donc je vais vous reposer ma question, et j'ose espérer que vous serez aussi sincère que moi. Pourquoi ma fille ?
Kara dû prendre quelques secondes pour bien assimiler les paroles de Lionel. Mais lorsque ce fût enfin le cas, un lourd poids semblait s'enlever de ses frêles épaules, libérant son coeur oppressé dans sa poitrine. Un petit sourire apparaissait alors sur les lèvres de la blonde, qui était immédiatement envahie par une multitude de souvenirs de Lena. Elle savait pourquoi elle appréciait la brune plus qu'elle ne l'aurait dû. Toutefois, elle ne se sentait pas de faire la liste de toutes les petites choses qui faisaient que son coeur battait pour la milliardaire. Il y en avait beaucoup trop.
- On ne choisit pas de qui on tombe amoureux, monsieur Luthor, se contenta-t-elle de répondre sur le ton de l'évidence, toujours accompagnée de son petit sourire niais. Lena est une personne formidable, elle possède un coeur pur et sa personnalité changeante est captivante. Je pourrais volontiers vous expliquer tout ce qui me plaît chez votre fille, mais nous n'aurions pas assez de la journée pour en faire le tour.
Lionel hochait la tête en silence, le regard rivé dans celui de son interlocutrice pour en juger la sincérité. Et ce qu'il pouvait lire dans les yeux bleu de la blonde ne le trompait aucunement. Il n'aurait pas pu faire face à une personne plus honnête que Kara, en cet instant. Alors, même s'il n'aimait pas savoir que sa fille sortait du chemin qu'il lui avait tracé, il était réellement heureux que cette jeune femme soit rentrée dans sa vie.
- Je ne suis pas une personne cupide, indiqua-t-elle tout de même, pour être sûre que les choses soient claires entre eux. Je me fiches pas mal de votre argent, ou de votre nom. Si c'était le cas, je n'aurai sûrement pas accepté un poste d'assistante au détriment de ma carrière de scientifique. La seule raison qui me motive à partager la vie de Lena, c'est que je me sens entière uniquement lorsque je suis dans ses bras, et s'il devait lui arriver quelque chose demain, je pense que je ne m'en remettrais très probablement pas.
Kara marquait une pause, poussant un profond soupir pour évacuer le peu de tension qui restait encore dans son corps.
- Lena mérite ce qu'il y a de mieux sur cette planète, assura la blonde avec plus de douceur. Et tant que je serais en vie, je compte bien honorer cela du mieux que je le puisses.
Lionel Luthor hochait de nouveau la tête, un sourire franc sur le visage, et le regard bien plus tendre qu'il ne l'avait jamais été. Oui, il savait maintenant. Cette jeune blonde était tout ce qu'il fallait à son enfant pour vivre la vie qu'il lui avait toujours souhaité.
Le silence s'abattait de nouveau entre les deux adultes, qui se toisaient mutuellement. Puis, finalement, avec la plus grande des bienveillances, le brun tendait la hache à la femme qui lui faisait face. Incertaine, mais devinant qu'elle se devait de le faire, Kara se saisissait de l'instrument mortel avec un petit sourire hésitant.
- Je suis ravi de t'accueillir dans la famille, Kara.
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Abords du lac, Forêt, Ballyseedy Woods, Ballyseedy :
- Mais où est-ce que tu m'emmènes ? Quémanda la blonde en trottinant derrière la milliardaire pour rattraper son retard.
Un sourire en coin fermement ancré sur son visage, Lena marchait depuis quelques minutes en compagnie de Kara, enjambant quelques branches sur le sol de la forêt. Après seulement quelques mètres sur le sentir, la brune avait quitté le chemin de terre battu pour s'enfoncer entre les arbres, dans la nature sauvage de ses terres natales irlandaises. La plus jeune avait déjà plusieurs fois demander à sa compagne du week-end où elles allaient, mais celle-ci avait catégoriquement refusé de le lui dire, faisant ainsi perdurer le côté mystérieux de leur petite escapade.
- Dans un de mes endroits préférés, déclara-t-elle toutefois sans donner plus de détails que cela.
Kara fronçait aussitôt les sourcils, incertaine quant à si cette réponse la satisfaisait ou non. Néanmoins, cela avait suffit à faire naître un peu plus de curiosité en elle. Et heureusement, la vraie réponse à sa question ne tardait pas à se révéler puisque, après encore quelques minutes de marche, la brune s'arrêtait finalement. Devant elle, un petit lac se dessinait au beau milieu d'une immense clairière dont la blonde n'aurait jamais soupçonné l'existence.
Le regard à la fois surpris et émerveillé, la jeune Danvers avait été incapable de fixer autre chose que la surface couverte de feuilles automnales de l'étendue d'eau, sans voix. Constatant l'état de la femme qui l'accompagnait, le sourire de Lena s'était fait plus grand. Toutefois, une certaine l'anxiété ne la quittait pas. La milliardaire n'avait encore jamais emmené personne dans ce coin de la forêt, et l'opinion que la blonde allait avoir de son petit endroit secret lui importait plus que personne ne l'aurait cru.
- Tu aimes ? Osa-t-elle demander avec une petite voix, sortant enfin Kara de son état de transe.
- Mon dieu, Lena, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau.
La sincérité dans le ton de la plus jeune avait fait chavirer le coeur de la brune. Et après un dernier regard pour le petit lac devant elle, la blonde s'était tournée de manière à faire face à sa patronne, un sourire béat sur le visage.
- Je ne pensais pas qu'il y avait autant de beaux paysages en Irlande, avoua-t-elle simplement, faisant se hocher la tête de la Luthor.
- C'est la raison pour laquelle j'ai longtemps eu envie de revenir m'installer ici, déclara Lena sur un ton nostalgique.
Kara hochait la tête à son tour. Elle comprenait parfaitement ce besoin que pouvais ressentir sa compagne de retrouver sa vie sur les terres Irlandaises. A vrai dire, la blonde était même sûre que les quitter avaient dû briser le coeur de la plus vieille, qui se faisait violence pour ne pas se laisser submerger par la tristesse. Lena avait officiellement laissé tomber toutes les barrières qu'il y avait entre elles au début de ce voyage, et si elle avait emmené la blonde à cet endroit, ce n'était pas par hasard. Il était temps qu'elle fasse ce qu'elle avait voulu faire durant tout le week-end. Pour cela, il fallait indéniablement qu'elle se mette à nue, et elle ne se sentait capable de le faire qu'au sein de cette petite clairière qui l'avait toujours apaisée.
- Pourquoi ne pas l'avoir fait ? S'enquit Kara sur un ton doux, en osant poser sa main sur l'un des bras de la femme qui lui faisait face.
- Toute ma vie est en Amérique, soupira la milliardaire en passant sa main libre dans sa nuque.
- Tu pourrais très bien ouvrir une succursale de la société, ici, souleva la blonde avec évidence.
C'était vrai. Kara avait totalement raison. Lena le savait. Mais ce qui la retenait à National City n'était absolument pas sa société. Et au fond, la brune était persuadée que son assistante le savait bien. Comment aurait-elle pu ne pas en avoir conscience, après tout ce qui s'était passé entre elle en une journée à peine ? Un petit sourire amusé naissait alors sur les lèvres de Lena. La jeune Danvers ne lui faciliterait pas la tâche. Elle était bien trop dans les sous-entendus pour cela.
- Bien sûr, acquiesça la milliardaire en mordant sa lèvre inférieure, le temps d'une courte pause. Mais toi, tu serais toujours à National City.
Aussitôt ces mots avaient-ils étaient prononcés, que la main que Kara avait posé sur le bras de Lena se contractait sur celui-ci. Le coeur de la blonde avait aussitôt fait une embardée dans sa poitrine et le silence était retombé entre elles, accroissant l'anxiété déjà ressentie par la brune. Lentement, la main de la jeune assistante était descendue le long du bras de sa patronne et naturellement, sa main avec trouvé la sienne pour s'en saisir doucement. Un petit sourire se glissait alors sur les lèvres de la blonde, qui avait un instant baissé la tête, avant de reporter un regard brillant dans celui de la milliardaire.
- Est-ce que c'est une déclaration ? Demanda Kara, même si elle connaissait déjà la réponse.
- Un peu maladroit, n'est-ce pas ? S'enquit Lena avec incertitude.
- Audacieux, assura la blonde avec un sourire plus franc.
Ce même sourire avait fait raté un battement au coeur de la brune. Toutefois, celle-ci n'eût pas vraiment le temps de réellement prêté attention à cela que Kara, pleine d'audace, s'était empressée de presser son corps contre celui de sa supérieure. Avec une assurance que Lena ne lui connaissait pas, son assistante avait glissé sa main libre dans la nuque de sa patronne et, enfin, ses douces lèvres se pressèrent contre celles de la milliardaire. Il avait suffit d'un bref contact, pour qu'une effervescence de sentiments prennent possession de leurs deux corps, laissant une importante nuée de papillons s'envoler dans leurs deux estomacs.
Avec la même douceur que celle dont faisait preuve la blonde, Lena avait mouvé ses lèvres contre les siennes et, instinctivement, ses mains avaient trouvés leur place sur la taille de celle qu'elle aimait. Plus rien ne comptait désormais, à part elles. L'atmosphère automnale et le petit vent qui soufflait sur leurs corps enlacés leur donnaient une dimension bien plus irréelle de ce qui était en train de se passer. Mais une chose était sûre maintenant, Kara n'appréhendait plus du tout ce repas de Thanksgiving. Au contraire, elle remerciait même l'univers tout entier d'avoir mis Lena sur sa route.
FIN.
