Chapitre 13 : Décision

Severus regarda sa maison de briques grise, au fond de l'impasse du Tisseur. On aurait dit un squat à l'abandon. L'herbe n'avait pas été coupée depuis des années et commençait à prendre des allures de jungle. Il prit sa baguette et fit un large arc de cercle en murmurant plusieurs incantations. L'herbe retrouva une longueur normale, l'extérieur se dépoussiéra et les endroits où la peinture s'écaillait, de même que les fenêtres cassées, se réparèrent. Il leva l'enchantement empêchant les intrus d'entrer et passa la porte. Il n'aimait pas alourdir son existence de possessions matérielles, il se contentait bien souvent du strict nécessaire. Dans l'entrée, quelques crochets permettaient de suspendre capes et manteaux. À gauche, le salon en boiseries était chaleureux et Snape alluma un feu dans l'âtre de pierres. Il y entra et caressa de la main son fauteuil pâle, dont les coussins rebondis étaient prêts à l'accueillir dans ses heures de lecture. Les étagères étaient poussiéreuses, il nettoya la pièce d'un sort, révélant quantité de livres anciens dans les bibliothèques. Il retourna à l'entrée et avança vers la cuisine, dont l'absence d'électroménagers frappait le regard. Ce n'est pas comme s'il en avait besoin. Il n'y avait même pas d'ustensiles dans les tiroirs, et les placards étaient vides.

À droite, la porte était fermée. C'était la chambre, mais il n'y avait jamais dormi, il se servait seulement du placard pour ranger ses vêtements. Dans la salle de bain, il se déshabilla pour enfin prendre une longue douche brûlante comme à son habitude. Il s'était rapidement lavé et changé avant d'aller voir Viggo pour récupérer le journal, mais il avait encore l'impression de sentir la vase et les algues. Il vida complètement le réservoir d'eau chaude avant de finalement quitter la pièce.

Il ressentait les bouleversements d'Ariane, elle avait eu un pic de colère peu après qu'il l'aille laissé à Poudlard, et elle devait être en train de lire le journal, car ses émotions étaient des montagnes russes. Severus entra dans la chambre pour enfiler des vêtements propres, il s'arrêta pour contempler son reflet dans le miroir. Ses côtes étaient bien visibles sous sa peau cireuse. Jamais il n'avait été aussi pâle. Il s'habilla de noir, la seule couleur qu'il portait, puis alla déposer les livres que Viggo lui avait prêtés dans l'une de ses bibliothèques. Il en choisit un et entama sa lecture. Plus tard en soirée, il dut refermer son ouvrage et prendre une longue inspiration tant la tristesse d'Ariane le pénétrait de toute part. Heureusement, elle s'endormit peu après.

Il se doutait que ce journal allait être un choc pour l'adolescente, mais c'était un premier pas. Vers où, il ne le savait pas, Ariane devait tracer son propre chemin, mais ce n'était certainement pas dans la colère qu'elle allait trouver son bonheur. Et si c'était ce qu'elle choisissait, et bien soit! Au moins, il aurait le cœur tranquille.

Il essaya de retrouver sa page, mais il n'avait pas envie de reprendre sa lecture… il se sentait… fatigué? Il alla dans la chambre, replia les draps du lit, un geste banal pour le commun des mortels, mais si étrange pour lui. Il s'y glissa et alors qu'il fermait les yeux il se sentit glisser dans un sommeil comme il n'en avait jamais connu.

OoOoOoOo

Ariane s'éveilla doucement. Elle regarda l'heure, le déjeuner était déjà servi. Elle attacha rapidement ses cheveux en un chignon lâche et enfila un pull long et un pantalon confortable. C'était dimanche, pas besoin de se mettre sur son trente-et-un. Les portes de la grande salle étaient ouvertes et elle entendit de loin les voix cacophoniques des élèves. Elle tourna le coin et arriva nez à nez avec Malfoy.

«Potter»

Elle l'ignora et tenta de le contourner, mais Crabbe et Goyle s'avancèrent pour l'encercler. Elle recula jusqu'à sentir le mur contre son dos.

«Tu pensais que tu t'en sortirais après ce que tu as fait» Malfoy tenait sa baguette avec tant de force que ses jointures étaient blanchies.

Elle glissa sa fausse baguette dans sa main, il n'aurait pas fallu que les Serpentards découvrent qu'elle pouvait faire de la magie sans baguette.

«Je pensais que vous aviez compris» Elle donna un coup de baguette, envoyant une petite onde magique en même temps, faisant tomber les trois adolescents sur leur fessier.

«Laissez-moi tranquille» Elle enjamba Goyle et reprit sa route vers la grande salle. Elle soupira, réfrénant une envie de leur roussir les sourcils. Le comportement de ces Serpentards était ignoble. Alors qu'elle prenait sa place habituelle, elle se jura de ne jamais se soumettre à qui que ce soit, comme ses sœurs l'avaient fait avant elle.

Une gaufre aux fruits plus tard, elle se sentait d'attaque pour entamer la journée. Elle voulait parler à Dumbledore et marcha rapidement dans les couloirs. Elle n'aurait pas dû avoir peur de Malfoy et sa bande, elle pouvait les vaincre sans effort, et pourtant son ventre se tordait en une nausée douloureuse lorsqu'elle pensait à eux. Elle monta l'escalier en courant et ouvrit la porte sans prendre la peine de saluer son tuteur.

«Que s'est-il passé entre vous et Severus?»

«Ça remonte à loin. J'ai rencontré Severus alors que j'étais un enseignant à Poudlard, puis je l'ai revu alors que j'étais devenu directeur. Je cherchais un professeur de potion et il s'est proposé. Il n'avait pas changé du tout, alors que j'étais devenu un vieil homme. Je ne lui ai jamais demandé quelle était exactement sa… nature. Il m'a juré que personne n'avait rien à craindre et cela a été suffisant pour moi»

«Sérieusement?»

«J'étais peut-être un peu naïf à l'époque… Mais j'ai eu raison de lui faire confiance, il a enseigné durant des années. Voldemort a commencé à rassembler une armée et je lui aie demandé d'espionner les mangemorts. Puis… il y a eu toi. Il m'a révélé la vérité et est parti»

«Quelle vérité?»

«Tu étais sur le point de mourir, il t'a donné son sang pour te sauver, mais à cause de cela vous vous retrouviez liés, mais qu'il refusait de boire ton sang et ne voulait pas perdre le contrôle de ses actes. Il m'a révélé qu'il était un Né-Vampire et ma foi, cela m'a plus surpris que tout ce qu'il a pu me dire…»

«Même que j'étais une sorcière Alpha?»

«Jamais je n'avais entendu parler d'une telle magie… et même les livres qu'il a laissés… et bien ce n'était pas grand-chose… il m'a demandé de t'entraîner, ce que j'ai fait»

«Peut-être un peu trop»

«Je ne t'ai jamais forcé à quoi que ce soit. Si je me rappelle bien tu en redemandais»

Ariane se tut devant l'argument imparable d'Albus. Évidemment, il n'était pas le seul à blâmer. Il avait fait ce qu'on lui avait demandé, avec zèle, et bien sûr, espoir qu'elle détruise Voldemort et son armée.

«As-tu discuté avec Severus de ce que bloque ta magie?»

Elle regarda Dumbledore directement dans les yeux.

«Non»

Elle se leva et alla vers la bibliothèque pour prendre les livres de Severus. Elle les avait lus plusieurs fois, mais elle espérait que cela lui apporterait une information supplémentaire après la lecture du journal des Alphas.

«Je passe le mot à tes enseignants que tu seras de retour en classe demain»

«Ouais ouais»

Elle referma la porte. Dumbledore hocha la tête, l'adolescente ne risquait pas de développer ses manières auprès de Severus.

Ariane retourna à sa chambre et passa une partie de l'après-midi à mettre ses devoirs à jour. Elle regarda rapidement ses notes de potion pour se rafraîchir l'esprit, elle avait un examen le lendemain, mais elle avait la tête ailleurs. Elle feuilleta les livres parlant des autres Alphas, réussissant à mettre un nom sur quelques passages. Elle n'arrivait pas plus à se concentrer, elle tournait ce qu'elle avait appris dans tous les sens, mais elle ne savait pas par où commencer. Elle ne faisait pas confiance à Dumbledore, il lui avait déjà menti, comment savoir s'il le ferait de nouveau. Elle n'était pas certaine non plus de ce que Snape voulait. Voulait-il l'amadouer pour l'asservir? Avait-il un agenda quant à la guerre? Ce n'est pas en l'évitant qu'elle se ferait une idée. Elle se concentra sur lui, le nommant dans ses pensées, espérant que le lien transmette le message, sinon son pouvoir.

Severus se redressa dans son lit. C'était la première fois qu'Ariane l'appelait. Il ne pensait pas que ce serait aussi puissant, vu l'état de leur lien. Il regarda l'heure, puis par la fenêtre. Le soleil commençait à descendre à l'horizon. Il avait dormi presque une journée entière. Étrange, mais pas incompréhensible. Il avait tout de même jeûné durant deux ans, il avait sûrement faim. Il était mieux de se sustenter avant d'aller voir Ariane, juste au cas.

Un criminel de moins sur la planète, et moins d'une heure plus tard, Severus passa le portail de Poudlard. Il ne voulait pas entrer par les portes, des enfants de mangemorts pourraient le reconnaitre. Il fit le tour du château, s'approchant de plus en plus d'Ariane jusqu'à se trouver sous la fenêtre de sa chambre.

L'adolescente lança un bouquin sur son lit. C'était ridicule, en dehors du journal, c'est à peine si le terme Alpha était utilisé dans les livres d'histoires comme si… Ses pensées furent interrompues par trois petits coups à sa fenêtre. Elle écarquilla les yeux en voyant Snape suspendu à sa fenêtre et se leva rapidement pour l'ouvrir. Ça avait marché!

«Que faites-vous là?»

Severus se glissa dans l'ouverture avec grâce et atterri sans un son.

«Tu m'as appelé»

«Oui, mais c'est la fenêtre»

Il la referma derrière lui.

«Voldemort croit que je suis mort, les enfants de mangemorts ne peuvent pas me voir, ils pourraient me reconnaitre»

«Vous avez peur de Voldemort?»

Il alla s'adosser au mur face au fauteuil sur lequel Ariane était assise.

«Du tout»

«Alors pourquoi?»

«Ils se poseraient des questions, et l'existence de mon espèce doit demeurer secrète»

«Pourquoi il croit que vous êtes mort?»

«Il a essayé de me tuer avec sa marque lorsqu'il a découvert que je ne travaillais plus à Poudlard»

«Mais vous n'avez pas de marque»

«Plus maintenant. Tu peux le sentir?» Un léger étonnement se lisait sur son visage.

«Oui c'est comme sombre et gluant, sur leur magie. Comment vous êtes-vous débarrassé de la marque?»

«Je me suis arraché le bras»

«Pour vrai» Elle pouffa de rire «Juste comme ça!» Elle le mima en train de tirer sur son bras puis le lancer aux poubelles.

«Oui, sauf que je l'ai juste laissé là»

Elle ria de plus belle.

«Ima…imaginez… quelqu'un… qui trouve… un bras» Elle ria encore un moment, puis essuya ses larmes. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas ri comme ça. Il fit un petit sourire.

«Il est tombé en cendres. Lorsque nous mourrons, nous devenons des cendres»

«Comme si vous n'aviez jamais été là?»

«Exactement»

«Vous m'avez dit que vous n'étiez pas… tuable»

«Notre justice ne pardonne pas. Nous n'avons pas beaucoup de lois, mais les enfreindre est fatal. Il y a aussi des Né-Vampires sur qui l'immortalité pèse énormément, alors ils nous demandent de les aider à quitter cette vie»

«Et vous, ça vous pèse?»

«Il y a eu des moments difficiles, voire très difficiles. Nous sommes peu nombreux, voir toujours les mêmes visages ça devient lassant. Je me suis souvent senti seul. J'ai parfois pensé en finir, mais j'ai toujours trouvé quelque chose pour m'occuper au quotidien»

Il y eut un moment de silence. Imaginer vivre 4000 ans c'était impossible. La solitude pesait à l'adolescente, mais vivre un tel supplice aussi longtemps. Impensable.

«C'est quoi les règles?»

«L'existence de l'espèce doit demeurer secrète. On ne peut pas tuer un autre Né-Vampire, sauf s'il le demande, et on ne se mêle pas des affaires moldues ou sorcières.»

«Pourquoi?»

«Ça n'a jamais bien fini»

«Comment ça?»

«Puissance et pouvoir, mauvais mélange»

«Les Alphas sont puissantes, et celles du journal étaient des chefs de clans»

«On dit que les Alphas ont un penchant pour la sagesse, la sérénité. Vous allez naturellement vers l'équilibre. Les Né-Vampires, notre instinct, c'est le sang. Même si on part avec de bonnes intentions, ça se termine en dictature ou pire»

«À quel point êtes-vous puissants?»

Severus attendait cette question. Ariane avait été entraînée telle une guerrière, elle allait vouloir tester sa force un jour où l'autre.

«Notre espèce ne connait pas la peur. Nous pourrions décimer Londres en quelques heures, la Grande-Bretagne en quelques jours»

Il y eut un autre moment de silence. Ariane fixait le vide, était-ce possible d'être si puissant? Severus avait dit qu'une Alpha pourrait possiblement vaincre un Né-Vampire. Elle frissonna. Durant une seconde, son propre pouvoir l'effraya.

«Pourquoi nous sommes si puissantes alors que, selon le journal, nous ne devrions pas utiliser notre pouvoir?»

Severus haussa les épaules.

«Je n'en sais rien, c'est peut-être une autre absurdité de l'existence» Ariane n'avait pas du tout envie de s'immerger dans une discussion philosophique.

«C'est Viggo qui avait le journal?»

«Oui, il était ravi que je t'aie trouvé»

«Il a continué ses recherches?»

«Il a arrêté peu après la mort de Pandora. Il a longtemps attendu la naissance d'une autre Alpha»

Ariane se rappela du passage sur Severus dans le journal.

«Vous avez connu Pandora!»

«Oui, Viggo a fait appel à mes connaissances alors que peste noire ravageait l'Europe, le royaume de Pandora ne fut pas épargné»

«La peste noire ce n'était pas en 1300 quelque chose?»

Severus acquiesça.

«Et il n'y a pas eu d'autres Alphas depuis… sauf moi?»

Il réacquiesça.

«Mais il y a eu deux guerres mondiales… et Grindelwald! Pourquoi?» Ariane regarda ses mains, puis Severus, puis son reflet. «Pourquoi moi?»

«Je ne sais pas, mais Viggo a proposé une rencontre, tu pourras lui poser toutes tes questions»

Ariane reprit le contrôle de sa respiration, elle avait failli céder à la panique. Elle regarda les livres sur son lit et se rappela à quoi elle réfléchissait avant que Severus arrive.

«Les Alphas… ont dirait qu'elles ont été… effacées … je… je veux dire… de l'histoire» Elle essayait de formuler une phrase, mais elle comprit que Severus savait de quoi elle parlait.

«Des femmes au pouvoir, aussi puissantes en plus… » Il fit non avec la tête. «Aujourd'hui c'est encore difficile à accepter pour les hommes, à l'époque c'était simplement irréaliste. Alors ils ont réécrit l'histoire»

«Mais… les gens parlent, ils se souviennent!»

Il la regarda intensément.

«Non… ils n'ont pas… »

Il acquiesça.

«À cette époque, tous prenaient leur eau dans des puits ou des rivières, ça a été facile d'y verser des potions pour les faire oublier. Lorsque moi et Viggo sommes retournés au royaume de Pandora peu après sa mort, son conseil avait été assassiné, et un homme était au pouvoir»

«Et vous n'avez rien fait!?»

«Nous nous sommes réunis et avons discuté pour savoir quelles actions poser. Le vote a été écrasant, c'est à ce moment que nous avons décidé de nous abstenir de toute intervention dans le monde sorcier et moldu. C'est aussi à ce moment que je me suis isolé des miens. J'ai été très déçu»

Severus baissa les yeux, de honte? De tristesse? Ariane ne pouvait pas le savoir. Il leva de nouveau les yeux, elle sentit le sang lui monter aux joues. Elle se sentait nue devant lui. Elle ne pouvait rien lui cacher ni lui mentir. Il la connaissait plus intimement qu'elle se connaissait elle-même alors qu'elle ne savait pratiquement rien sur lui. Elle détourna le regard.

«Pourquoi vous m'avez apporté le journal?»

«J'ai longtemps senti ta colère, ta tristesse. Je veux… j'aimerai que tu dépasses cela et que tu deviennes... et bien toi»

«Je suis moi»

«En dehors de ta colère, qui es-tu? Qu'est-ce que tu aimes? Que veux-tu faire après Poudlard?»

Elle déglutit.

«Et si c'est qui je suis?»

«Je veux seulement que tu sois heureuse»

«Et je suis supposée croire ça»

«Tu es heureuse?»

Elle détourna le regard.

«Et si je ne peux pas changer? Et si j'étais née pour me battre?»

«Les gens changent, c'est long, c'est difficile, mais je sais que tu en es capable. Moi-même j'ai fait des choses que je trouve, maintenant, absolument horrifiantes. Tu as fait de ton mieux avec ce que tu avais à l'époque. Maintenant, il est temps de te trouver toi. Et si ça ne fonctionne pas, au moins tu auras essayé»

«Vous avez fait quoi?»

Il y eut une longue pause.

«À cette époque, les gens mourraient dans la rue, les quarantenaires étaient dans l'âge d'or. La vie et la mort, ce n'était rien pour nous… Maintenant, je sais que ces gens ont été aimés et pleurés»

«Comment vous vous êtes pardonné»

«Je ne peux pas les ramener à la vie, je peux seulement me dire qu'à l'époque c'était qui j'étais, mais maintenant j'ai changé»

Ariane détourna le regard.

«Je savais que je faisais quelque chose de mal. Je le sentais au fond de moi, mais je voulais tellement juste… en finir»

«En finir avec quoi?»

«Voldemort, la guerre»

Il sentit sa colère et sa tristesse monter en flèche.

«Voldemort était là la dernière fois. Et je l'ai manqué!»

«Et tu aurais fait quoi si tu l'avais tué?»

Son esprit était vide.

«Et bien, sachez que j'accepte votre aide, mais que je ne vous fais pas confiance»

«J'aurai été mortifié d'avoir gagné ta confiance en si peu de temps»

Il regarda l'heure, puis ouvrit la fenêtre.

«Il est tard, tu as cours demain. Au fait, Dumbledore m'a dit que le Ministère allait s'approprier l'attaque de Pré-au-lard alors je ne crois pas que tu as en t'en faire à propos de possibles… ennuis»

Elle sursauta.

«Ça n'a pas de sens»

Il haussa les épaules.

«C'est ce que son contact lui a dit. Quoi qu'il arrive, essaie de ne pas tuer Lucius, ce sera déjà un bon début»

Ariane éclata de rire alors qu'il la saluait d'un bref coup de tête, avant de sauter par la fenêtre. Était-il possible que Snape soit vraiment altruiste à son égard? Elle devrait se méfier jusqu'à ce qu'elle soit certaine. Malgré ses doutes, elle ressentait un calme et une sérénité qu'elle avait rarement ressentie. Severus l'acceptait telle qu'elle était, avec ses forces, ses défis, ses obstacles et surtout ses torts. Elle bailla, voyant l'heure tardive, elle se mit au lit rapidement, se rappelant qu'elle avait un examen en potion le lendemain.

OoOoOoOo

Severus utilisa sa vitesse surhumaine afin de quitter l'enceinte de Poudlard le plus rapidement possible et se rendit en quelques minutes à peine à l'impasse du tisseur. Un coup de vent ouvrit sa cape et il la ramena contre son cou. Il s'arrêta. Il aurait pu jurer qu'il avait eu froid. Pas longtemps, mais lorsque le vent s'était engouffré dans ses vêtements il avait eu froid. Il entra dans sa demeure, suspendit sa cape. Il dormait, puis il avait eu froid. Était-il en train de mourir? Peu importe, l'important c'était Ariane, il n'était que l'instrument du changement qui allait s'opérer dans les prochains mois. Qu'il vive ou qu'il meure, il en était indifférent.

OoOoOoOo

L'examen de potion était trop facile, elle sortit la première. De retour à sa chambre, elle trouva un parchemin accroché à sa porte avec une mince ficelle. Étrange. Elle le déroula.

Une annonce de votre ministère aura lieu à 11h précise. Soyez présents à la Grande Salle.

Elle aurait des réponses plus tôt que prévu finalement. Le cours de métamorphose passa rapidement, elle était douée et essayer d'aider les autres. L'une des filles avait réussi à transformer un chien en pouf, mais il agitait encore la queue. Elle essayait de trouver son erreur, mais tous éclataient de rire chaque fois que le pouf/chien jappait et il s'agitait de plus belle. Même professeure McGonagall se laissa aller à un mince sourire.

«Allons! Allons! rangez vos choses il est moins cinq! Rendez-vous calmement à la Grande Salle»

Ariane prit sa place favorite et attendit calmement le début de la projection, lorsqu'elle vit une plume bien affutée qui volait rapidement dans sa direction. Elle ralentit jusqu'à s'arrêter près de son visage. Sa fausse baguette faisait de petits mouvements, et elle murmura à la plume de retourner à son propriétaire. Au même moment, l'écran de fumée prit forme et Lucius Malefoy prit place sur le podium.

«Mes chers sorciers, mes chères sorcières, nous vivons une époque difficile. Dernièrement, une attaque a eu lieu à Pré-au-Lard, une attaque dans laquelle 74 sorciers et sorcières ont perdu la vie. En mon nom et en celui du Ministère, j'offre nos plus sincères condoléances aux familles, proches et amis de ces mangemorts et aurors. Cette attaque en est une sournoise, car c'est une attaque dont l'objectif est choquant. Le Ministère était depuis un moment en discussion avec Voldemort afin de mettre en place un traité de paix, et l'attaque de Pré-au-lard, de même que les morts d'aurors dans les derniers mois, avait pour but d'empêcher cette paix en repartant les combats. Pour le bien de la Grande-Bretagne, nous avons accéléré les négociations et un traité de paix préliminaire est conclu. Nous ne sommes plus en guerre!»

Des applaudissements explosèrent au sein du Ministère, ceux de Poudlard se faisaient plus discrets. Les élèves se regardaient, la plupart d'incompréhension. On lisait la colère sur le visage de ceux qui avaient perdu des proches.

«Les grandes lignes du traité seront transmises dans l'édition de demain du Daily Prophet.»

Ariane cessa d'écouter, de toute manière les élèves parlaient de plus en plus fort et couvraient la voix de Malfoy.

Ne pas tuer le ministre

Ne pas tuer le ministre

Ne pas tuer le ministre

Ne pas tuer le ministre

Ne pas tuer le ministre il est en live!

Ariane sortit de la grande salle et alla se réfugier dans sa chambre. Elle enfonça sa tête dans l'oreiller et hurla à pleins poumons. Le salaud. Le SALAUD.

Respire, respire. De toute manière, elle ne voulait plus tuer. Mais pourquoi il rendait cela aussi difficile! Elle devait trouver un plan, un moyen… Ou peut-être que ce traité ne serait pas si pire… La cloche sonna, c'était l'heure du cours d'histoire. Pas question d'y aller. Elle enfila un survêtement et sortit rapidement du château. Elle devait s'éclaircir l'esprit. Ses pieds frappaient le sol avec force, le vent froid lui faisait du bien. Elle ne pensait à rien d'autre qu'au prochain pas. Loin de tout, à bout de souffle, elle laissa s'échapper un cri qui se transforma en sanglots.

«Il n'avait pas le droit! Il n'avait… pas… le DROIT!»

Des années plus tard la perte de ses parents lui faisait toujours aussi mal. Lorsqu'elle pensait à eux c'était toujours sous l'optique d'une vengeance prochaine, et non pas à eux en tant que personnes et surtout pas en personnes qu'elle aurait aimées et chéries. Voldemort lui avait presque tout pris. En boule au sol elle pleura jusqu'à ce que son souffle se calme de lui-même. L'orage était passé. Elle se releva doucement. Elle aurait aimé avoir des souvenirs d'eux, elle possédait quelques photos, Dumbledore lui avait parlé d'eux alors qu'ils étaient à Poudlard, mais elle aurait aimé apprendre à les connaître. Elle demanderait à son tuteur si des amis de James et Lily étaient toujours vivants. Elle respira profondément.

«Tu m'as pris mon passé, mais tu ne toucheras pas à mon futur»