Chapitre 5: Retour au pays
Quelques heures plus tard, le carrosse qui transportait les élèves de BeauxBâtons atterrit sur la pelouse du parc de Poudlard. Les élèves descendirent à la suite de leur directrice. Harry parcourut du regard les rangs des élèves de Poudlard. Il reconnut rapidement Elyn et se fit la réflexion qu'à part quelques kilos en plus, elle n'avait pas changé. Il se demandait ce qu'elle était devenue. Probablement rien de bon, quand on savait par qui elle avait été élevée.
Il secoua la tête, pour chasser les souvenirs de son enfance qui commençaient à remonter. Il jeta un œil à Julio, assis à côté de lui. Son ami était presque aussi pâle que lui, et avait l'air terrorisé. Il n'était visiblement pas le seul à qui l'Angleterre rappelait de mauvais souvenirs. Si sa sœur, âgée d'à peine sept ans à leur arrivée en France, était trop jeune pour s'en souvenir, lui savait que c'était pour leur sécurité à tous les trois que leur père avait pris la décision de tout quitter du jour au lendemain pour partir vivre en France. C'était, de l'avis de l'adolescent, la meilleure décision que son père ait jamais prise.
En jetant un coup d'œil à son ami, il compris à son air sombre que celui ci était en proie au même genre de pensées négatives. Harry n'avait jamais rencontré Antonin Dolohov en personne mais, comme tout le monde en Angleterre, le connaissait de réputation. Et le moins que l'on pouvait dire c'était que celle-ci n'était pas très glorieuse.
Il fut sorti de ses pensées par le mouvement de la foule et compris qu'ils avaient été invités à pénétrer dans l'enceinte de l'école. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il remarqua la présence d'un homme barbu accompagné d'un groupe d'élèves qui, contrairement à eux, ne semblaient pas souffrir de la fraîcheur de la température ambiante. En effet, comme tous leurs camarades français, Harry, sa sœur et Julio étaient vêtus de leur uniforme habituel soit : une chemise blanche à col gris clair assorti d'une cravate de la même couleur et d'un pantalon blanc - une jupe longue pour les filles -. Ils furent invités à s'asseoir à une table où les élèves avaient un uniforme bleu et bronze - Serdaigle d'après ce que lui avait raconté son père -.
Il observa de loin Elyn se pavaner à la table rouge et or - Gryffondor, la maison ou son père et ses amis avaient fait leurs études -, racontant il ne savait trop quoi à ses… groupies, il ne voyait d'autre terme pour désigner le troupeau d'élèves suspendu à ses lèvres.
Il écouta attentivement le discours du directeur qui donna les règles du Tournoi. Quelque chose chez cet homme ne lui inspirait pas confiance. Il eut une étrange impression, comme si quelqu'un essayait de forcer le passage pour entrer dans sa tête. Manque de chance, les élèves de BeauxBatons avaient la possibilité, à partir de la troisième année, de prendre l'option « Apprentissage de la magie de l'esprit ». Harry et Julio, par mesure de précaution, avaient pris l'option. Le jeune homme verrouilla donc son esprit aux intrusions extérieures, et son ami fit de même.
Harry nota dans un coin de sa tête qu'il faudrait qu'il parle de ça à son père après le repas.
Une fois que le directeur de Poudlard eut fini de parler, ils purent passer à table, pour le plus grand bonheur de l'estomac des élèves.
Harry ne put finir son assiette : habitué depuis maintenant cinq ans à la gastronomie française, il avait oublié à quel point la cuisine anglais était riche et lourde. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il remarqua des plats français répartis un peu partout sur la table. Il se traita mentalement d'idiot. Il aurait dû y penser. Le tournoi avait pour objectif de renforcer les liens entre les trois principales écoles de sorcellerie d'Europe, alors faire découvrir aux élèves la cuisine d'autres pays allait dans ce sens.
Une fois le festin terminé, les élèves de Poudlard regagnèrent leurs salles communes tandis que les invités rejoignaient leurs quartiers respectifs.
Le lendemain, Harry fut un peu perdu lorsque, en se réveillant, il vit qu'il était, non pas dans la chambre qu'il partageait avec Julio, mais dans un carrosse. Puis les événements de la veille lui revinrent en mémoire. Comme tous les matins, il tenta en vain de discipliner ses cheveux puis enfila son uniforme.
Il rejoignit ensuite le centre du carrosse, où il savait qu'il trouverait son père en train de lire le journal en buvant son café. Il se racla la gorge pour manifester sa présence. James leva la tête et demanda :
- Harry ? Qu'est ce qu'il se passe ?
Le plus jeune pris une grande inspiration et avoua :
- Il faut que je te parle.
- Je t'écoute ?
- Hier soir, pendant le repas, j'ai senti une pression sur mes barrières mentales. Je ne sais pas qui était le responsable, mais ça ne me dit rien qui vaille.
Son père acquiesça. Lui, contrairement à son fils, avait une idée de qui avait bien pu faire ça. Mais il préférait ne rien lui dire et garder ses soupçons pour lui. Il ne connaissait qu'une seule personne qui puisse avoir assez de culot pour violer ainsi l'intimité d'autrui. Ainsi, si jamais il se trompait, il serait le seul à en faire les frais.
Sortant de ses pensées, il remercia Harry de l'avoir averti puis arrêta sa lecture. Tout en lui demandant d'aller réveiller sa sœur, il lui dit qu'il avait quelque chose à vérifier. Tandis que son fils partait en acquiesçant, James quitta le carrosse et pris la direction du bureau du directeur de Poudlard.
Il ne s'attendait cependant pas à croiser une vieille connaissance :
- Tiens, tiens… Potter…
James se figea en reconnaissant la voix de son ancien camarade d'école. Il répondit d'une voix prudente :
- Rogue… Qu'est ce que tu veux ? Dépêche toi, j'ai pas toute la journée. Je dois parler à Dumbledore.
Sa réponse ne sembla pas plaire à son interlocuteur puisque celui ci répliqua d'une voix méprisante :
- Je vais te dire une chose, Potter. Tes parents ont beau t'avoir fait croire le contraire, tu n'es pas le centre du monde. Le directeur à mieux à faire que de t'écouter pleurnicher pour des broutilles.
En d'autres circonstances, James aurait pris le temps de répliquer mais la il devait parler à Dumbledore en urgence. Aussi, ce fut pourquoi il se contenta de passer en bousculant l'autre homme.
Arrivé devant le bureau de son ancien directeur d'école, il se rendit compte qu'il ne connaissait pas le mot de passe. Une voix qu'il n'avait pas entendu depuis des années survint de derrière lui :
- Mr Potter ? Que faites-vous donc ici ?
Il se retourna, surpris :
- Bonjour, professeur McGonagall. Je fais partie de la délégation française. J'aimerais parler au professeur Dumbledore mais je n'ai pas le mot de passe de son bureau.
- Sorbet citron.
La gargouille se déplaça pour les laisser accéder au bureau directorial et James remercia son ancienne directrice de maison. Il s'engagea dans l'escalier puis se laissa porter jusqu'en haut. Tandis qu'il frappait contre la lourde porte en bois, à l'autre bout du château, une jeune femme réfléchissait à ce qu'impliqueraient les événements de la veille.
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Lorsque James était parti avec deux de leurs enfants, cinq ans plus tôt, Lily avait d'abord été soulagée : sans ces trois gêneurs, elle pourrais se consacrer pleinement à l'éducation de sa fille aînée. Puis elle avait déchanté en réalisant que, désormais, il n'y avait personne pour entretenir la maison. Elle avait donc pris un elfe, que sa fille avait tout de suite pris en grippe. Elyn, âgée de dix ans à l'époque, avait immédiatement détesté cette « horrible créature ». La fillette ne se gênait pas pour lui faire vivre un enfer, et sa mère ne jugeait pas utile d'intervenir, estimant qu'il n'y avait qu'en faisant ses propres expériences que sa fille apprendrait la valeur des choses.
Avec le temps, elle avait fini par oublier l'existence des deux autres. Jusqu'à ce que, la veille, elle ait la surprise de les voir parmi les élèves de BeauxBâtons. Et James parmi les adultes. Ce qui l'avait fait tiquer, ce fut la présence du garçon blond à côté de Harry. Il ressemblait autant à son père, qu'Harry à James. Comment James pouvait laisser son héritier fréquenter un futur mangemort ?
Elyn ne devait surtout pas l'approcher. Elle alla jusqu'à la chambre de sa fille et toqua. Une voix lui répondit :
- Oui ?
- Ely ? C'est maman, je dois te parler.
La porte s'ouvrît sur une adolescente rousse aux des yeux couleur chocolat, en surpoids évident. Lily entra dans la chambre de sa fille et lui expliqua qui était l'ami de Harry et pourquoi il fallait les éloigner. Sa mère ajouta :
- Attention, ma chérie, ne va pas penser que je me soucie de lui. Tu es la seule qui compte pour moi. Je veux juste que prouver à tout le monde qu'on ne peut pas faire confiance à un fils de mangemort.
Sa fille acquiesça, partageant totalement cette vision des choses. Elle demanda :
- Maman ? Comment on va faire ?
- Ne t'inquiète pas pour ça, Ely, j'ai tout prévu.
La jeune fille acquiesça.
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Au même moment, James s'expliquait avec Dumbledore, sans savoir que sa femme - puisqu'ils n'avaient jamais divorcé - préparait un mauvais coup. Le vieil homme avait nié en bloc lorsque James l'avait accusé d'avoir utilisé la légilimencie sur son fils. Après une dizaine de minutes de « bataille verbale », James compris qu'il n'aurait pas le dernier mot et repartit.
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Lily, de son côté, demandait à « Maugrey » de faire en sorte que Harry comprenne que son ami blond n'était pas digne de confiance. L'homme hésita. La partie de lui qui était mangemort lui hurlait de ne pas s'en prendre au fils d'un collègue. Surtout qu'il avait vu Antonin dépérir suite à la disparition de son garçon. L'enfant avait disparu du jour au lendemain, à l'âge de onze ans, enlevé par sa propre mère. Il se souvenait encore de l'air désespéré de son ami lorsqu'il s'était rendu compte que sa femme était partie en emmenant leur fils unique.
Antonin Dolohov était peut-être un mangemort mais, contrairement à ce que tout le monde pensait, il y avait été forcé. Sa femme était partie avec leur fils sans savoir que jamais il n'aurait forcé son enfant à rejoindre Voldemort… Il n'était pas Lucius Malefoy.
Mais il était censé être Alastor Maugrey et n'eut d'autre choix que d'accepter.
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Le lendemain soir, dans la grande salle
Tout le monde attendait que la coupe de feu donne le nom des champions. C'était peut-être parce qu'il s'agissait du deuxième banquet en l'espace de seulement quelques jours, mais toujours est-il que les élèves mirent du temps à avaler le contenu de leurs assiettes.
Lorsqu'enfin les tables furent vierges de toutes traces du repas, Dumbledore demanda qu'on amène le reliquaire.
Harry commençait à stresser. Il avait un très mauvais pressentiment, comme si quelque chose en lui, lui soufflait qu'après cette soirée les choses ne seraient plus jamais comme avant. Il n'imaginait pas encore à quel point il avait raison de s'inquiéter…
La Coupe recracha un papier :
- Le champion de BeauxBatons… est une championne. Il s'agit de Fleur Delacour.
Une adolescente blonde d'une beauté presque irréelle s'avança et Harry fut l'un des seuls élèves de BeauxBâtons à l'applaudir, avec sa sœur et Julio. Il remarqua qu'Elyn posa un regard méprisant et noir de fureur sur la championne. Serait-elle jalouse ?
La coupe recracha un deuxième papier :
- Le champion de Durmstrang est Viktor Krum.
Un jeune homme à la démarche hésitante se leva et rejoignit la pièce indiquée pour les champions. À nouveau, Elyn lui jeta un regard mauvais. Harry s'interrogeait. Qu'elle soit jalouse de Fleur, il comprenait : la jeune fille était une demi vélane et beaucoup de filles la jalousaient pour cette raison. Mais Krum ? Qu'avait-il donc fait qui puisse justifier cela ?
La coupe recracha un troisième - et normalement dernier - papier. Dumbledore jeta un œil au nom écrit dessus et annonça :
- Et enfin… Le champion de Poudlard est Cédric Diggory !
Un jeune homme aux cheveux châtains rejoignit les deux autres champions.
Seulement, alors que tout le monde pensait que la soirée touchait à sa fin, la coupe de feu recracha coup sur coup deux papiers. Dumbledore les attrapa et lu :
- Elyn Potter et… Harry Potter.
Ils avaient beau être frère et sœur, leur réaction fut diamétralement opposée.
Alors que sa sœur fut clairement ravie d'être au centre de l'attention, Harry, lui, se figea. Il se demandait qui était derrière tout ça. Il sentit à nouveau une pression sur ses barrières mentales et, cette fois, capta le regard du directeur. Il y décela une lueur calculatrice et se demanda si le vieil homme avait un lien avec ce qui était en train de se passer.
Elyn, de son côté, racontait à qui voulait l'entendre que c'était sa mère qui avait mis son nom dans la coupe pour elle, à sa demande, et se vantait d'être celle qui mènerait Poudlard à la victoire.
Quelques heures plus tard, dans les quartiers de BeauxBâtons, Harry écoutait son père lui recommander d'être très prudent cette année, arguant que si quelqu'un avait jugé bon de mettre son nom dans la coupe - il l'avait cru quand il lui avait affirmé n'y être pour rien -, c'était qu'il y avait une bonne raison à cela.
Il n'avait pas encore parlé avec Julio mais il savait que son ami le croirait sans problème : il n'avait jamais été du genre jaloux et savait de toute façon que Harry n'aimait pas attirer l'attention sur lui.
Effectivement, lorsqu'il retrouva le blond dans leur chambre, celui ci l'interrogea sans arrière pensée :
- Tu me confirme que ce n'est pas toi qui à mis ton nom dans la coupe ?
- Oui.
Il n'y avait rien de plus à dire, et ils parlèrent d'autre chose :
- Tu as dit à ton père que tu comptait demander au professeur Rogue de te prendre comme apprenti ?
Harry secoua la tête. Il n'ignorait rien de la haine que se vouaient les deux hommes et craignait la réaction de son père. Il pensait que, de toute façon, le professeur ne voudrait pas lui laisser une chance. Il expliqua cela à Julio :
- Maintenant que tout le monde connaît mon nom, il ne voudra jamais entendre parler de moi. Il va me cataloguer comme un « James 2.0 ». D'accord, papa à changé depuis cette époque. Mais si ce qu'on dit de lui est vrai, Severus Rogue à la rancune très tenace. Et avoir Elyn comme élève ne doit pas aider.
Le lendemain, lorsque la délégation de BeauxBâtons pénétra dans la grande salle, les murmures allèrent bon train. Harry savait qu'ils parlaient de lui. Juste avant de descendre du carrosse, Mme Maxime avait tenu à lui parler à l'écart. Il n'était pas inquiet, il savait que son père lui avait dit avoir assuré à la directrice qu'il n'avait pas mis son nom dans la coupe. Et effectivement, elle voulait juste lui dire qu'elle le soutenait et qu'elle allait enquêter de son côté pour savoir qui voulait attenter à la vie de l'un de ses élèves.
Il s'assit, entre Adonya et Julio, à la table de Serdaigle. Il discutait avec sa sœur, cherchant à avoir ses premières impressions sur Poudlard, quand une voix se fit entendre derrière lui :
- Bonjour
Il se retourna et fit face à une adolescente aux longs cheveux blonds et dont les yeux bleus semblaient si grands qu'ils paraissaient vouloir quitter leurs orbites. Une étrange aura flottait autour d'elle mais Harry avait le sentiment dérangeant qu'elle pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert. Son père lui avait appris les bonnes manières, ce fut pourquoi il se présenta le premier :
- Je suis Harry. À qui ai-je l'honneur ?
- Luna Lovegood
Elle avait une voix éthérée, qui semblait flotter dans l'air. Ce qui, réalisa-t-il, allait de pair avec son étrange aura. Il ne fut pas surpris lorsqu'elle annonça ensuite de but en blanc qu'elle savait qui il était. Il n'imaginait pas, en revanche, qu'elle ne voulait pas dire par la qu'il était le frère d'Elyn… Car Harry, âgé de trois ans à l'époque, n'avait aucun souvenir d'avoir vaincu Voldemort.
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Quelques jours après ces événements, Harry se décida à prendre son courage à deux mains. Un soir, juste après la fin des cours, il alla se poster devant les cachots où il savait qu'avaient lieu les cours de potions. Il attendit ensuite que sorte le professeur. Il fut exaucé quelques secondes plus tard, lorsque l'homme quitta sa salle de classe pour rejoindre ses quartiers. Il jeta un coup d'œil à l'adolescent. Il portait ce qu'il reconnut comme étant l'uniforme de BeauxBatons. De plus, il se souvenait l'avoir déjà vu en compagnie d'une jeune fille au cheveux noirs et aux yeux marrons et d'un adolescent blonds avec des yeux foncés. Cependant, la forte ressemblance du garçon avec son bourreau d'adolescence lui fit grincer des dents. D'autant plus qu'il avait croisé Potter père quelques jours plus tôt.
Ce fut pourquoi, lorsque l'adolescent s'adressa à lui, il se montra plus que réticent dans sa réponse :
- En fait, professeur, si je me permet de vous déranger alors que vous préféreriez certainement vous retirer dans vos appartements, c'est parce que je souhaiterais vous demander quelque chose.
L'adulte, bien que surpris par la politesse presque excessive dont faisait preuve son jeune interlocuteur, hocha sèchement la tête.
- Accepteriez-vous de faire de moi votre apprenti ?
L'air choqué que ne put dissimuler le maître des potions faillit provoquer un éclat de rire chez le plus jeune mais il se retint, craignant que cela ruine ses, déjà maigres, chances de voir sa demande être acceptée.
Severus, de son côté, était bien obligé d'admettre que le garçon était très loin de l'idée qu'il se faisait du fils de James Potter, idée renforcée par la présence parmi ses élèves d'une certaine Elyn qui, bien que ressemblant à sa mère, avait le même comportement que son père au même âge. Elle était prétentieuse, hautaine, gâtée à outrance, etc… Il était évident, également, que le directeur encourageait ce comportement. Quiconque venait s'en plaindre se voyait congédié voire, pour les élèves, sanctionné. Si, au début, les élèves avaient été ravis de côtoyer la Survivante, ils avaient rapidement déchanté. Elyn n'avait aucune manière et n'écoutait personne d'autre que sa mère, et encore pas toujours. Severus se souvenait du jour où, venant de se réconcilier avec Lily, il avait dû les accompagner sur le chemin de traverse. Tout d'abord, il avait trouvé son amie tellement changée qu'il avait eu du mal à la reconnaître. Lorsqu'il était arrivé vers elles, c'était à peine si elle avait daigné lui accorder un regard. Elyn, de son côté, l'avait royalement ignoré, et Lily n'avait pas réagi à cela. Cela l'avait choqué. La Lily qu'il avait connu n'aurait jamais laissé sa propre fille snober ainsi un adulte. Le pire vint lorsqu'Elyn demanda - non, exigea serait plus correct - que sa mère lui achète un balai, malgré l'interdiction pour les première année d'en avoir un à eux. Lily refusa… et ce fut le drame : En plein milieu du chemin de traverse, devant une foule immense, Elyn, alors âgée de 11 ans, piqua une colère monstre puis fondit en larmes. Jamais, de toute sa vie, Severus n'avait eu aussi honte d'être vu en public avec quelqu'un.
Il secoua la tête et revint à sa conversation avec Potter fils. Il demanda :
- Et pourquoi devrais-je accéder à votre demande ? Qu'est ce qui me prouve que ce n'est pas un autre coup tordu de votre père ?
- Il ne sait pas que je suis venu vous demander cela. Je ne lui ait rien dit par peur qu'il réagisse mal. Je ne lui parlerais qu'une fois que j'aurais votre réponse, qu'elle soit positive ou non.
Après une attente qui lui parut interminable, l'adulte répondit :
- Je n'ai pas pour habitude de prendre un apprenti, qui plus est mineur et scolarisé. Envoyez-moi un échantillon de chaque potion que vous ferez jusqu'à votre majorité, puis revenez me voir lorsque vous serez diplômé. À ce moment là si, et seulement si, je vous juge assez talentueux pour devenir mon apprenti, je vous donnerais ma réponse.
Sur ces mots, il partit en laissant Harry sur place. Il fallut un moment à l'adolescent pour faire le tri dans ce qu'il ressentait : il était à la fois heureux, surpris, soulagé et prêt à faire ses preuves. Il allait prouver qu'il n'était pas « juste » un sosie de son père. En parlant de celui ci, il savait que le moment approchait où il devrait lui dévoiler ses projets d'avenir.
Lorsqu'il fut remis de ses émotions - et il lui fallut une bonne partie de la journée pour cela -, il décida de se jeter à l'eau. Le soir, après avoir regagné le carrosse de l'école, il se rendit dans la cabine de son père. En le voyant, James leva les yeux du magazine de Quidditch qu'il était en train de feuilleter. À l'expression incertaine qu'affichait le visage de son fils, il compris que ce dernier voulait lui parler en privé. Il invita Harry à entrer, puis insonorisa la pièce. L'adolescent, à présent sur que leur conversation resterait entre eux, se détendit presque imperceptiblement et l'adulte sut qu'il avait eut raison de prendre cette précaution.
Harry s'assît lorsque son père l'y invita et se sentit un peu moins stressé une fois les lieux insonorisés. Il se lança alors :
- Papa ?
- Oui ?
- Tu te souviens quand tu m'as demandé si je savais ce que je voulais faire après mes études ?
Ce à quoi son père répondit, perplexe :
- Oui… Tu m'as dit que tu ne savais pas…
Harry se jeta à l'eau :
- J'ai menti… Tu sais à quel point j'adore les potions…
James acquiesça, ne voyant cependant pas où il voulait en venir. Harry continua :
- Je ne t'en ait pas parlé avant parce que je craignais ta réaction mais maintenant que c'est fait, je n'ai plus le choix… Alors voilà… Tout à l'heure, j'ai demandé au professeur Rogue de me prendre comme apprenti.
Un silence pesant s'abattît alors sur la petite pièce.
