Note : Ce chapitre contient de la violence

Chapitre 2 : La fuite

Les lettres étaient arrivées par centaines, passant par toutes les ouvertures possibles de la petite maison de Privet Drive. Les Dursley, excédés, étaient sur le point de quitter la maison familiale pour des "vacances" à la campagne quand un géant poilu frappa à la porte par un beau samedi à 7heure tapante. Le bruit sourd des coups répétés sur la porte contrasta avec le son aigu du percolateur. Encore à moitié endormi, Vernon Dursley déposa son journal et alla ouvrir la porte pour la refermer aussitôt. Pétunia passa la tête dans le cadre de la porte de la cuisine, un air interrogateur sur son visage.

« Euh… » Est tout ce que Vernon dit avant que la porte ne s'ouvre de nouveau et que le géant ne se contorsionne, difficilement, à travers la porte d'entrée devant les yeux ébahis des occupants.

« Je viens chercher Ariane Potter. Je dois l'amener à Poudlard » la voix bourrue fit trembler Pétunia encore plus que la taille inhumaine de l'homme. Ce dernier fouillait dans ses poches et en sortit une lettre qui semblait minuscule dans sa main. Il la tendit à Vernon qui ne bougeât pas, paralysé par sa colère et sa stupéfaction. Hagrid avança d'un pas pour s'approcher du moldu qui recula brusquement avant d'arracher le bout de papier de sa main. Signée la main de Dumbledore, la lettre était courte; l'enfant était inscrite dans une école de magie et un homme nommé Hagrid devrait l'y amener. « C'est moi Hagrid » compléta le géant alors que Vernon, rouge comme un homard, semblait sur le point de s'évanouir. Pétunia dit alors d'une voix aigüe et rapide « Elle n'est pas ici, on l'a mise en pensionnat il y a plusieurs années… Elle est… En Suisse! »

Hagrid n'était pas idiot, loin de là, et il savait que les moldus mentaient, car Dumbledore lui avait confirmé que la fille était dans la maison. Cependant, chercher l'enfant, au risque de saccager la maison, pas volontairement bien sûr, mais il fallait être réaliste, il devait pencher la tête pour ne pas défoncer le plafond. Tout ce fracas risquait d'ameuter le voisinage et il était déjà de plus en plus difficile de garder secrète l'existence du monde magique face aux actions de Voldemort. Il savait très bien que la coopération des Dursley ne serait pas au rendez-vous. Il risquait de se mettre sérieusement dans le pétrin.

« Bien dit-il, je ne vous dérange pas plus longtemps alors » Le cadrage craqua sous la pression du corps immense de Hagrid lorsqu'il se glissa de nouveau à travers la porte. Il enfourcha sa moto et repartit vers Poudlard alerter immédiatement Dumbledore. Le sorcier fut effectivement d'accord avec la décision de Hagrid et lui dit qu'il allait se charger personnellement du reste.

Au milieu de la nuit, Privet Drive était complètement silencieuse. La seule clarté provenait de la faible lueur d'un croissant de lune. Habillés de longues robes foncées, Dumbledore, Snape et McGonagall marchaient rapidement côte à côte. Ils avaient transplané dans un endroit sombre où les moldus ne risquaient pas de les voir subitement apparaitre, un peu en contrebas de la maison des Dursley. D'un sort, la porte était déverrouillée et ils entrèrent.

La maison, d'ordinaire ordonnée était sens dessus dessous. Une babiole avait été cassée et du verre jonchait le sol du salon au travers de divers objets. La porte du réfrigérateur était ouverte, répandant sa fraîcheur. À l'étage, les tiroirs avaient été vidés avec empressement. Les Dursley avaient décampé.

McGonagall et Dumbledore montèrent à l'étage. Snape se dirigea immédiatement vers la porte du sous-sol. Il savait que la fille se trouvait là, son odorat était trop fin pour être trompé. L'escalier de bois était escarpé, dès la première marche l'odeur terrible l'assaillit de toute part. Malgré l'obscurité totale, il distingua les étagères poussiéreuses qui couvraient les murs de gauche et du fond, encore quelques conserves s'y trouvaient. Une ampoule pendait du plafond et à droite à même le sol froid et humide, un matelas crasseux et la fillette étendue dessus.

Ses vêtements étaient trop petits, sales et déchirés. Elle n'avait ni chaussettes ni chaussures. À son cou, une lourde chaîne l'avait blessée, et du pus verdâtre s'écoulait des plaies. Elle respirait à peine. Un rayon de lune traversa par la lucarne et il croisa le regard de l'enfant.

Il ne put rester impassible cette fois. Dans ses yeux d'un vert éclatant, Snape vit quelque chose de magnifique. Du soulagement? Savait-elle qu'elle était sauvée? Ou attendait-elle la mort en paix, sachant que même l'enfer ne pouvait pas être pire que ce qu'elle avait vécu? Il ne pouvait le dire avec certitude, il se perdait dans ce regard comme on se perd dans une forêt ancienne et magnifique, dont l'odeur de mousse et de conifères embaume tant que l'on souhaite ne jamais en sortir.

Il s'approcha un pas à la fois, il sentait sa terreur, sa douleur et surtout il entendait son cœur battre de plus en plus lentement. Elle avait les cheveux roux ou bruns, il n'en était pas certain à cause de la saleté qui les couvrait. Sa peau était pâle et grisâtre, comme si elle n'avait pas vu la lumière du soleil depuis des mois, et parsemée d'ecchymoses allant du jaune au noir.

S'approchant encore Snape ne la quittait pas du regard. Dans ces yeux, il le voyait enfin, l'espoir. Elle mourrait là devant lui et malgré tout ce qu'elle avait vécu elle voulait vivre.

Malgré ses efforts, elle avait de la difficulté à rester éveillée. Quelque part, dans son petit corps les organes abandonnaient leur combat un à un. Épuisés, déshydratés, dénutris, ils étaient au bout de leur force.

Aucun sort ne pouvait la sauver, la magie était puissante, mais c'était sans espoir pour elle. Son temps se comptait en secondes. Il la fixait toujours, Snape devait agir vite, mais il doutait de lui-même. Il pouvait la sauver, mais à quel prix? Quelles seraient les conséquences? Elle avait onze ans, à quel destin la condamnait-il? Valait-il mieux la laisser partir? Elle avait déjà tant souffert elle n'était qu'au début de sa vie! Et ce sentiment au fond de lui, cette rage, cette révolte. Ce n'étaient pas des sentiments qui lui étaient familiers, du moins pas depuis très longtemps. Il n'était pas du genre à écouter son cœur, il était un homme de tête. Pourtant il avançait rapidement, la prit contre lui et lui ouvrit la bouche. Ses crocs, longs et luisant percèrent sa propre chair, il se mordit profondément, plusieurs fois pour que la plaie saigne à flots. Il l'appuya contre la bouche de l'enfant, laissant son sang s'y écouler. Dès la première gorgée l'effet fut visible, la peau de l'enfant perdit cette teinte de gris caractéristique aux mourants, son cœur battait de plus en plus vite, de plus en plus fort.

La plaie à son poignet était déjà guérie, il redescendit sa manche et prit la fillette dans ses bras, brisant la chaîne de métal tel une ridicule brindille. Snape avait entendu les autres chercher dans les autres pièces, mais ils s'étaient rendus à l'évidence, ni les Dursley ni la fillette ne se trouvaient à l'étage. Les autres sorciers s'engagèrent dans l'escalier, leur baguette illuminée chassant l'obscurité, et McGonagall laissa s'échapper un cri d'effroi lorsqu'elle aperçut l'enfant. « Il faut l'amener Ste-Mangouste… » Il acquiesça et transplana, rejoint immédiatement par les autres sorciers.