Chapitre 18 : Azkaban
Ariane avait fêté son anniversaire seule avec Severus. Elle n'avait jamais prêté une attention particulière à cette date, mais cette fois c'était différent. Elle devenait adulte. Et elle n'était plus seule. Il l'avait amenée piqueniquer et elle s'était délectée d'un merveilleux gâteau au chocolat. Elle pouvait encore en goûter l'exquise saveur sur sa langue lorsque les cours reprirent, un mois plus tard.
Elle arriva la veille de la rentrée et fut accueillie par un Dumbledore qui semblait en grande forme. Elle était allée à quelques procès de mangemorts avec lui, et avait pu écouter le témoignage de son tuteur quant à certains événements le concernant. La justice suivait son cours et, après avoir passé ses journées au ministère, elle avait dû avouer à Severus qu'elle trouvait les procès ennuyants et répétitifs.
Elle n'avait donc pas revu Dumbledore depuis un moment. Il la regarda des pieds à la tête.
«Tu as l'air en forme»
Elle sentait une pointe de désapprobation dans la voix d'Albus. Elle le fixait des yeux, attendant les reproches qu'elle savait imminents.
«Pourquoi Tom n'est pas à Azkaban?»
Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration.
«Jamais il ne se laissera enfermer»
«C'est justement pourquoi il devrait l'être. Il n'arrêtera jamais!»
«Je le surveille constamment»
«Il est charismatique, envoutant, il attirera d'autres sujets qui feront sa basse besogne pour lui»
«Aucune prison ne pourra le retenir»
«Tu as la puissance de le faire»
«Je ne peux pas rester à côté de lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il va me pousser à bout. Une pensée et je le tue. Il a droit à un procès!»
«La mort est tout ce qu'il mérite!»
«Ce n'est pas à moi de le juger!»
«Dans quel monde tu vis! Il a tué tes propres parents!»
Ariane regarda le vieux mage, le souffle presque coupé par ses paroles. Depuis quand ce vieux croûton se donnait le droit de lui dire comment agir?
Severus sentait à quel point Ariane était secouée. Il n'osait pas s'imposer, mais en même temps elle subissait un tremblement de terre émotionnel. Quelque chose de grave se passait. Il fut à Poudlard en quelques minutes, juste à temps pour voir Ariane claquer la porte du château, son sac messager sur l'épaule.
«Ari…»
Lui parler en ce moment n'aurait mené à rien tant la colère qui émanait d'elle était corrosive. Le gazon noircissait sous ses pas rapides et elle se retrouva au portail menant à Pré-au-Lard.
«Je veux être seule» Elle transplana.
Severus aurait aimé savoir ce qui s'était passé, il se doutait que Dumbledore avait quelque chose à voir dans cette affaire, mais aller le questionner serait irrespectueux envers sa compagne. Il rentra chez lui et essaya de s'occuper l'esprit pour finalement décider de cuisiner quelque chose au cas où elle aurait faim lorsqu'elle rentrerait.
Marcher avait calmé la colère qui bouillonnait en elle pour faire place à un poids qui pesait dans sa poitrine et nouait sa gorge. Il commençait à se faire tard et son estomac gargouillait. Elle transplana jusqu'à l'impasse du Tisseur et entra dans la demeure sans frapper. Une douce odeur monta à ses narines et elle alla à la cuisine où Severus s'affairait à égoutter des pâtes. Il lui fit signe de s'assoir et lui servit une assiette. Elle le remercia silencieusement et prit une bouchée qui la surprit par sa saveur épicée. Elle mangea lentement, Severus la rejoignit à la table.
«Tu veux en parler?»
Elle soupira.
«Dumbledore est d'avis que j'aurai dû envoyer Voldemort à Azkaban»
«Il t'a expliqué pourquoi?»
«Il a dit qu'il allait trouver de nouveaux serviteurs, qu'il n'arrêtera jamais de répandre le mal»
«Et tu n'es pas de cet avis»
«En étant réintégré dans le monde… normal, il peut se reconnecter… et changer. Tu ne crois pas que Voldemort préférera montrer qu'il peut changer avant son procès?»
«Je ne crois pas que quoi que ce soit lui évitera le baiser du détraqueur»
Il y eut un silence puis Severus renchérit
«Il n'a plus rien à perdre»
«Sauf sa vie»
Il y eut un autre silence. Severus décida de crever l'abcès.
«Ce n'est pas vraiment que Dumbledore remette en question ta décision qui t'a mise autant en colère, n'est-ce pas?»
Elle soupira.
«Voldemort et moi sommes deux puissants sorciers, nous avons tué en nous disant que c'était juste, qu'il était de notre devoir de rétablir l'équilibre» Son regard erra dans la pièce, ses sourcils froncés tant ces pensées lui étaient douloureuses.
«Tu as raison, vous vous ressemblez sur certains points» Elle ancra son regard dans le sien.
«Je ne veux pas faire le mal, je ne veux pas régner»
Severus acquiesça, sachant où cette discussion allait les mener.
«Je sais qu'on est différent, mais… je m'inquiète de ne pas être capable de résister… ce serait tellement facile…»
«Tu oublies quelque chose»
«Quoi»
«Le plus important. La volonté. Si Voldemort veut vraiment changer, il le pourra, il en a la force. Quant à toi, tu as déjà montré que tu as toutes les qualités pour faire le bien, même si c'est complexe, même si prendre est plus facile que demander, même si le bien n'est pas toujours populaire»
Elle soupira, lasse, mais heureuse d'avoir partagé ses doutes et ses peurs avec son compagnon.
Severus la serra dans ses bras et lui demanda si elle allait vraiment manquer son année et, soupirant, elle lui dit qu'elle allait y retourner le lendemain. Elle avait envie de revoir ses amies et de toute manière elle n'allait pas laisser Dumbledore gâcher le bonheur de les revoir.
Alors qu'Ariane était à table avec ses amies, à des centaines de kilomètres de là, dans son bureau de Londres, Tom Jedusor remplissait pour la sixième fois le formulaire A 38, les doigts serrant sa plume si fortement qu'elle était sur le point de se briser. Heureusement, alors qu'il pensait se rendre de lui-même à Azkaban pour échapper à ce cauchemar qu'était désormais son existence, on cogna à sa porte. Théodora, une jeune sorcière au visage poupin entra, un doux sourire aux lèvres.
«J'ai ce que vous avez demandé, maître»
Il passa rapidement les fiches en revue et en tendit trois à la jeune femme.
«Tu sais quoi faire»
«Oui maître»
«Bonne fille»
Elle referma la porte derrière elle, les joues roses d'excitation. Satisfait, il abandonna le formulaire et décida de quitter le travail. De toute manière, il était tard, presque tous les autres avaient déjà quitté. Il ne pouvait peut-être pas vaincre Ariane Potter, mais il pouvait la détruire.
Les semaines passèrent rapidement à Poudlard. Dumbledore passait tout son temps au ministère, assistant aux procès et parlant à la presse qui ne se lassait pas de traîner les mangemorts dans la boue. Une semaine avant les vacances de Noël, le jugement concernant Lucius Malfoy tomba et, à la surprise de tout le monde, écopa de seulement cent ans de prison, alors que des mangemorts moins hauts gradés avaient dû rencontrer les détraqueurs de manière particulièrement intime.
Ariane savait que d'un point de vue extérieur cela ne faisait pas de sens, quelque chose avait dû faire pencher la balance en sa faveur. Elle chercha Malfoy fils des yeux, mais ne le trouva nulle part. Ce dernier était particulièrement acerbe à son égard depuis la rentrée, il avait essayé d'intimider le groupe de filles, mais elles lui avaient ri au nez et les Serpentards avaient réalisé en se levant le lendemain matin que toutes leurs chaussures étaient désormais des pieds gauches.
Désirant en savoir plus, Ariane alla dans le bureau du directeur après son dernier cours, mais même Fumseck n'y était pas. Elle retourna à sa chambre, et se fut sans surprise qu'elle entendit le bruit de la douche. Elle laissa ses vêtements tomber au sol et elle alla rejoindre son amant qui l'accueillit en l'enlaçant, sentant sa peine. Ils restèrent ainsi un moment, laissant l'eau chaude couler sur leur corps, chassant les soucis du quotidien.
«Les mangemorts doivent payer pour leurs actions… mais ce n'est pas juste pour leurs enfants, la plupart se retrouvent pratiquement orphelins»
«Rien n'est jamais tout noir ou tout blanc. Il fallait arrêter Voldemort, ses idées, sa brutalité, il était en train de détruire le monde magique»
«Tu as raison, j'espère simplement que tout ira bien pour eux»
Peu d'élèves restèrent pour les vacances, Ariane avait elle aussi prévu quitter, mais elle voulait absolument parler à Dumbledore. Les procès furent stoppés pour le temps des fêtes et le directeur de Poudlard revint le lendemain. Elle marcha jusqu'à la table des professeurs où le directeur se délectait de pâtisseries. Les deux étaient mal à l'aise, mais Ariane était pressée de rejoindre Severus alors elle se lança.
«Qu'est-ce qui se passe avec Malfoy?»
«Père ou fils?»
Ariane roula des yeux. Dumbledore lui fit signe de monter avec lui à son bureau.
«Lucius Malfoy est notre témoin principal contre Voldemort et il va témoigner dans d'autres procès de gens qui n'avaient pas la marque des ténèbres»
«Vous croyez que Voldemort sera capable de résister au veritaserum?»
«Très probablement»
«Il a demandé autre chose, à part l'allègement de sa peine»
«Narcissa, son épouse, a dû rendre sa baguette au ministère. La Trace lui a été imposée. Mais elle restera libre tant qu'elle s'abstiendra de faire de la magie»
«Au moins Draco aura encore un parent»
Dumbledore acquiesça
«Parlant de parents, je me demande s'il y aurait des amis ou des connaissances de mes parents qui sont encore en vie»
«Tu en connais déjà un, Remus Lupin»
«Remus? Il ne m'en a jamais parlé»
«La mort de tes parents l'a énormément affecté…»
«Savez-vous où il est?»
«Aucune idée, il a disparu il y a environ un an»
Ariane pria mentalement qu'il ne soit pas mort, elle essaierait de le localiser plus tard.
«Il y a aussi Sirius Black qui s'est échappé d'Azkaban il y a peut-être cinq ou six ans. Depuis il est recherché, mais introuvable»
Ce nom lui disait vaguement quelque chose.
«Ils en avaient parlé dans les journaux, il y avait eu une émeute et il en aurait profité pour s'échapper… J'étais en première année, il me semble»
Il acquiesça
«Le meilleur ami de ton père, il s'est longtemps battu contre Voldemort avant d'être accusé d'être un mangemort. Je crois que c'était un coup monté, mais je n'ai jamais pu le prouver»
«Je vais essayer de les localiser une fois chez Severus»
«Vous vous êtes beaucoup rapproché… »
«Arrêtez de tourner autour du pot»
«Si tu sais déjà ce que je vais te demander alors répond»
Dumbledore n'avait plus de pouvoir sur elle, et il devait savoir que Snape entrait dans l'école presque toutes les nuits.
«Ça s'est fait en France»
Il acquiesça.
«Vous pourriez au moins faire comme si vous étiez surpris»
«Vous êtes fait pour aller ensemble»
Ariane roula des yeux.
«Je suis tout à fait sérieux. Juste la manière dont vous vous regardez, c'est évident!»
Albus laissa son regard errer dans la pièce, espérant apercevoir quelque chose qui lui rappellerait ce que c'était d'être jeune et amoureux, mais tout objet de ce type, encore moins une photo en souvenir, serait pour le moins indécent. Il soupira.
«Allez, tu as des choses à faire et moi aussi, oust!»
Ariane avait bien vu la tristesse et la nostalgie dans le regard de Dumbledore, mais il ne voulait visiblement pas en discuter. Ça devait remonter à très loin, car nulle part dans les diverses biographies du vieux mage elle n'avait vu traces d'une relation amoureuse.
Ariane partit dans l'heure et Dumbledore se retrouva bien seul dans le grand château presque désert. Il décida d'envoyer un hibou à un vieil ami qui l'invita à passer Noël en sa compagnie, étant, lui aussi, bien seul.
Dumbledore cogna à la porte de la maison de briques rouges. Il fut surpris de la chaleur avec laquelle l'accueillit Avras, dont le sommet du crâne dégarni lui arrivait à peine au menton.
«Entre, entre, il fait un froid terrible»
Le feu brûlait dans l'âtre, réchauffant la pièce. Rien n'avait changé dans la pièce si ce n'est que d'Avras lui-même. Court sur pattes et bedonnant, il ressemblait de plus en plus à un lutin. Il ne lui manquait plus que le chapeau.
«Que me vaut ta visite, Albus, ça doit bien faire au moins cinq ans…»
«Quatre, Avras»
«D'accord alors quatre ans que tu n'es pas venu me visiter»
«Tu ne t'es pas invité non plus, tu sais que ma porte est toujours ouverte»
«Ta porte est peut-être ouverte, mais tu n'es jamais là»
«Il est vrai que j'ai peut-être négligé certaines amitiés»
«Certaines? Minerva m'a dit qu'elle t'avait à peine croisée depuis la rentrée!»
Dumbledore grommela dans sa barbe. Avras alla s'assoir dans un fauteuil face au foyer.
«Échecs?»
Albus alla s'assoir de l'autre côté de l'échiquier.
«C'est le même jeu que la dernière fois?»
Avras lui fit un grand sourire et Albus baissa les yeux sur les pièces qui l'insultaient allègrement. Le fou arracha sa propre tête et la lui lança. Elle resta accrochée dans sa barbe, injuriant allègrement le vieux mage.
«Elles ont une bonne mémoire»
«Il faut dire que tu avais perdu de manière magistrale»
«C'était quoi, en 1974?»
«Exact»
«Elles ne me feront plus jamais confiance, j'en ai bien peur»
Avras ricana puis se leva et prit deux verres en cristal ciselé de même qu'une bouteille de brandy.
«J'espère au moins que tu as une bonne histoire à me raconter?»
«Tu n'en croiras pas tes oreilles»
Alors que Dumbledore et Avras passaient une excellente soirée, Ariane se coucha tôt. Au petit matin, à peine ses œufs terminés, elle essaya de localiser les deux hommes. Les yeux fermés, elle chercha Sirius Black, elle sentait sa présence, mais elle était faible, imprécise. Celle de Remus, par contre, hurlait. Elle alla chercher une carte et pointa un endroit à Severus.
«C'est quoi là?»
Severus la regarda un moment avant de répondre
«Azkaban»
Le nouveau ministre de la magie, tout juste élu, ne connaissait Ariane Potter que de réputation. Le témoignage de Lucius Malfoy, de même que les discussions qu'il avait eues avec Albus Dumbledore, l'avait mentalement préparé à ce que la jeune femme se présente un jour ou l'autre à son bureau. Par contre, il ne s'attendait pas du tout à la trouver dans sa cuisine au lendemain de Noël.
«Café?»
Il serra sa robe de chambre autour de lui et regarda la jeune femme. Il était impossible de s'y méprendre, c'était bien Potter.
«Avec un peu de lait»
Elle le laissa savourer une première gorgée de café avant de commencer.
«Remus Lupin. Que fait-il à Azkaban?»
Il faillit lâcher sa tasse.
«Remus Lupin n'est pas à Azkaban, il a disparu depuis plusieurs mois»
Il semblait sincèrement surpris des allégations d'Ariane.
«Je suis certaine qu'il est à Azkaban»
«Remus est un ami personnel, je le saurai si… si…»
Le regard de l'homme se perdit dans celui d'Ariane.
«Le… le loup-garou»
«Quoi?»
«Il y a un loup-garou non identifié… à Azkaban… Il a été touché par un sort inconnu lors de combats et il n'arrive plus à reprendre forme humaine»
Ariane déglutit, inspira profondément. Rester calme était toujours un défi pour elle.
«Et vous n'avez rien fait?»
«Au contraire, les meilleurs spécialistes ont tout tenté, sans succès, j'en ai bien peur»
«Vous n'avez pas pensé à en parler avec Dumbledore?»
«J'ai été élu le mois dernier! J'ai des choses beaucoup plus urgentes à m'occuper que d'un lycanthrope non identifié! Ne crois pas que je ne suis pas indifférent à la situation, mais avec tout ce qui se passe présentement je suis débordé»
«Je vais aller le voir, peut-être que j'arriverai à défaire l'envoutement»
«J'enverrai un parchemin pour vous donner accès. Si c'est bien Remus…» Il passa sa main sur son visage, se frotta les yeux, fit non de la tête «Libérez-le, je vous en prie»
«Je ferai tout ce que je peux. Autre chose, si je vous amère Sirius Black, il sera un homme libre?»
«Vous avez localisé Black?»
«Pas encore, j'y travaille»
«S'il n'a pas de marque et s'il accepte d'être interrogé sous véritaserum, il n'y a pas de raison de le renvoyer à Azkaban»
Ariane acquiesça et se leva.
«Prévenez Azkaban de ma venue, le plus tôt possible»
Le ministre termina sa tasse de café en rédigeant une courte note qu'il referma avec le sceau ministériel et donna le parchemin à son hibou qui attendait patiemment à la fenêtre. Il plongea ensuite son regard dans le sien.
«Je compte sur votre entière collaboration, Miss Potter, si le besoin se fait sentir?»
«Évidement, et j'estime raisonnable de vous rappeler que je vous observe»
Elle transplana sans dire au revoir.
Elle avait peur de ne pas réussir à ramener Lupin à lui-même, mais elle se devait d'essayer. Elle n'avait tout de même pas affronté le ministre dans sa propre cuisine pour abandonner à mi-parcours. Severus lui offrit de l'accompagner, mais elle préféra y aller seule.
La sécurité avait été fortement renforcée depuis les derniers mois. Des dizaines de sorciers arpentaient l'édifice et ses alentours. Peu importe où elle regardait, elle discernait la sombre silhouette des détraqueurs. On l'amena au travers des dédales humides et sombres, dans les profondeurs d'Azkaban, dans une pièce sans fenêtre, une créature maigre, pâle et gémissante semblait agoniser dans un coin. Enchaînée, elle ne pouvait que lécher les plaies de ses poignets, ses chevilles n'étaient plus que des amas de croutes noircis et puants.
Le gardien déglutit devant la rage qui émanait d'Ariane.
«Nous…nous ne le traitons pas mal… il est simplement très difficile de le garder calme assez longtemps pour… le nettoyer et tout… il est vraiment agressif»
Voir Lupin comme cela était choquant, mais elle savait que les gardiens risquaient leur vie tous les jours en essayant prendre soin de lui.
Elle s'approcha des barreaux et laissa sa magie atteindre le loup, le maléfice le maintenait si fermement entre ses griffes que sa magie n'arrivait pas à l'agripper.
«Remus»
Le loup ne réagit pas. Elle tenta à nouveau d'aller le chercher, glissant sa magie dans tous les recoins, cherchant un point faible. C'était comme tenir un poisson vivant entre ses mains, elle croyait avoir trouver une manière de le tenir, mais il se débattait, réussissait à se défaire de sa poigne, elle le rattrapait, il bougeait de manière forte et aléatoire jusqu'à un bref instant, une éclaircie, une main tendue, elle agrippa Lupin de toutes ses forces, le maléfice, sentant sa poigne sur le loup s'affaiblir, attaqua Ariane. Elle sentit la brûlure sur son corps, la pression du sort dans son crâne. Elle ne lâcherait pas Remus.
«Remus»
«REMUS»
«REMUS LUPIN!»
Elle sentit le sursaut de l'homme jusque dans les tréfonds de son être. Il était là, tout près, presqu'à portée de main, l'envoutement leur collait à la peau comme des tentacules, essayant de les séparer.
Elle fit appel à toute sa puissance, détachant un tentacule à la fois, les gardant à l'écart, enveloppé dans sa propre magie pour éviter qu'ils se recollent.
Sous les yeux du gardien, la métamorphose commença à régresser, là où il y avait des griffes il y savait des ongles. Les os craquaient, surpassant le hurlement incessant du loup, on reconnaissait de plus en plus la voix de Remus, son visage, sa silhouette. Du sang épais et noirâtre coulait de sa bouche ouverte, il s'étouffait, toussait, tirait sur sa peau, la déchirant, se débattant contre lui-même. Il fut pris de convulsions qui le plièrent en deux, pour finalement s'effondrer au sol.
Le maléfice était encore là, séparé de Lupin, il se débattait avec furie, essayant de s'agripper à quelque chose de vivant, pour ultimement, disparaitre en une fumée pourpre.
Ariane, les cheveux collés au visage, frissonna et réalisa que ses vêtements étaient trempés de sueur. Elle s'approcha des barreaux à quatre pattes et se coucha au sol pour être à la même hauteur que l'homme.
«Remus! Remus! Tu m'entends? C'est Ariane, Ariane Potter!»
«A…a… »
«Il faut l'amener à Ste-Mangouste, mademoiselle!» Elle regarda le gardien, ce n'était pas le même que lorsqu'elle était arrivée. Depuis combien de temps était-elle là? D'autres sorciers surgirent dans le couloir et entrèrent, d'abord avec crainte, baguette levée, pour finalement constater que la bête avait fait place à l'homme. Les chaînes disparurent et ils firent léviter le corps amaigri et scarifié. Ariane les suivit du mieux qu'elle put, se tenant aux murs, car ses jambes tremblaient.
Seul le bureau du directeur de la prison contenait une cheminée, et alors qu'elle atterrit à Ste-Mangouste, tous s'activaient autour de Remus, une médicomage s'approcha d'elle.
«Mademoiselle, comment vous-sentez-vous?» Elle passa une lumière devant ses yeux hagards, posa une main douce sur son front.
«Je vais bien, je suis simplement fatiguée»
«Je vais vous faire apporter quelque chose à manger. Tenez, prenez un verre d'eau»
Ariane remercia la femme et, lorsqu'elle fut désaltérée, elle appela Severus qui arriva peu après.
«Tu as besoin de repos»
«Remus est dans un piteux état, je ne sais pas s'il va s'en sortir»
«Ils feront tout ce qu'ils peuvent»
«On devrait rentrer, je ne pense pas qu'il sera en état de discuter avant quelques jours s'il…» Un sanglot l'interrompu, était-elle arrivée trop tard? Une fois à la maison, il lui prépara un bain chaud et lui donna une potion qui la plongea dans un profond état de relaxation. Elle s'endormit dans la baignoire et Severus la mit au lit, elle ne s'éveilla qu'à midi le lendemain.
Affamée, elle se prépara des œufs et des fruits. Severus la regardait, elle était étrangement calme et sereine. Elle reprit place à table, mangea lentement, ne pouvant s'expliquer le calme qui l'habitait. Ils quittèrent pour Ste-Mangouste peu après. Remus dormait profondément, les blessures sur son corps cicatrisaient, il semblait même avoir repris un peu de tonus en comparaison de la veille. Elle prit sa main dans la sienne et resta ainsi un moment, sentant sa magie et celle de Lupin s'apprivoiser.
«Son esprit est…brisé»
«Ait confiance, laisse-lui du temps»
Ils restèrent encore un moment, en silence. Tous les jours ils revinrent à son chevet, et tous les jours son cœur se brisait. Le corps de Lupin était guéri, mais il ne se réveillait pas.
«Je dois aller faire mes bagages, l'école reprend demain»
Severus sentait la tristesse dans sa voix, impuissant à la soulager. Ils passèrent la journée au lit, dans une étreinte qui, l'espérait-il, allègerait la souffrance de son aimée.
Poudlard n'avait pas changé, la plupart des élèves étaient déjà de retour. Ses amies l'accueillirent avec joie, mais se regardèrent inquiètes devant les cernes et la pâleur de leur amie. Florence se lança
«Comment ont été tes vacances?» Florence lui fit un grand sourire. Elle lui rendit la pareille du mieux qu'elle put.
«Super, et les vôtres?»
Elle avait menti à ses amies, elle ne voulait pas les attrister. Elles discutèrent un long moment, puis elle retourna à sa chambre, fatiguée.
Le printemps arriva tardivement, Severus continuait de visiter Lupin, parfois Ariane s'éclipsait de ses cours pour aller le voir, l'encourageant silencieusement à reprendre connaissance. Elle avait commencé à accepter l'évidence que Remus ne se réveillerait probablement jamais. Elle avait déposé dans son corps de petites parcelles de magie contenant des souvenirs de lorsqu'ils s'entrainaient ensemble, espérant qu'il le rende heureux.
Sirius Black était toujours aussi insaisissable, son essence semblait altérée, le rendant introuvable. L'humeur d'Ariane n'en fut que pire.
Elle était à table avec ses amies lorsqu'elle sentit Severus s'approcher du château.
Elle décida de le faire languir et prit tout son temps pour manger. Severus était très patient de toute manière. Florence regarda partout autour, elles étaient presque seules dans la grande salle. Les filles se regardèrent.
«Ariane, on voulait te parler…»
La rouquine les regarda.
«Je vous écoute, qu'est-ce qu'il y a?»
«C'est juste que tu nous inquiètes… tu es tellement sérieuse, on dirait que… que tu es toujours triste… On… On est là pour toi, si tu veux parler parce que des fois on dirait vraiment que dans ta tête il se passe des choses vraiment graves et on ne peut pas le savoir et on peut pas complètement te comprendre, mais on est là pareil pour t'écouter et si tu ne veux pas nous parler c'est correct aussi on voulait juste que tu saches que.. euh.. bien on est là»
Isabella serra les lèvres, les autres la regardaient avec étonnement, il était rare qu'elle soit prise d'une telle diarrhée verbale. Ariane éclata d'un rire franc, suivie des autres.
«Je vous aime les filles, désolée de vous inquiéter… c'est juste que… et bien un ami de mes parents est à Ste-Mangouste… dans le coma… je ne crois pas qu'il va un jour se réveiller et… j'aurai aimé parler avec lui de mes parents et tout…» Les larmes coulaient sur ses joues et les filles vinrent l'enlacer. Elles passèrent un long moment à parler, jusqu'au moment où la cloche annonçant le couvre-feu ne sonne.
Ariane se sentait plus légère. Elle marcha avec les filles en direction des dortoirs et elles s'arrêtèrent devant sa chambre. Les bonnes nuits s'éternisaient, et elle sentait Severus s'impatienter, sentant sa faim à travers le bois de la porte. Une bouffée de désir la traversa, du feu courait sous sa peau. Elle chassa ses amies, prétextant qu'elles allaient perdre des points si elles se faisaient prendre dans les couloirs à cette heure, ce qui, au fond, était vrai.
Elle entra dans sa chambre, verrouillant la porte derrière elle, un sourire provocateur sur les lèvres, les yeux brillants.
«J'ai oublié que tu m'attendais…» C'était bien sûr un mensonge, mais le Né-Vampire décida d'entrer dans son jeu.
«Tu savais que j'étais là, et tu m'as fait attendre»
Il s'approchait, l'air dangereux.
«Je n'ai pas fait exprès» Elle lui fit les yeux doux, joua avec les boutons de sa chemise blanche.
«Tu vas devoir te faire pardonner»
Elle se mordit la lèvre, la chaleur envahissant son corps, elle avait envie d'arracher les vêtements de l'homme et de presser sa peau contre la sienne, mais il avait d'autres plans. Il s'approcha au point ou elle ne voyait plus que lui, il la dominait par sa grandeur. Ses doigts habiles défirent sa cravate, et il se pencha pour l'embrasser avec passion. Elle gémit dans sa bouche, et frissonna lorsque sa chemise tomba au sol, suivi du reste de ses vêtements. Il recula d'un pas pour apprécier sa nudité et elle rougit sous l'indécence qu'elle voyait dans son regard. Son désir était palpable. D'un mouvement d'une vitesse surhumaine, il la prit sur son épaule et, avant de la faire tomber sur son lit, lui donna une tape sur les fesses. Elle gémit avant de rire, puis laissa s'échapper un cri lorsqu'il la renversa sur le lit. Brutalement, ses lèvres vinrent rejoindre les siennes et il glissa ses doigts jusqu'à ses poignets, cravate bleu et bronze en main. De quelques nœuds experts, elle se retrouva attachée au haut de son lit.
Elle soupira de plaisir, jamais ils n'avaient… joué de la sorte. Sa bouche goûtait à sa peau, léchait, mordillait. Ses mains la griffaient et elle sentait ses crocs dans ses baisers.
«Sev» Il grogna et la mordit profondément, goûtant son sang. Elle arqua le dos pour rencontrer sa bouche. Les crocs percèrent la peau au creux de sa taille, elle ferma les yeux, renversée par les vagues d'un plaisir inouï. Alors qu'il buvait, la main de l'homme s'égara sur sa cuisse, la faisant languir. Elle voulait le toucher, avait envie de le renverser et de mener cette danse.
Elle se retenait d'utiliser sa magie pour se libérer, et il du le sentir, car sa bouche quitta la plaie afin de lécher la pointe de ses seins. C'était de la torture, elle se sentait sur le bord de chavirer chaque fois qu'elle s'approchait de l'orgasme il reculait, un air bestial sur les traits, fier de la voir se tordre sous lui, rouge de désir et le suppliant de la laisser venir.
D'un mouvement brusque, il la retourna pour qu'elle soit à quatre pattes et la pénétra presque violemment. Elle laissa s'échapper un cri rauque et alors que la main de son amant glissait vers son bas ventre, la caressant habilement, elle bascula, aveugle et sourde au monde autour d'elle, perdue dans son plaisir. Alors qu'elle revenait à elle, elle réalisa que Sev l'avait de nouveau retournée et qu'il la couvrait de tout son corps, elle n'eut qu'un instant pour capter son regard sombre avant qu'il ne plonge vers sa gorge. Il la clouait au lit, avide et affamé. Elle gémissait, en proie à de nouvelles vagues de plaisir. La sentant sur le point de jouir à nouveau, il accéléra le mouvement de son bassin et enfonça de nouveau ses crocs dans la chair tendre de son cou. Elle perdit tout contrôle, son dos s'arquant, ses ongles griffant la peau de l'immortel qui fut à son tour emporté par la jouissance.
Ils restèrent enlacés de longues minutes, profitant de la béatitude qui les habitait.
«Remus est réveillé»
«Quoi! Tu n'aurais pas pu me le dire plus tôt!»
Elle se prit les pieds dans les couvertures lorsqu'elle essaya de se lever et tomba au sol. À quatre pattes elle alla récupérer ses vêtements qui trainaient près de la porte.
«Habille-toi, on doit aller à Ste-Mangouste»
«Il est presque minuit»
Ariane leva les yeux vers son compagnon, incertaine durant un moment, elle contempla ses vêtements, puis Sev qui l'invitait à venir se lover contre lui. Elle ricana lorsqu'il leva les draps, révélant sa nudité, et fit une expression exagérée se voulant sexy. Demain arriverait bien assez tôt, pour l'instant son lit, et son amant, était bien trop invitant.
