Chapitre 14 : Un traité?

Ariane attendait le Daily Prophet avec impatience. Elle était en train de massacrer ses fruits à coups de fourchette lorsque les hiboux entrèrent dans la grande salle. Elle attrapa un journal au vol. La une était terrible.

Enfin la paix!

Prédictible et banal.

Elle tourna les pages jusqu'aux conditions du traité. Évidemment, les combats étaient interdits pour tous les partis concernés, les mangemorts avaient un temps défini pour se rapporter d'eux-mêmes à la justice, après quoi le juge serait moins clément. Comme si les mangemorts allaient se livrer, et puis quoi encore. Depuis que Voldemort avait réussi à cacher sa marque, les aurors ne pouvaient plus les distinguer.

Ensuite, Voldemort s'engageait à porter une Trace, qui permettrait de le localiser en tout temps et de savoir quels sorts il utilisait. Bien sûr, bien sûr, il allait se plier volontiers à cette mesure, surtout avec un ami comme Lucius Malfoy au poste de Premier Ministre de la magie. Ariane continua sa lecture puis, choquée au possible, jeta le journal sur la table et couru jusqu'au bureau de son tuteur. Elle poussa la porte si fort que Fumseck battit des ailes de surprise.

«UN POSTE AU CONSEIL DES MINISTRES!»

Elle arrêta net. Severus était assis bien confortablement dans un fauteuil en face du directeur. Est-ce qu'ils parlaient d'elle? Les avait-elle pris à comploter? Trahie, elle tourna le dos, mais Severus, avec sa rapidité vampirique, lui barra la route.

«Je venais d'arriver, je proposais justement à Albus d'aller te chercher pour discuter»

Elle plongea son regard dans les iris sombres du Né-Vampire. Pouvait-elle le croire? Dès qu'il était à ses côtés, elle se sentait apaisée. Elle voulait lui faire confiance, mais elle avait été entraînée à la méfiance. Tout de même, il valait mieux mettre les choses au clair dès maintenant.

«Vous avez lu le Daily Prophet

Les deux hommes acquiescèrent.

«Je croyais qu'on vivait dans une démocratie!»

«Que Voldemort soit au Conseil des Ministres ou non, ça ne change pas grand-chose, la moitié du ministère est à sa botte»

Elle croisa les bras, irritée, et prit place dans un fauteuil aux côtés de Severus.

«Je crois que tu as fait peur à Voldemort» L'immortel avait parlé d'une voix neutre «Tu m'as dit que tu l'avais manqué à Pré-au-Lard. S'il y avait autant de mangemorts et que lui-même était présent, c'est parce qu'il s'était décidé à te tuer. Il a bien vu qu'il n'avait aucune chance. Le seul moyen d'arrêter ta chasse aux mangemorts, son dernier espoir de survie, c'était de faire la paix»

Ariane était bouche bée.

«Il aurait pu s'enfuir, quitter le pays» Dumbledore avait le don de détruire son enthousiasme.

«Comme s'il pouvait échapper à une Alpha»

Les deux regardaient Severus avec des questions dans les yeux.

«Pandora pouvait localiser n'importe qui. Eli a aussi confié à Viggo qu'elle en avait la capacité»

«J'ai essayé de vous localiser, je n'ai pas réussi»

«C'est sûrement ce qui bloque ton pouvoir qui t'en empêche» Dumbledore se gratta le menton en disant cela. Ariane lança un regard à Severus, lui indiquant de se taire.

«Nous pourrons en discuter avec Viggo»

«Mais qui est ce Viggo?»

«Un autre Né-Vampire, un passionné d'histoire qui a connu plusieurs Alphas»

«Est-ce que ce Viggo aurait pu révéler à Tom comment créer une Alpha?»

«Je pourrai lui demander lorsque nous irons le voir»

«Pas question qu'Ariane sorte du château, c'est bien trop dangereux»

«Je n'ai pas besoin d'être protégée!»

«Tu sors tout juste de Ste-Mangouste»

«C'était mon propre sort»

«C'est encore pire!» Ariane était offusquée des paroles d'Albus.

«Elle ne risque rien avec moi» Severus n'était pas du genre à demander la permission lorsque sa décision était prise. L'adolescente fit un large sourire aux deux hommes. Dumbledore enleva ses lunettes et se frotta les yeux d'exaspération. Ariane reprit la parole, sa voix montrant plus sa colère qu'elle ne l'aurait voulu.

«On ne peut pas laisser Voldemort s'en tirer à si bon compte. On doit faire quelque chose»

«Tant que ton pouvoir…»

«ARRÊTEZ DE PARLER DE MON POUVOIR»

La vague de magie ébouriffa la barbe de Dumbledore et fit rouler les babioles de verres sur son bureau qui éclatèrent au sol. D'un geste de la main, Ariane les répara et ils flottèrent jusqu'à leur emplacement original. Elle défiait Dumbledore du regard. Elle en avait assez qu'il lui rappelle constamment qu'elle était affaiblie. Son tuteur se contenta de la regarder avec douceur ce qui la fâcha encore plus et elle quitta le bureau en claquant la porte.

«Vous avez un don avec les adolescentes, Albus» Le sarcasme évident de Severus mina encore plus l'humeur du vieux sorcier.

«Elle ne fait rien pour me faciliter la tâche»

«Lui demandez-vous parfois comment elle va? Faites-vous des activités ensemble?»

«Je suis un homme très occupé!»

Severus jaugea le directeur et se leva pour quitter par la fenêtre.

«Tu sais ce qui affecte sa magie, Severus?»

Il s'arrêta.

«Oui»

«Et tu ne me le diras pas?»

«Non»

Severus se laissa glisser par la fenêtre. Il n'aimait pas transplaner en vol, alors il prit sa forme éthérée et se laissa guider par le vent jusqu'aux limites de Poudlard. Il dut arrêter un instant pour calmer l'étourdissement qui le prit lorsqu'il reprit sa forme solide. Ce n'était pas normal, d'abord il dormait, puis il avait froid, et maintenant il était étourdi? Est-ce que la mort le guettait? Il décida de noter les événements des dernières années et ses récents symptômes. Au moins, s'il mourait, les Né-Vampires sauraient que de ne pas compléter le Lien se révélait, à la longue, fatal. Qu'il finisse par périr ou non lui importait peu, il s'inquiétait beaucoup plus de ne pas pouvoir défendre Ariane si quelque chose la menaçait.

Dumbledore ne savait tout simplement où donner de la tête. Il avait cru bien faire avec Ariane, mais il n'était pas un père. Il sentait qu'il avait failli à sa tâche de tuteur et cela pesait lourd sur sa conscience. Il aurait voulu s'excuser, retourner au tout début et faire mieux, mais c'était trop tard. Severus avait pris sa place. Tout ce qui lui restait était l'espoir qu'elle soit heureuse avec lui.

Pendant ce temps, l'adolescente était arrivée en classe de sortilèges. Flitwick ne prit même pas la peine de réprimander Ariane, elle était de loin sa meilleure élève et, de toute manière, elle était probablement avec Dumbledore.

Lorsque la partie pratique du cours commença, trois filles s'approchèrent d'Ariane.

«Tu te mets avec moi et Florence avec Isabella?»

C'étaient les mêmes filles avec qui elle avait discuté à la rentrée. Habituellement, elle était toujours seule lors des entraînements, ou elle aidait les autres élèves. Elles avaient discuté quelques fois entre les cours ou dans la grande salle, mais jamais elles ne s'étaient mises ensemble pour une activité pratique. En fait, habituellement elles étaient quatre…

«Vous pouvez vous mettre avec Ortense… ça ne me dérange pas»

«On ne parle plus à Ortense» Les trois filles prirent un air dégouté.

«Alors on se met ensemble?»

«Oh… d'accord» Estelle enleva son bracelet et le mit dans sa main fermée. Le sort consistait à faire disparaître l'objet sans le voir et le faire réapparaitre dans sa propre main. Ariane, fausse baguette en main, répéta le geste montré par l'enseignant et murmura

«Saltus transis»

Estelle ouvrit sa main maintenant vide, et du bout des doigts Ariane lui tendit son bracelet.

«Wow tu es vraiment trop douée!» Les trois filles avaient des étoiles dans les yeux. Ariane jeta un coup d'œil dans la classe. Les succès étaient mitigés. Andrew tenait une demi-montre et Ernest avait une plume qui passait de par de par de sa main. Flitwick lui fit signe d'aller à l'infirmerie. Évidemment pour Ariane, de tels sortilèges étaient aussi simples que de respirer, mais elle avait rarement eu l'occasion de se sentir appréciée par ses collègues.

«Tu peux m'aider je n'y arrive vraiment pas» Isabella avait la mine basse. Ariane se plaça derrière elle et pratiqua le mouvement de baguette, puis la formule, qu'il fallait murmurer. Après quelques essais Isabella laissa s'échapper un cri de victoire en tenant entre deux doigts la bague de Florence.

La cloche sonna et les filles allèrent chercher leurs effets. Ariane les voyait discuter à voix basse et s'inquiétait qu'elles parlent dans son dos, mais à sa grande surprise, le trio revint dans sa direction et lui tendit un bout de parchemin.

«Ne le perd surtout pas, et n'en parle pas à personne, c'est un secret» Elles se mirent à rire et quittèrent la classe. Elle déroula le parchemin. La première partie était comment ouvrir la salle sur demande et de les y rejoindre à 20h ce soir. Elle ne savait pas quoi penser, était-ce un piège? Où voulaient-elles vraiment être son amie? Quoi qu'il en soit elle devrait se montrer prête. Elle alla diner à la grande salle, puis à ses cours de l'après-midi. Au souper, elle se dépêcha de manger avant d'aller se changer. Elle mit des vêtements confortables et cacha un poignard magique contre sa cuisse. Si un ennemi réussissait à lui prendre, il ne pourrait pas la blesser avec. On n'était jamais trop prudent.

Elle regarda la carte des maraudeurs et vit Rusard qui traînait dans le coin de la salle sur demande. Après plusieurs minutes, il s'éloigna. Ariane ne se fit pas prier et marcha rapidement, passant trois fois devant le mur lorsqu'elle entendit des pas. Rusard tournait le coin. Va-t'en, pensa-t-elle.

«Viens, miss Teigne, on s'en va»

Ariane frissonna. Était-ce elle qui lui avait fait rebrousser chemin? Elle regardait encore Rusard qui s'éloignait rapidement lorsque la porte s'ouvrit. Elle entendit murmurer son nom et courut pour entrer dans la pièce.

Trois divans massifs formaient un large carré avec le large foyer qui prenait place au fond de la pièce. Des beans bags et des poufs étaient dispersés çà et là. Ariane remarqua tout de suite que les filles avaient leurs sacs avec elles.

«Oh, je savais pas qu'on allait réviser, j'ai pas amené mes notes» Les trois pouffèrent de rire et sortirent de leurs sacs des bouteilles d'alcool diverses. Ariane écarquilla les yeux. Boire de l'alcool! Un lundi soir! Avec des Serdaigles! Et elle était invitée!

Les filles mélangèrent plusieurs alcools qui ne semblaient pas du tout aller ensemble dans un grand verre et d'un coup de baguette l'agitèrent et y ajoutèrent de la glace.

«À Ariane, le nouveau membre de notre club secret!»

Elles lui tendirent le verre plein au point où des gouttes glissèrent sur les doigts de Florence qui tenait le verre.

«C'est ton initiation» murmura Estelle. Ariane tendit une main tremblante. Elle n'avait jamais bu d'alcool. Elle n'avait jamais fait partie d'un club secret. Et jamais eu d'amies non plus. Tant pis, se dit-elle. Elle avala d'un trait son verre qui était terriblement fort et dégueulasse.

«Ariane! Ariane! Ariane!» Elles encouragèrent la rouquine à essayer plusieurs combinaisons, vodka-orange, rhum-coca, liqueur de cassis et même du whisky pur feu.

«La mère de Florence a tellement de bouteilles chez elle qu'elle n'a même pas remarqué celles qui manquaient»

«C'est triste»

«Bah, mon père est super. Et ma mère me laisse faire ce que je veux. J'ai pas à me plaindre»

«Pas comme moi» Estelle roula des yeux «Mes parents sont de vrais emmerdeurs. Toujours à se mêler de mes affaires. J'ai même surpris ma mère à fouiller dans mes tiroirs l'été passé!» Elle regarda Ariane à la recherche de soutien.

«Ça doit être… vraiment… désagréable»

«Désagréable pff tu dis j'avais presque envie de fuguer pour qu'ils comprennent que mon intimité c'est du sérieux »

«Tu sais que tu peux toujours venir chez moi» Isabella regarda Ariane avec douceur «Mes parents possèdent des maisons partout dans le monde, ils sont toujours ici et là» Elle agita la main dans les airs.

«Ouais on a passé trois semaines sur la côte amalfitaine l'an dernier, et l'année d'avant on a fait du ski dans les Alpes»

«C'était tellement beau»

«Et les Italiens!» Les trois filles rirent un moment avant de fermer les yeux pour mieux savourer leur souvenir.

«Vous vous souvenez quand on a voulu sauter de la falaise, moi et Ortense…»

Estelle interrompit Florence

«On ne parle plus d'Ortense»

Curieuse, Ariane osa demander «Elle a fait quoi au juste»

Estelle rejeta ses longs cheveux blonds dans son dos en un geste théâtral et fit non de la tête. Isabella, qui regardait la scène depuis le sofa, lança

«Elle s'est fait le crush d'Estelle»

«Isa!»

«C'est vrai!»

«Elle a fait une pipe à Draco Malfoy dans le placard près des dortoirs des Serpentards»

«Ouach!»

«Exactement, Ariane à raison. Ouach et on en parle plus»

La rouquine était sérieusement dégoûtée que de telles choses se produisent à Poudlard, encore plus avec Malfoy.

«Malfoy s'est interdit ok?» Ariane regarda Estelle qui avait un air ultra sérieux sur le visage.

«Promis, je ne toucherai pas à Malfoy même si ma vie en dépendait» Estelle fit un sourire satisfait. Isabella reprit la parole

«Et toi c'est qui ton crush?» Ariane ne savait pas trop quoi répondre, elle n'avait jamais pris le temps d'observer les autres et elle n'avait jamais pensé être en couple. Elle se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Elle accepta le verre qu'on lui tendait et en but une longue gorgée pour éviter la question.

«Soit pas gênée, on a tous plusieurs coups de cœur genre moi j'adore Blaise Zabini il est tellement chaud, mais Michael est trop mignon aussi»

«Neville est devenu vraiment hot depuis qu'il a perdu ses joues de bébé»

«Florence!»

«Quoi c'est vrai! Depuis qu'il joue au quidditch je ne manque pas un match»

«Tu aimerais bien aller prendre une douche avec les Gryffondors!»

«Estelle!»

Les filles riaient tellement qu'elles faillirent renverser leurs verres.

«Estelle à quelque chose pour les blonds, elle trouve Luna tellement belle»

«Elle l'est!»

«C'est vrai que Luna est magnifique»

«Tu vois! Merci Ariane!»

Les filles furent prises d'un fou rire qui dura plusieurs minutes. L'alcool leur avait monté à la tête. Ariane ne pouvait pas arrêter de sourire, elle était contente de passer un aussi bon moment.

«Tu as pas répondu Riri»

«Riri!»

«Ouais! Il doit avoir au moins une personne qui te plaît»

Ariane essaya de penser à un élève qui aurait attiré son regard, mais la seule personne qui lui venait en tête était Severus. L'alcool aidant, elle commença

«Il y a ce… il… il n'est pas à Poudlard»

«Il va à quelle école?»

«Il a fini ses études»

«Il est vieux?»

«Un peu»

Les filles s'esclaffèrent telles des hyènes dopées aux potins.

«Il ressemble à quoi»

«Il est grand, il a les yeux sombres et les cheveux longs. Quand il me regarde c'est comme si j'étais la seule femme au monde» Elle termina son verre «Il me dit toujours que tout ce qu'il veut c'est que je sois heureuse, et je veux le croire, mais… je ne le connais pas très bien… ça ne fait pas longtemps qu'on s'est rencontré…»

Les trois adolescentes la regardaient avec des étoiles dans les yeux.

«C'est tellement romantique»

«Pourquoi c'est toujours les mêmes qui ont tout» Estelle sanglotait. Florence et Isabella la serrèrent dans leurs bras.

«Chut chut»

«Il ne te mérite pas»

«Je réussis jamais mes sorts»

«C'est pas vrai Estelle, tu as réussi en sortilèges»

«Et en métamorphose!»

«Pourquoi Draco ne m'aime pas?»

«Tu mérites mieux»

«Bien mieux»

Les filles lui ouvrirent les bras et elles se blottirent ensemble durant un moment.

«Merci les filles… excusez-moi, je….»

«Pas besoin de t'excuser ma belle»

Elles remontèrent le moral d'Estelle et discutèrent un moment de tout et de rien jusqu'à ce qu'Isabella ne remarque l'heure.

«Faudrait ranger il est passé minuit»

Ariane se leva et piqua immédiatement du nez. Elles éclatèrent de rire, manquant tour à tour d'équilibre et s'accrochant aux autres, les faisant tomber. Finalement, elles réussirent à ranger et les trois filles partirent vers les dortoirs bras dessus dessous.

«Tu vas être correcte, Ariane?»

«Ouaiiis» Elle avançait en se tenant aux murs, elle regarda autour, où était-elle?

Elle se retourna pour mieux s'orienter, mais perdit l'équilibre de nouveau. Deux bras forts l'attrapèrent et la soulevèrent.

«Je ne peux pas m'éloigner de Poudlard trop longtemps on dirait»

«Seeevvvvv» Elle entoura son cou de ses bras «Mon sauveur! Ma chambre a disparu!»

Il roula des yeux et tourna à droite au bout du couloir. Il laissa Ariane ouvrir la porte, car elle seule en avait le pouvoir, et la déposa sur son lit.

«Dors»

Elle l'attrapa par la manche.

«Raconte-moi une histoire s'il te plaiiiiit»

Il prit place sur le bord du lit. Elle le tira contre elle, il résista d'abord, mais elle ne semblait pas prête à lâcher prise. Il se laissa aller à s'adosser sur les oreillers et allongea ses jambes sur le lit. Ariane se lova contre lui.

«Quel genre d'histoire?»

«Une belle histoire»

«Hum… » Il essayait de réfléchir clairement, mais l'odeur envoutante de la jeune fille le distrayait autant que les battements de son cœur. Il ferma les yeux et s'immergea dans ses souvenirs

«C'était il y a très longtemps, pendant une guerre horrible…»

«Hey je veux une belle histoire»

«C'est une belle histoire, crois-moi. Ferme tes yeux et écoute. Bon où j'en étais… Donc la guerre faisait rage. Je passais par hasard dans une ville moldue, cherchant un tisseur que j'avais connu quelques années auparavant. Dans la rue commerciale, on sentait l'odeur des pains frais qui cuisaient et on entendait le bruit des poules pondeuses dans les cages de bois. Il y avait une dame qui essayait de convaincre un marchand de lui faire un crédit. Elle portait des robes usées et si tachées qu'on ne pouvait en définir la couleur originale. Le maraîcher a refusé sa demande, et elle est repartie les mains vides. Curieux, je l'ai suivi et j'ai découvert qu'elle accueillait les enfants orphelins dans sa demeure. On me raconta, au village, qu'elle avait été mariée, quelques années auparavant, mais, qu'elle n'arrivait pas à avoir d'enfant. Un jour, son mari est tout simplement parti, lui laissant la maison et les biens qu'elle contenait, mais pas un cent de plus. J'ai eu pitié de cette femme, j'ai acheté de la nourriture et je l'ai laissé devant la porte. J'ai écouté de loin, il devait y avoir une quinzaine d'enfants. Elle a fait un bon repas ce soir-là, et elle a attendu que tous les enfants aient terminé leur repas avant de manger. C'était une femme tout ce qu'il y a d'ordinaire, mais au lieu de s'enfermer chez elle avec le peu qui lui restait, elle a ouvert sa porte aux plus faibles et, chaque jour, elle devait se battre pour les nourrir. La guerre devenait de plus en plus près de la ville, les vivres se faisaient rares et les prix montaient sans arrêt, jusqu'au jour où je n'ai pu rien trouver d'autre à manger que quelques navets et un peu de lard. Les gens avaient barricadé leurs maisons et commerces, sachant que l'ennemi allait prendre la ville. Je suis parti à la recherche de nourriture. Je savais que les généraux ont la mauvaise habitude d'avoir des réserves plus que suffisantes, alors j'ai traversé le front et tel qu'attendu j'ai trouvé ce que je cherchais. En revenant à la ville, j'ai vu que les soldats étaient entrés et avaient commencé à tout brûler. J'ai dit à la femme de s'enfermer dans la maison et de se cacher avec les enfants. Je ne pouvais pas me mêler du conflit, mais je pouvais les protéger. Durant des jours j'ai repoussé les attaques, sans difficulté il faut bien l'avouer. Puis, tout est redevenu calme. La ville avait été prise, mais peu importe qui dirigeait, la maison était sauvée. J'allais partir lorsqu'une petite main s'est glissée dans la mienne. Les enfants et la femme étaient sortis, ils m'invitaient à entrer. Pour eux, j'étais leur sauveur, peu importe quelle était ma nature. J'ai promis de rester quelque temps, car, malgré la fin de la guerre, il y a toujours une période de flottement où il est dangereux pour une femme d'être seule. Ensuite, j'ai remarqué que la maison avait besoin d'être réparée. Finalement, il m'a semblé qu'en un clin d'œil, la femme était devenue vieille. Elle était devenue comme un des enfants dont je m'occupais. Puis, un matin, elle ne s'est pas réveillée. Je suis resté auprès des derniers enfants jusqu'à ce qu'ils soient grands et je leur ai légué la maison et je suis parti à mon tour.»

Severus baissa les yeux sur Ariane qui ronflait allègrement depuis plusieurs minutes. Il essaya de se dégager, mais elle grogna et le serra plus fort contre elle. Il se résolut à attendre qu'elle se réveille dans quelques heures, se laissant bercer par sa respiration régulière. Il la sentit bouger et ouvrit les yeux. Le soleil était levé. Il s'était encore endormi sans même s'en être rendu compte. Il se dégagea de l'adolescente qui commençait à s'éveiller. Il sentait déjà la nausée et la migraine qui taraudait la jeune fille. Il sortit de la chambre, laissant la porte légèrement ouverte, et entra dans la classe de potion. Rapidement, il prit des ingrédients et prépara une potion pour la gueule de bois d'Ariane et ses nouvelles amies. Il courut en vitesse surhumaine jusqu'à la chambre de l'adolescente, écoutant tous les bruits et espérant ne croiser personne. Il referma la porte derrière lui

«Mmmmmmmmmmm nooooon»

Ariane était couchée, la tête enfoncée entre deux oreillers. Elle se releva lentement, le visage bouffi et les cheveux en bataille. Ses yeux mi-clos trahissaient la douleur qui lui taraudait les tempes. Snape lui tendit la fiole dont il avait enlevé le bouchon, et elle en but le contenu d'un trait. Son visage se détendit instantanément.

«Ça c'est de la magie» Elle s'affala dans son lit, pour aussitôt se redresser. Qu'est-ce que Severus faisait dans sa chambre. Les souvenirs de la soirée étaient flous, mais elle se rappelait qu'il l'avait amené à sa chambre et elle lui avait demandé… Elle se cacha le visage dans les mains, honteuse de son comportement de la veille.

«Tu t'es amusée?»

Ariane leva les yeux. Bien sûr qu'elle s'était amusée! C'était probablement l'une de plus belles soirées de sa vie. Elle fit oui de la tête.

«Alors c'est tout ce qui compte»

Severus déposa les autres fioles sur son bureau.

«Pour tes amies»

«C'est quoi au juste?»

«Une concoction toute simple contre la gueule de bois, gingembre, sel de la mer morte, quelque pincée de poudre de bézoard, ellébore et noix alpines crues. Dans de l'eau distillée»

Pendant qu'il parlait Ariane avait réuni ses cheveux en chignon. Elle acquiesça quelques fois, lui signalant qu'elle l'écoutait, et elle prit une pile de vêtements qu'elle emporta dans la salle de bain. Elle en ressortit habillée et prête à déjeuner.

«Vous m'attendez? J'ai seulement deux cours ce matin, j'ai tout le reste de la journée de libre»

«Comment cela?»

«J'ai déjà fait toutes les options de cinquième année. J'ai plein de livres, il y en a sûrement que vous n'avez pas lu. Ha tenez» En ouvrant la porte elle jeta un regard derrière elle, vers le coffre de bois qui émis un déclic. «Les livres précieux sont dans le coffre. À tantôt»

Elle referma la porte et courut vers la grande salle. Il ne lui restait que dix minutes pour manger. Isabella la vit en premier et lui fit signe de venir s'assoir avec elles. Estelle avait la tête couchée sur la table, son teint verdâtre trahissait sa nausée. Florence piquait le même fruit depuis une minute, la main sur les yeux. Ariane leur tendit discrètement les fioles, les filles la regardaient sans comprendre, mais elle leur fit signe de les boires.

«ooohhhh ouiiiii» Florence renversa sa tête en arrière. «J'avais jamais eu aussi mal au crane» Estelle remplissait son assiette de pancakes, libérée de son mal de cœur.

«Tu nous donneras la recette»

Ariane acquiesça, elle se dépêchait de manger tout en se essayant de se rappeler de la veille. Elle cherchait sa chambre, Severus était là… ou il était déjà dans sa chambre? Et… il parlait? Elle se rappelait du son de sa voix et il était dans son lit. Elle l'avait invité dans son lit. Ou plutôt tirer dans son lit. Et qu'est-ce qui lui avait pris de parler de Severus aux autres filles. Elle se noyait de honte et, sachant que Severus ressentirait sa gêne, elle eut simplement envie de se frapper la tête sur la table jusqu'à tomber inconsciente.

«Ignore-la» Ariane leva la tête vers Florence qui avait passé son bras autour d'Estelle. Ortense s'était levée et se dirigeait vers la table des Serpentards.

«Allons-y»

Ariane prit sa place habituelle en classe pendant que les autres discutaient de la trahison de sa prédécesseure.

«Qu'est-ce que tu en penses Ariane?»

Elle n'avait pas écouté et ne savait donc pas quoi dire. Heureusement, McGonagall demanda le silence. Le cours était commencé depuis plusieurs minutes lorsque Ortense entra dans la classe. Tous se retournèrent. Ses yeux étaient rouges d'avoir pleuré, Malfoy avait dû la rejeter, ou être un salaud condescendant comme d'habitude. Elle était triste pour la jeune fille, elle ne méritait pas d'être traitée comme cela. L'enseignante lui fit signe de s'assoir et continua la leçon. C'était un cours magistral sur les animagi. Normalement, le sujet l'aurait fascinée, mais elle ne pouvait pas se concentrer. Pas avec ce qui s'était passé la veille. D'abord le bordel avec Voldemort pour finir avec une soirée de beuverie. Sa vie était digne d'un téléroman moldu.

Elle devait réfléchir à un plan pour contrecarrer le mage noir, pas nécessairement le tuer, mais au moins mettre fin à ses sinistres machinations. Les closes du traité de paix n'étaient pas terribles en tant que tel, mais elle savait qu'elles n'étaient que fumisterie. Il aurait fallu qu'elle soit certaine qu'il se plierait aux conditions. Elle consulterait Severus cet après-midi.

La fin du cours sonna et McGonagall fit un signe à la retardataire pour qu'elle vienne la voir. Ariane sortit de la classe, un peu plus loin, le trio murmurait, les unes tournées vers les autres comme si elles partageaient un grand secret.

«Je ne sais pas ce qui s'est passé»

«Tu crois qu'il a ri d'elle?»

«Elle a l'air d'avoir beaucoup pleuré»

Elles se tournèrent vers Ariane, voulant son opinion.

«Malfoy n'a jamais été gentil avec moi, il m'a déjà pris dans un coin avec Crabbe et Goyle»

«Comment ça?»

Elle hésita, elle ne voulait pas s'attirer l'ire de ses nouvelles amies.

«J'ai repoussé ses avances, il n'était pas content»

Estelle ne sembla pas la croire durant un instant, elle resta la bouche ouverte, immobile. Puis, elle baissa les yeux. Elle connaissait la réputation de Malfoy avec les filles. En y pensant bien, elle aurait pu être à la place d'Ortense si elle s'était montrée aussi… entreprenante qu'elle. Elle avait beau trouver Malfoy divin, il ne méritait pas qu'elle perde son temps avec lui.

«Malfoy n'est pas digne qu'on se chicane pour lui»

Les autres acquiescèrent. Lorsque Ortense sorti de la classe de métamorphose, les filles l'accueillirent à bras ouverts. Ariane se sentait mise de côté, mais en même temps, elle était heureuse du dénouement. Elle se mit en direction de son prochain cours lorsqu'elles la rattrapèrent.

«On marche ensemble jusqu'aux cachots?»

«Ok» Les filles étaient de bonne humeur et Ariane se laissa aller à relaxer. Le cours de potion passa rapidement, Ariane était seule à sa table en dernière rangée comme à son habitude, mais les autres filles lui lançaient des regards taquins et des boulettes de parchemins afin de continuer leur conversation.

«On a une période libre avant le dîner, tu viens à la salle commune avec nous?»

«Non désolée j'ai quelque chose»

«Quelque chose avec ton beau ténébreux?»

Ariane aurait voulu mentir, mais elle se prit à rougir si fortement qu'elle se trahit elle-même.

«Tu devras tout nous raconter en détail! Promets-le!»

Ces filles sont décidément obsédées, se dit la rouquine.

«Ok» Le quatuor disparut au bout du couloir alors qu'Ariane se dirigea vers sa chambre. Severus était assis dans un fauteuil et semblait absorbé dans un grimoire de magie peu orthodoxe qu'Albus lui avait offert pour Noël en troisième année. Il referma le livre.

«Comment ont été tes cours?»

«Correct. Comment vous trouvez le bouquin?»

«Pourquoi tu me vouvoies?»

«Vous n'avez pas répondu à ma question»

«Dérangeant. Je trouve cela dérangeant de trouver un livre de magie aussi obscur dans tes affaires. Pourquoi tu me vouvoies?»

«Parce que vous êtes vieux»

«Tu ne me vouvoyais pas hier soir et je n'étais pas moins vieux»

Ariane resta bouche bée. Ses souvenirs étaient tellement flous. Que s'était-il passé hier soir?

«Quoiqu'il se soit passé hier soir, je n'étais pas dans mon état normal»

«Tu ne te souviens pas?»

Severus fit une moue exagérée.

«Dommage.» Il resta silencieux jusqu'à ce que Ariane, exaspérée, lui demande de lui dire.

«Tu m'as demandé de te raconter une belle histoire»

«Ouiii je me souviens maintenant… la guerre… et les orphelins!»

Elle sourit, puis se cacha le visage dans les mains.

«Je n'avais jamais bu d'alcool de ma vie avant-hier soir»

«Et bien tu as fait les choses en grand pour une première fois, même moi j'avais de la difficulté à marcher droit!»

«Tant que ça!»

C'était la première fois qu'elle l'entendait rire. Elle comprit qu'il la taquinait et, repensant à sa soirée, se laissa aller au fou rire.

«Je suis heureux que tu t'amuses. Je crois que tu t'es privée de beaucoup de choses, car tu sentais que le sort du monde était sur tes épaules… mais c'est faux. Si tu décides de laisser le conflit avec Voldemort suivre son cours et de ne pas t'en mêler, alors ce serait ton choix et tous se devront de le respecter»

Ariane se sentit d'abord choquée par les paroles de Severus.

«Il a tué mes parents»

«Il a tué les parents d'un très grand nombre de gens, et tu ne les vois pas s'entraîner jour et nuit pendant des années pour se venger»

«Mais moi je suis une Alpha»

«Tu es avant tout une personne. Ton pouvoir ne définit pas qui tu es»

Elle erra un moment dans sa chambre, enleva silencieusement sa cape et son écharpe. Que répondre à cela? Avait-elle gâché toutes ces années à s'entraîner?

«Je ne sais juste pas quoi faire d'autre»

«C'est toi qui décides»

«Je crois… je crois que j'ai un plan. D'abord, je dois voir Voldemort»

«En personne?»

«Oui en personne. Parce que je crois que je peux renverser le sortilège qui cache la marque des ténèbres pour tous les mangemorts, mais pour cela, je dois être assez près de Voldemort pour que ma magie l'atteigne. Je veux aussi l'obliger à…heu… porter la Trace. Jamais il n'acceptera en vrai, ils ont juste écrit ça pour faire beau»

«Je suis du même avis que toi sur ce point»

«Donc je dois le voir, lui dire que je veux que tous aient un procès juste et équitable, et qu'il porte la Trace pour savoir quels sorts il utilise. Je lui laisse la vie sauve, mais il doit faire sa part.»

«Et il va accepter cela selon toi?»

«Il n'aura pas le choix. Je ne lui laisserai pas le choix»

Ariane se sentait étrangement fière d'elle. À quelque part, elle en avait assez de toutes ces morts, et même si Voldemort méritait de passer le reste de ses jours à Azkaban et de recevoir le baiser du détraqueur, lui donner l'opportunité de passer à procès avait quelque chose de… sain? Elle n'avait que seize ans, elle n'avait pas à être juge et bourreau, l'obliger à se plier à ses propres conditions était juste.

«Il s'est passé quelque chose hier soir, j'ai voulu que Rusard s'en aille et il est juste parti»

«Ta puissance augmente rapidement, tu ne le sens pas?»

«Je… je ne sais pas. Mais je me sens… mieux.» Elle repensa aux moments où elle en voulait aux autres élèves d'être heureux, d'avoir des amis, une vie normale.

«Si tu arrives à localiser Voldemort, alors nous irons ensemble»

Elle lui sourit, complice.