Chapitre 3 : Où sont les Dursley?
Arrivés à Ste-Mangouste la prise en charge avait été immédiate. Snape attendait debout, dos contre le mur de la salle d'examen. Par son air sérieux et concentré n'importe qui aurait cru qu'il était inquiet et attendait des nouvelles du médicomage, mais en vérité il entendait tout. Son sang coulait maintenant dans les veines d'Ariane, il pouvait ressentir tout ce qu'elle ressentait, de même qu'il saurait en tout temps où elle se trouvait. Le lien était unidirectionnel, elle ne pourrait ni ressentir ses émotions ni localiser Snape, car il n'avait pas bu son sang. Du moins c'était son hypothèse car, de mémoire, aucun Né-Vampire n'avait jamais donné son sang à un mortel sans avoir complété le rituel du Lien Éternel. Le rituel en lui-même était très simple : le Né-Vampire donnait son sang au mortel puis buvait son sang. Le Lien était alors formé et seule la mort pouvait le briser. Heureusement pour lui le sang des Né-Vampire était indétectable, si on avait testé son sang il aurait paru mortel. En fait, même le meilleur chasseur de vampire du monde n'aurait pu déterminer avec certitude si un Né-Vampire était un simple mortel ou un immortel. Et même s'il avait réussi à le deviner il ne serait pas parvenu à le tuer. Une armée n'y serait pas parvenue. Il était peu dire qu'il n'avait rien du vampire régulier, dont le cœur ne bas pas, puisqu'ils sont littéralement morts. Snape, étant un Né-Vampire, avait la peau chaude, un cœur qui battait et pouvait prendre des bains de soleil sans problème. De parents sorciers, il était né infecté par le vampirisme. Cela était déjà extrêmement rare à l'époque où il était né, il y a plus de 4000 ans. Une telle naissance n'étant pas survenue depuis la chute de l'empire romain si bien que la race était considérée éteinte. Elle n'était même plus dans les livres modernes sur les créatures magiques.
Snape avait plusieurs vieilles connaissances toujours vivantes, mais il ne pouvait questionner aucun de ses congénères quant à sa présente situation : tous lui conseilleraient de terminer le Rituel. Incomplet, le Lien allait peut-être s'étioler jusqu'à n'être qu'un mauvais souvenir, ainsi Ariane serait libre. Snape ne pouvait imposer une telle épreuve à une enfant, et s'il devait en mourir alors soit. Sa décision était prise, il devait s'éloigner et de toute manière il avait une tâche urgente à accomplir. Il salua Dumbledore qui se trouvait à quelques mètres de lui et transplana.
Il fallut une autre heure aux médicomages avant qu'ils ne soient prêts à discuter les résultats de leur examen avec Dumbledore. Le médicomage des urgences, un jeune homme au teint cireux de fatigue et de travail acharné, l'invita à le suivre à son bureau. C'était une pièce minuscule aux murs blancs avec trois chaises et un bureau de bois foncé.
« Vous êtes le tuteur de l'enfant? » demanda le praticien. Dumbledore se contenta de le fixer, peu impressionné par sa question : La fillette avait été gravement maltraitée, la probabilité que son tuteur l'amène à l'hôpital était nulle. Il pensait même que les Dursley avaient essayé de tuer l'enfant avant de prendre la fuite.
« Les tuteurs de l'enfant sont responsables de son état. Les aurores sont à leur recherche, dès demain je ferai des démarches auprès du ministère pour obtenir sa garde » Dumbledore avait pris un ton solennel et le médicomage nettoya ses lunettes à l'aide d'un mouchoir avant de le regarder à nouveau. Il se redressa et lissa son sarrau.
« Normalement je ne peux pas donner d'informations… mais… puisque c'est vous…» Le médicomage sorti sa baguette et tapota le dossier vierge sur son bureau « Ariane Potter » L'écriture en pattes de mouche apparue sur le dossier et d'un mouvement fluide de la baguette des radiographies s'envolèrent du document pour s'accrocher au mur derrière lui.
L'état d'Ariane était grave, mais elle était stable et sa vie n'était pas en danger immédiat.
«Vous pouvez voir ici et là des signes d'anciens traumas, et ici des fractures fraîches.» Le médicomage pointait divers endroits sur les radios au gré de ses paroles. «Ses anciennes blessures ont généralement bien guéri alors nous espérons qu'avec les traitements appropriés il en sera de même cette fois. Elle est évidemment en sous-poids et est petite pour son âge. Ses os sont décalcifiés, elle était dangereusement déshydratée à son arrivée et sa masse musculaire est considérément réduite. Cela semble avoir été causé par une nutrition inadéquate. Elle combat présentement plusieurs infections, mais elles sont sous contrôle, elle a, étonnement, un excellent système immunitaire malgré son état. Nous lui donnons des fluides et tout ce qu'il lui faut pour se rétablir. Elle est entre bonnes mains» Le médicomage se tut et pinça les lèvres, il ne comprenait pas comment les plaies de la fillette avaient aussi bien guéries et que la fillette n'ait pas succombé à une septicémie. Selon ce qu'il avait entendu des conditions de vie de l'enfant et son examen, elle n'avait probablement rien mangé depuis des semaines. Sa faible masse osseuse et musculaire révélait que la chaîne qui l'attachait était trop courte pour lui permettre de se lever complètement, elle était donc restée allongée un très long moment. Le regard du médicomage balayait le dossier, mais il restait silencieux. Il n'avait pas d'explications. Il statuait des faits et ne pouvait rien faire de plus que ce qu'il faisait déjà.
Dumbledore quitta le bureau du médicomage, rassuré, mais interrogateur. Encore des mystères autour de l'enfant. Il décida de la visiter avant de quitter pour Poudlard, juste au cas… Alors qu'il entrait, une infirmière le suivit. Elle prit quelques notes et quitta sans rien dire. Il l'entendit s'éloigner puis le silence. Dumbledore regarda la fillette avec attention durant un long moment. Il ne ressentait rien qui sortait de l'ordinaire. Il allait quitter la pièce lorsqu'il sentit un frôlement sur sa peau, si doux qu'il se demandait si ce n'était pas son imagination. C'était frais comme la rosée du matin et pourtant chaud comme les rayons d'un soleil d'été sur la peau nue. Qu'est-ce que c'était? Jamais il n'avait fait l'expérience d'une telle sensation. Il posa sa main sur le front de l'enfant, comme il l'avait fait il y a 10 ans. Il perçu son pouvoir mais derrière ce dernier il y avait autre chose, c'était inachevé, en développement, mais c'était bien là. Une question restait. Quelle était la source de ce pouvoir, provenait-il de la fille, ou Snape avait quelque chose à voir avec cela. Dumbledore se sentit las durant un instant. La fatigue le rattrapait, il se sentait coupable de ce qui était arrivé à la fillette. Elle était si petite, si innocente. Elle semblait dormir profondément. Il devait lui aussi aller dormir, les prochains jours risquaient d'être épuisants.
Pendant que Dumbledore décidait de retourner à Poudlard, Snape était de retour à Privet Drive. Il cherchait des indices pouvant le mener aux Dursley. Il ne trouva rien au salon ni dans la cuisine. Il ouvrit la porte du garage et fronça immédiatement les sourcils. La voiture était là. Peut-être en avaient-ils une deuxième et qu'ils étaient partis avec cette dernière? Mais il y avait des valises sur la banquette arrière, il alla ouvrir le coffre qui se révéla être lui aussi plein de bagages. Il reporta son regard sur l'intérieur de la voiture. Les bancs étaient couverts de poussière, comme si la voiture avait été laissée là durant des décennies. Il ouvrit la portière et prit une pincée de cette poussière entre ses doigts. Des cendres, pensa-t-il. Snape avait déjà vu cela, il ferma la portière, sorti du garage et se dirigea directement au sous-sol. Il avait raison, ce qu'il avait pris pour de la saleté accumulée sur le plancher était encore des cendres grisâtres. Les Dursley n'étaient pas partis. Ils n'avaient pas eu le temps. Ils avaient été réduits en cendre. Une seule personne pouvait en être responsable. Ariane.
