Chapitre 11 : Il est là
La volière devint complètement silencieuse lorsque Voldemort passa la porte. Il caressa du bout du doigt un hibou puis se dirigea vers le fond de la pièce. Il avait rappelé ses corbeaux quelques heures plus tôt, ils devaient être tous rentrés. Il caressa la tête du premier, puis du second. Au troisième, il put voir Ariane sortir de la cabane hurlante. Elle était restée un instant sans bouger, puis elle avait transplané un peu plus loin, tête première. Il eut un léger rire, se rappelant que lui aussi manquait souvent ses atterrissages au début. Elle transplana un peu plus loin, encore et encore, pour finalement rentrer. Le dernier corbeau lui montra des images d'un village enneigé. Il ne voyait pas la jeune fille puis remarqua des traces de pas dans la neige. Elle avait mis la cape d'invisibilité. Puis plus rien, elle était cachée derrière une maison, les aurors faisaient leur ronde. Ils passèrent devant elle, mais rien ne se produisit. Le souvenir s'arrêtait là, elle avait probablement transplané. Il fit signe aux corbeaux de retourner surveiller les déplacements de la jeune fille.
Il retourna au château, pensif. Cela faisait déjà un mois que Lucius était au pouvoir. Il contrôlait le Ministère, mais il devait être prudent. Les changements se faisaient à petite échelle, lentement. Il continuait de coordonner des attaques, mais devait faire attention de ne pas envoyer ses meilleurs effectifs, il devait les garder près de lui au cas où l'adolescente déciderait de l'attaquer. Il voulait voir ce dont elle était capable, mais pour l'instant elle planifiait quelque chose, il ne savait pas exactement quoi. Dans son salon, il se servit un généreux verre de scotch. Il aperçut son reflet dans le miroir. Ses cheveux grisonnaient de plus en plus, des rides marquaient sa peau pâle. Peut-être qu'une barbe lui irait bien? Des plans pour ressembler à Dumbledore. Il se frotta le front. Il avait la Grande-Bretagne au creux de la main et pourtant il ne pourrait pas savourer sa victoire aussi longtemps qu'Ariane Potter ne se serait pas ralliée à lui. Ou qu'elle soit morte.
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La neige tombait en gros flocons dans la cour de Poudlard. La clarté de la lune traversait juste assez les nuages épars pour distinguer les alentours. Ariane reporta son regard sur la carte de Poudlard. Elle attendait que les élèves rejoignent leur dortoir pour sortir du château. Elle allait attaquer ce soir. Lors de ses dernières sorties, elle s'était assurée de pouvoir distinguer les mangemorts parmi les aurors. Elle sentait leur marque telle une ombre planant sur leur magie.
«Méfait accompli»
Toute de noir vêtue, Ariane se couvrit de la cape d'invisibilité et sortit rapidement de sa chambre, puis du château jusqu'au saule cogneur. Il n'eut pas le temps de bouger que d'un regard elle l'avait immobilisé. Le vent fit claquer sa cape et elle frissonna. Heureusement, sa magie la gardait au chaud. Elle transplana jusqu'à une ville voisine. Elle s'immobilisa, car une patrouille s'approchait. Elle les sonda, rien. Elle laissa les aurors passer puis transplana plus loin. Cette fois, les sorciers étaient des mangemorts. Les deux hommes firent un vol plané contre un mur de brique, ils tombèrent au sol, inconscients. Elle leva la manche du premier, rien. Elle la sentait pourtant. Elle prit le bras de l'homme et laissa courir sa magie le long de ce dernier, la marque apparue, noire et effrayante. À sa vue, elle sentit sa rage, sa tristesse, sa colère, sa solitude monter en elle. C'était une tempête, un ouragan, un raz-de-marée. Inarrêtable. Le flot de magie tua le sorcier instantanément. Elle se releva brusquement, prit la manche du second et la tira sans ménagement. La marque apparue aussitôt. Elle laissa s'échapper un cri de dégoût et le laissa tomber au sol, mort. Des voix se firent entendre non loin. Elle mit la cape d'invisibilité et se mit en retrait, effaçant ses traces dans la neige.
«Deux hommes à terre!» Les aurors transplanèrent et entourèrent rapidement les mangemorts.
«Regardez leur bras… la marque»
Le reste ne fut que murmures. Ariane s'assura qu'ils n'étaient pas des mangemorts et quitta les lieux. Elle immobilisa le saule cogneur sans même y penser, se rendit à sa chambre sur le pilote automatique. Elle avait tué. Deux fois. Ce n'était pas comme quand elle était un bébé, ou avec les Dursley, ce n'était pas un accident cette fois. Sur le coup, elle était tellement enragée, ça lui était paru comme une évidence… mais maintenant. Ces mangemorts avaient peut-être des familles… Ouais des petits mangemorts en devenir, avec une femme mangemort et des amis mangemorts qui tuaient des gens innocents et laissaient les petites filles orphelines! Tant mieux pour l'univers qu'ils soient morts!
Elle ne savait pas si Dumbledore était au courant qu'elle sortait du château. S'il l'était, il ne lui en dit rien. Le directeur quittait de moins en moins son bureau. Il avait beau chercher une solution, une lueur d'espoir, la situation était désespérée. Seule Ariane pouvait ramener la paix, mais à un prix que même lui ne voulait pas payer. Ce n'était qu'une enfant, pas une machine à tuer. Une enfant liée à un Né-Vampire… peut-être pourrait-il convaincre Severus afin d'épargner Ariane?
L'hiver passa rapidement. Ariane sortait de Poudlard de plus en plus souvent, laissant derrière elle une traînée de corps. Les journaux étaient muets quant aux assassinats de mangemorts, mais la rumeur courait qu'un justicier était à l'œuvre. Ariane ressentait une étrange fierté, elle rendait le monde meilleur en le débarrassant de la racaille. Lorsque la culpabilité faisait surface, elle la balayait du revers de la main. Ces mangemorts n'auraient pas hésité à la tuer si elle leur en avait laissé la chance. À quoi bon s'en faire. De toute manière, des attaques ponctuelles continuaient de se produire, toujours trop rapide pour qu'elle intervienne. Voldemort essayait peut-être de créer un autre Alpha? Ariane frissonna d'horreur, combien de morts avaient été nécessaires à sa propre création?
Voldemort n'avait pas de tel projet. En fait, ce qu'il souhaitait était bien simple. La paix. Les attaques éclair avaient un objectif bien précis, générer tant de peur que le monde sorcier ne veuille plus de cette guerre et accepte sa victoire, avec lui comme dirigeant bien sûr. C'était déjà le cas de toute manière, plus de la moitié du Ministère de la Magie était composé de ses mangemorts. La suite serait comme il l'avait toujours rêvée, seuls ceux qui seraient jugés dignes auront accès à la magie. Les autres auraient ce qu'ils méritent. Mettre ses fidèles au pouvoir avait été un jeu d'enfant. Quelques otages ici, des menaces par-là, et voilà. Un dernier obstacle se dressait encore sur son chemin.
Il observait Potter depuis un moment, et à sa grande joie elle était prévisible. Son passage secret préféré était sans aucun doute celui du saule cogneur. Il l'avait vu tuer sans affrontement ses larbins. Elle n'engageait jamais de combat, peut-être n'était-elle pas aussi puissante que les événements passés laissaient croire. Visiblement, c'était le moment d'attaquer et d'en finir. Il appela son armée. La prochaine sortie d'Ariane serait sa dernière.
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L'adolescente attacha ses cheveux en chignon avant d'enfiler sa tuque. Le vent sifflait avec force et ses cheveux indomptables lui rendraient la tâche difficile si elle les laissait libres. Elle s'habilla comme à son habitude, observa son reflet un instant, puis se mit en route. Elle alla en direction d'un passage sous une statue, mais professeure Utar discutait avec McGonagall juste devant celle-ci. Elle attendit un moment, mais elles ne semblaient pas sur le point de bouger. Elle changea donc de direction et sortit du château vers le saule cogneur. Une fois dans la cabane hurlante, elle s'arrêta un instant. Les premiers meurtres lui avaient laissé une saveur agréable, un goût de justice. Maintenant, elle ne se délectait plus, l'amertume la consumait. Ces mangemorts n'étaient pas Voldemort. Elle avait l'impression d'être un enfant s'amusant à écraser des fourmis pour passer le temps. En même temps, elle réduisait les effectifs de l'armée sombre, elle les aurait affrontés tôt ou tard. Tuer ainsi faisait-elle d'elle un être aussi abject que le seigneur des ténèbres? Elle voulait rebrousser chemin, oublier tout cela, aller dormir, mais à l'extérieur elle sentait la présence de sorciers qui se terraient dans les bois, des sorciers ayant une marque sombre sur le bras. Une embuscade? Ses doutes furent balayés instantanément. Les salauds, ils pensaient pouvoir la capturer ou la tuer. Elle marcha silencieusement vers la porte, deux mangemorts se tenaient sur les côtés de la maison, attendant qu'elle sorte. Elle défonça la porte d'un regard et de chaque main déploya sa magie pour envoyer valser les mangemorts dans les airs puis les ramener à grande vitesse contre les murs. Leurs corps firent un bruit sourd en tombant au sol. Les sorts fusèrent, mais son bouclier tenait bon. Elle avait envie de rire, ils n'avaient aucune chance. D'un coup de pied contre le sol, une onde magique fit trébucher une vingtaine de sorciers. Un Avada vint mourir contre son bouclier, le teintant de vert momentanément. Elle leva le bras et le descendit rapidement. La puissance de l'impulsion brisa les branches des arbres et fit craquer les os des mangemorts au sol. Elle avançait rapidement, d'autres mangemorts prenaient la place de ceux qui n'étaient plus en mesure de combattre. Puis elle le sentit, Voldemort. Sa magie l'étouffait par sa puissance, tel un serpent froid et gluant se serrant autour d'elle. Il avait du culot de sortir de sa cachette, elle se mit à courir, pulvérisant les mangemorts qui tentaient de l'arrêter sans même leur jeter un regard. Alors qu'elle s'approchait de la source de la magie noire, les maléfices étaient plus puissants et son bouclier faiblissait. De rage, elle cria et des flammes prirent naissance au creux de ses mains avant de l'entourer, poursuivant les mangemorts, cherchant leur chef. Certains essayaient de transplaner ou courir, mais le sol se dérobait sous leurs pieds, les immobilisant, nourrissant le brasier qui grandissait sans cesse. Ariane cherchait Voldemort des yeux, mais tout n'était que feu et fumée. Elle ressentait encore les échos de sa magie, mais ils étaient si lointains qu'il devait avoir transplané. Elle hurla de fureur, un élan de magie fit tressaillir l'air autour d'elle, elle tenta de se frayer un passage, mais le feu était hors de contrôle, l'air brûlait ses poumons et en un instant elle fut engloutie dans les flammes.
La douleur était tellement vive qu'elle ne pouvait plus respirer. Elle n'arrivait pas à ouvrir les yeux, son corps n'était plus qu'une plaie hurlante. En désespoir, elle transplana. Jamais elle n'était allée aussi loin, mais elle n'avait pas le choix de se rendre à Ste-Mangouste.
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Le corps frigorifié de Severus dérivait lentement dans l'océan. Son sommeil était si profond qu'il ressentait de moins en moins la présence d'Ariane. Jusqu'à l'instant où sa vie passa à un cheveu de se terminer. Ses yeux s'ouvrirent, scrutèrent le noir total des abysses, ses mouvements, d'abord saccadés, devinrent rapidement amples et puissants. Il ne voyait rien, mais il savait qu'il allait dans la bonne direction. Il ne savait pas ce qui se passait, mais Ariane n'était que souffrance. Il devait la rejoindre le plus rapidement possible.
Il avait atteint le continent et courait à toute vitesse au moment où les premiers effets d'une potion relaxante se firent ressentir. La douleur s'éteignit et il sentit Ariane plonger dans un coma médicamenteux. Sa douleur n'était plus qu'un murmure lointain. Elle est entre bonnes mains, pensa Severus. Dans la vitrine d'un magasin, il observa son reflet. Maigre, cireux, les vêtements en lambeaux et partiellement couvert de coquillages en tout genre. Il avait l'air d'un monstre sorti d'un film d'horreur moldu. Il repéra un magasin dont les vêtements semblaient à son goût. D'un coup de baguette, il désarma les alarmes et déverrouilla la porte. Il utilisa la salle de bain pour se débarbouiller sommairement, puis enfila un pantalon et un chandail noirs et se couvrit d'une longue veste noire subtilement ornée de cuir. Il sortit du magasin et remarqua un homme. En fait, ce n'était pas l'homme en tant que tel qui attira son attention, mais son comportement. Celui d'un prédateur à la recherche d'une proie. Il n'eut pas à chasser longtemps, une femme, plus loin dans la rue, vérifiait que la porte d'un magasin était bien verrouillée puis se mit en route dans la direction opposée de l'homme. Le moldu accéléra légèrement pour la rattraper. Cette femme ne sut jamais que, ce soir-là, elle avait eu la vie sauve grâce à l'appétit d'un vampire fraichement réveillé d'un long sommeil. Le sang de l'homme était tiède, mais il n'en apprécia pas le goût. C'était ferreux et amer, mais au moins cela le rendit moins squelettique. Severus laissa tomber le corps et d'une formule trop souvent utilisée, il réduisit le corps en poussière fine. Il soupira. Le besoin de voir Ariane était tellement puissant. Il avait oublié à quel point elle le possédait tout entier. Il appréhendait de la voir, qu'elle le repousse, qu'elle le rejette. Il ne la connaissait plus, elle devait avoir tant changé. Qui était cette femme à qui il était lié?
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La potion avait fait effet en moins d'une minute et elle accueillit les ténèbres avec délices. Elle flottait dans un univers sans bruits ni sensations. Elle aurait voulu rester ainsi à jamais, un monde sans mage noir, sans meurtres, sans colère ni pression. Cette paix fut de courte durée. Elle entendit la voix de Dumbledore, il parlait avec quelqu'un… elle ne savait pas de quoi, elle n'arrivait pas à se concentrer sur les mots. Puis elle sentit des mains sur sa peau, c'était froid et ça piquait terriblement. Elle dut bouger, car une autre voix résonna
«Elle commence à se réveiller»
Elle entendit son nom, mais son corps était si lourd et douloureux qu'elle essaya de se rendormir, mais c'était peine perdue. Elle bougea les doigts, puis les pieds, et finalement ouvrit les yeux. La médicomage lui posa quelques questions et l'examina
«Tu as été brûlée sur tout le corps, heureusement tu es arrivée rapidement et tu réagis bien au traitement. Tu ne garderas aucune séquelle physique. Ta peau va rester sensible quelques jours, d'accord? Mais ça va bien aller» Elle lui fit un sourire qui se voulait rassurant. Ariane ignorait ce que les autres savaient. Elle préféra ne rien dire. Voldemort lui avait échappé. Elle sentait la colère et la déception monter en elle. Et en plus elle s'était blessée sérieusement avec son propre sort.
«J'aimerai parler avec Ariane seul à seul» Dumbledore avait parlé d'une voix blanche. Elle frissonna. Une fois la porte refermée il murmura des incantations, baguette en main. Il reporta son regard sur elle.
«Sortir de Poudlard en pleine nuit. À quoi as-tu pensé? Que croyais-tu accomplir?»
«Voldemort était là» Elle essaya de se relever, mais sa peau tirait et lui semblait sur le point de craquer.
«Tu es tombée directement dans leur piège!» Dumbledore avait crié.
«J'aurai pu tuer Voldemort!»
«Tu aurais pu mourir!»
«J'ai tué plus de mangemorts que le ministère a capturés depuis un an!»
Il s'affaissa contre le mur.
«C'était toi, alors?»
Elle s'emmura dans son silence. Dumbledore ne savait pas quoi penser. Jamais il n'aurait cru qu'elle se mettrait en danger de la sorte ou risquait réellement de mourir. Il aimait Ariane, elle était un peu comme la fille qu'il n'avait jamais eue… En même temps, il était fier qu'elle ait pris les choses en mains, mais visiblement sa jeunesse et son inexpérience n'étaient pas à la hauteur de sa puissance.
«Je dois aller au Ministère tenter de régler la situation. Ils doivent se demander ce qui s'est passé»
Dumbledore soupira et se dirigea vers la porte, mais elle s'ouvrit avant qu'il ne l'atteigne.
«Severus»
