Chapitre 6 : Je démissionne!

Severus s'était éloigné à plusieurs centaines de kilomètres d'Ariane. Malgré la distance, il ressentait encore ses émotions aussi vivement que si elles avaient été les siennes. Son exil n'avait qu'accentué sa souffrance au point de la rendre presque insoutenable. Il tenait à continuer son travail d'espion. Il était certain que le mage noir ne pourrait s'empêcher de le questionner quant à l'enfant. Et il avait raison, la rentrée avait eu lieu la semaine dernière et, alors qu'il discutait de tout et de rien avec un groupe de mangemorts, il entendit le nom d'Ariane Potter être prononcé au loin. Il continua sa conversation, sachant qu'il serait bientôt appelé, étant le seul mangemort ayant accès à Poudlard. Lucius Malefoy entra dans la pièce, un air hautain sur le visage. Il n'avait pas l'habitude de fréquenter les mangemorts de moindre rang. Tout de même, il aimait bien Snape, il avait déjà discuté et avait été impressionné par les connaissances et la culture du professeur de potion.

«Le Maître veut te voir»

Il acquiesça et suivit le mangemort aux longs cheveux pâles dans les couloirs sinueux et humides. La salle du trône avait de hauts plafonds et les murs de pierres étaient décorés de tapisseries anciennes. Le trône en lui-même était fait de bois sombre et garni de nombreuses orfèvreries, ce qui lui donnait un air luxueux et élégant. Un énorme lustre de bois circulaire, attaché au plafond par de lourdes chaînes argentées, soutenait une centaine de bougies qui éclairaient la pièce d'une lueur vacillante. Voldemort se tenait à droite du trône avec un groupe de mangemorts de hauts rangs. Severus sentit la colère l'envahir. Il avait envie de tous les tuer. Il pourrait… Ce serait signer son arrêt de mort, mais Ariane serait débarrassée de Voldemort. Il se reprit, il ne pouvait pas faire cela, elle aurait peut-être besoin de lui un jour, d'autres sorciers voudraient abuser d'elle et il devait être là pour la protéger, et si le mage noir devenait une trop grande menace, alors il ferait ce qu'il faut.

«Severus, enfin» Le sorcier affichait un sourire mesquin. Très grand et pâle, les yeux rouges du sorcier trahissaient immédiatement la nature obscure de son pouvoir. Ses cheveux, toujours coiffés avec goût, semblaient blanchir un peu plus à chaque fois qu'il le voyait. Il avait utilisé tous ses horcruxes après tout, le temps l'avait visiblement rattrapé.

«Ariane Potter, parle-moi d'elle» Évidemment, pensa Severus.

«Les moldus qui devaient s'occuper d'elle ont failli à leur tâche. Elle a passé toute l'année dernière à Ste-Mangouste afin de récupérer de leurs mauvais traitements. Elle est présentement à Poudlard, Dumbledore est devenu son tuteur»

Voldemort le regarda avec colère, serrant sa baguette au point où ses jointures saillaient horriblement de sa main squelettique.

«Je sais tout cela Severus, je veux que tu me parles d'elle, comment est-elle?»

Il doit avoir des espions à Ste-Mangouste, se dit-il, alors pourquoi ne pas l'avoir kidnappée alors qu'elle était à l'hôpital. Quoiqu'avec ce qui était arrivé la dernière fois, il ne risquait pas de l'approcher…

«Elle est très polie, elle aime la lecture et s'intéresse au monde magique. C'est une enfant comme toutes les autres, peut-être plus persévérante que la moyenne»

Severus ne savait pas quoi dire pour ne pas nuire à Ariane, il considérait sa description comme étant réaliste, mais générale.

«L'as-tu vu faire de la magie?»

«Non, Maître, je n'ai rien vu de tel»

Voldemort ne souriait plus du tout, il avait l'air furieux. Snape devait faire son possible pour ne pas tuer sur-le-champ ce jeunot avec un complexe de supériorité. Le mage était incroyablement puissant, mais il n'était pas immortel. Personne n'était immortel devant un Né-Vampire.

«Y-a-t-il quelque chose de particulier que vous voulez que j'observe?» Heureusement, personne encore ne semblait savoir qu'il n'enseignait pas à Poudlard cette année. Du moins pour l'instant. Autant en profiter pour essayer d'en apprendre le plus possible sur le plan de Voldemort.

«Et bien, si tu insistes, tu pourrais te rapprocher d'elle, devenir son… confident en quelque sorte et lui expliquer que nous ne sommes pas les méchants que Dumbledore doit lui présenter»

«Bien sûr, Maître. Autre chose?» Voldemort lui fit signe qu'il en avait terminé et quitta la pièce, suivi de près par ses sbires.

Ça aurait pu être pire, se dit Severus, il aurait pu lui demander de kidnapper l'enfant, quoique le mage noir devait savoir que cela aurait inutile, elle aurait probablement tué son kidnappeur avant même qu'il quitte Poudlard. Et s'il réussissait, elle risquait de détruire le QG et tous ses occupants. Voldemort était un être ignoble, mais il n'était pas stupide, loin de là.

Malheureusement pour Snape, dans les jours qui suivirent, Voldemort dû apprendre, par l'entremise d'un mangemort parent d'un élève de Poudlard, qu'il ne travaillait plus là. Il se promenait dans le nord du pays, entouré du calme de la forêt, lorsque sa marque lui brûla terriblement. Il regarda son bras, la peau autour de la marque devenait noire et extrêmement douloureuse. Il avait déjà vu ce sort à l'œuvre, lorsque Voldemort n'était pas satisfait du travail d'un de ses mangemorts ou doutait de son allégeance, il pouvait le tuer à distance par le biais de la marque. Dommage pour Voldemort, il en faudrait plus que ça pour le détruire. Il ne savait pas combien de temps allait durer le sort, alors il agrippa son bras et tira jusqu'à ce qu'un sinistre craquement se fasse entendre. Il laissa tomber le membre qui tomba en poussière. La douleur le fit grimacer, il regarda son coude. Déjà l'os commençait à se reformer. Son bras se serait régénéré d'ici la tombée de la nuit. Il devait retourner en ville et écrire un parchemin à l'endroit de Dumbledore afin de le mettre au courant des derniers événements. Il ne pourrait plus espionner désormais. Il se sentait libéré et inquiet il ne saurait plus quelles machinations germaient dans l'esprit tordu du mage noir à l'encontre d'Ariane, mais en même temps il devait s'éloigner encore plus. La jeune fille habitait toutes ses pensées, son corps le brûlait et il aurait tout donner pour boire ne serait-ce qu'une goutte de son sang. Il devait arrêter de penser à cela. Écrire un parchemin à Dumbledore. Disparaître loin. C'était tout ce qui lui restait à faire.

oOoOo

Dumbledore avait confiance en peu de gens, mais ces derniers lui étaient fidèles. Le vieux mage était régulièrement absent puisqu'il s'efforçait de soutenir personnellement l'effort de guerre, mais il tenait à ce que l'entraînement de la jeune fille débute le plus tôt possible, et ce, de manière soutenue. Bien sûr, ce dernier se faisait un devoir de garder le secret de la véritable nature du pouvoir de la jeune fille. Elle se devait, en tout temps, d'utiliser sa baguette, avait insisté Dumbledore. Ce fut d'abord Remus Lupin, qui enseignait la défense contre les forces du mal à Poudlard, qui accepta avec joie d'aider à l'entraînement d'Ariane.

Abus était satisfait des derniers parchemins que lui avait fait parvenir Severus. Ce dernier avait confirmé ce qu'il croyait Voldemort s'intéressait à la jeune fille. Il devait découvrir comment le mage noir avait su avant lui qu'Ariane était différente. Peut-être une prophétie… Il se frotta le menton, il allait devoir aller investiguer au ministère… Est-ce que Voldemort avait des espions jusque dans le département des mystères?

L'humeur de Dumbledore empirait de jour en jour. Non seulement Ariane, dès le premier cours, frappa un mur, la jeune fille étant terrorisée à l'idée de faire du mal à autrui. Elle arrivait à faire flotter des objets légers, mais elle figeait dès qu'elle essayait de faire autre chose, son cœur battant à vive allure et sa peau se couvrant de sueur. Mais en plus, Voldemort avait découvert que Severus avait quitté Poudlard et maintenant le croyait mort. Il ne pouvait même pas communiquer avec le Né-Vampire, ce dernier lui disant qu'il quittait le pays sans mentionner où il allait. Super, juste super, pensa ironiquement le vieux sorcier.

Heureusement, Lupin avait une patience d'ange et juste après le début de la nouvelle année, elle se sentait assez en confiance pour allumer le foyer, fendre des des arbres et faire bouger de lourds objets. Chaque soir, elle se couchait épuisée, mais heureuse. Elle allait affronter Voldemort, elle allait venger ses parents. Elle suivait ses cours assidûment, travaillait toujours plus fort. Sa première année se termina. Elle était tout de même déçue de ne pas avoir d'ami. Elle s'entendait généralement bien avec tout le monde, mais n'avait pas créé de lien particulier avec qui que ce soit. C'était comme si les autres pouvaient sentir qu'elle était différente. En plus, elle avait toujours l'impression d'être observée. Elle avait beau se dire que ce n'était pas réel, cette sensation la rendait souvent irritable. L'été passa rapidement, elle passait de nombreuses heures à éplucher les innombrables livres à sa disposition, allant même jusqu'à emprunter des ouvrages dans la bibliothèque privée de son tuteur. Les cours avec Lupin augmentaient en intensité et Dumbledore dédia une partie de son horaire à l'entraînement d'Ariane.

Il la poussait toujours plus, l'inscrivant aux cours de lecture des runes et d'arithmancie dès sa deuxième année. Au cours de sa troisième année, Lupin dut avouer qu'il était arrivé au bout de ses connaissances et fut remplacé par Maugrey. Il fallut des semaines pour convaincre le caractériel sorcier. Redevable à Dumbledore, il accepta, mais non sans ronchonner. Ariane fut heureuse du changement, Lupin était excellent, mais trop gentil à son goût et il hésitait à la mettre véritablement en situation de danger, se contentant d'essayer de la désarmer. Si seulement il savait, pensait-elle. Ariane voulait du vrai danger, des sorts dangereux, mortels. Mais encore une fois, Maugrey, qui au début l'avait agréablement surprise par son sérieux à la tâche, refusa de lui montrer les sortilèges interdits et comment les parer. J'y arriverais, avec ou sans eux, se dit finalement Ariane. Elle n'avait pas besoin de la formule, de toute manière. Il aurait été pratique de savoir les reconnaitre… ils étaient probablement nommés dans des manuels de magie plus avancés, dans des sections de la bibliothèque que Dumbledore interdisait aux élèves en bas de la cinquième année. Tout de même, Alastor la surprit plusieurs fois par ses tactiques aussi diverses que créatives. Elle n'en devint que meilleure au combat, à la grande joie de Dumbledore.

Au fil du temps, d'autres sorciers s'ajoutèrent à la formation de la jeune fille. Après avoir observé ses rapides progrès, il avait décidé qu'elle devait être prête à tout, être exposés aux nombreux styles de combats, ainsi elle ne serait jamais surprise. Dumbledore alla même jusqu'à effacer la mémoire de certains pour s'assurer qu'ils garderaient le silence. Il était tellement fier de la jeune fille, elle grandissait à vue d'œil, devenait plus forte, plus rapide. Lorsqu'il l'entraînait personnellement, il la poussait jusqu'à ce qu'elle tombe presque d'épuisement, voulant tester ses limites. Ariane était toujours heureuse de se pratiquer au combat avec le sorcier à la barbe blanche. C'était le seul qui ne semblait pas craindre de la blesser, et elle n'avait pas à faire semblait d'utiliser sa baguette avec lui. Malgré tous ses efforts, Dumbledore réussissait souvent à l'immobiliser, et briser son sort se révélait difficile. Dès qu'elle réussissait à en déjouer un, il en trouvait un plus puissant, plus complexe. Les élèves lui posaient souvent des questions sur ses nombreuses ecchymoses alors elle commença à les éviter afin de ne pas avoir à inventer d'excuses. Elle n'avait plus le temps pour ces badineries de toute manière.

Comblé par ses progrès, l'été de sa troisième année, Dumbledore l'envoya à un camp pour jeunes sorciers désirant devenir aurore. L'endroit était tenu tellement secret que même lui ne savait pas exactement où se trouvait la jeune fille. Ariane fut émerveillée par la forêt de conifères qui sentaient bon la résine. Il y faisait plus froid qu'à Poudlard, mais le soleil d'été les réchauffait lors de leurs entraînements extérieurs. Elle avait été surprise de l'âge des autres participants, ils avaient tous 17 ans ou presque, alors qu'elle n'avait que 14 ans. Malgré tout, elle savoura chaque journée. Elle aimait particulièrement les jeux de groupe dans lesquels ils devaient récupérer le drapeau ''ennemi'' de l'autre côté de la forêt et le ramener dans son propre camp. Elle en apprit beaucoup sur les différentes tactiques qu'il était possible de mettre en œuvre en groupe, chose qui lui manquait lorsqu'elle s'entrainait seule avec un instructeur. Elle essaya de nouer des liens avec les autres, mais encore une fois, elle sentait le décalage entre elle et les autres. La différence d'âge aurait pu être compensée par son talent inné, mais les jeunes passaient le temps à flirter entre eux et même avec les instructeurs, ce qui la dégoûta profondément. Elle était là pour s'entraîner et tuer Voldemort, pas pour faire des galipettes!

Sa quatrième année ne commença pas très bien. Maugrey se contentait de répéter «Vigilance constante, Potter» alors qu'il n'avait pas réussi une seule fois à l'atteindre de ses sorts depuis plus d'un mois. Elle en avait assez de l'homme qui n'était jamais satisfait, même lorsqu'elle faisait exactement ce qu'il lui disait de faire. Elle voulait plus ! Cela faisait un moment qu'elle se sentait stagner, il utilisait toujours des stratégies qu'elle connaissait par cœur et qu'elle aurait pu parer en dormant. Elle en avait assez de se faire donner des ordres et finalement, un soir, Maugrey entra dans le bureau de Dumbledore, rouge de colère.

«Je démissionne!»

«Voyons, voyons Alastor, que se passe-t-il?» Dumbledore serra les lèvres pour ne pas rire devant le sorcier.

«Elle me manque de respect !» Il fronça les sourcils, essayant de le prendre au sérieux, sachant que l'autre était connu pour être susceptible.

«Que fait-elle, au juste?»

«Elle n'en fait qu'à sa tête! Elle m'a lancé un silencio et m'a enfermé dans une classe pendant 2 heures!»

«C'est une enfant!» Maugrey prit un air sérieux et une voix grave.

«Non, Albus, ce n'est pas une enfant… c'est une adolescente!» Dumbledore se cala dans son fauteuil, il est vrai qu'elle avait eu 15 ans.

«Je vais lui parler, Alastor, pour l'instant pourquoi ne prenez-vous pas une semaine de vacances ? Vous l'avez bien mérité!»

«Et pour faire quoi ? Vous-savez-qui a encore attaqué un village pas plus tard que la semaine dernière !»

«Ne soyez pas dramatique, vous savez autant que moi que c'était la première attaque depuis des mois. Voldemort perd du terrain!»

Maugrey maugréa, il savait qu'Albus avait raison, et pour être honnête il était épuisé. Ariane était insatiable, elle poussait l'entraînement jusqu'à tard dans la nuit, en redemandait encore plus le lendemain. Il ne savait même plus quoi lui enseigner tant sa progression était rapide. Il avait besoin de repos. Il sortit du bureau du directeur sans un au revoir, incertain de s'il allait revenir ou non. Ariane avait dépassé les bornes !

«À la semaine prochaine, Alastor ! Bonnes vacances !»

Dumbledore se cala dans son fauteuil. Ce qu'Alastor lui avait dit l'avait pour le moins surpris. Il avait vanté la politesse de la jeune fille auprès de tous, et voilà qu'elle enfermait son enseignant dans une classe pendant 2 heures ?! Il allait devoir lui parler. Il avait bien remarqué le changement d'attitude de la jeune fille. Cependant, il ne l'avait pas croisée depuis son départ pour le camp d'été, plusieurs mois auparavant. Il avait été occupé non seulement à chasser Voldemort et ses mangemorts, mais aussi par la recherche d'une prophétie qui lui aurait échappé concernant la jeune Potter. Malheureusement pour lui, sa recherche s'était jusqu'à présent soldée par un échec. Il lui restait encore une centaine de prophéties à examiner et, à sa grande surprise, les langues-de-plomb avaient accepté de l'aider à circonscrire ses recherches aux prophéties ayant le plus de chances de concerner Ariane. Il ne croyait pas que Maugrey allait revenir, de toute manière cela lui importait peu. S'il n'avait pas été aussi certain de l'allégeance d'Alastor il aurait effacé sa mémoire, mais le sorcier ne parlerait pas, même sous la torture. Il devrait se creuser les méninges afin de trouver quelqu'un plus doué que Maugrey pour entraîner Ariane. Il regarda l'heure, elle devait déjà être au lit. Il lui parlerait le lendemain et prendrait du temps pour constater ses progrès.