Chapitre 7 : Vision
Ariane était dans son lit et regardait le plafond. Elle était peut-être allée trop loin avec Maugrey, mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. Il voulait encore qu'elle pratique le maintien de son bouclier pendant qu'il la bombardait de sorts divers qui, elle le savait, ne la feraient même pas froncer les sourcils. Elle avait refusé et il avait commencé à se mettre en colère, lui demandant de le respecter, qu'il était son enseignant et… elle l'avait fait taire, verrouillant la porte derrière elle. Appuyée contre le mur, elle l'entendait tambouriner dans la porte. Elle avait fermé les yeux et prit une grande inspiration. Il ne risquait pas de sortir de là avant un moment. Elle se rendit directement aux appartements du sorcier et commença à fouiller à la recherche de livres qu'elle n'aurait pas encore lus. Elle était certaine d'avoir vu Maugrey avec… Ah! Histoire des sortilèges interdits et oubliés. Le livre de cuir noir avait été lu à plusieurs reprises au point où certaines pages commençaient à se détacher. La couverture était craquelée et le titre était à peine lisible. Dumbledore avait refusé de lui prêter sa copie, disant qu'elle était trop jeune pour une telle lecture. Pfff vieux croûton. Tout le monde l'infantilisait sans arrêt! Elle avait quinze ans, elle était puissante et elle avait un but détruire Voldemort et son armée. Son tuteur devait la voir telle qu'elle était, et non plus comme une gamine maigrichonne tout juste sortit d'un sous-sol lugubre. Elle avait passé les deux heures suivantes à savourer chaque idée que lui inspirait le bouquin. Que ferait-elle à Voldemort en premier? L'ébouillanter vivant ou l'éplucher quelques centimètres à la fois? Ou peut-être lui lancer ce sort qui donnait une faim insatiable et l'enchaîner devant un buffet bien garni, mais qu'il ne pouvait atteindre… Oui une torture mentale! Elle rangea la pièce afin que Maugrey ne se doute de rien et alla le libérer. Il était enragé lorsqu'elle déverrouilla la porte et lui rendit la parole, mais elle était trop heureuse pour s'en préoccuper. De toute manière, Maugrey avait atteint les limites de ce qu'il pouvait lui enseigner. Elle voulait aller sur le terrain, se battre pour de vrai. Elle s'endormit en pensant à ses futurs combats, un sourire aux lèvres.
Severus était de plus en plus inquiet. Il ressentait la rage qui bouillonnait dans l'esprit d'Ariane et, plus tôt en soirée, l'explosion de colère qui l'avait balayée. Toutes ses journées étaient teintées par celle-ci. Était-ce Dumbledore qui nourrissait ce ressentiment? Il laissa son regard errer sur la mer sombre qui s'étendait à perte de vue. En contrebas, les vagues se brisaient contre le récif. Il était au sommet d'une haute falaise. À sa droite, il pouvait voir le sable noir des plages de l'Islande et quelques rares humains éparpillés çà et là. Il n'était pas revenu sur l'ile depuis plusieurs siècles et fut attristé que la modernité l'ait rattrapée. Tout de même, les paysages avaient conservé un air féérique et cette atmosphère si distinctive que dès qu'on posait le pied au sol, on savait où l'on se trouvait.
Ce n'était pas l'envie d'aller voir Ariane qui lui manquait. Il ressentait cet éloignement telle une sourde brûlure. Son espoir que le Lien disparaisse était désormais réduit à néant. Souvent, il pensait qu'il avait fait une erreur en lui donnant son sang et contemplait la possibilité de mettre fin à ses jours, mais le désir de protéger Ariane l'en empêchait. Il en était venu à croire que Dumbledore était d'autant plus une menace que Voldemort.
Le Lien le torturait, mais le vent marin soufflant sur la falaise lui permettait d'oublier son supplice durant un court instant. Il avait longuement voyagé durant les dernières années, avait visité de nouveau les endroits qu'il avait préférés par le passé. Durant ses 4000 années d'existence, il pouvait considérer qu'il avait fait le tour du monde plusieurs fois. Il ne pouvait qu'espérer que la modernité n'ait pas défiguré ces lieux sacrés, et fut parfois agréablement surpris de les trouver intouchés. Il laissa le vent balayer sa souffrance, regarda l'océan et plongea. L'eau glacée était une caresse sur sa peau. Il vida ses poumons et se laissa couler. Il n'avait pas envie de voir personne, il nageait rapidement vers le nord. L'eau était glacée et le soulageait de la sensation de brûlure qui ne le quittait plus d'une semelle. Le froid le gagnait rapidement, il arrêta de nager et se laissa anesthésier par l'océan. Les yeux fermé, immobile, bercé par le mouvement de l'eau, il se sentit quitter son corps et sombrer dans le profond sommeil caractéristique de son espèce.
Le soleil commençait à peine à chasser l'obscurité et le brouillard matinal lorsqu'Ariane quitta son lit. Elle enfila rapidement un survêtement et une veste et s'étira durant plusieurs minutes. Le camp auquel elle avait participé cet été lui avait montré à quel point il était important d'être physiquement en forme et elle avait ajouté, à sa routine déjà bien remplie, des exercices matinaux. Les couloirs étaient déserts et elle sprinta jusqu'aux portes du château, puis jogga jusqu'à la forêt puis remonta vers le château. À bout de souffle, elle s'étendit dans l'herbe mouillée et ferma les yeux pour mieux sentir la fraîcheur matinale. Lorsqu'elle les rouvrit, il faisait complètement noir à l'exception d'une faible lumière qu'elle apercevait au-dessus d'elle. Elle réalisa qu'elle flottait dans une vaste étendue d'eau glacée. Elle regarda autour d'elle et, malgré la noirceur, décerna le visage d'un homme un peu plus loin. Elle nagea jusqu'à lui et alors qu'elle allait le toucher se réveilla. Ses vêtements étaient trempés de rosée. Elle se redressa. Le soleil était plus haut à l'horizon. Elle s'était visiblement endormie. Quel rêve étrange, elle avait l'impression de connaître cet homme et pourtant elle était certaine de ne l'avoir jamais vu… Et que faisait-il dans l'eau? Étrange, mais bon ce n'était qu'un rêve. Elle se dépêcha pour arriver à l'heure à ses cours, mais alors qu'elle franchissait la porte McGonagall l'avisa que Dumbledore voulait la voir.
Maugrey avait dû aller se plaindre au directeur. Elle se rendit d'un pas rapide jusqu'au bureau de ce dernier et monta l'escalier en colimaçon deux marches à la fois. Elle entra sans cogner et s'affala sur le fauteuil en face de Dumbledore. Ce dernier, stupéfait, resta muet durant plusieurs secondes. La fillette… l'adolescente devant lui n'avait rien à voir avec celle qu'il avait envoyée au camp au début de l'été. Elle avait encore grandi, bien qu'elle soit encore petite, et le resterait probablement à cause des mauvais traitements qu'elle avait subis avec les Dursley. Ses cheveux bouclés lui arrivaient au milieu du dos, son visage avait perdu son air poupin et ses traits s'étaient affinés. Elle avait un air sérieux et quelque chose que Dumbledore ne lui avait jamais vu brillait dans son regard… de la provocation?
«Je crois qu'il y a eu un malentendu avec Maugrey?»
«Non, pas du tout»
«Alors pourquoi l'as-tu enfermé dans une classe»
«J'en avais assez»
«Assez de… ?»
«Maugrey n'avait plus rien à me montrer»
«Voyons Ariane, Alastor est un excellent auror, il a plusieurs années d'expérience il est seulement un peu… spécial. Tu dois garder l'esprit ouvert face à ses méthodes d'enseignement»
«Ce n'est pas une question de garder l'esprit ouvert, je vous jure il me faisait faire les mêmes choses jour après jour et il est juste JAMAIS content ! Moi je veux de l'action, de vrais combats. Je veux aller sur le terrain!» Elle n'avait jamais été plus sérieuse de toute sa vie. Durant un instant, Dumbledore jubila, croyant la guerre déjà gagnée, puis il repensa à l'avertissement de Severus. Un frisson le traversa.
«C'est beaucoup trop dangereux, les mangemorts ne feront pas semblant de t'attaquer, Ariane, leurs Avadas seront mortels, même pour toi. Tu n'es encore qu'une enfant»
Il pouvait voir la colère sur son visage
«Je ne suis pas un ENFANT» La barbe de Dumbledore lui fouetta le visage sous l'impulsion magique qu'Ariane avait créée. Fumseck fit battre ses ailes en criant, signe de son mécontentement.
«Tu ne peux pas aller sur le terrain si tu ne contrôles ni tes émotions ni ton pouvoir» Albus s'était levé en disant cela et regardait la jeune fille d'un air grave. Il ne pouvait pas la laisser l'intimider de la sorte.
Ariane se leva et claqua la porte. Personne ne la comprenait! Elle ressentait toute sa puissance et on la limitait sans arrêt! Elle voulait aller se battre! Les faire payer! Voldemort allait périr de sa main pour avoir tué ses parents! Il avait gâché sa vie!
Elle savait qu'elle ne dormirait pas de la nuit. Elle alla à la salle sur demande dans laquelle des cibles et des mannequins de bois prenaient place. Elle prit les poignards qui étaient disposés sur la table et commença à viser les cibles. Elle s'améliorait de plus en plus, les premières fois elle avait de la difficulté à planter la lame dans le bois, puis lorsqu'elle avait maîtrisé cet aspect, elle se concentra à en atteindre le centre. Elle continua jusqu'à ce que ses bras brûlent d'avoir longuement répété le même mouvement. Elle s'étira sommairement et se plaça au centre de la pièce, les yeux fermés. Les mannequins de bois furent d'abord pris de spasme désordonnées puis, d'un mouvement souple, l'attaquèrent en même temps. Les sortilèges se fracassèrent sur son bouclier puis elle attaqua. Les sorts sifflaient à ses oreilles, mais elle continua d'attaquer. Elle attrapa un poignard alors qu'elle passait près de la table et le planta directement entre les yeux d'un des mannequins. Les deux derrière elle s'approchèrent pour l'attaquer, mais elle se redressa et sans même se retourner les balaya d'une onde magique si puissante que le bois devint noir et craqua avant de tomber en cendres. Un seul mannequin était encore debout. Elle le regarda, la rage déformant ses traits alors qu'elle s'approchait de lui. Elle allait savourer ce moment autant qu'elle savourait sa rencontre avec le mage noir. Au cœur de l'océan Arctique, Severus frissonna. La rage d'Ariane avait fait écho jusqu'à lui, le glaçant jusqu'aux os.
Ariane épluchait quotidiennement les journaux moldus et sorciers. Cela faisait plus de deux mois que les mangemorts n'avaient pas attaqué. Elle jeta rageusement le Daily Prophet sur la table. Sur la page couverture, Dumbledore, le ministre de la magie et plusieurs aurors souriaient sous les flashs des journalistes. La une aurait dû la réjouir, mais au contraire elle n'en était que plus déprimée.
Onze mangemorts appréhendés, une attaque sur Pré-au-lard évitée!
Dumbledore avait décidé de l'entraîner personnellement, mais depuis qu'il avait pris cette décision ils s'étaient à peine croisés. Il n'était presque jamais à Poudlard et depuis que Maugrey était parti, cela faisait près d'une trentaine de mangemorts que le ministère capturait. Si ça continuait comme cela, ils allaient capturer Voldemort avant qu'elle ait eu la chance de se venger. Elle regarda autour d'elle. Partout, les élèves parlaient de leurs plans pour les vacances de Noël et s'échangeaient des présents. Ils avaient tous l'air si heureux. Elle ne comprenait pas comment il était possible de ressentir autant de joie. Ils vivaient en temps de guerre, plusieurs élèves avaient perdu des proches, de nombreux commerces avaient été détruits ou fermés, propulsant leurs propriétaires à la ruine. Et pourtant, ils riaient et savouraient des sucreries d'un air béat. Ils ne semblaient pas feindre cette allégresse, pas comme elle qui devait faire semblant de s'intéresser aux conversations futiles de son quotidien. Même les cours l'ennuyaient à présent, c'était du déjà-vu. Elle aurait pu être à la recherche de Voldemort, et elle perdait son temps.
À la fin du dernier cours de métamorphose avant les fêtes, McGonagall lui fit signe de s'approcher.
«Dumbledore m'a avisé qu'il serait de retour juste après le Nouvel An, il m'a donné cela pour toi.»
Elle lui tendit un livre dont la couverture rigide arborait une teinte indigo. Il n'y avait pas de titre et un verrou doré l'empêchait d'en parcourir les pages. Son enseignante lui tendit un rouleau de parchemin scellé, un air de désapprobation dans le regard. Visiblement, elle connaissait la nature du livre et désapprouvait. Peu importe, pensa Ariane, ce n'était pas elle son tuteur. Elle la remercia et s'apprêtait à quitter le local lorsque la vieille sorcière lui adresse la parole de nouveau.
«Prend du temps pour toi, Ariane, ce sont des vacances alors amuse-toi!»
Ariane la regardait avec l'enthousiasme d'un mangemort emprisonné à Azkaban, mais elle acquiesça tout de même et ferma la porte derrière elle.
L'enseignante soupira. Ariane l'inquiétait de plus en plus. Elle qui était si appliquée lors de ses premières années d'étude remettait des travaux faits à la va-vite. Les essais ne méritaient pas de mauvaises notes, la plupart étaient réfléchis et les réponses fournies étaient les bonnes, mais l'écriture était effrénée, souvent les parchemins étaient sales et elle ne donnait que le minimum de lignes demandées. Auparavant, McGonagall avait presque envie d'encadrer les travaux de la jeune fille tant elle en savourait chaque mot, maintenant c'était ceux d'une adolescente qui n'en avait rien à faire de fournir un effort supplémentaire pour plaire à ses enseignants. Quoiqu'elle ne pouvait pas empêcher l'adolescente de vieillir. Elle se rassura en se disant que ce n'était qu'une passe. Elle la surveillerait de près tout de même, car elle l'avait vue plusieurs fois rouler des yeux lorsqu'un élève donnait une réponse incorrecte. Elle n'aurait pas aimé qu'Ariane devienne impolie et hautaine.
Arrivée dans sa chambre, Ariane lança son sac dans un coin et ouvrit le parchemin.
Ariane,
Voici un ouvrage que tu apprécieras, j'en suis certain. Pour l'ouvrir tu n'as qu'à le tenir dans tes mains et prononcer ton nom à voix haute, tu en seras ainsi la propriétaire et il s'ouvrira simplement en le touchant par la suite.
Joyeux Noël
A.D.
Elle suivit les instructions et le titre du livre apparu en cursives dorées.
Manuel d'entraînement des aurores de Grande-Bretagne
Tome I
Elle avait envie de sauter sur place. LE manuel top secret des aurores en entraînement. Elle sauta sur le lit et commença immédiatement sa lecture.
Le lendemain matin, elle se retrouva pratiquement seule dans la grande salle. Même la majorité des enseignants avaient quitté. Elle devait réfléchir à un plan pour être prise au sérieux par les adultes, particulièrement par Dumbledore. Elle devait d'abord rester calme. Tout un défi… Ensuite, présenter ses arguments. Quels arguments… Qu'elle était prête? Ouais… après s'être mis en colère dans le bureau de Dumbledore, il ne risquait pas de gober cela… Peut-être lui permettrait-il d'assister aux combats de loin… pour apprendre en observant. Mais il devait lui faire confiance… et elle allait VRAIMENT devoir rester en retrait et pas se lancer dans la mêlée. Quoique si Voldemort décidait de sortir de son trou elle pourrait mettre fin à son règne et après toute cette histoire serait derrière elle. Elle se frotta les yeux, se disant qu'une longue sieste lui ferait du bien. Elle avait lu jusqu'au levé du soleil mais n'avait tout de même pas omis son entraînement matinal.
Elle soupira, dépitée. Elle ne savait pas encore combien de temps elle allait tenir. Juste à y penser, elle avait la nausée. Elle ne ressentait qu'une profonde lassitude lorsqu'elle réfléchissait à son quotidien. Auparavant, les entraînements la motivaient et elle y prenait part avec joie, mais maintenant le seul point positif de son existence était les profondes discussions qu'elle avait avec ses collègues serdaigles. Ils pouvaient débattre jusqu'à tard dans la nuit sur des questions sans réponses, travaillant leurs arguments, essayant de convaincre les autres de se rallier à leur point de vue. Elle avait hâte que les vacances soient terminées pour retrouver ces moments. Elle réalisa que c'étaient les seuls instants auxquels elle ne pensait ni à Voldemort, ni à la guerre. Durant un instant, elle sembla sur le point de prendre conscience de quelque chose d'important, mais cette pensée lui échappa aussi rapidement qu'elle lui était apparue.
