HELLO itafushi nation ! (Pour l'instant y a que mon bro catharsis, et aeli un jour cmon). J'adore ce ship et j'adore Megumi my boy mais je dois avouer qu'il n'est pas évident à écrire, j'espère que cette version du personnage et du ship sera assez convaincante ; v ;

DONC. Cet os a été écrit de le cadre d'une nuit de l'OS avec mes bros de qualité supérieure, j'ai nommé CATHARSIS, Aeliheart974 et eating-flowers. Le thème de cette session était "rêve" et ça m'a fait penser à une citation (celle du début de la fic) que J'ADORE et qui vient d'un de mes courts métrages d'animation préférés de tous les temps : Min Borda (The Burden) de Niki Lindroth von Bahr (c'est une sorte de comédie musicale suédoise avec des animaux dépressifs en stop motion qui critiquent la société ITS SO GOOD c'est sur youtube et ça dure genre 15 min please watch it if u can)

Sinon j'ai pas mal écouté Avalon de Foxygen en écrivant, si vous voulez un thème musical pas déprimant.

warning : thème de la mort (enfin bon si vous regardez/lisez JJK j'imagine que c'est pas un soucis MDR), Megumi is bae, mention d'alcool mais c'est trois fois rien. Also il y a un petit spoil de l'arc du passé.

Bonne lecture !


J'ai fait un rêve effrayant. C'était exactement comme maintenant, sauf que c'était un rêve.

— — —

— — —

Yuuji a posé sa tête contre son épaule au cinéma. Ce n'est ni une habitude, ni une chose extraordinaire. Megumi pourrait aller voir Nobara et lui dire Yuuji a posé sa tête contre mon épaule au cinéma, et elle se contenterait de le regarder d'un air hautain et répondre, sans s'étonner de rien, c'est bien Fushiguro. C'est cool pour toi. C'est très cool pour toi mais ne viens plus jamais m'emmerder avec tes histoires de comédie à l'eau de rose qui me donnent envie de gerber quand je suis en train de m'occuper de mes ongles. Ou il pourrait en parler à Gojo, mais Gojo dirait probablement quelque chose qu'il ne veut pas entendre, car c'est à peu près tout ce qu'il sait faire. Et en toute honnêteté, Megumi ne voit pas pourquoi il irait dire que Yuuji a posé sa tête contre son épaule au cinéma à Gojo. Ou à Nobara.

Megumi ne voit pas pourquoi il irait parler de quoi que ce soit à qui que ce soit. Peut-être à Yuuji. Mais ce serait une perte de temps. Yuuji sait ce qu'il a fait de sa tête au cinéma.

L'idée d'un message caché est à exclure. Yuuji n'est pas un adepte de ces choses-là. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas plein de secrets, de choses immatérielles cachées à l'intérieur de lui-même ; la plus grosse d'entre elles étant un être si puissant que son simple nom fasse frissonner la plupart des exorcistes. Pas de messages cachés, donc, juste une tête sur une épaule.

— Je n'ai rien suivi au film, admet Megumi lorsque Nobara lui demande ce qu'ils ont vu (une fois ses ongles terminés, ses priorités sont comme elles sont).

— Ah ouais, donc tu sers à rien comme d'habitude, fait-elle en regardant toujours ses ongles.

— Mais qu'est-ce que ça peut te faire ? soupire Megumi.

Il est même surpris qu'elle pose la question. Nobara est rarement réellement intéressée par les autres, sauf si c'est Maki. Il n'a pas encore compris pourquoi.

— Rien, mais l'autre crétin est totalement à l'ouest. Je lui ai sorti ma blague la plus hilarante et le mec n'a pas bronché.

Megumi hausse les épaules. Peut-être aurait-il dû suivre le film. Mais était occupé, avec cette tête. La tête et le cœur et l'intérieur d'un corps. La tête encore éveillée, le cœur encore battant, et l'intérieur encore emprisonné. Habituellement, il arrive plus facilement à éviter d'y penser.

— Quelle blague ? demande-t-il.

Son ton ressort sinistre et peu enthousiaste. Il recherche pourtant une distraction. Nobara lui jette un regard incrédule, et hausse un sourcil avant de se mettre à ricaner comme si il venait de sortir sa blague la plus hilarante.

— T'es fou, Fushiguro ? Je vais pas gâcher une blague aussi incroyable sur toi. T'es un cas désespéré, mon pauvre vieux.

— Pas si désespéré que ça, répond-il.

Nobara perd son sourire.

— Tu vois, c'est exactement pour ce genre de raison que je te laisserais pas entendre ma blague. Je vais la sortir à l'autre, là. Gojo. Il va se tordre de rire et mourir instantanément. Ça me fera du bien. De voir que ma blague a autant de succès et de voir ce crevard mourir sous mes yeux.

Elle se barre juste après, sans attendre la réponse de Megumi. Il reste dans sa chambre et va se coucher. Le sort de Gojo Satoru ne l'intéresse pas plus que ça.

— — —

— — —

Dans son rêve, Yuuji pose aussi sa tête contre son épaule au cinéma. L'écran est plein de points blancs, grésillant comme une marre d'insectes. Les sièges d'un rouge intense, s'étalant en de longues rangées vides. Yuuji ne relève pas sa tête et Megumi n'ose plus regarder. Il veut absolument suivre le film pour penser à autre chose, mais le film est devenu distant. Les phrases ne veulent pas se faire comprendre, les images sont multiples et instantanées.

L'écran devient une porte immense qu'il ne veut jamais franchir. Ça n'a de toute manière aucune raison d'arriver, car c'est Yuuji qui a la clé. Mais impossible de lui parler. Yuuji ne relèvera plus jamais la tête.

— — —

— — —

— Si tu as besoin de parler à quelqu'un, lui dit Gojo, je suis disponible entre quinze heures trente et dix-sept heures quarante environ aujourd'hui et mardi prochain. Petit veinard, va.

Megumi lui lance un regard sceptique.

— Il s'agit de ma tentative quotidienne de passer pour un professeur respectable, précise Gojo. Ce que je suis. Bien entendu.

— Bien entendu, répète Megumi, détachant soigneusement chaque syllabe.

— Alors ? Intéressé ? Parce que j'ai un agenda à suivre, tu comprends. Si tu n'as pas envie de parler, j'ai d'autres urgences.

Megumi est conscient que les urgences de Gojo se situent entre aller contrarier le conseil et aller contrarier quelqu'un d'autre choisi au hasard. Le reste ne peut pas être qualifié d'urgence.

— Parler de quoi ? demande finalement Megumi.

— Je sais pas, de tes émotions, ce genre de chose. Si tu en as, sourit Gojo.

— Bien sûr que j'ai des émotions, dit Megumi, qui a passé ses années de collèges à tabasser des pauvres types par pure irritation, et qui se réveille encore régulièrement en sueur la nuit en se demandant si sa sœur se réveillera un jour.

Gojo se met à rire. Dire que certains le trouvent charmant.

— Bref, là s'arrête ma tentative, je suis un excellent professeur, dit Gojo (probablement pour se rassurer lui-même, peu importe).

Il s'en va, et Megumi ne sait honnêtement pas ce qu'il pourrait lui dire, même s'il en avait envie. Quoi qu'il veuille dire, ce n'est pas à Gojo qu'il le dira. Que ce soit pour dire que Yuuji a posé sa tête contre son épaule au cinéma ou pour dire qu'il peut lui pardonner d'avoir tué son père mais qu'il ne lui pardonnera jamais de tuer son meilleur ami.

— — —

— — —

Dans son rêve, il bouge la tête de Yuuji pour se relever sans le faire tomber, et la garde entre ses mains comme une chose très précieuse qu'on ne veut surtout pas laisser toucher le sol. Il trace des cercles contre ses joues avec ses pouces et observe les marques sous ses yeux, pensif.

Yuuji se réveille et lui sourit, le visage encore recouvert d'une ombre étrange.

— T'as déjà embrassé quelqu'un, Fushiguro ? demande-t-il d'un ton étonnamment calme.

— Pas vraiment, répond Megumi, tout en se demandant s'il peut à présent lâcher son visage sans qu'il ne risque une chute mortelle.

— J'ai envie d'essayer quelque chose.

— — —

— — —

Dans la réalité, vous ne refusez rien non plus à Itadori Yuuji, tout comme vous pensez toujours à tenir son visage pour ne pas qu'il tombe de votre épaule. C'est une règle générale, se justifie Megumi. Sauf que personne d'autre que lui de fait ça et il doit trouver une excuse pour que Nobara ne fasse pas semblant de vomir dès qu'elle le croise (c'est à dire à peu près tout le temps).

C'est une chose à laquelle il n'est pas encore tout à fait habitué. Et à vrai dire, Megumi a tendance à se montrer plutôt indifférent. Il en rêve peut-être, mais n'ira jamais poser de question à propos de l'état de Tsukimi. Il détestera les gens mauvais et aura du mal avec les gens bons, mais n'aura aucune sympathie particulière pour les gens qui se situent entre les deux. Il prétendra défendre un idéal sans jamais être heureux de quoi que ce soit, mais au fond, que voudra-t-il ?

Yuuji a envie d'essayer quelque chose. Il a déjà lâché son visage, mais ses mains sont encore chaudes. La chambre de Yuuji est plongée dans un désordre terrible parce que Yuuji a passé vingt minutes à essayer de retrouver un bout de papier sur lequel il avait noté l'adresse d'un site internet illégalement envoyé par Gojo (qui est un terrible prof), sur lequel on peut voir les primes mises sur les têtes de tous les exorcistes du pays. Bref, Megumi ne saura jamais combien il vaut, mais au moins il peut encore demander à Yuuji ce qu'il veut.

— T'as déjà embrassé quelqu'un ? répond-il.

— Vaguement, répond Megumi en se rappelant le rêve.

Yuuji hausse un sourcil. Megumi ne sait plus ce qu'il répond ensuite dans le rêve.

— Moi oui, dit Yuuji. Je peux te montrer, si tu veux. Au cas où tu voudrais, euh, embrasser Kugisaki ou je sais pas quoi.

Il fronce les sourcils comme s'il n'était lui-même pas convaincu que quiconque puisse réellement avoir envie d'embrasser Nobara.

— Embrasser, euh, Maki, se reprend-il. Ou bien, euh—

— Peu importe qui, le coupe Megumi, lui épargnant l'embarras de continuer à s'enfoncer.

— Ouais, peu importe, comme tu dis, rit Yuuji. J'étais sur le point de dire—

— Itadori, je te promets que ça n'en vaut pas la peine, l'interrompt Megumi, qui à ce stade préfère encore devenir sourd plutôt que d'écouter la suite.

— La dernière fois que t'as dit ça, c'était pour m'empêcher de voler le stock de bières de Gojo.

— Ne revenons pas là-dessus.

— Puis tu as bu au goulet dans la bouteille de vodka que Kugisaki a volée à Shoko.

— Comme je le disais, commence Megumi.

— Tu n'aimes jamais mes idées, reprend Yuuji d'un ton boudeur mais doux, et si incroyablement débordant de chaleur que Megumi en sent son cœur fondre.

C'est une sensation désagréable, piquante et coulante, envahissante, mais ce n'est pas douloureux. C'est désagréable parce qu'il sait ce que ça veut dire et il déteste la suite. Il sait ce que la suite signifie et il ne veut pas y aller. Il a lu la dernière phrase du livre sans faire exprès et il veut interrompre la lecture. Mais il déborde de curiosité, il n'y peut rien.

— Si tes idées n'étaient pas fondamentalement mauvaises, peut-être serais-je plus enthousiaste, répond Megumi.

Ce qui est faux. Faux sur tous les points. Yuuji n'a rien de fondamentalement mauvais en dehors de son destin. Et l'enthousiasme n'a jamais vraiment existé pour lui. La folie, parfois, peut-être, mais c'est une chose bien différente. Megumi a été follement heureux mais jamais enthousiaste. Et encore, ce n'était qu'un débordement de puissance de courte durée.

— J'ai de bonnes idées, se défend Yuuji. Et tu finis par les suivre de toute façon ! Moi au moins, je tabassais personne au collège—

— Bon, et cette histoire de baiser ? demande Megumi.

Yuuji s'éparpille trop. C'est un moindre défaut, mais il faut parfois le recadrer. Megumi est le rabat-joie du groupe.

— Attends, je vais te montrer, sourit Yuuji.

Et dans son rêve, Yuuji était tout comme cela. Il bougeait avec aisance — Megumi ne s'en souvient que lorsque ses gestes se calquent sur ceux qu'il a imaginés —, mais aussi avec la retenue d'un menteur. Megumi est certain qu'il n'a jamais embrassé qui que ce soit, tout comme lui. Les lycéens aiment bien jouer aux adultes, c'est tout, même pour parler de choses qui n'ont pas grand-chose à voir avec les adultes.

— Ok, huh, il faut que tu, euh, inclines la tête comme ça, je suppose, reprend Yuuji.

— T'as l'air de savoir ce que tu fais, c'est bien, dit Megumi d'un ton plat.

— Je sais très bien ce que je fais, t'inquiète surtout pas, répond-il d'un ton léger.

Megumi replie un genou sur les draps sombres pour se retourner entièrement vers Yuuji. Il est à deux doigts de perdre complètement pied avec la réalité, mais ça ne fait rien. Yuuji reprend son aisance et pose ses mains sur ses épaules, très formel, puis éclate de rire et se rapproche d'un coup, un bras passé dans son dos. Megumi attrape son visage, tout naturellement.

— Bonne chance, dit Megumi sans trop comprendre pourquoi, sentant un engourdissement terrible le saisir.

— Bonne chance pour quoi, rit Yuuji.

Il n'a pas le temps de développer plus que ça. Megumi montre son impatience en s'avançant, et Yuuji répond en refermant immédiatement la distance qui les sépare encore. C'est là que Megumi se souvient du reste du rêve.

C'est à peu près pareil, mais dans une réalité différente et avec un niveau de réalisme différent. C'est à peu près pareil. Il ne respire plus et les mains de Yuuji glissent contre sa chemise, s'accrochent au tissu et s'étendent à pleine paume, sa peau est chaude et sa joue douce, ses lèvres hasardeuses. Megumi ferme les yeux par pur embarras, et ne cherche pas à savoir où exactement il pose sa bouche. Il embrasse la partie du visage qui se présente à lui, puis en embrasse une autre. Puis se sont les lèvres encore, plus longuement, et Yuuji a toujours cette aisance alors qu'il ne sait très clairement pas ce qu'il fait, ça se sent. Megumi soupire et tombe sur le dos. Les doigts de Yuuji sont toujours accrochés à son épaule, au tissu qui a pris leur chaleur.

Ils se séparent. Megumi n'est plus sûr de savoir ce qui est de l'ordre du rêve ou ce qui ne l'est pas.

— Alors ? demande Yuuji, qui a l'audace de lui jeter un regard fier.

— Alors je pense que nous avons besoin de plus d'exercice, répond Megumi.

Voyant Yuuji ouvrir la bouche d'un ton ravi, il se sent obligé de préciser :

— Parce que ce n'était pas franchement terrible.

Yuuji perd immédiatement son sourire.

— Toujours aussi sympa, marmonne-t-il.

— Je plaisante, dit Megumi en fronçant les sourcils (il n'aime plus cette expression. Et c'est bien la réponse à donner pour effacer une éventuelle réplique foireuse, n'est-ce pas ? Je plaisante est une bonne réplique, elle implique de l'humour et c'est normalement une bonne chose. Non ? Yuuji devrait retrouver son sourire).

— Il va falloir qu'on fasse un point humour, grimace Yuuji.

— Avec toi ? demande Megumi, septique.

— Je sais pas, tu préfères Kugisaki ou Gojo ?

Megumi repense à cette histoire de blague. Peu importe à quel point l'humour de Yuuji est naze, ça ne peut jamais dépasser celui de ces deux-là.

— Non, dit-il.

— Tu vois. Ce sera mieux avec moi, fait Yuuji d'un ton distrait.

Megumi hoche la tête, lui aussi distrait. Il n'est plus sûr de suivre leur conversation.

— — —

— — —

— J'ai une blague encore plus drôle, dit Nobara. Votre heure n'est pas encore arrivée.

— Garde-la pour la toute fin, répond Yuuji avec enthousiasme.

— On en aura bien besoin, renchérit Gojo.

— Vous inquiétez pas, je sais très bien quand la sortir. Lorsqu'on ira réserver une place au cimetière pour Itadori tous ensemble.

— Et une boîte pour les encens, ajoute Yuuji. J'en veux une jolie. Une rouge, peut-être. Et dessus—

Il s'interrompt et se retourne vers Megumi, qui n'a pas pris la peine de respirer depuis le début de la conversation.

— Tout va bien, Fushiguro ? Tu tires une sacrée tronche.

Il lui donne un coup de coude, et Megumi l'imite, le faisant presque tomber par terre. Bientôt, Yuuji l'attrape par le bras et lui fait un croche-patte, et Nobara se senti obligée d'intervenir pour les pousser tous deux en avant (et se fait entraîner), puis Gojo se laisse tomber sur eux comme l'enfoiré qu'il est et décide de prendre un selfie. Tout le monde est mort de rire, Megumi touche le front de Yuuji et Yuuji touche l'épaule de Nobara et Nobara tente d'écraser le pied gauche de Gojo en y mettant toute sa force.

Megumi ne sait plus si c'est un rêve ou pas.

— — —

— — —

Megumi ne sait plus si c'est un rêve ou pas, mais les années passent. Les pages qui le séparent de la dernière phrase du livre diminuent à vue d'œil. On trouve l'emplacement du dernier doigt de Sukuna et il se porte volontaire pour le récupérer. Gojo lui confie la mission, et Megumi sait. Il sait qu'il sait. Il sait qu'il compte sur lui.

Il garde le doigt et prétend ne pas l'avoir trouvé. Puis il se fait poursuivre par un nombre incalculable de fléaux et en sort presque mort. Puis il tente de se débarrasser du doigt, rien ne marche. Dans un instant de folie, il pense l'avaler lui-même pour le faire disparaître à tout jamais, mais change d'avis avant de commettre l'irréparable. Yuuji est le seul à pouvoir faire cela sans perdre face à Sukuna, peu importe pourquoi.

Plus de fléaux viennent.

Ils vont au cinéma. Yuuji pose sa tête contre son épaule, puis lui prend la main et se met à le regarder entre les scènes d'action. À la fin, il en tout penché contre lui et l'embrasse silencieusement jusqu'à la fin du film. Ils sont devenus meilleurs à ça.

D'autres fléaux viennent. Ça n'en finit pas. Gojo sait très bien ce qu'il se passe, mais il fait semblant de ne pas comprendre. Megumi est celui qui doit faire le premier pas.

— Qu'est-ce que je dois faire ? Le laisser quelque part où on ne le trouvera jamais ? demande Megumi. Personne ne doit jamais mettre la main dessus.

— Tu n'as pas l'air prêt à prendre ce risque, sourit Gojo (parce que Gojo sourit tout le temps, même lorsqu'il est question de la vie d'un de ses élèves).

— Donne-moi une solution, dit Megumi, qui est fatigué et égoïste et qui aimerait pouvoir faire confiance à un adulte, pour une fois.

— Il n'y en a pas.

— Détruis-le.

— Impossible.

— Tu vas me faire croire que l'exorciste le plus puissant du monde n'est pas capable de détruire un pauvre doigt, un vingtième de Sukuna ? C'est rien. Détruis-le.

— Ohohoh ? T'essayes de m'avoir avec de la provoc', Megumi ? Tu sais que j'adorerais tomber dans ton piège, mais malheureusement, j'en suis bien incapable. J'peux pas détruire ce truc. J'ai déjà essayé.

— Alors cache-le, je m'en fiche. Il doit bien exister un endroit.

Gojo se met à glousser. Il rappelle à Megumi un adolescent qui ne veut pas faire ce qu'on lui dit. Cela le plonge dans une terrible vague d'irritation.

— Tu veux que je t'avoue la vérité ? J'ai pensé en manger un, une fois, fait Gojo.

S'il y a bien une personne en dehors de Yuuji qui puisse supporter une présence aussi malfaisante, c'est Gojo Satoru. Megumi l'écoute avec attention.

— Mais j'ai changé d'avis. Je ne peux pas courir le risque, tu comprends. Si Sukuna avait accès à mon corps et à mes sorts—

— J'ai aussi pensé à en manger un, avoue Megumi.

— Tu m'étonnes. Mais bon, c'est une terrible idée.

Megumi s'agite.

— Et alors ? Qu'est-ce qu'on fait ?

— Aucune idée, dit Gojo en croisant ses bras derrière sa tête. Pour l'instant, je te laisse gérer ça, tu te débrouilles pas mal. Mais n'oublie pas que les examens de fin d'année approchent, hein. Tu ne voudrais pas les rater et devoir redoubler alors que tout le monde, y compris Yuuji, sera fraîchement diplômé.

— — —

— — —

Yuuji ne pose aucune question à propos du doigt. Il n'évoque jamais de près ou de loin le sujet. Ils ont toujours eu des secrets l'un pour l'autre, donc ça ne change pas grand-chose. Ne pas parler des choses aide, dans le cas où il n'y a pas de solution.

C'est du moins ce que Megumi pense jusqu'au jour où il attend Yuuji jusqu'à six heures du matin dans le couloir du dortoir, comme un imbécile. Ils sont en pleines épreuves de fin d'année, et Yuuji était supposé terminer son examen sur le terrain pendant la journée. Une boule d'angoisse tord le ventre de Megumi, comme si lui aussi avait un démon dans le corps.

— Euh, tu sais qu'on a des chambres, hein ? lui fait un Yuuji à peine réveillé à six heures du matin quand il le trouve affalé contre sa porte. Où t'es supposé dormir, je veux dire.

— Pourquoi tu rentres à cette heure ? demande Megumi.

Yuuji hausse un sourcil, et après un long bâillement, lui répond avec un sourire en coin :

— Ça y est, je suis exorciste. Officiellement.

— Félicitation.

— Mais bon, l'épreuve a un peu duré. Gojo a dit que c'était pas étonnant, vu ce qu'on m'avait prévu. Bref, Yaga a proposé de dormir sur place, mais j'avais envie de rentrer tôt pour vous annoncer la nouvelle. Où est Kugisaki ?

— Sans sa chambre, sûrement. En train d'enlacer son diplôme ou une photo de Maki, qui sait, répond platement Megumi.

— Mais toi, t'as pas fait la même avec ton diplôme et une photo de moi, soupire Yuuji. Ce que tu peux être froid.

Megumi laisse malgré tout échapper un soupir amusé.

— Qu'est-ce que tu veux que je te dise, je préfère le vrai à n'importe quelle photo.

Avant de laisser à Yuuji le temps de répondre par ce qu'il sait être un commentaire vaguement embarrassant, il l'attrape par le col et l'embrasse en plein sur la bouche. Yuuji répond au baiser avec entrain, et personne n'a la bonté d'esprit d'aller autre part que dans le couloir, mais ça n'a pas d'importance parce que la seule autre personne à habiter le bâtiment est Nobara, et qu'elle ne se lève pas avant dix heures quarante pendant les week-ends.

Quand enfin ils se séparent, essoufflés et engourdis par la fatigue, Megumi pose sa tête contre l'épaule de Yuuji.

— J'ai rêvé que tu mourrais, dit-il d'un ton neutre, comme si ça n'avait pas d'importance.

— Ouais, j'en rêve régulièrement aussi, répond Yuuji, amusé.

— Mais c'est pas drôle, reprend Megumi. J'ai rêvé que tu mourrais, c'était horrible. Ça me donnait envie de mourir à mois aussi.

— Allez, dis pas ça—

— C'était fait juste comme prévu, continue Megumi. Tu bouffais ce dernier fichu doigt et Gojo te tuait. Il était triste de le faire mais le faisais quand même, je sais pas pourquoi. C'était horrible, répète-t-il.

Son ton est dur et tranchant et il ne veut pas relever la tête et voir Yuuji sourire. Si Yuuji sourit à ça, il pourrait tout aussi bien décider de le tuer ici et maintenant, et d'en finir avec toute cette histoire. Cette fin ou une autre, peu importe. Se retrouvant à court d'options, il serre le garçon qu'il aime plus fort contre lui.

— Megumi…

— Si tu laisses Gojo te tuer, je te préviens—

— Tu me tueras toi-même ?

— Ouais, et cet enfoiré de Gojo. Ou quelqu'un d'autre, s'il ne le fait pas lui-même.

Mais tout le monde sait que Gojo le fera lui-même. Si Gojo refuse de le faire, d'autres le feront à sa place, mais ils ne seront pas aussi gentils. Et Gojo ne peut pas passer sa vie à protéger Yuuji de ces gens-là. Même Megumi ne le peut pas, alors qu'il est prêt à le faire. Il est prêt à faire n'importe quoi.

— Bon, alors ça règle le problème, soupire Yuuji. Je ne laisserais personne me tuer, de toute façon. Tu as ma parole.

Il prend sa parole, pour ce que ça vaut, de la part de quelqu'un qui n'a pas le choix.

— — —

— — —

C'est sûrement un rêve. Megumi garde le doigt.

— — —

— — —

Nobara leur apporte au moins trois kilos de curry plus ou moins immangeable. Elle les observe se servir sans esquisser le moindre geste en direction du plat, et c'est là que Megumi comprend qu'il y a anguille sous roche.

— Tu te sers pas ? demande Yuuji, une assiette débordante dans les mains.

Nobara plisse dangereusement les yeux. Megumi aurait dû comprendre plus tôt. Il ne sait pas comment il peut être encore assez naïf pour penser qu'elle pourrait faire les choses par bonté d'âme. Il observe, immobile, Yuuji se frotter les mains avec enthousiasme et s'installer à sa place habituelle.

— J'ai pas faim, dit-elle. Bref, bon appétit.

— Pourquoi tu nous rapportes de la bouffe ? demande Megumi.

— C'est pour fêter nos diplômes.

— C'était il y a deux mois.

— Et alors, c'est un interrogatoire ou quoi ? fait-elle, plus suspecte que jamais. Je vous ai rien offert ni pour vos diplômes ni pour votre emménagement. J'ai pas le droit d'être une bonne pote, c'est ça ?

Megumi soupire. Il regarde, impuissant Yuuji, avaler une première bouchée, et l'imite malgré lui.

Aucun des deux ne fait le moindre commentaire.

— Alors, c'est bon ? demande Nobara, toute souriante.

— Délicieux, commente Yuuji (Megumi peut presque matériellement voir son âme quitter son corps).

— Je n'irai pas jusque là, dit Megumi, sans développer.

Quelques heures plus tard, Nobara s'est enfilé trois bières et leur avoue qu'elle a tenté une expérience culinaire chez Maki et qu'elles n'ont pas été satisfaites, mais qu'elles ont préféré donner les restes à des pauvres poires comme eux plutôt que de tout jeter.

— Charmant, commente Megumi.

Nobara ouvre une quatrième bière.

— Si vous mourez, ça n'a rien à voir avec moi.

— Assume les conséquences de tes actes, répond Megumi.

— Non merci. De toute façon, qui fait ça ?

Yuuji, dont le corps contrôlé par Sukuna a déjà tué des centaines de personnes, hausse les épaules. Et Megumi, qui cache un doigt maléfique qui attire des tas de fléaux dangereux, l'imite.

— On terminera tous en enfer, ricane Nobara. C'est là-bas que je vous raconterais ma fameuse blague.

Megumi se réveille en sursaut.

— — —

— — —

— T'as l'air crevé, lui dit Yuuji.

Sa tête de déterré ne vaut pas mieux que la sienne. Le métier d'exorciste est terriblement fatigant, et encore, ils ne le pratiquent à temps plein que depuis quelques mois. Il commence à comprendre pourquoi des personnes comme Nanami ont tenté de s'en échapper, finalement.

— C'est rien. Je dors pas très bien, c'est tout.

— Le week-end va nous faire du bien, répond Yuuji en hochant la tête. J'espère que t'as rien prévu, parce que perso je compte dormir pendant mille ans.

Ils se changent rapidement et s'écroulent sur le lit. Yuuji passe une main dans les cheveux de Megumi et lui embrasse le front, et Megumi s'enroule autour de lui comme s'il s'accrochait à une bouée en pleine mer. Yuuji s'endort presque instantanément.

Ce qui lui semble une éternité plus tard, il le rejoint, assommé par la fatigue et par un corps chaud, l'odeur de peaux endormies, les draps épais ramassés de son côté. Megumi s'endort, donc, et il rêve, et Yuuji pose sa tête contre son épaule au cinéma.

— — —

— — —

fin.


MERCI D'AVOIR LU !

Si ça vous dit vous pouvez laisser une review et me nourrir spirituellement pendant des jours entiers haha

Bisous et à une prochaine fois !