Chapitre 16 : Deux choix

«Je suis libre, et je te choisis»

Elle avait toujours le couteau et s'entailla profondément la main, grimaçant de souffrance. Severus essaya de se retourner, de fuir, mais Ariane s'approcha encore, glissant ses genoux sous sa tête et appuyant sa main blessée contre sa bouche. L'odeur du sang l'entraîna dans une frénésie sauvage et il ne put résister une seconde de plus. Il en avala une longue gorgée et, au moment même où le sang traversa les lèvres de l'immortel, Ariane chavira à son tour.

Le Lien complété, elle avait l'impression de traverser à vive allure d'infinies dimensions, ne captant que quelques reflets et éclats de lumière au passage. Le Né-Vampire n'avait plus aucun contrôle sur lui-même, il renversa Ariane d'un geste brusque et vif et la mordit sauvagement au cou, à la recherche d'une artère. La douleur la fit retomber dans son corps. Elle frissonnait de toutes parts, se sentait faiblir. Le froid l'envahissait. Elle regardait le ciel. La lune et les étoiles étaient floues. Severus glissa ses bras dans son dos et la souleva pour la coller contre son torse et la mordit de nouveau, encore plus profondément, et elle ne put qu'émettre un léger gémissement. Elle leva lentement les bras, elle avait l'impression qu'ils pesaient une tonne, et effleura l'épaule et les cheveux du vampire. Ils retombèrent mollement et, à bout de force, elle ferma les yeux.

Le Né-Vampire ne pouvait s'arrêter. Il aurait pu boire pour toujours, mais le sang se tarit, et Ariane était molle dans ses bras.

«Ariane! Ariane!» Il la secoua et elle resta sans réaction. Il la prit dans ses bras et transplana jusqu'au manoir.

Peu après le départ de ses invités, alors que les employés s'affairaient à nettoyer, Viggo avait pris son compagnon, fortement aviné, sur son épaule, était monté à la chambre, l'avait déshabillé pour finalement le mettre au lit. Ce n'était pas dans ses habitudes de nettoyer, mais aider le personnel lui changea les idées. Il ne savait tout simplement à quoi s'attendre. Ariane allait-elle revenir seule? La décision de Severus lui avait semblé irrévocable. Il attendait, l'oreille tendue, et finalement entendit le pop caractéristique de ce que les sorciers appelaient transplaner. Il alla ouvrir.

«Je crois que je l'ai tuée»

Le roux éclata d'un rire franc.

«Impossible, tu ne peux pas la tuer en buvant son sang. Elle doit seulement dormir, elle va se régénérer»

Viggo se tassa de l'entrée et invita Snape à entrer d'un geste quasi théâtral.

«Félicit… »

«Tais-toi!»

Il monta les escaliers jusqu'à la chambre d'Ariane et la déposa délicatement sur son lit. Elle avait l'air de la Belle aux bois dormants dans sa robe. Il enleva les feuilles et brindilles qui s'étaient prises dans le bas de cette dernière, replaça les oreillers pour qu'elle soit confortable. Viggo entra à son tour. Il avait repris son air sérieux.

«Utilise ton sang pour guérir ses blessures»

Snape mordit sa paume et laissa son sang couler sur la morsure au cou de la jeune femme, puis sur sa main. En quelques minutes à peine, il n'y avait plus aucune trace des plaies.

«Merci»

«Tu peux la laisser seule, elle va dormir jusqu'à tard ce soir»

«Je vais rester»

Le scandinave quitta la pièce et ferma la porte derrière lui. Severus avait toujours apprécié le silence, mais ce dernier était lourd. Une fois de temps en temps, il entendait le cœur d'Ariane battre dans sa poitrine. Il était tellement déçu, presque en colère. Il était prêt à mourir. Il soupira.

Le soleil était à son zénith lorsqu'il quitta son chevet. Gustave savourait son repas dans la salle à manger, discutant avec Viggo.

«Je t'avais dit qu'elle dormirait longtemps»

«C'est pire au début, mais elle va s'habituer et se régénérer de plus en plus rapidement»

Severus lança un regard meurtrier aux deux hommes.

«J'étais prêt à mourir»

«Visiblement, tu étais le seul confortable avec cette idée»

«Avoir un compagnon éternel c'est un privilège, Viggo et moi sommes ravis pour toi»

«Pense seulement à Stefan ou Irène, ils ont écumé le monde à la recherche de leur compagnon. Leur solitude les a menés à la mort»

«Je sais, Viggo, pas besoin de me le rappeler»

«Ariane t'était destinée, et peu importe ce que tu diras, peu importe ta colère, ce qui est fait est fait»

Le sorcier s'affala dans un fauteuil, vaincu. Il resta en silence et le couple reprit leur discussion comme s'il n'était pas là, puis, le repas terminé, l'invitèrent à aller marcher dans la forêt, invitation qu'il déclina. La nuit était tombée depuis un moment et Ariane dormait toujours. Dans le silence du manoir, il pouvait entendre son cœur reprendre lentement un rythme normal. Il décida de retourner à son chevet. Aux petites heures du matin, Viggo entra avec un grand pichet rempli d'eau et un verre.

«Elle aura très soif»

Il chercha le regard du sorcier, mais ce dernier refusa de le regarder en face. Severus commençait à craindre qu'elle ne se réveille jamais. La matinée tirait à sa fin lorsqu'elle commença à s'agiter. Lui qui avait cru que le Lien incomplet était puissant, ce n'était rien en comparaison de ce qu'il ressentit lorsqu'elle ouvrit les yeux. Les émotions d'Ariane lui semblaient siennes.

D'abord confuse, elle essaya de s'assoir, mais son corps était engourdi. Severus se pencha sur elle et l'aida, puis lui servit un verre d'eau. Ses mains tremblaient et elle en renversa un peu sur elle avant d'en boire le contenu goulument.

«Encore» Sa voix était rauque.

Au troisième verre, elle soupira d'allégresse, désaltérée.

Elle regarda autour, remettant ses souvenirs en ordre. Elle était au bal, maintenant elle était dans la chambre. Entre les deux, c'étaient le trou noir. Elle plongea son regard dans celui de Severus. Ce dernier avait les sourcils froncés. Inquiétude. Colère. Tristesse. Elle se rappela soudainement, et porta la main à son cou.

«Qu'est-ce que tu as fait, Ariane» Il hocha la tête, montrant sa désapprobation.

«J'ai fait ce que j'avais à faire» Elle toussa, la gorge encore irritée.

«Tu as fait une erreur!»

Ces paroles la blessèrent jusqu'au plus profond de son être, Severus regretta immédiatement de les avoir prononcées.

«Je voulais dire que tu n'as pas conscience de la portée de tes actes»

Elle baissa les yeux, cachant ses larmes. Elle se leva, tremblante, le repoussa violemment alors qu'il voulut l'aider. Elle se redressa, prête à lui sauter à la gorge au moindre faux pas.

«Tu m'as menti depuis des semaines. Tu m'as dit que tu allais bien. Tu es devenu mon meilleur ami, celui qui me connaît le mieux dans tout l'univers, mieux que je ne me connais moi-même! Et tu crois que j'avais envie de prendre cette décision maintenant! Tu ne m'as pas laissé le choix. Je ne voulais pas te perdre. Je ne pouvais pas!»

«Tu avais le choix! J'étais prêt à mourir»

«PAS MOI!»

Elle fondit en larme. Il s'approcha et glissa délicatement ses bras autour d'elle comme si elle eut été un oiseau blessé. Sa détresse était criante, il caressa ses cheveux, son dos, ses bras. Comment avait-il être aussi aveugle. L'amour d'Ariane l'enveloppait tel le plus doux des velours.

«Je suis là, ne pleure plus» Il déposa un baiser sur son front, glissa ses pouces sur ses joues pour chasser ses larmes. «Je ne t'en veux pas, c'est à moi que j'en veux»

«Comment cela?»

«Je m'étais juré de ne jamais prendre de compagnon»

«Pourquoi?»

«La vie éternelle… ce n'est pas comme on se l'imagine. C'est répétitif, difficile, solitaire…»

«Tu n'es plus seul»

Il ferma les yeux tant cette phrase le fit souffrir. Ariane méritait mieux que ce qu'il avait à lui offrir.

«J'aurai dû partir plus tôt, ne pas attendre au dernier instant»

«Tu crois pouvoir échapper à une Alpha?» Il roula des yeux, elle lui fit un mince sourire.

Il soupira, Viggo avait raison, ce qui avait été fait était définitif. S'acharner à savoir si cela était ou non une erreur était une perte de temps. Il entendit l'estomac d'Ariane crier famine et la regarda de la tête aux pieds.

«Mademoiselle veut-elle déjeuner dans sa tenue de soirée ou préfère-t'elle une tenue plus confortable?»

Ariane réalisa qu'elle portait encore sa robe. Elle lança un regard rempli de reconnaissance à Severus, heureuse qu'il se soit abstenu de la déshabiller.

«Aller, oust» Elle le poussa hors de sa chambre, un grand sourire aux lèvres. Une fois lavée et changée, elle ouvrit la porte, mais hésita à sortir. Tant qu'elle restait dans cette chambre, le fait d'être maintenant la compagne de Severus Snape était en quelque sorte immatériel, irréel. Sortir, voir les autres, en discuter, confirmerait l'irrévocabilité de la décision qu'elle avait prise. Il lui tendit la main.

«On y va ensemble?»

Elle prit la main tendue dans la sienne. Sa peau était chaude et douce. Ils descendirent l'escalier en silence. Gustave les accueillit avec un grand sourire.

«Tu dois être affamée» Il se leva pour tirer sa chaise.

«Merci»

Elle gardait les yeux baissés. Gustave échangea un regard avec Severus et lui pointa discrètement la cour. Par la fenêtre, il aperçut Viggo qui lui faisait signe de venir le rejoindre. Il obtempéra, écoutant d'une oreille la conversation entre les deux compagnons. On déposa une assiette généreusement garnie devant Ariane.

«Comment tu te sens?»

«Fatiguée, j'ai mal partout»

«C'est normal, ça va passer. Moi aussi j'ai trouvé cela difficile au début. Promis, on s'habitue»

Il lui fit un clin d'œil complice.

«Pose-moi toutes les questions que tu veux»

«Comment ça marche, tout ça?»

«Qu'est-ce que tu veux dire exactement?»

Elle hésita, gênée

«Hum... Quand il doit se nourrir»

«Viggo se nourrit de moi à volonté»

Ariane sursauta, elle ne savait pas où regarder. Elle déglutit, la panique commençait à l'envahir. Dans quoi s'était-elle embarquée? Le brun éclata de rire.

«Toi et Sev allez trouver votre propre rythme, ton corps va s'habituer, peu importe ce que vous décidez. L'important c'est d'en parler entre vous et de prendre une décision ensemble»

Elle acquiesça.

«Et est-ce que ça va toujours faire mal»

«Tu as eu mal, hier?»

Elle frissonna.

«La première fois oui, après c'était… différent»

«Différent? C'est comme cela que tu appelles ça?»

«Je ne sais pas trop j'étais déjà presque inconsciente. Comment tu appellerais ça toi?»

«Incroyablement érotique?»

Elle grimaça. Gustave renchérit.

«La première fois est la pire. Après, et bien, tu en redemanderas, crois-moi»

Il ricana devant son malaise.

«Vous n'avez pas…» Il fit des gestes explicites. Ariane voulait disparaitre sous la table.

«La jeunesse d'aujourd'hui est si prude!»

Elle mangea en silence durant un long moment, essayant de ne pas imaginer les deux compagnons forniquant allègrement alors qu'elle rougissait de simplement voir un garçon en maillot de bain. Est-ce que le Lien allait la transformer en bête de sexe comme Gustave? Ce dernier attendit patiemment, il savait qu'elle avait probablement d'autres questions.

«Est-ce que tu regrettes, parfois?»

Il prit un moment pour réfléchir.

«Non, mais il faut dire que j'étais en train de mourir quand nous avons fait l'échange de sang. Bien sûr, parfois nous ne sommes pas d'accord, nous avons des conflits, comme tout le monde. Mais, au final, il fait de moi une meilleure personne, et avec lui je suis plus heureux que tout ce que je n'aurai pu jamais imaginer» Gustave essuya une petite larme qui perlait au coin de son œil. «Viggo dit toujours que je suis trop émotif»

Il y eut un autre silence.

«Pouvez-vous vous séparer, je veux dire être éloigné physiquement?»

«Oui sans aucun problème. Viggo adore la neige» Il roula des yeux et grimaça «Il part souvent dans le Nord alors que moi je me la coule douce sur une plage ensoleillée. Prendre du temps pour soi, c'est très sain»

Elle lui sourit et elle l'interrogea sur ses endroits de vacances préférés. Il sembla ravi lorsqu'elle lui annonça qu'elle allait au Portugal cet été et lui conseilla quelques mets à goûter et endroits à visiter.

Severus avait rejoint Viggo à pas lents. Il ne savait pas à quoi s'attendre et n'était pas certain de vouloir avoir quelconque conversation pour l'instant.

«Comment te sens-tu?»

«Tu sais comment je me sens, Viggo»

«C'est toi-même qui t'es imposé cette solitude, ce fardeau. L'éternité seul, ce n'est pas la même chose que l'immortalité à deux… De toute manière, il est trop tard pour les regrets» Il hésita «Vous allez être heureux ensemble»

Vaincu, Severus approuva.

«Je le crois aussi, mais ce ne sera pas facile»

«Rien de ce qui en vaut la peine n'est facile»

Ils marchèrent un moment.

«Si Ariane est d'accord, nous allons retourner en Grande-Bretagne aujourd'hui»

«Vous serez toujours les bienvenus»

«Vous de même»

Ils revenaient vers le manoir lorsque Viggo et Severus se regardèrent. Le roux réprima un sourire et Severus ferma les yeux de découragement.

«Gustave devrait garder certaines choses pour lui, il est en train de la traumatiser»

Viggo éclata d'un rire franc et posa sa main sur l'épaule de Severus. Il le précéda pour lui ouvrir la porte. Lorsqu'il posa les yeux sur Ariane, il sentit son cœur fondre. Il la vit rougir et se rappela qu'elle avait maintenant accès à ses émotions. Il prit place à ses côtés.

«Te sens-tu assez en forme pour reprendre le train?»

Manger lui avait redonné des forces, et la présence de Severus à ses côtés la plongeait dans un état de quiétude des plus agréable.

«Oui ça va maintenant» Elle remercia ses hôtes et, alors qu'elle atteignait l'escalier, se retourna.

«Veux-tu que je te rende le journal?»

«C'est le tien, maintenant»

Elle lui sourit et monta faire ses bagages. Pendant ce temps, Severus alla rapidement se laver et se changer. Il était trop préoccupé auparavant pour penser à de telles choses.

Ariane redescendit et trouva Viggo assis à un ancien bureau de bois, plume à la main, écrivant dans un grand livre aux pages parcheminées. Sa calligraphie était exceptionnelle.

«Je peux te poser une question?»

«Certainement»

«J'ai lu dans le journal que tu as fait des recherches sur les origines des Nés-Vampire, mais qu'elles sont restées vaines. Qu'en est-il maintenant?»

Viggo passa les doigts dans sa barbe.

«J'aimerai te dire que j'ai résolu ce mystère, malheureusement ce n'est pas le cas. Je ne sais pas pourquoi nous sommes là, ni même pourquoi nous pouvons nous lier aussi intensément à un mortel. Par contre, je sais que les Né-Vampire sont tous nés dans un seul millénaire, ou à quelques années près. Rien ne laissait croire que l'enfant serait un Né-Vampire avant sa naissance…»

«Tu as parlé à des parents de Nés-Vampire?»

«En effet, ma passion pour la recherche s'est manifestée très tôt dans mon existence. Je voulais comprendre d'où je venais, alors j'ai cherché d'autres comme moi et j'ai pu discuter avec une vingtaine de mères et de père. Rien de spécial ne s'est produit avant ou pendant la gestation, selon ce qui m'a été rapporté… Nous venons de partout dans le monde, nous sommes moldus ou sorciers, enfant unique ou avec une fratrie… Il y avait toujours des combats à l'époque, c'était la loi du plus fort qui régnait, cela a peut-être quelque chose à y voir, mais je ne peux le confirmer. À notre apogée, nous étions environ deux-cent-cinquante»

Son regard erra dans la pièce.

«Nous sommes moins d'une centaine, maintenant»

«Je suis désolée»

Viggo la regarda avec douceur.

«Ne sois pas triste, mon enfant, tu es une bénédiction, pour le monde et pour Severus. Il fera tout pour faire ton bonheur»

Ce dernier descendait l'escalier. Il salua l'autre immortel une dernière fois et ils transplanèrent jusqu'à la gare de Grasses. Le prochain train allant jusqu'en Grande-Bretagne ne partait que dans deux heures. Severus proposa à Ariane de visiter les champs de lavande. Elle accepta avec joie et elle apprécia tant l'expérience qu'ils faillirent manquer le départ du train.

Un bouquet de fleurs fraîches à la main, elle prit place dans leur cabine. Elle en huma l'odeur exquise et caressa les corolles délicates du bout des doigts. Severus s'apprêtait à prendre la parole lorsque la dame au chariot les interrompit. Ariane choisit un repas léger, Snape fit signe qu'il ne voulait rien et la femme quitta.

«Quand pars-tu pour le Portugal?»

«Dans un mois, à la mi-juillet»

Elle prit quelques bouchées, mâchant lentement, préoccupée. Elle ne voulait pas retourner à Poudlard et devoir confronter son tuteur. Elle gardait les yeux fixés sur la campagne française essayant déterminer si elle pourrait cacher ce qui s'était passé à Dumbledore.

«Qu'est-ce qui se passe?»

«Rien c'est… c'est rien»

«Je sens que tu es inquiète»

Elle déglutit, incertaine de comment aborder le sujet.

«Dumbledore ne voulait pas que je parte avec toi en France et je ne sais pas comment il va… accueillir la nouvelle»

Severus hocha de la tête.

«Ce n'est pas vraiment la France qui le dérange. Il a l'impression d'avoir échoué à arrêter Voldemort et d'avoir failli à sa tâche de tuteur. Il est dans un état d'esprit très sombre, mais ce n'est ni ta faute ni ta responsabilité»

Elle comprenait mieux le vieux sorcier.

«Je ne crois pas qu'il ait été un mauvais tuteur, il n'était pas très présent, mais même s'il l'avait été…» Elle fit non de la tête «Je n'aurais juste pas été prête à faire autre chose que m'entraîner et me venger, je n'étais… pas rendue là» Elle eut un vertige, elle ne parlait pas de dix ans plus tôt, ni même un an plus tôt. Elle s'était blessée en février, et on était en juin. Se faisait-elle des idées quant à sa propre personne? Pouvait-on réellement changer? Elle avait été longtemps prompte à la violence, lorsqu'elle se retrouverait devant Voldemort pourrait-elle réellement garder son calme? Dumbledore avait le don de l'irriter, il n'avait pas le tact de Severus ni sa quiétude. Ses questions étaient accusatrices ou déplacées et le pire c'est qu'il ne semblait pas avoir du tout confiance en son jugement.

«Ce n'est pas le tuteur de l'année, mais comparé aux Dursley…»

«Tu mets la barre très basse»

«Il m'a bien entraînée et a essayé de me protéger… de toute manière c'est du passé»

Elle se calla dans sa banquette. Elle n'était pas en colère, mais elle était agacée, elle n'avait tout simplement pas envie de voir Dumbledore et devoir se justifier encore.

«Tu n'es pas obligée de retourner à Poudlard si tu ne veux pas»

«Pour vrai!»

«Tu as dit à Albus combien de temps nous allions être partis?»

«Non, je ne le savais même pas moi-même»

«Il n'a pas besoin de savoir que nous sommes revenus alors»

Elle lui fit un sourire complice. Elle ne connaissait pas ce côté de Severus, en fait, elle ne le connaissait pas vraiment. Cette constatation l'attrista. Elle s'était liée à un inconnu ou presque. Elle soupira, excédée par ses propres pensées. Elle avait l'impression de tourner en rond, mentalement parlant.

«Tu as plusieurs possibilités. On peut te louer un appartement, ou une chambre dans un hôtel. Ou alors tu peux venir chez moi»

Avoir son propre appartement lui semblait génial. Vivre dans un hôtel, avec le service aux chambres, quelle idée délicieuse. Il ne lui était pas venu à l'idée que son compagnon aille une maison, et vivre avec lui était excitant qu'effrayant. Si cela ne fonctionnait pas que ferait-elle? En même temps, elle déplorait ne pas le connaître, et comment mieux connaître quelqu'un qu'en vivant avec lui?

«Peu importe ce que tu choisis, si cela ne te convient pas finalement on trouvera autre chose»

Severus ne laissait rien transparaître de sa propre opinion, son visage et sa voix étaient neutres et il gardait un parfait équilibre émotionnel. Il ne voulait pas influencer le choix d'Ariane. Bien sûr, vivre chez lui était plus simple, mais il voulait que la décision vienne d'elle.

«Donc si je choisis d'aller vivre chez toi, et que toi ou moi ne sommes pas heureux, je pourrai me chercher un appartement?»

«Évidemment»

«Alors c'est ce que je veux»

La soudaine accélération du train annonça qu'ils allaient bientôt passer sous l'eau. Ils passèrent ce moment en silence. Lorsqu'ils émergèrent, elle contempla la côte durant un moment.

«Je veux que ce soit réglé cet été» Son regard était grave, elle prenait toujours cet air lorsqu'elle parlait de Voldemort.

«Je suis d'accord»

Elle se laissa glisser sur les lentes ondulations magiques qui régnaient partout autour. Elle envoya des impulsions, il était au nord, elle se concentra vers lui, mais sa localisation exacte était imprécise.

«Il est dans le château de Salazard»

«Tu en es certaine»

«Oui, je sens sa présence, mais c'est flou comme chercher quelqu'un dans le brouillard»

«Le château de Salazard est dans le nord de l'Irlande»

Elle le fixa de stupeur.

«Je ne me suis jamais rendu aussi loin avec ma magie… est-ce que ça pourrait être le Lien?»

Il prit le temps de réfléchir à sa réponse.

«Je sais que physiquement tu es plus forte, mais je n'ai pas connaissance d'un effet sur la puissance magique»

«Plus forte en quoi?»

«Ton endurance, ta force physique, ta résistance à la douleur et tu guériras plus rapidement aussi si tu te blesses»

«Est-ce que je pourrais faire éclater des arbres comme toi?»

Il éclata d'un rire franc

«Non, tu es comme un humain au pic de sa forme physique»

Elle fit une grimace exagérée pour montrer sa déception. Ils passèrent non loin d'un village pittoresque aux maisons si charmantes qu'on les aurait dits sortis d'un conte.

«C'est comment chez toi?»

Il lui décrivit sa maison, réalisant au passage qu'il n'avait pas de cuisine fonctionnelle.

«Ce n'est pas comme si tu en avais eu besoin auparavant… as-tu déjà habité avec quelqu'un d'autre?» Une pointe d'anxiété s'était glissée dans la voix de la jeune femme.

«J'ai habité avec Viggo durant longtemps, avant Gustave»

«Oh… est-ce que…» Elle abandonna sa question, embarrassée.

«Tu veux savoir si nous étions un couple?» Elle cacha son visage dans ses mains.

«Non je… je sais pas… je veux dire…» Elle prit une longue inspiration, essayant de formuler une question claire, mais elle était si gênée qu'elle ne faisait que balbutier. Severus attendit respectueusement qu'elle reprenne le contrôle d'elle-même.

«C'est juste que j'ai l'impression de ne rien connaître de ta vie alors que toi… et bien tu me connais vraiment» Elle appuya le dernier mot, lui rappelant qu'il l'avait pour ainsi dire espionné durant plusieurs années.

«Je répondrai à toutes tes questions, quelles qu'elles soient. Quant à apprendre à se connaitre, et bien cela demande du temps. J'ai ressenti tes émotions durant des années, mais tu ne te résumes pas à ces dernières, tu es bien plus que cela»

«Alors… Comment en es-tu arrivé à vivre avec Viggo?»

«Vivre éternellement signifie voir les gens auxquels on s'attache vieillir et mourir. Survivre aux pires épidémies, marcher sur les champs de bataille ensanglantés. Être le seul encore debout quand tous sont tombés. Je n'en pouvais plus de vivre parmi les mortels, alors je me suis exilé» Il fit une pause, des souvenirs douloureux lui revenant à l'esprit. «Moi et Viggo avons formé un couple durant un moment, mais nous avons convenu que l'amitié était ce qu'il y avait réellement entre nous. Sincèrement, nous sommes tous les deux inflexibles sur nos croyances et cela amenait plus de querelles que de passion»

Snape était-il homosexuel? Oh non, c'était peut-être pour cela qu'il ne voulait pas compléter le Lien avec elle! Elle avait enchaîné ce pauvre homme dans une relation contre son gré!

«Je suis vraiment désolée» Il fronça les sourcils.

«Désolée de quoi?»

«Tu aimes les hommes et là tu es pris avec moi» Elle sentit son menton trembler et les larmes lui piquer les yeux.

«Je n'ai pas de préférences»

«Ah non?»

«Une personne est beaucoup plus que son genre»

Elle baissa les yeux.

«Tu es quand même pris avec moi et tu ne voulais pas de compagne»

«Je ne voulais pas de compagne, car je trouvais cela injuste de priver un mortel de sa vie»

«Tu ne me prives de rien»

«Tu ne le sais pas, tu es encore une enfant»

Voler son œuf à un dragon aurait été mieux reçu. Ariane le regarda, insultée, et il crut que son heure était venue.

«Tu as seize ans, tu as vécu ton lot de tragédies, mais tu débutes à peine dans la vie. Je… me lier c'était enlever quelqu'un à sa famille»

«Je n'ai pas de famille»

«À tes amies»

«Elles ne sont pas mortes à ce que je sache»

«Un jour elles seront vieilles, elles seront malades, et elles mourront. Et toi tu seras encore jeune»

«Si je choisis bien mes amies, alors elles seront heureuses pour moi»

«Je ne peux pas te donner d'enfant»

«Je ne suis pas du tout à cette étape de ma vie. Rendu là on verra, c'est toujours possible d'adopter»

«Tu voudrais regarder tes enfants devenir plus vieux que toi tu ne le seras jamais pour finir par s'éteindre alors que tu ne peux rien faire pour eux. Tu ne peux pas partager ton immortalité. Tous ceux que tu n'aimeras jamais te quitteront un jour»

Dans ces paroles elle fut frappée par la douleur de Severus. Combien de fois avait-il aimé? Combien de fois avait-il renoncé? Cette solitude dont il parlait, elle ne pouvait pas la comprendre.

Le train arrivait à la gare de Londres, il se leva pour sortir et elle glissa sa main dans la sienne. Il se retourna, surpris, puis, repris son chemin, serrant doucement ses doigts. Le soleil commençait à disparaître à l'horizon.

«Tu es prête?»

«Oui»

Il transplana.

«Ce n'est pas le manoir de Viggo, mais c'est chez moi»

«C'est parfait!»

Il avait envie d'entendre son rire, la journée avait été trop sérieuse. D'un mouvement vif, il la prit dans ses bras et entra dans la maison.

«Dépose-moi!» dit-elle entre deux éclats de rire.

«Tu es ridicule» Elle lui sourit, toujours dans les bras de Snape.

«À gauche c'est le salon, dans le fond il y a la cuisine» Il avança dans le corridor. «À droite la chambre» Sans lâcher Ariane il ouvrit la porte «La salle de bain est ici. Il y a de l'espace pour tes vêtements dans le placard et la commode si tu veux. Et voici le lit» Il la regarda intensément. Ariane déglutit, inquiète de ses intentions. Il leva des bras, approchant son visage du sien, et dans un mouvement soudain, la lança sur le lit. Elle éclata de rire à nouveau et se lova dans les couvertures et soupira d'allégresse tant le lit était confortable.

«Tu veux faire une sieste?»

«Moui» Elle enfonça son visage dans les oreillers et il referma la porte derrière lui.

Il en profita pour transplaner en ville, commander ce qui manquait à la cuisine et faire quelques commissions. Il se sentait comme un imposteur au marché, achetant ce qui lui semblait délicieux, mais au fond n'ayant aucune idée du goût réel de ce qui était devant lui.

Ariane dormait toujours lorsqu'il revint. Il rangea ses achats et alluma un feu dans l'âtre. Un livre choisi au hasard ferait l'affaire, il l'entendait commencer à s'agiter. Il sentit sa surprise lorsqu'elle passa devant la cuisine.

«Tu as bien dormi?»

«Merveilleusement bien»

«Si tu as faim, j'ai fait des emplettes»

«J'ai vu… Tu n'avais pas à faire cela pour moi, tu sais»

Il ferma son livre.

«Tu as décidé de faire la grève de la faim?»

«Tu sais ce que je veux dire»

«Tu as besoin de manger, je suis allé chercher de la nourriture»

«Je peux prendre soin de moi»

«Je n'avais rien d'autre à faire»

«Mais»

«Ça me fait plaisir»

Elle roula des yeux et remarqua les étagères croulant sous le poids de nombreux livres. Elle en prit quelques-uns et, un air coquin sur le visage, retourna à la chambre, butin en mains. Severus, amusé, reprit sa lecture. Plus tard en soirée, il entendit la jeune femme aller à la cuisine et elle le rejoignit au salon avec son assiette. Les livres qui flottaient derrière elle reprient leur place sans qu'elle ait besoin de leur jeter un regard.

«Je peux manger dans le salon?»

«Tu es chez toi»

Elle faillit s'étouffer avec sa bouchée. Elle plongea son regard dans celui de Severus et réalisa toute la sincérité avec laquelle il avait dit cela. Elle était vraiment chez elle. Elle avait un chez elle. Son menton tremblait et elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer. Severus se leva et l'accueillit au creux de ses bras. Elle colla son oreille contre sa poitrine, curieuse.

«Ton cœur bat»

«Je ne suis pas mort à ce que je sache»

«Pourquoi on ne parle jamais de vous dans les livres?»

Il l'invita à s'assoir.

«Imagine savoir que tu côtoies des créatures si puissantes qu'elles pourraient ravager ta ville en une nuit, qui sont assoiffées de sang, et que tu ne peux ni les détecter ni les tuer. Les sorciers et les moldus ont essayé de nous chasser par le passé, ils ont fini par massacrer les leurs. Ils étaient complètement terrorisés, avec raison. Nous avons préféré disparaître»

«Pourquoi étaient-ils terrorisés?»

Severus serra les lèvres.

«Nous étions jeunes»

«Qu'est-ce que vous faisiez?»

Il hésita, mais fini par capituler devant la curiosité grandissante de la jeune femme.

«Nous étions trois Nés-Vampire à vivre ensemble non loin d'une vallée dans laquelle on cultivait le raisin pour en faire du vin. Un vin si délicieux, si parfait, que tous les soirs nous choisissions un humain qui avait abusé de cette merveilleuse boisson pour nous nourrir. L'alcool rendait le sang encore plus exquis, mais nous n'étions par très discrets, et rapidement la rumeur se répandit que des créatures de la nuit tuaient des villageois. Ils ont essayé de nous débusquer et tu connais la suite… Nous étions jeunes et nous ne pensions pas vraiment aux conséquences… en fait on y pensait pas du tout, cela nous était complètement égal»

«Je ne peux pas t'imaginer être jeune»

«J'ai eu seize ans, moi aussi»

«Ouais quand les dinosaures marchaient encore sur la terre!» Elle éclata de rire et faillit tomber du fauteuil. Il lui souriait.

«Qu'est ce que je vais faire de toi»

Ces paroles avaient été prononcées avec tant d'amour qu'elle se sentit rougir d'allégresse. Elle détourna le regard pour aussitôt le confronter.

«Ce que tu veux»

Snape en eut le souffle coupé. La lueur du feu dansait dans son visage et ses cheveux, lui donnant un air sauvage, indomptable. Chaque fois qu'il la regardait, il était frappé par sa splendeur. Jamais il n'aurait cru avoir de compagne. Jamais il n'aurait cru aimer. Et la voilà devant lui, si belle, si forte, si vivante. Tout en elle était exquis. Et elle était sienne.

Il se leva, lentement, gardant son regard ancré dans le sien, prit l'assiette vide sans même la regarder et la déposa sur les étagères. Il se baissa à sa hauteur et posa ses lèvres sur les siennes. Ce fut d'abord chaste, mais le baiser se transforma en lutte passionnée. Elle glissa ses bras autour de sa nuque et il glissa les siens le long de son dos, puis sous ses cuisses pour la soulever. Il la serra contre lui et, insatisfait de l'espace entre leur deux corps, marcha jusqu'au mur pour s'appuyer contre ce dernier. Ils se fondaient l'un dans l'autre.

Il l'aurait dévorée, sa bouche était un fruit mûr aux arômes sucrés. Il dévia vers son cou, s'enivra de son parfum, glissa sa langue sur sa peau pour ensuite la mordiller. Elle grogna de plaisir et il redoubla d'ardeur. Ses crocs commençaient à émerger et il la déposa au sol, reculant aussitôt.

Appuyée au mur, elle le regardait, choquée. La luxure faisait briller son regard et sa bouche, rouge de tant de baisers, l'appelait tout autant que son sang.

«Qu'est-ce qu'il y a? J'ai fait quelque chose de mal?»

Il fit non de la tête et dévoila ses canines saillantes. Elle marcha vers lui avec assurance, il voulut partir, mais elle l'interrompit

«Regarde-moi!»

Il se retourna, déçu de lui-même. Il était une bête incontrôlable. Contre toutes attentes, elle tendit la main vers son visage et caressa sa joue, puis dessina ses lèvres de son pouce. Il embrassa ses doigts et elle toucha légèrement les crocs, plus curieuse qu'apeurée. En fait, elle n'avait plus peur de lui du tout. Elle voulait être près de lui, se toucher n'était pas suffisant. Elle voulait qu'il la possède.

Ses doigts glissèrent sur les canines affutées et l'extrémité lui blessa l'index. Severus le lécha et ferma les yeux, en proie à l'extase. Elle enleva le doigt de sa bouche pour descendre vers sa chemise qu'elle attrapa par le col, amenant son visage vers le sien. Elle lui vola un autre baiser passionné et il la prit par les épaules pour la repousser.

«Je… ne veux… pas… te faire… mal» grogna-t'il entre plusieurs baisers.

«J'ai pas mal»

Il se défit de sa prise et recula, mais elle l'obligea à revenir vers elle d'une impulsion de magie.

«Ariane…»

«Tais-toi»

Elle attrapa son bras et transplana dans la chambre. Son désir la brûlait, elle s'offrait complètement à lui. Il résista autant qu'il le put, son propre désir se mélangeait au sien. Sa faim d'elle serait à jamais insatiable. Il la renversa sur le lit et trouva son cou. Son sang coula sur sa peau pâle et il le lécha, la faisant gémir. Elle se tortillait sous lui, collait son corps contre le sien. Sa respiration était saccadée par les vagues de plaisir et elle cria avant de sombrer dans une extase impétueuse.

Rassasié, Severus mordit sa langue et la glissa sur le cou d'Ariane pour guérir sa blessure. Elle fut prise de frissons, encore en proie à des soubresauts de plaisir.

Il embrassa son front et elle rougit, gênée d'avoir provoqué Snape dans quelque chose d'aussi intime.

«Tu es embarrassée?»

«Oui… non... c'est que… » Elle soupira, puis alla se lover contre la poitrine de son compagnon. «Je ne pensais pas jamais faire des choses… comme ça. Je n'aime pas voir les autres s'embrasser et tout»

«Le voir et le faire c'est deux choses bien différentes»

«Ouais» Elle rougit de plus belle. «Je pense que… je n'ai jamais pensé à mon corps comme quelque chose… de… désirable. J'étais entraînée à me battre… pas à…»

«Aimer?»

Elle leva la tête, regardant Severus dans les yeux.

«À aimer»

Il l'embrassa doucement et glissa ses bras autour d'elle pour l'étreindre.

«Je suis fatiguée»

«Dors, je veillerai toujours sur toi»

Les jours passèrent rapidement. L'été battait son plein, et la chaleur encourageait moldus et sorciers à profiter des attractions estivales. Severus et Ariane visitèrent quelques musées, allèrent au cirque sorcier et firent leurs commissions aux marchés locaux. Ils pouvaient simplement aller marcher durant des heures, discutant de tout et de rien. Severus était excessivement cultivé et il pouvait lui raconter des pans entiers de l'histoire puisqu'évidemment, il était là.

Plusieurs fois par jour, Ariane laissait son pouvoir voguer au loin, cherchant Voldemort. Un après-midi, elle le sentit au Ministère de la magie, mais il quitta avant qu'elle puisse avertir Severus. Elle s'était juré qu'il ne lui échapperait pas deux fois.

«Si dans une semaine je ne l'ai pas confronté, je transplane au château de Salazard!»

«Si tu fais ça il y aura des centaines de morts!»

«Je vais les faire dormir»

«Et si tu n'arrives pas à briser les protections magiques?»

«Je vais y arriver»

«C'est trop dangereux»

La conversation se terminait toujours comme cela. Severus ne disait rien, mais au fond il savait que rien ne pourrait l'arrêter, et elle savait qu'il ne la laisserait pas y aller seule.

Un matin, il entendit du grabuge dans la chambre et, alors qu'il se levait pour aller voir Ariane, elle sortit en trombe et l'attrapa par le bras.

«C'est maintenant»

Elle transplana sans attendre. Devant eux se dressaient un luxueux manoir aux hautes tours, mais toute cette opulence dégageait une aura malsaine. Ariane se mit en route et les sorciers surveillant les environs n'eurent même pas le temps de lever leur baguette qu'ils s'effondrèrent. Elle continua de marcher d'un pas rapide, Severus la suivant de près. La porte s'ouvrit avec fracas et elle déploya sa magie, ce qui fit vibrer l'air. D'autres sorciers firent leur apparition, de même Draco qui était sorti de sa chambre pour savoir d'où provenait le boucan, mais Ariane les endormit à leur tour.

«Il essaye de transplaner» murmura Ariane, sachant que Severus l'entendait parfaitement. Ce dernier était bien heureux de ne pas être Voldemort, elle était tout simplement terrifiante. Jamais elle ne lui avait paru plus forte. Elle monta l'escalier et tourna à droite, ouvrant magiquement la porte du fond. Il s'agissait d'un grand bureau dont une table centrale pouvait assoir une douzaine de convives.

Lucius, assis près de Voldemort, se leva, offensé, mais son maître lui demanda de se rassoir.

«Ariane Potter, bienvenue à notre petite réunion, prend une chaise»

Voldemort essayait de paraître sûr de lui, mais sa voix tremblait. Il porta son regard sur Severus.

«Je ne t'avais pas tué toi?» L'ancien professeur de potion roula des yeux, mais ne dit rien.

«Tom» Le mage plissa les lèvres à l'écoute de son ancien nom.

«Oui, Ariane?»

«Tu sais pourquoi je suis là?»

«Tu es venu me tuer, je suppose»

«Tu supposes mal, je suis venu t'offrir une chance de te racheter»

«De me racheter?»

«J'ai lu les conditions au traité, c'est pas mal»

Elle fouilla dans son sac en cuir et en sortit un document en trois copies.

«Voici des versions finales, avec de petites modifications»

Elle en glissa une à Tom puis l'autre au ministre.

«Que voulez-vous faire avec ces documents?»

«Nous allons les rendre officiels, ce soir.»

«Il n'en est pas question»

«Vous préférez la mort?»

«C'est une menace?»

«Vous avez deux choix, signer le traité, ou mourir»

Lucius leva sa baguette, inconscient du danger. Le sort lancé en direction d'Ariane arrivait à grande vitesse, mais elle ne réagit pas, se contentant de le diffuser dans l'air, illuminant la pièce d'un millier d'étoiles vertes.

«Assis toi, Lucius!» Voldemort avait parlé d'un ton sec et atterré. Il ne pourrait jamais vaincre Ariane, même s'il sacrifiait tous ses mangemorts.

«Nous acceptons»

Tous prirent place à la table.

«Cela ressemble beaucoup à la version originale»

«Oui, monsieur le ministre» Ariane avait utilisé un ton sarcastique.

«Première condition, les combats, complots, assassinas sont interdit, et cela de la part des deux camps. Seconde condition, Voldemort s'engage à porter une trace, sa position et les sorts utilisés seront connus en tout temps. Troisièmement, les mangemorts identifiés seront emprisonnés à Azkaban jusqu'à leur procès, qui se déroulera sous véritaserum. Quatrième condition… »

Ils continuèrent ainsi jusqu'au coucher du soleil, discutaient calmement du traité, rédigeaient des explications, afin de le clarifier et de l'alléger. Ariane était inflexible sur la teneur des closes principales, mais accepta certaines modifications mineures. Lorsqu'ils furent tous d'accord, Ariane leva les bras et créa une version finale que tous signèrent.

«Monsieur le ministre, je m'attends à voir ce traité publié dans son intégralité demain»

«Bien sûr, mademoiselle Potter»

Elle lui tendit la main, qu'il serra à contrecœur. Elle fit de même avec Voldemort qui refusa d'abord de la toucher.

«Je te laisse une chance, Tom, une seule» Il roula des yeux, mais au fond il était reconnaissant qu'elle lui laisse la vie sauve. Il tendit sa main squelettique et elle la prit dans la sienne. À cet instant, un éclair de douleur le traversa, puis une sensation de brûlure si puissante qu'il tomba à genou. Ariane tenait toujours sa main, le visage calme. Il entendit Lucius crier et grogner, se tenant le bras. Il releva sa manche. Sur sa peau pâle, la marque de Voldemort était visible. Il leva la tête, les yeux fous.

«Sale petite garce» et allait se jeter sur Ariane, mais Severus s'interposa et le prit à la gorge. Il le souleva jusqu'à ce que ses pieds ne touchent plus le sol.

«Tu devrais surveiller ton langage devant les jeunes filles, Lucius»

Ariane sourit, elle sentait les mangemorts être, un à un, être atteints par sa magie. Vint le moment où elle eut beau chercher, toutes les marques avaient été révélées. Elle déposa un fragment de sa magie en Voldemort, bien protégé pour qu'il n'y aille pas accès, mais suffisamment présent pour qu'il la sente en tout temps. Elle le lâcha et il tomba au sol.

«La prochaine fois que tu voudras à créer une Alpha, tu y penseras à deux fois»