Recoucou ! J'ai encore cet OS sous la main, donc je le poste dans la foulée pendant que je m'en sens le courage :P C'est un peu la dégringolade en qualité, ce recueil, mais bon, ce sont des OS écrits assez vite, plus pour l'exercice que pour autre chose. J'espère quand même que ce sera pas trop la purge visuelle XD
En plus celui-ci est un peu bizarre : il se passe dans une sorte de demi-UA où tout est pareil, mais où les âmes sœurs sont un concept qui existent, et où on reconnaît deux âmes sœurs aux marques identiques qu'elles ont sur la peau. Ah et accessoirement, c'est le thème du 4ème jour, en fait, mais bon :P Hors-la-loi jusqu'au bout XDD À très vite !
Thème : Tout ce dont j'ai besoin
Rating : K
03 : Que quelqu'un m'attende (Tout ce dont j'ai besoin)
Le jour où il avait remarqué cette petite tache au niveau de son cœur sur sa poitrine, brun foncé, à la forme indiscernable et inhabituelle, presque comme un double croissant de lune, Shizuo s'était arrêté face au miroir de la salle de bain et avait senti l'air entrer dans ses poumons, pour de vrai, pour la première fois depuis un bon moment.
Il avait quatorze ans, à l'époque, et il n'en avait parlé à personne parce qu'il savait pertinemment comment n'importe qui réagirait, comment ils réagiraient tous, s'ils apprenaient qu'un monstre comme lui avait une âme sœur. Il en était déjà à son sixième séjour à l'hôpital à cause de sa maudite force, après tout, et même lui, il se rendait bien compte que prendre la main d'une fille, attacher un joli pendentif autour de son cou, la serrer contre lui, il y avait de grandes chances que ça ne soit jamais pour lui – parce qu'il suffisait qu'il essaie de se l'imaginer pour qu'il voie tout de suite ses doigts tordus, le pendentif en miettes, des bleus sur son corps fragile, et... Et c'était hors de question qu'il fasse subir ça à qui que ce soit, même à son âme sœur. Surtout à son âme sœur.
Sauf si, justement, parce que c'était son âme sœur…
Il savait, au fond de lui, que c'était idiot comme espoir ; qu'à moins que son âme sœur ne soit une espère de golem en béton armé, ou une créature surnaturelle invincible, il finirait forcément par la blesser, et la faire souffrir, et la voir partir, comme toutes les autres ; mais il n'arrivait juste pas à s'empêcher d'en avoir envie. Le soir, allongé dans son lit, quand il glissait une main sous son haut de pyjama et retraçait la petite marque qu'il avait apprise par cœur du bout des doigts. Un croissant de lune dans un sens, et un deuxième dans l'autre. Quelqu'un qui ne le craindrait pas, et pour qui il parviendrait à se contrôler, à défendre au lieu de détruire. Quelqu'un qui l'aimerait, et avec qui il réussirait à faire une croix sur cette fichue violence qu'il détestait tant.
Le lycée n'avait rien arrangé, ensuite. Évidemment. Parce que le lycée, dès les premiers jours, ça avait rimé avec le pire moment de toute sa vie, la pire rencontre de toute sa vie, la saleté de regard et la saleté de sourire et les saletés de ricanements de cette saleté d'Izaya Orihara-
Mais même ça, même lui, ça n'avait rien pu changer au calme que Shizuo ressentait à chaque fois qu'il posait la main sur sa poitrine, au niveau de son cœur, et qu'il repensait à la petite tache gravée dans sa peau. À l'existence, quelque part sur cette Terre, de son âme sœur. Et même si elle vivait peut-être ailleurs, loin de cette fichue ville, ou loin de ce pays, c'était tout ce qui comptait – parce qu'après tout, s'il avait une âme sœur, et s'il était l'âme sœur de quelqu'un lui aussi, c'était bien pour qu'ils se rencontrent un jour, non ? Que ce soit aujourd'hui, demain ou dans dix ans, la simple idée que quelqu'un l'attende, se réjouisse de le rencontrer, s'imagine peut-être à quoi il ressemblerait, quel serait le son de sa voix-
C'était la seule chose qu'il lui avait fallu pour ne pas quitter le lycée, toutes ces fois où les provocations d'Izaya et les combats qui avaient suivi avaient bien failli le faire expulser.
C'était la seule chose qu'il lui avait fallu pour se remettre à chercher du boulot, toutes ces fois où il essayait de s'épanouir dans son job, et où Izaya s'était arrangé pour le faire virer.
Et même maintenant, à vingt-cinq ans passés, c'était encore la seule chose qu'il lui fallait – pour ne pas détruire la ville entière quand Izaya débarquait et pourrissait aussitôt sa journée, pour ne tuer personne quand Izaya, avec ses foutues manigances, envoyait les pires gangs à ses trousses, pour continuer à faire des efforts, simplement, alors qu'Izaya s'évertuait chaque jour un peu plus à tout gâcher...
Ou en tout cas, ça avait été le cas – jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce combat. Jusqu'à ce qu'un lancer de poubelle bien placé et bien mérité envoie Izaya, cette saleté d'insecte, voler jusque de l'autre côté de la rue, et qu'en remontant sur son ventre son fichu t-shirt laisse apparaître-
Sur sa peau, une petite tache, brun foncé, à la forme indiscernable et inhabituelle – presque comme un double croissant de lune.
Sur le coup, Shizuo avait vu rouge. Peu importe ce que ça voulait dire, oui, il se fichait complètement de ce que ça impliquait ; l'important, c'était que cette vermine d'Izaya, ce salaud, cet enfoiré osait se promener avec une marque similaire à celle que Shizuo ne connaissait que trop bien, celle dont la forme avait toujours été la seule et unique preuve que même s'il était un monstre qui détruisait tout autour de lui, viscéralement incapable d'être à la hauteur de la moindre relation, il y avait quelque part quelqu'un pour lui, et- De quel droit ?! Comment le sale puceron avait-il pu aller jusque là ?! Le priver de ça, en plus du reste, de tout ce qu'il avait déjà fichu en l'air-
Shizuo s'était lancé à sa poursuite sans attendre et sans réfléchir, et le combat avait été encore plus violent, encore plus dévastateur que d'habitude – parce qu'il fallait qu'Izaya meure. Il fallait que Shizuo le tue. Il fallait que Shizuo lui fasse payer, pour tout l'espoir qu'il venait de piétiner en ricanant, une fois de plus-
Mais Izaya avait réussi à s'enfuir, comme toujours ; et maintenant qu'il était de retour dans son appartement minable, les poings en sang et le costume déchiré, Shizuo n'arrivait plus qu'à se haïr, comme toujours.
Non.
Plus que ça.
Il était persuadé d'avoir envisagé toutes les possibilités, pourtant. Même les plus stupides et les plus improbables. Il avait pensé à Celty, avec sa force qui égalait sûrement la sienne et qui ne pouvait pas mourir ; il avait pensé à Erika, qui serait assez tarée pour ne pas avoir peur de lui, pour se mettre à rire s'il la menaçait. Il avait même pensé à Shinra, merde, parce qu'il y avait des chances qu'il soit capable de se soigner si Shizuo le blessait sans le vouloir – mais Izaya…
C'était impossible. Ça ne pouvait pas être vrai. Shizuo ne savait pas comment, mais il avait dû apprendre pour sa marque, cet enfoiré, même s'il n'en avait jamais parlé à personne ; il avait dû trouver un moyen de le savoir, et d'en connaître la forme, et de la reproduire à l'identique pour que…
Ça n'avait aucun sens. Ni cette hypothèse foireuse, la seule qu'il avait réussi à s'inventer pour ne pas devoir regarder la réalité en face, hein, ni la réalité en question. Izaya ne pouvait pas être son âme sœur. La personne qu'il attendait de rencontrer depuis tout ce temps ; et dont il avait tellement envie, non, besoin qu'elle l'attende, elle aussi. Et pourtant... Si c'était vrai...
Si c'était vrai, il n'aurait pas d'autre choix que de trouver un moyen de frapper un peu à côté, de ne pas se laisser aveugler par la haine, de viser des points moins vitaux, la prochaine fois.
Parce qu'au fond de lui, les doigts pressés avec rage contre son cœur, à l'endroit de ce fichu double croissant de lune, il le savait : s'il laissait sa force et sa violence détruire la seule chose dont il avait toujours eu besoin, dont il avait encore tellement besoin, qu'il s'agisse de cette saleté d'Izaya ou non…
Il n'en respirerait plus jamais.
