Hello tout le monde !
Je reviens aujourd'hui avec un tout nouveau format d'OS qui me réjoui !
Cet OS inaugure une série de défis lancés par The White Quill. Le principe est simple, chaque mois, nous nous lancerons un défi d'écriture, l'une après l'autre. J'ai l'honneur de commencer.
The White Quill m'a gentiment proposé d'utiliser les clichés des Dramiones pour écrire cette histoire. En clair, Drago et Hermione sont en septième année, préfets-en-chefs et partagent des appartements.
J'ai longuement hésité à me jeter à corps perdus dans les clichés pour en faire une parodie mais d'autres (notamment Loufoca-Granger) l'ont fait bien mieux que moi.
J'ai choisi la deuxième option, prendre toutes ces caractéristiques des fanfictions qui n'ont rien de canonique et les retourner pour leur trouver une justification.
J'espère avoir relevé le défi, en tout cas, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, c'est un principe super stimulant !
Bonne lecture à vous !
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Le bonheur ne dépends que de toi
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Le vacarme du quai 9 3/4 n'avait d'égal que celui qui broyait l'esprit de Drago. Assis dans son compartiment, il regardait les élèves enlacer chaleureusement leurs parents, le visage rayonnant lorsqu'ils retrouvaient leurs amis. L'envie lui fit frémir douloureusement la lèvre supérieure. Il était venu seul, ce matin, rejoindre le train qui le conduirait à une nouvelle année de supplice. Différente des précédentes, certes, mais pas plus heureuse.
À la place des regards inquiets, ce sera la haine qu'il lira dans les yeux de ses camarades. Ceux qui se poussaient sur son chemin par révérence l'éviteront maintenant par crainte d'être associée à son image salie de la noirceur de sa marque.
Entre ses mains, il retournait le petit insigne élégamment brodé qui n'avait plus aucun sens. Drago était perdu. Si la clémence avait été à l'honneur lors de son procès, lui évitant le triste destin que son père s'était forgé, il ne comprenait pas pourquoi il lui avait été accordé à lui, mangemort déclaré, ce statut si prestigieux. Les préfets-en-chefs représentaient la droiture, le respect et l'exemplarité. Drago n'était rien de tout cela.
Il n'y avait qu'une seule explication rationnelle justifiant son statut. Un nouveau test. Un parmi tant d'autres qui jalonneront sa vie de jeune adulte.
Si Drago avait évité les barreaux glacés d'une cellule, il n'en était pas moins un criminel incarcéré. Sa prison n'avait pas d'autres murs que la distance qu'imposaient les autres à son égard. Il était surveillé, épié, à chaque seconde par le moindre sorcier croisant son chemin. Il serait, toute sa vie, en probation. Au moindre écart, au moindre faux-pas, il irait rejoindre son père. C'était un fait avéré. Lors de sa sentence, le Magenmagot avait été clair.
« Monsieur Drago Malefoy, vous êtes jugé pour crime de haine raciale incluant : appartenance à une communauté terroriste, tentative de meurtre sur Monsieur Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, participation active à la mise en place d'un génocide, persécution sur une communauté racisée. »
La liste des méfaits ne s'arrêtait pas. Drago en avait le tournis. Chaque nouveau mot l'abrutissait. Il avait cette horrible impression d'avoir la tête coincée dans une lourde cloche. A chaque nouveau crime, le président-sorcier tapait joyeusement sur le métal avec un maillet. Il se sentait défaillir. Tous ses coups bas, ses insultes, ses crimes et ses délits lui revenaient en plus visage, obstruant sa trachée, le faisant suffoquer. Pourtant, il ne cherchait pas à se débattre, à happer les maigres parcelles d'airs qui auraient pu le sauver. Il ne méritait pas cet air, pas plus que d'être sauvé.
C'est à demi-conscient, comme émergeant d'un mauvais rêve qu'il entendit sa sentence.
« Drago Malefoy, vous êtes condamné à onze ans de sursit. Vous devrez retourner à l'école de sorcellerie Poudlard, sous laquelle vous serez placé sous étroite surveillance, afin de terminer votre cursus et valider vos ASPIC. A cette issue, vous aurez une obligation de travail au sein du Ministère, sous la tutelle d'un membre du Magenmagot. Votre salaire sera ponctionné de vingt pourcents afin de solder votre dette au sein de la communauté magique. Votre liberté est soumise à vos actes. Au moindre manquement à la loi, une cellule déjà ornée de votre nom vous attendra à Azkaban. »
Prouver qu'un maigre pouvoir et quelques responsabilités ne lui montreraient pas à la tête. Voilà, ce qui devait être la raison de sa nouvelle nomination, il n'y avait pas d'autre explication.
Le trajet se fit en silence, les coups d'œils soucieux que lui jetait Blaise ne l'atteignait pas. Dans son esprit bouillonnaient encore les horribles souvenirs de ses crimes passés. Il y avait si longtemps qu'il n'avait pas eu l'impression de respirer. Sa propre présence l'étouffait et savoir qu'il ne pourrait s'en défaire le condamnait plus encore.
Il n'avait pas retrouvé sa pleine conscience quand le banquet pris fin. Il mangeait, par habitude, suivait le flot d'élèves jusque vers la salle commune sans vraiment savoir où ses pas le guidaient. S'il n'avait pas été arrêté par le professeur Slughorn, il n'aurait sûrement jamais remarqué que son lit était déjà occupé.
« Mon garçon, que faîtes-vous ? Vous avez de nouveaux appartements dorénavant.
- De nouveaux appartements ? s'étonna Drago.
- Oui, vos appartements de préfets en chefs que vous partagerez avec Miss Granger, votre homologue. Elle doit déjà vous y attendre, d'ailleurs. Je vais vous y conduire, suivez-moi. »
Qu'elle était encore cette nouvelle lubie ? Depuis quand les préfets-en-chefs partageaient-ils des appartements individuels ?
Fronçant les sourcils sous l'incompréhension, Drago ne reprit conscience que lorsqu'il la vit, assise autour d'une petite table dans ce qui semblait être leur salle commune. Elle avait les yeux rivés sur son livre, semblant tenter de rattraper un retard inexistant. C'est à cet instant qu'il comprit. Les mots du président-sorcier lui revirent, hurlant dans sa tête à lui percer les tympans.
Vous devrez retourner à l'école de sorcellerie Poudlard, sous laquelle vous serez placé sous étroite surveillance, afin de terminer votre cursus et valider vos ASPIC.
Qui de plus avisé qu'Hermione Granger pour le surveiller lui, l'ignoble et vil serpent qui menaçait chacun de lui injecter son venin ? Ce ne fut pas la colère mais la résignation qui l'enveloppa. Après tout, il aurait dû s'en douter. Personne ne lui faisait confiance au sein de cette école, pas plus qu'au sein de la société magique toute entière.
« Les chambres sont sur ta gauche, marmonna-t-elle sans même détacher ses yeux de son livre. »
Cette fille était impressionnante. Elle semblait presque avoir quitté le banquet plus tôt pour commencer ses révisions. Elle était de loin la meilleure élève de leur promotion, à côté d'elle, tous avaient de quoi trembler devant la perspective des ASPICS. Mais parmi tous les septièmes année, il n'y avait qu'une seule étudiante assez studieuse pour travailler un soir de rentrée. Et il allait devoir se la coltiner toute l'année durant.
Lorsque Drago arriva devant le petit couloir menant aux chambres, son nom gravé en lettres d'argent lui indiqua quelle porte pousser. S'il ne se formalisait pas de la décoration, sans surprise, aux couleurs de sa maison, il se dirigea prestement vers la fenêtre. La vue qu'il avait lui décrocha presque un sourire.
Sous ses yeux se dessinaient les ombres du terrain de Quidditch. Quatre tourelles drapées encadraient majestueusement les anneaux de cuivre qui servaient de but.
Si depuis son procès, Drago était reconnaissant de l'avenir qu'on lui avait cédé, il ne put s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur. Dans ses rêves d'adolescent, son avenir était loin du Ministère, de la bureaucratie et des pauses café. Il rêvait de petites balles en or, de grand air et de feintes de Wronski.
Lorsqu'il aurait terminé ses années de probation entre les murs de son petit bureau ministériel, il serait bien trop âgé pour entreprendre une carrière sportive. C'est dans un maigre souffle qu'il chassa ces idées de ses pensées. Il n'avait pas le droit de se plaindre, d'espérer concrétiser ses souhaits alors que des centaines de personnes étaient mortes sous les ordres de celui qui avait été son maître. Drago avait une chance indécente d'avoir la permission d'envisager un avenir loin des barreaux et des parloirs. Plutôt que ses rêves puérils d'adolescent, il devait se concentrer sur cette idée sans quoi, il finirait par sombrer.
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Le grincement sinistre de la porte d'entrée de la salle commune lui fit se tendre l'échine. Alors ce n'était pas une mauvaise farce, elle serait vraiment forcée de partager son intimité avec cet homme-là. Sa simple présence avait rempli la pièce de son odeur musquée et couvrit son dos de frisson.
Il ne lui inspirait que méfiance et ressentiments. Bien sûr, elle avait soutenu Harry quand il avait été question de témoigner en sa faveur. Elle avait conscience de ses doutes envers les mangemorts et savait pertinemment qu'il les avait rejoint par filiation et crainte plus que par conviction. Pourtant, croiser son regard lui faisait remonter d'horribles souvenirs à la surface.
Ces yeux-là, elle les avait croisés mille fois durant sa jeunesse pourtant, ils ne lui rappelaient aujourd'hui que souffrance et humiliation. C'était ses yeux qu'elle avait scrutés dans son ignoble manoir pour éviter ceux de sa tante. C'était son regard fuyant et terrorisé qui l'avait ramené à sa condition d'être faible, réduite à l'état d'objet avec lequel une dégénérée s'amusait.
Si au regard du monde la guerre était terminée, les cris et les sortilèges résonnaient toujours dans le cœur d'Hermione. Il lui semblait que jamais ils ne prendraient fin, que le calme et la torpeur étaient réservés à une autre vie, que la sienne serait rongée par ses souvenirs.
Depuis la fin de la bataille de Poudlard elle s'était projetée dans une année d'études acharnées mais remettre les pieds dans le château l'avait anéantie. Son souffle était resté coincé dans sa gorge lorsqu'il lui avait fallu entrer dans la grande salle. En lieu et place des visages réjouis et des accolades de retrouvailles, elle revoyait Fred, étendu sur le sol. Lorsqu'elle tournait la tête, ce fut Tonks, Lupin ou même Colin qui lui apparurent, les yeux vides et le visage couvert de sang. Elle avait couru à en perdre haleine, tentant de fuir l'odeur fétide de la mort qui semblait la suivre.
Pourtant, au détour de chaque couloir, elle entendait les cris déchirants des blessés, derrière chaque porte, elle se voyait foudroyée d'un nouveau sortilège. Même la bibliothèque avait toujours quelques éclats de vitraux jonchant le sol. Là-bas non plus, elle ne serait plus dans son élément. Elle était dépossédée de chaque lieux qui avaient jusqu'alors constitués les écrins de ses plus beaux souvenirs.
Hermione n'avait trouvé de répit que lorsqu'elle avait rejoint les nouveaux appartements qu'on lui avait octroyés. Entre ces murs fraîchement montés, aucun souvenir malheureux ne pouvait l'atteindre. Ce serait son sanctuaire.
Mais il avait fallu sa présence pour que ces quelques heures de repos s'effondrent. Le professeur McGonagall l'avait bien prévenue mais, naïvement, elle n'avait pas voulu y croire. Qu'est-ce qu'un mangemort en liberté surveillée ferait-il avait un insigne brodé sur la poitrine ? C'était la plus haute distinction possible en tant qu'élève de Poudlard. D'autres étudiants ne méritent-ils pas plus que lui cette reconnaissance ? Un qui n'aurait pas tenté d'assassiner le directeur, par exemple.
Il y avait forcément une explication rationnelle. Personne ne l'aurait laissé jouir d'une telle fonction sans but précis. Il ne lui restait plus qu'à rester sur ses gardes jusqu'à ce qu'elle dévoile cette mascarade. Il avait beau avoir été semi-gracié par le Mangenmagot, cela ne voulait pas non plus dire qu'elle devait se réjouir de partager ses appartements avec lui.
Ce n'était pas tellement sa potentielle dangerosité qu'elle craignait. Elle le voyait plutôt comme un être inoffensif, capable de l'humilier de ses mots dans le temps, mais aussi brisé qu'elle désormais, ayant perdu le goût des railleries. Non, ce qu'elle appréhendait en le croisant le matin, c'est les souvenirs qu'il représentait et traînaient derrière lui le long de ses pas.
Il était l'incarnation même de tout ce contre quoi elle s'était battu. A le voir, aujourd'hui, tête baissée et regard fuyant, il semblait être devenu le propre reflet de son désespoir. A eux deux, ils formaient un lamentable duo d'adolescents détruits par la violence inacceptable d'une jeunesse violée de sang et de cris, pour l'idéologie d'un seul homme.
Hermione faisait tout ce qu'elle pouvait pour rester confinée dans sa chambre. Elle sortait, les yeux rivés sur ses pieds pour rejoindre sa classe sans jamais faire de détour. Le soir, elle passait prendre son repas directement dans la cuisine. Parfois, elle le montait dans sa chambre.
Quand le premier tour de garde des préfets-en-chef vint, la panique la tétanisa. Elle n'avait pas dormi depuis des jours tant elle appréhendait ce moment. Si déambuler dans le château en plein jour alors qu'il était rempli de rires la terrifiait, elle n'osait même pas s'imaginer ce qu'il en serait, en pleine nuit, n'ayant que pour compagnon l'austère jeune homme qui partageait son titre.
A vingt-deux heures, Hermione n'était pas sortie. Elle avait entendu Malefoy taper doucement à la porte de sa chambre. Face au silence qu'il y avait trouvé, il s'en était allé, assurant sa fonction à sa place. Elle était mortifiée de ne pas être capable d'assumer ses obligations et s'était maudite de tous les noms en voyant qu'elle n'était pas même fichue de sortir de son lit.
Malefoy n'avait rien dit. De toute façon, il ne lui disait jamais rien, c'était à peine s'ils se croisaient. Hermione en était satisfaite, moins elle le voyait, moins son fantôme n'avait le temps de prendre corps dans ce lieu encore vierge de démons.
Quand ils avaient le malheur de se retrouver dans la même pièce, leurs regards étaient foncièrement dirigés vers le mur opposé. Hermione était persuadée qu'il brûlait de dégoût pour elle. Que de partager sa salle de bain était suffisamment désagréable pour ses manières de petit bourgeois supérieur. Pourtant, ces derniers temps, il n'avait plus rien de bourgeois, et ses épaules basses ne laissant pas grande place à la supériorité.
La semaine suivante, il n'avait même pas tenté de toquer pour lui rappeler son devoir. Il était parti, seul, marcher dans la nuit de son pas lent et faussement assuré.
Si les jours étaient ponctués d'angoisses, les nuits n'étaient qu'une traversée de supplices. Des images plus sinistres les unes que les autres lui revenaient successivement, se transformant en un amas de déchirante souffrance. Le cri de George lorsqu'il serrait le corps sans vie de son frère. Celui de Molly, de Flitwick et des centaines d'anonymes qui balayaient la rage pour la transformer en force de vie. Mais le son qui l'angoissait le plus, c'était son propre silence. Celui qu'elle avait sorti alors que ses forces commençaient peu à peu à la quitter. Sa propre descente aux enfers, son épaule effleurant la mort sous les yeux furieux et dément de la plus incontrôlable des sorcières.
Lorsque le sommeil finissait par la cueillir, les souvenirs se transformaient en cauchemar. Son esprit cartésien n'avait plus sa place, l'angoisse se mêlait à la violence, les corps se déformaient en des bouches béantes hurlant leur souffrance dans un souffle infini. Lorsqu'elle finissait par s'extirper des griffes malsaines de ses pensées, sa peau était recouverte de sueur et sa gorge lui faisait mal. Ces cris, elle savait, avaient été les siens.
Alors elle se recroquevillait, tremblante, dans un coin de la pièce, attendant que le jour se lève. Ce cycle était plus vicieux chaque jour. La fatigue était si présente qu'elle peinait à se concentrer pourtant, une fois la nuit tombée, elle était si terrifiée à l'idée de dormir qu'elle veillait très tard, jusqu'à ce qu'à bout de forces, ses yeux finissent par se fermer. Elle se révélait quelques heures plus tard, tremblante et attendait, à nouveau que l'aurore révèle de sa lumière froide son visage cerné.
Lorsqu'elle était prostrée dans la vilenie de la nuit, elle priait le soleil de la sortir de ce cauchemar. Lorsque le jour se levait, son estomac se contractait à l'idée de sortir de cette pièce et de recroiser les fantômes qui la hantaient.
Elle avait compris depuis quelques semaines que cette chambre, qui lui avait semblé être un refuge n'en avait que l'étiquette. Les fantômes n'étaient pas plus présents ici que dans le couloir du septième étage. Si spectres il y avait, ils vivaient en elle, profondément nichés dans les tréfonds de son âme. Peu à peu, elle devenait l'horreur qu'elle avait vécue, se laissant transporter au gré des cris de douleur.
Un matin, alors qu'elle titubait pour sortir de sa chambre, elle manqua de trébucher sur le pas de sa porte. Sous son pied, une fiole roulait. Hermione fronça les sourcils d'incompréhension et la souleva de ses longs doigts frêles, plissant les yeux pour déchiffrer l'écriture penchée qui glissait sur l'étiquette.
Pour des nuits paisibles.
Pour des nuits paisibles ? Mais qu'était-ce encore cette histoire ?
Hermione soupira. Il n'y avait qu'une autre personne qui avait accès à ses appartements, l'identité de son propriétaire ne faisait aucun doute. Mais pourquoi lui déposait-il ça, en toute discrétion, un matin qui n'était que la succession banale de tous les autres ?
Hermione descendit dans leur salle commune, espérant mettre les choses au clair.
Il était assis sur la petite table, griffonnant paresseusement un parchemin déjà noirci.
« Qu'est-ce que c'est que ça, Malefoy ? demanda-t-elle d'une voix éraillée par les cris.
- Une potion de sommeil sans rêve, répondit-il en veillant à ne pas lever les yeux vers elle.
- Oui, j'ai bien vu. Mais pourquoi l'as-tu déposé devant ma porte ?
- Cela me semble plutôt évident. »
Face au silence qu'elle lui offrait, il se vit dans l'obligation de continuer.
« Pour que tu l'utilises.
- Qu'est-ce que tu mijotes, Malefoy ? C'est encore une de tes ruses, c'est ça ?
- Mais de quoi est-ce que tu parles ?
- Tu m'as humilié toute mon enfance, tu as contribué à l'avènement d'un des plus grands mages noirs de l'histoire de la sorcellerie, tu ne m'as pas adressé une seule parole depuis le début de l'année et un matin, je trouve cette fiole devant ma porte. Dis-moi ce que je suis censée penser ?
- Alors tu crois que je l'ai empoisonnée, c'est ça ? Tu penses que je ne vis plus que pour continuer le noble dessein de feu mon maître ? »
Sa voix n'était pas vindicative mais étonnamment résignée. Il laissait les mots sortir avec une fluidité relevant presque de l'évidence des automatismes.
Cette attitude rendit Hermione perplexe qui, durant de nombreuses secondes, ne sut que répondre. Elle resta en suspens, la bouche entre ouverte et les poings solidement arrimés sur ses hanches.
« Je… non enfin, je… Je n'en sais rien, Malefoy, voilà ! Je suis complètement perdue. Pourquoi est-ce que tu me préparerais simplement une potion que je ne t'ai jamais demandée ? Donne moi une seule bonne raison de croire à ce geste désintéressé. »
Il s'était levé. Enfin il semblait reprendre contenance. Les mots d'Hermione, plus que ses accusations, l'avaient touchés intimement. Ses yeux s'étaient voilés de gris et sa mâchoire contractée au point de la voir frémir.
« Mais tu ne comprends donc pas ce que ça me fait de t'entendre, hurler à la mort toutes les nuits que Merlin fait ? Crois-tu que je suis indifférent à ce point à ta peine ? Crois-tu que je m'endors paisiblement, quand je sais que je suis la source parfois directe de tes tourments ? J'ai fait des choix, Granger. Des choix malheureux, j'en conviens. Mais je ne suis pas un monstre pour autant. Et aujourd'hui, comme toi, je paye les conséquences de ces choix. Alors si, d'une manière ou d'une autre, je peux tenter de me racheter, tenter de t'octroyer le répit qui ne m'est pas permis, je… Je voudrais juste pouvoir me racheter. »
Il lâcha sa dernière phrase dans un souffle. Il semblait si faible, si perdu et vulnérable que c'en était déroutant. Le grand Drago Malefoy d'antan n'avait plus rien de sa superbe.
Hermione ne prit conscience de son départ que lorsque sa cape frôla l'air, la gratifiant d'une légère brise.
Alors comme ça, Malefoy se sentait aussi minable qu'elle. Pour des raisons différentes, soit mais au fond, n'étaient-ils pas seulement deux êtres humains lancés trop jeune dans l'enfer d'une tyrannie qui les dépassait ?
A eux deux, ils incarnaient les deux pôles du conflit. Hermione, dans sa condition de née-moldue, n'avait pas eu d'autres choix que de se battre, de militer pour un monde plus juste, d'empêcher le monde de basculer dans la terreur. Mais qu'auraient été ses idéaux si ses cheveux avaient été plus blonds que le blé, si le sang des Malefoy coulait dans ses veines ? Elle aurait voulu se convaincre que jamais elle n'aurait succombé à la facilité de se cacher derrière des convictions plus fortes qu'elle. Que les épaules rassurantes de l'idéologie n'auraient jamais été l'abri de son ombre.
Mais que savait-elle vraiment de lui, au fond ? C'était un gamin trop gâté, élevé dans l'apprentissage de la haine et des ressentiments. N'était-il pas tout ce qu'elle avait appris à éloigner ?
Et aujourd'hui, comme les deux faces d'une même pièce, ils se retrouvaient liés par une souffrance qui portait le même nom. Pourtant, plutôt que de voir leur mal-être, ils s'étaient tournés le dos, cherchant la lumière dans une direction opposée.
Ce matin, par cette fiole, Malefoy avait tenté de regarder par-delà son épaule. Mais Hermione l'avait rejeté, l'accusant de ce contre quoi il essayait de lutter, de s'extirper.
Hermione n'avait pas appris à détester, mais elle avait appris à pardonner. Et si elle savait ce chemin long et pavé d'embûches, elle savait reconnaître la compassion comme une de ses étapes.
S'ils ne s'étaient que peu croisés durant les premières semaines de leur cohabitation, elle ne connaissait dorénavant sa présence que par le fantôme de sa senteur qu'il traînait derrière lui. Elle l'entendait parfois rentrer alors que la lune caressait déjà les étoiles. Il s'enfermait dans la salle de bain des heures durant, laissant couler l'eau dans un jet puissant comme s'il tentait de laver tous ses péchés sans jamais y parvenir.
Une nuit, alors qu'Hermione tentait une nouvelle fois de lutter contre les mains avides du sommeil, elle sursauta sous les fracas qui venait de la salle commune. Malefoy semblait tituber, s'accrochant maladroitement à chaque bibelot se trouvant à sa portée, les faisant irrémédiablement chuter les uns après les autres.
Il devait être saoul, tentant maladroitement de rejoindre sa chambre pour décuver. Hermione soupira. Elle voyait sa peine, jours après jours, comme le sombre reflet de la sienne. S'il commençait à noyer son chagrin dans les bouteilles, il serait perdu.
Elle hésita à aller le rejoindre. Comment le prendrait-il, après leur dernière conversation si elle le trouvait dans un tel état de faiblesse ? Et puis, que pourrait-elle donc faire ? Lui tenir les cheveux lorsqu'il finirait par tout rendre ? Hors de question. Elle avait beau avoir commencé à réviser son jugement à son sujet, ils n'étaient pas amis pour autant.
Elle ferma les yeux, tentant d'ignorer le vacarme. Ce fut plus aisé, quelques secondes plus tard, les éclats de verre avaient fini de s'éparpiller et le silence était revenu. Il avait dû regagner sa chambre. Elle inspira profondément, priant pour que cela ne se reproduise pas lorsqu'un brouhaha plus fort encore que les autres se fit entendre, suivi par une plainte lancinante.
Cette fois-ci, elle ne pouvait plus ignorer les signes. Malefoy avait dû se blesser. Elle n'avait beau pas le porter dans son cœur, la perspective de retrouver son cadavre baignant dans son sang au petit matin lui glaça les os.
Elle enfila sa robe de chambre et rejoignit d'un pas vif le petit salon.
« Malefoy tout va… ? »
Sa voix s'éteignit avant la clôture de sa phrase. Devant elle s'étendit un spectacle de désolation. L'espace commun n'avait plus rien à voir avec l'état dans lequel elle l'avait laissé en début de soirée. Au sol, vases brisés et gouttes de sang tâchaient le tapis persan. Mais le désordre n'était pas le plus perturbant.
Sur le canapé, recroquevillé comme un animal blessé, le dos de Malefoy semblait secoué de sanglots.
Hermione s'approcha, timidement, ne sachant plus vraiment comment réagir. Il ne semblait pas l'avoir entendu, trop occupé à alterner cris de rage et de douleur.
« Je… Tu…, commença-t-elle en s'approchant de lui. Doux Jésus, Malefoy tu es couvert de sang !
- Remonte te coucher, Granger, siffla-t-il rageusement. »
Était-il en colère qu'elle l'ait trouvé dans cet état ? Certainement, mais elle ne pouvait se résoudre à la laisser tomber.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Remonte te coucher je te dis.
- Malefoy il faut que tu ailles à l'infirmerie !
-Par pitié Granger, laisse-moi, soupira-t-il en se tenant la tête. »
Hermione se mordit la lèvre inférieure. Ainsi allongé, les bras couvrant négligemment son visage couvert de larmes, il était pitoyable. Elle contourna le sofa pour s'asseoir sur l'accoudoir. A cette place, elle distingua nettement les profondes entailles qui parsemaient son corps. Sa cheville avait un angle inquiétant, pointant dangereusement vers l'extérieur et au sol, des restes de brindilles recouvraient le tapis.
« Tu as eu un accident de balais, c'est ça ? »
Plutôt que de répondre, un nouveau grognement de colère sortit des tréfonds de sa gorge.
« Je vais t'emmener à l'infirmerie. Il faut faire quelque chose à cette cheville avant que tu ne sois réduit à boiter toute ta vie.
- Si tu crois que j'en ai quelque chose à foutre de boiter, c'est le dernier de mes soucis, grogna-t-il faiblement.
- Tu es tombé de balais ?
- Non, grommela-t-il.
- Alors qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- C'est ce foutu saule cogneur ! Je volais tranquillement au-dessus du parc, j'étais perdu dans mes pensées. Je voulais rejoindre le lac mais un abruti de hiboux m'a coupé la route. J'ai dévié de ma trajectoire et commencé à perdre les commandes. Lorsque j'ai compris où j'étais ce putain d'arbre me ballottait dans tous les sens. C'est un miracle que je sois parvenu à m'en extirper. C'est tout ce qui reste de mon balai... »
Dans son explication, il s'était redressé. Chaque mouvement lui arrachait un nouveau gémissement. Il tendit un doigt tremblant vers les brindilles qu'Hermione ne cessait de fixer.
« Viens avec moi, on va faire soigner tout ça. Ce n'est qu'un balai après tout, il suffira de passer commande au magasin de Quidditch et tu pourras en recevoir un neuf d'ici deux semaines.
- Ce n'est pas une histoire de balais, Granger ! Tu ne comprendrais pas, laisse tomber. Va te coucher je te dis, je peux me débrouiller tout seul.
- Ravale un peu ta fierté. Tu n'es même pas capable de poser le pied au sol. Arrête de faire l'enfant et laisse-moi te conduire à l'infirmerie.
- Mais quand vas-tu cesser de mêler de ce qui ne te regarde pas ? Je ne veux pas y aller, c'est clair ? »
Il avait commencé à se redresser, hurlant de colère avant de pousser un cri de douleur déchirant le ramenant sur le canapé.
« Malefoy tu ne peux pas rester comme ça, il faut te soigner… insista-t-elle en tentant de garder une voix douce.
- Mais pour quoi faire ? Pourquoi aurais-je de nouveau besoin de cette foutue cheville, hein ? Dis-moi, Granger, vas-y, toi qui sais tout ! Qui a besoin de ses deux pieds pour trier des dossiers dans le sous-sol du Ministère ? Personne !
- Malefoy je ne comprends plus rien…
- Évidemment que tu ne comprends pas, tu ne pourras jamais comprendre.
- Alors explique-moi !
- T'expliquer ? Mais qu'est-ce qu'i expliquer ? Je ne suis qu'un instrument, Granger. Toute ma vie je n'ai été que ça. Celui de mon père étant enfant, celui de Tu-Sais-Qui en grandissant et aujourd'hui qui décide de mon destin, qui se joue de ma vie ? Tu crois que c'est moi ? Non, Granger. Je n'ai pas le choix, pas plus que je ne l'ai jamais eu, pas plus que je ne l'aurais jamais. Mon destin est tracé. J'irais, tous les matins, faire un travail ingrat. Je serais le pestiféré que je suis devenu à Poudlard. Les gens préféreront m'éviter et parler derrière mon dos que d'être associé à moi. Je serais le coupable naturel de toutes les fautes et les malentendus. J'aurais mieux fait d'être envoyé dans une cellule, comme mon père. A pourrir en silence derrière des barreaux plutôt qu'être jeté en pâture entre les crochets cinglants des langues de vipères.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu n'imagines pas la chance que tu as d'être passé en dehors d'une condamnation à vie. As-tu la moindre idée de ce que ton père et les autres prisonniers endurent actuellement ? Combien tueraient pour retourner à leur vie habituelle ? Quelques regards en coins ne sont-ils pas un maigre prix à payer pour les atrocités que vous avez commises ?
- Tu vois, tu ne comprends pas, soupira-t-il en secouant la tête.
- Non je ne comprends pas et surtout je ne veux pas comprendre. Tu n'as pas la vie que tu aurais souhaitée, d'accord, c'est tout naturel. Mais te morfondre sur ton sort ? Je trouve ça déplacé, Malefoy. Tu crois que tu es seul qui attise les chuchotis et les ragots ? Tu crois que Harry est heureux d'avoir été désigné à la naissance comme celui qui mettrait fin au règne du mal ? Tu crois qu'il apprécie les tapes dans le dos et les félicitations pour avoir tué un homme ? Tu crois que les Weasley sont heureux des paroles de réconforts venus de sombres inconnus parce qu'ils ont perdu un fils ? La guerre nous a tous ravagés, Malefoy. La seule différence entre toi et les autres, c'est que notre bonheur, nous l'avons sacrifié au prix de la paix alors que tu l'as cédé pour les ténèbres. »
Sur ces mots, Hermione se leva, le nez résolument pointé devant elle.
« Granger je… tu as raison je... »
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La fin de sa phrase s'évanouit dans le fracas de la porte qui claqua.
Il était pitoyable. Avachis sur le canapé, le corps couvert de griffures et de cloques. Même ses cheveux n'étaient plus qu'un amas de boue et de feuilles. Sa cheville ressemblait à la baguette de Weasley après son escapade en Ford Anglia.
Mais il était en vie. En sécurité dans la chaleur du château, en dehors de toute condamnation. Et il trouvait encore à se plaindre. Au fond de lui, il savait que les grands gagnants de cette guerre ne l'avaient été qu'au prix de leur insouciance.
Il n'y avait pas de vainqueurs lorsque les cris des morts raisonnaient encore au fond du cœur des vivants.
Mais il ne pouvait s'enlever cette image de la tête. Lui à qui on avait toujours répété que son avenir serait auréolé de gloire. Que le nom de sa famille, à jamais gravé dans les mémoires, résonnerait toujours comme le glaive du triomphe. Il était le digne hérité d'une noble lignée et chacun s'agenouillerait devant lui.
Tout ça n'était que fumisterie. Les délires mégalomaniaques d'une société archaïque dans laquelle il s'était embourbé jusqu'au cou, fermant les yeux devant les rayons de la sagesse pour se terrer dans les caves des idéaux fabulés.
Mais Granger avait raison, il n'avait pas le droit de se plaindre de son sort quand des dizaines de personnes étaient mortes pour le bien commun. Il prit une grande inspiration et tenta de se lever. Ce fut un échec lamentable. Encore une fois, cette satanée fille avait raison. Il n'était même pas capable de se lever.
Épuisé par sa rage, sa déception et sa tristesse, il finit par s'endormir sur le canapé. Lorsqu'il se réveilla le lendemain ce fut par des échos de voix dans le lointain. Sa vue était trouble et son esprit ne tenait pas en place. Il avait l'impression de flotter avant de s'écraser durement sur une chape de plomb. Ce sentiment se répétait sans cesse, le réconfortant de douceur avant de lui assener un coup fatal.
Il replongea dans le sommeil, tentant de chasser de lui cette étrange sensation. Lorsqu'il émergea finalement, il mit quelque temps à reconnaître son environnement. Ce n'était ni sa chambre ni même le petit salon de ses appartements. Les murs étaient blancs et austères. Dans l'air, une odeur résiduelle âpre de dictame flottait au-dessus de lui.
Il ne se rendit compte de la chaleur dans sa main que lorsque celle-ci la quitta. Il tourna la tête et aperçut la chevelure volumineuse de Granger, qui le regardait, les sourcils froncés.
« Qu'est-ce que je fais ici ? demanda-t-il d'une voix pâteuse
- Je t'y ai emmené ce matin, tu viens seulement de te réveiller.
- Mais comment as-tu fait pour m'emmener ici ?
- Et bien… j'ai dû te traîner dans les escaliers jusqu'à ce que le professeur Chourave passe dans un couloir et donne un coup de main. Le point positif c'est que tu avais déjà tellement d'ecchymoses qu'une ou deux supplémentaires ne feront pas grande différence. »
Il s'entendit lâcher un petit rire qui lui décrocha une douleur lancinante dans la poitrine.
« Je… Merci ? tenta-t-il, visiblement mal à l'aise.
- Tu n'as pas à me remercier. Si je t'avais laissé dans le canapé, tu serais certainement encore en plein délire.
- En plein délire ?
- Oui, je t'ai entendu geindre toute la nuit. Je pensais simplement que tu n'avais pas décoléré. Et puis, quand je me suis levé au matin, tu étais très agité dans ton sommeil mais chaque mouvement t'arrachait un gémissement de douleur. Je me suis approché de toi, tu étais brûlant et couvert de sueur. Alors je t'ai transporté comme j'ai pu. Je t'aurais bien jeté un sortilège de lévitation mais tu étais si agité que je n'arrivais pas à contrôler ma baguette, tu te cognais dans tous les murs. J'ai dû avoir recours à la bonne vieille méthode. Je t'ai traîné en espérant à chaque pas que quelqu'un vienne m'aider à te soulever. D'ailleurs Malefoy, calme un peu le jeu sur le Quidditch, tu es bien plus lourd que tu n'y parais. »
Il lâcha de nouveau un rire, plus franc, cette fois-ci. La douleur se réveilla, plus lancinante encore. Il souleva la couverture pour voir son corps couvert de bandages.
« Pourquoi ai-je aussi mal ? Ce n'était que quelques égratignures et une cheville cassée ?
- Et bien… Il semblerait que tu avais aussi une côte un peu abîmée. Il est possible que j'aie fini de la briser en t'emmenant à l'infirmerie…
- Je vois… Je crois qu'il serait déplacé de te faire une remarque, n'est-ce pas?
- Tout à fait ! décréta-t-elle avec un large sourire. Je vais te laisser te reposer, je reviendrai te voir demain. »
Demain ? Revenir ? Il se pourrait donc que Granger l'ai pris en pitié ? Il avait beau avoir l'esprit toujours cotonneux, il se souvenait sans mal leur conversation houleuse de la veille au soir. Pourtant, tout sentiment véhément semblait les avoir quittés au réveil. Ce pouvait-il que la crainte de retrouver un nouveau corps sans vie lui avait fait effacer sa colère ? Certainement.
Comme promis, elle repassa le lendemain, allant jusqu'à le raccompagner dans leurs appartements. Si elle se tenait à bonne distance de lui, il apercevait tout de même son regard concerné, veillant au moindre tremblement de ses membres. Elle restait sur le qui-vive, prête à le rattraper au moindre trébuchement.
« Tu ne seras pas en état d'assurer la ronde ce soir. Je prendrais le relais. Je me suis éloignée de mes fonctions bien trop longtemps, il est temps pour moi de reprendre mes responsabilités, assura-t-elle alors qu'ils s'asseyaient sur le canapé.
- Laisse, je prendrais une potion revigorante et ça ira.
- Non Malefoy. Tu n'aurais jamais dû assurer ce rôle tout seul, c'est à mon tour de prendre soin de toi. »
Plus les jours passaient, plus les sourires se dessinaient sur les visages. Leurs regards se croisaient sans chercher à se dérober, les formules de politesse prenaient le pas sur les silences.
Chaque mardi soir, Hermione était à son poste, l'attendant pour effectuer ensemble leur ronde. Si les conversations n'étaient pas toujours animées, les moments de calme n'étaient pas pesants pour autant. Étrangement, Drago commençait à apprécier la personne qu'il découvrait jour après jour. Derrière chaque aspect de sa personnalité qui le rebutait, il commença à lire ses propres démons. Tous deux se ressemblaient bien plus qu'ils n'osaient l'admettre et, c'est parfois d'un regard qu'ils se comprenaient, lisant dans les yeux de l'autre ses propres tourments.
Un soir, après avoir sermonné des quatrièmes années qui bravaient le couvre-feu, Hermione semblait hésitante, presque gênée.
« Je… Malefoy, j'aurais quelque chose à te demander…
- Oui, dis-moi ?
- C'est assez délicat et franchement difficile à avouer mais… oh bon sang, il va bien falloir que je l'admette. Je n'arrive pas à reproduire ta potion de sommeil sans rêve. J'ai bien essayé, plus d'une fois mais l'effet n'est pas le même. Je me réveille difficilement, j'ai l'esprit embrumé et je ne suis plus capable de rien pendant des heures. Je n'ai jamais eu cette sensation avec celles que tu as déposées devant ma porte. Est-ce que tu pourrais… enfin je veux dire est-ce que…
- Tu trouveras un chaudron complet devant ta porte d'ici deux jours. C'est le temps qu'il faut à la potion de bien mijoter, dit-il en essayant de dissimuler son petit sourire satisfait. »
Granger avouait qu'il était meilleur qu'elle. Était-il réellement éveillé ? C'était une première et il ne pourrait jamais oublier ce petit moment de fierté.
La nuit qui suivit le ramena aux premières semaines de leur cohabitation. Elle n'avait pas menti. Soit elle avait vidé son stock, soit ses potions étaient loin d'être efficaces. Les cris succédaient aux halètements de terreurs, il l'entendait se retourner dans son lit et gémir d'angoisse.
Drago était profondément mal à l'aise. Si au mois de septembre il se flagellait de ses peurs, les emmagasinant pour se punir encore et encore, leurs relations avaient étonnamment évolué. Cette fois-ci, il ne se sentait plus capable de la laisser souffrir ainsi, succomber à ses angoisses dans ce qui aurait dû être le paisible monde des songes.
Alors, d'un pas mal assuré, il se dirigea vers la porte de sa chambre, frappant doucement contre celle-ci. Sans surprise, cela ne suffit pas à réveiller Hermione qui continuait de se débattre. Il se permit alors d'entrer et la vit, couverte de sueur froide, tournant entre ses draps, les joues striées de larmes.
Sans prendre le temps de réfléchir, il courut vers elle pour la prendre sans ses bras, la berçant doucement tout en chuchotant des paroles rassurantes à son oreille. Elle mit un bon moment avant de se réveiller et si ses cris s'amenuisaient le flot de larmes qui souillait son visage ne dépérissait pas.
Lorsqu'elle finit par ouvrir les yeux, il put lire dans son regard la surprise et la gêne. Lui-même ressentit ce sentiment d'inconfort. Était-il vraiment légitime ? De quel droit avait-il violé l'intimité de sa chambre pour tenter de la réconforter ? Certes ils commençaient à avoir des rapports cordiaux mais étaient-ils vraiment au stade des confidences, des câlins de réconforts et des étreintes rassurantes ?
Vu le regard d'Hermione, certainement pas. Il s'empressa de la lâcher, ne sachant plus où se mettre.
« Tu… tu étais en train de faire un cauchemar, tenta-t-il de se justifier. Ta potion de sommeil sera prête demain. »
Il n'attendit pas sa réponse pour sortir à toutes jambes de sa chambre, se sentant profondément honteux. Venait-il réellement de prendre Hermione Granger dans ses bras ? Cette idée était surréaliste.
Les regards presque complices et les formules de politesse s'étaient vite évanouies. Depuis cette nuit, ils se fuyaient comme la peste, prétextant une urgence dans un baragouinage peu convaincant lorsqu'ils avaient le malheur de se retrouver dans la même pièce.
Il ne l'avait pas revu sans les joues en feux et le regard fuyant depuis des jours.
Au fond de lui, cette nouvelle dynamique le peinait. Il commençait à apprécier leurs moments de discussion, les échanges complices qu'ils pouvaient avoir. Étrangement, elle semblait le comprendre mieux que quiconque et, si ne c'est à Blaise, il ne s'était jamais confié de la sorte à qui que ce soit.
Pourtant, il n'arrivait pas à regretter son geste. Il avait certainement surpassé les droits qu'accordaient leurs relations en entrant ainsi dans sa chambre pour la réconforter mais aurait-il vraiment pu la laisser en proie à ses terreurs sans agir ? Elle semblait si angoissée et faible et dans ce lit trop grand pour elle. Qu'aurait-il pu faire d'autre ? La laisser hurler et pleurer pour ensuite feindre l'indifférence au petit déjeuner ? C'était au-dessus de ses forces.
Il ne cessait de ruminer cette étrange nuit. La voir dans cet état l'avait remué plus qu'il n'osait l'admettre. En la serrant, tout contre lui, c'est son propre apaisement qu'il avait trouvé dans ses soupirs de plus en plus lents. Et alors qu'elle ouvrait les yeux, tout s'était évanoui. Le bien-être de son corps contre le sien, la douleur de la voir si angoissée, tout cela avait été balayé par la gêne.
Ce sentiment avait finit par le ronger de l'intérieur. Il ne passait plus une journée sans revoir son regard, mi-surpris, mi-gêné.
« Elle m'obsède. C'est sans fin, je n'arrive pas à me la sortir de la tête. Je finis par me dire que je n'aurais jamais dû faire ça, que j'aurais dû la laisser pleurer et hurler tant qu'elle voulait, qu'il aurait suffi que la nuit passe pour que cela soit oublié. Et puis je me rappelle ses joues baignées de larmes, son corps se débattant contre les forces de l'esprit. Et alors le regret n'a plus aucun sens. Je suis convaincu d'avoir fait le bon choix. Je sais que je ne me serais pas remis d'une nouvelle nuit de cris et de terreur, avait-il dit, un soir que Blaise lui rendait visite dans ses appartements.
- Tu dois passer à autre chose, Drago. Cette fille est brisée et continuer de penser au mal qui la ronge ne t'aidera pas à avancer.
- Mais c'est justement ça qui rend l'oubli impossible. Comment je pourrais tenter de chasser ses souvenirs de mon esprit quand elle incarne tout ce qui constitue mes remords ?
- Drago… Dans quelques mois, tu ne le reverras plus. Tu seras occupé à ta petite vie et elle à la sienne. Vous vous recroiserez peut-être au détour du chemin-de-traverse mais ça n'ira pas plus loin. Elle va avancer et il faut que tu en fasses de même.
- Je ne peux pas. Je ne veux pas l'oublier…
- Alors c'est plus grave que je ne le pensais, soupira Blaise. Est-ce que tu commences à… ressentir des choses pour elle ?
- Ne dis pas n'importe quoi. C'est Granger, Blaise. Hermione Granger.
- Ça ne répond pas à ma question.
- Tu insinues quoi ? Que je suis amoureux d'elle ? Arrête ton délire, c'est juste qu'elle m'obsède, il n'y a rien de romantique là-dedans.
- Mens moi tant que tu le souhaites, du moment que tu finisses par parvenir à être honnête envers toi-même. »
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Les pieds sur le pas de la porte de la salle de bain, Hermione cessait de respirer. Elle n'aurait pas dû rester là, plantée à écouter une conversation privée. Elle était indiscrète et se maudissait pour ça. Malefoy recevait un ami à qui il avait visiblement besoin de se confier et elle les espionnait lâchement. Qu'aurait-elle ressenti s'il l'avait découvert en pleine confession avec Ginny ?
Elle avait beau se flageller de sa curiosité, elle n'arrivait pas à se sortir les mots de Zabini de la tête. Si elle avait évité Malefoy ces dernières semaines, ce n'était pas par ressentiment. Au contraire, elle lui était plus que reconnaissante de l'avoir émergée de l'horreur de sa nuit. Non, ce qui lui faisait monter le rouge aux joues était plutôt le sentiment de, bien-être et d'apaisement qu'elle avait ressenti entre ses bras.
Jamais depuis la guerre elle ne s'était sentie aussi sereine et en sécurité. Entre ses bras, la chaleur de la paix l'avait irradiée. Elle s'était imaginée être cajolée par Harry, comme dans ses nombreuses nuits solitaires dans la tente. Mais le sentiment n'avait rien à voir. Elle comprit, en ouvrant les yeux, que ce n'était pas son ami de toujours qui lui apportait ce réconfort et cette révélation l'avait presque autant terrifiée que ses cauchemars. Dans les bras de Drago Malefoy, elle se sentait bien. Mieux que dans n'importe quels autres. Mieux qu'elle ne l'avait jamais été.
Comme lui, il l'obsédait. Elle ne cessait de repasser en boucle les émotions qui l'avaient gagnée cette nuit-là. Elle se maudissait d'avoir succombé à la douceur de ses bras, d'avoir apprécié ce moment. Elle ne devait pas s'approcher d'un homme comme lui. Il était si brisé qu'il en serait destructeur pour ses frêles épaules.
Pourtant, l'entendre admettre ses peurs et conter des sentiments qu'elle partageait lui redonnait confiance. Il avait beau être en lambeau, il avait la force nécessaire pour les conscientiser. Il n'était pas si perdu qu'elle l'aurait cru et était même persuadé qu'il finirait par parvenir à rassembler les parcelles de lui qu'il avait laissé de côté trop longtemps pour les reconnaître.
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Cela faisait des heures qu'elle tournait en rond dans la bibliothèque à la recherche vaine d'un ouvrage en herbologie. Il était presque l'heure de fermer et elle avait passé tous son samedi après-midi dans son sanctuaire, retrouvant sa concentration d'antan. Malgré ses recherches infructueuses, elle ne pouvait se défaire d'un petit sourire satisfait sur les lèvres. Petit à petit, Hermione Granger redevenait celle qu'elle avait pu être. Un élève studieuse, concentrée et obstinée.
C'est dans cette idée qu'elle refusa d'abandonner ses recherches. Elle avait besoin de ce grimoire en particulier sans quoi, son devoir ne serait parfaitement abouti. De sa petite voix fluette d'élève sérieuse, elle demanda à Mrs Pince de consulter le registre des emprunts. Après quelques minutes, elle mit le doigt sur son précieux sésame.
De la mandragore aux Snargaloufs, le guide d'herbologie du Docteur Feuillage.
A côté du titre, une fine signature en italique se dessinait. Drago Malefoy.
Hermione soupira. Bien sûr. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle remercia Mrs Pince avant de ramasser ses affaires pour rejoindre ses appartements. Timidement, elle frappa à la porte de la chambre de Malefoy.
Son souffle était coupé, son cœur battait la chamade. Il n'avait toujours pas échangé plus deux ou trois mots consécutifs depuis la fameuse nuit où il l'avait réconfortée.
« Oui ? demanda-t-il, le regard aussi fuyant que le sien en ouvrant la porte.
- J'aurais besoin du guide d'herbologie du Docteur Feuillage pour venir à bout du devoir de botanique. J'ai vu dans le registre que tu l'avais, je pourrais te l'emprunter ? »
Sa performance était impeccable. Pas une fois, sa voix n'avait failli et ses mains tremblotantes, gardés résolument jointes derrière son dos ne l'avaient pas trahies.
« Heu… oui bien sûr, il faut seulement que je remette la main dessus. »
Sa chambre était un désordre sans nom. Hermione l'avait plutôt imaginé guindé, laissant chaque chose à sa place, ne supportant pas le moindre grain de poussière. Encore une fois, elle s'était imaginé un jeune homme qu'il n'était pas.
Elle attendit, patiemment, sur le pas de la porte tandis qu'il retournait capes et bouts de parchemin. Après une dizaine de minutes de fouille infructueuse, elle finit par soupirer.
« Bon, laisse tomber, tu l'as visiblement perdu… Tu devrais faire un petit plus attention à tes affaires, Malefoy, surtout lorsqu'il s'agit d'un livre. Un livre de la bibliothèque qui plus est ! D'autres étudiants peuvent en avoir besoin. La preuve. Je serais obligée de souligner ta négligence à Mrs Pince et des gallions devront être inutilement dépensés pour le racheter. »
Son petit air hautain était revenu et lorsqu'elle lui tourna le dos, elle l'entendit ricaner.
« Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda-t-elle en le foudroyant du regard.
- Rien, c'est juste que ça faisait longtemps que je ne t'avais pas entendu parler comme ça. On dirait que tu es enfin redevenue toi-même.
- Je… peut être bien, bredouilla-t-elle. En tout cas, je trouve ton comportement déplorable. On ne perd pas un livre comme ça Malefoy !
- C'est vrai, affirma-t-il en tentant de dissimuler son petit sourire en coin. Tu sais quoi, j'ai terminé ce devoir depuis longtemps mais je me souviens très bien du contenu du livre. Je pourrais t'aider, si tu veux ?
- Tu ferrais ça ? »
Ses yeux s'étaient remplis d'espérance et lorsqu'ils s'installèrent sur la petite table de leur salle commune, son sourire ne l'avait pas quitté. Malefoy ne cessait de l'observer mais elle n'en avait cure, elle pourrait rendre un devoir digne de ce nom, c'était présentement tout ce qui importait.
Ce sentiment perdura pendant les premières minutes de travail. Malefoy était rudement précis dans sa description des chapitres et Hermione buvait ses paroles. Elle se saisit d'une plume qu'elle voulut tremper dans l'encrier. A peine la pointe n'avait touché le liquide que son bras fut parcouru de frisson. Au même moment, Malefoy s'était saisi de sa propre plume, tentant à son tour de l'imbiber. Leurs mains s'étaient frôlées avant de brusquement s'éloigner, projetant de l'encre sur toute la surface de la table, le devoir d'Hermione y compris.
Pourtant, l'angoisse qu'elle ressentit ne fut pas celle de recommencer son travail. Tout ce qui la tourmentait constituait le sentiment qui s'était insinué en elle lorsque sa peau avait touché la sienne. Les joues rougies, elle commença à éponger la flaque avec sa manche.
« Zut je.. j'ai tout renversé, bredouilla-t-elle.
- Mais qu'est-ce que tu fais avec ta manche ? Tu es couverte d'encre, laisse ça. »
D'un geste sûr, Malefoy sortit sa baguette et siphonna tout le liquide. Hermione était plus gênée encore. Quelle idiote. Elle avait complètement perdu ses moyens, allant jusqu'à oublier qu'elle était une sorcière.
Son seul soulagement vint du fait que Malefoy fit semblant de ne pas remarquer son trouble et elle lui en était immensément reconnaissante.
Ils se remirent à travailler et moins d'une heure plus tard, son devoir était achevé.
« Merci, Malefoy, je ne m'en serais pas sortie sans tes informations.
- Dans tous les cas tu aurais eu un Optimal, tu sais.
- Peut-être mais un devoir est toujours perfectible. Là, au moins, je serais certaine de mériter ma note. »
Il leva les yeux au ciel en riant, Hermione le rejoignit.
« Je suis contente de t'entendre rire de nouveau. Depuis l'autre nuit je… je pensais bien qu'on ne se reparlerait plus jamais, chuchota-t-il. Je suis désolé d'avoir fait irruption comme ça dans ta chambre, je n'aurais pas dû, c'était déplacé.
- Non ! s'écria-t-elle plus fermement qu'elle ne l'aurait voulu. Je veux dire, non tu as bien fait. Sans toi, j'aurais encore passé une de ces nuits horribles.
- Alors tu ne m'en veux pas ?
- Bien sûr que non ! C'est juste que… que me réveiller, comme dans tes… enfin tu vois ce que je veux dire, tout ça était plutôt… déroutant ?
- Oui, j'imagine. Est-ce qu'on peut tenter de passer au-dessus de ça ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Et bien, pour tout te dire, je commençais à apprécier notre entente et puis, depuis cet incident, nous n'avons pas échangé un seul regard. Je croyais t'avoir perdu à jamais…
- Serais-tu en train d'admettre que je te manque ? demanda-t-elle avec un petit sourire mi-flattée, mi-surprise.
- Peut-être bien, grommela-t-il si bas qu'elle ne fut pas sûre d'avoir bien compris. »
Hermione devait bien l'admettre, cette situation commençait à lui peser, elle aussi. Elle commençait sérieusement à apprécier le jeune homme. Si sérieusement qu'elle en éprouvait autant de joie que d'angoisse.
Pourtant, lorsqu'elle était près de lui, à passer la soirée à rire et discuter, le mot angoisse semblait avoir perdu toute sa signification. Cette soirée-là fut l'une de leurs plus mémorables. Pour la première fois, ni la guerre, ni les horreurs de leur passé ne fut évoqué. Ce n'était que bons sentiments et francs éclats de rires.
Assis sur le canapé, Malefoy se tenait les côtes, ses poumons peinaient à capter de l'air tant il riait. Hermione, quant à elle, fronçait les sourcils, les bras résolument croisés devant elle.
« C'est bon, tu as fini de te moquer ?
- Me moquer ? Granger tes dents étaient si longues qu'elles touchaient le sol. C'était le moment le plus drôle de toute ma vie ! »
Pour faire bonne mesure, elle lui flanqua un petit coup de poing dans l'épaule.
« Hé ! s'insurgea-t-il en récupérant sa main au vol. »
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Pour la deuxième fois de la journée, leurs corps rentraient en contact. Si ce n'avait été qu'un frôlement au-dessus de l'encrier, cette fois-ci, il tenait pleinement ses doigts entre les siens. Sa prise était ferme et il ne semblait avoir aucune intention de la lâcher.
Son cœur battait la chamade et sur le poignet d'Hermione, il pouvait sentir son pouls frapper la même cadence.
Lorsque leurs regards se croisèrent, les rires avaient disparu, ne laissant planer dans l'atmosphère que la magie du moment.
Drago laissa retomber doucement sa main sur le sofa, tenant toujours celle d'Hermione entre la sienne. Petit à petit, le bout de ses doigts commencèrent à se mouvoir pour caresser doucement ceux de la jeune femme.
Ils ne dirent rien, pendant de longues minutes, appréciant le simple contact de leurs extrémités se découvrant. Sans la lâcher des yeux, Drago finit par lever son autres mains pour caresser sa joue avec douceur. Il replaça une de ses mèches derrière ses oreilles, appréciant la volupté de sa chevelure.
En passant devant sa bouche, il sentit que son souffle s'était coupé et sous ce geste, ses yeux se fermèrent, comme si elle tentait de capter l'entièreté des sensations de ce toucher, sans que ses autres sens ne viennent interférer.
Le mouvement suivant fut amorcé par Hermione qui vint poser sa tête sur son épaule. Alors, sans attendre, craignant peut-être qu'elle change d'avis, il l'encercla de ses bras, la rapprochant de lui. A son tour il ferma les yeux, libérant son esprit de toutes pensées, ne se concentrant que sur le bien-être qui grandissait en lui.
Cette soirée marqua le début d'une ambiguïté qui leur allait bien. Les sourires n'étaient plus seulement polis mais réellement sincères. Aucun d'eux ne laissait passer une occasion de s'effleurer la main ou l'épaule, au détour d'un couloir.
Drago la cherchait des yeux dans la grande salle, la couvait de son regard en la voyant retrouver l'appétit.
Lorsqu'ils se retrouvaient seuls dans leurs appartements, les contacts se faisaient moins timides. Ils ne terminaient plus une soirée sans se blottir l'un contre l'autre, cherchant le réconfort mutuel que seul deux âmes fissurées par la même dague pouvait générer.
Lorsqu'ils faisaient leurs rondes, les épaules ne se quittaient pas. Ils marchaient en cherchant le contact de l'autre. Après quelques étages, le bout de leurs doigts se cherchaient et ils finissaient par rentrer dans leurs appartements main dans la main.
Un soir de printemps, alors qu'ils s'étaient souhaité bonne nuit, il entendit de grands bruits provenir de la chambre d'Hermione. Des livres semblaient tomber au sol, et des exclamations défaitistes ponctuaient chaque chute.
Drago se leva, toqua doucement à la porte qu'il entrouvrit après avoir eu son autorisation.
« Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il en fronçant les sourcils devant le bazar qui régnait.
- Je n'arrive plus à mettre la main sur mes potions de sommeil. Je crois bien avoir fini la dernière fiole hier soir… soupira-t-elle en se laissant tomber sur son lit.
- Oh, je vois… Tu n'arrives toujours pas à dormir paisiblement sans ?
- Je n'ai pas encore eu le courage d'essayer. »
Il vint s'asseoir auprès d'elle, caressant le dos de sa main d'arabesques apaisantes.
« Il semblerait que tu n'ais pas vraiment le choix pour ce soir… Dès demain je commencerais à te préparer un nouveau chaudron mais cette nuit… tu vas devoir t'en passer, je le crains.
- Est-ce que tu…, commença-t-elle avant de secouer la tête. Non, laisse tomber, oublie.
- Non dis-moi ?
- Tu crois que tu pourrais rester dormir avec moi ? demanda-t-elle d'une voix fluette, les joues virant au cramoisi. »
Drago fut plus que dérouté par sa demande. S'ils s'étaient largement rapprochés ces derniers temps, cherchant le réconfort du corps de l'autre à chaque occasion, ils n'avaient jamais expérimenté ce genre de chose. D'ailleurs, il n'était pas entré dans sa chambre depuis la fameuse nuit.
S'il mit un moment avant de répondre, ce n'était pas pas réelle hésitation mais plus par surprise.
Bien sûr, il allait passer la nuit avec elle. A vrai dire, il n'attendait que ça. La laisser dans sa chambre après des heures à la câliner devenait de plus en plus difficile. Il aurait voulu pouvoir passer tout son temps avec elle, ne faisant rien d'autre que sentir l'odeur de pomme qui s'échappait de sa chevelure.
« Oublie ce que tu viens de dire, c'était une mauvaise idée, dit-elle devant le silence allongé de Drago.
- Je me mets en pyjama et je te rejoins, dit-il pour simple réponse, se levant avant de lui laisser le temps de protester. »
Lorsqu'il revint dans la chambre, elle était déjà sous la couette, seul son visage encore rougis dépassant des draps.
« Je peux toujours venir ? demanda-t-il avant de se glisser près d'elle.
- Merci, Drago. répondit-elle en ouvrant le drap pour lui signifier son accord. »
Immédiatement, leurs corps se retrouvèrent et c'est blottis l'un contre l'autre qu'ils s'apaisèrent mutuellement. Si Drago avait rarement été aussi détendu, il ne parvenait pas pour autant à s'endormir.
Il ne s'habituait toujours pas à l'avoir tout contre lui. A chaque fois, son cœur s'emballait, frémissant des sensations qu'elle lui apportait. Cette fois-ci, alors qu'ils n'étaient plus protégés par les couches de laines et autres capes mais seulement séparés par deux pyjamas en coton, son corps réagissait plus largement encore.
Blaise avait raison, il n'était plus question de se mentir à lui-même. Si son esprit ne voulait pas l'admettre, son corps parlait pour lui. Intérieurement, il priait pour qu'elle soit endormie, qu'elle ne sente pas la tension de sa peau contre la sienne mais au fond de lui, il savait qu'elle-même ne trouvait pas le sommeil. Sa respiration n'avait rien de régulière et les palpitations de son cœur n'avaient d'égal que les siennes.
« Tu dors ? chuchota-t-il doucement.
- Non, répondit-il sur le même ton en se retournant pour lui faire face. »
Sans rien ajouter, ils plongèrent leurs regards l'un dans l'autre, comme ils avaient pris l'habitude de le faire. Hermione lui adressa un sourire qui lui fit flancher le cœur au point de lui donner la dose de courage manquante. Lentement, il déposa une main sur sa joue, ramassa une mèche derrière son oreille et avança son visage vers le sien.
S'il désirait plus que tout goûter la douceur de ses lèvres, il avait aussi peur de tout gâcher. Et si elle ne ressentait pas la même chose que lui ? Et s'il n'était qu'un pansement le temps d'un instant qu'elle jetterait lorsqu'elle quitterait les murs du château ?
Et si l'embrasser finissait par gâcher les moments de tendresse qu'ils partageaient au quotidien ? Ne devrait-il pas mieux se contenter de ce qu'il avait, plutôt que de prendre le risque d'être trop gourmand ?
Trop perdu dans ses questionnements, il avait cessé de s'avancer vers elle, s'arrêtant à quelques millimètres de sa bouche, sentant son souffle cogner contre ses lèvres.
« Embrasse-moi, murmura-t-elle. »
Drago crus que son cœur allait exploser. Alors il n'était pas fou, il ne s'était pas fait des idées, il n'avait rien développé tout seul. Comme lui, elle voulait de ce moment, leur amitié ne lui suffisait plus.
Sans plus attendre, il écrasa les dernières parcelles d'airs qui faisaient barrière entre eux pour déposer sa bouche sur la sienne, avec légèreté, comme un simple effleurement. Ils restèrent ainsi durant un moment, sans bouger, appréciant simplement ce que leur proximité leur offrait.
Et puis, naturellement, leurs bouches finirent pas s'ouvrirent, leurs lèvres se joignirent plus frontalement et leur baiser devint la chose la plus belle qu'il leur avait été donné de connaître.
Drago n'aurait su dire depuis combien de temps il n'avait pas respiré ni depuis quand son cœur s'était arrêté mais il n'en avait que faire. Ce moment était la consécration de sa vie de jeune adulte. Il embrassait avec ferveur celle pour qui il avait développé des sentiments sincères. Le sentiment de plénitude qui l'envahit était si fort qu'il en devenait presque douloureux. Pour une fois, il chérissait cette douleur, priant pour qu'elle ne le quitte jamais.
Les heures qui les conduisirent aux sommeils furent ponctués de baisers tendres et de corps serrés l'un contre l'autre.
Au réveil, Hermione était toujours blottie contre lui. Leur nuit n'avait pas été souillé par un de leurs affreux cauchemars. Il la regarda, encore bercée dans la douceur du sommeil et la trouva si belle que c'en était déroutant. Il aurait voulu de nouveau sceller ses lèvres aux siennes mais il craignait de la réveiller, elle qui semblait si sereine.
Elle finit par gigoter contre lui et se retrouva la tête posée sur son torse. Doucement, elle déposa quelques baisers sur la base de son cou, le faisant se couvrir de frissons. Alors il n'avait pas rêvé, hier soir, ils avaient bel et bien franchi la barrière de leurs lèvres.
Il ne put attendre une seconde de plus pour prendre son visage en coupe et l'embrasser de nouveau. Jamais il ne pourrait se lasser de ce sentiment, sentir sa bouche contre la sienne, capturer une de ses lèvres entre les siennes pour la suçoter avidement. Elle était tout ce qu'il désirait. Quand elle caressait ses cheveux et laissait sa bouche effleurer la sienne, il savait alors que la vie serait belle. Il n'avait plus à craindre d'affronter les heures sombres dans les sous-sols du Ministère, les regards en coins et les chuchotis sur son passage. Tout cela n'aurait plus d'importance s'il pouvait, chaque fois qu'il le désirait, retrouver la sensation de ses baisers.
Si leurs lèvres étaient rougies chaque fois qu'ils se trouvaient seuls, ils observaient tout de même une grande discrétion en dehors de leurs appartements. Leur rapprochement était tout nouveau et à bien y réfléchir ne concernait qu'eux. Ils ne savaient pas comment leurs proches pourraient réagir et ne souhaitaient en aucun cas entacher leur bonheur naissant de remarques et désapprobations. Ils évoluaient, doucement, à leur rythme dans leur bulle de bonheur.
Chaque soir, ils se retrouvaient pour partager une nuit d'étreintes et de baisers. Hermione ne prenait plus ses potions. Parfois, l'un d'entre eux se réveillait encore en sueur, leurs bras réconfortants n'ayant pas réussi à combattre leurs tourments. Mais les cauchemars n'étaient plus quotidiens et la flamme des sentiments valait plus que celui d'une quelconque fiole.
« Je n'aurais jamais cru dire ça il y a quelques mois, mais je voudrais que cette année ne se termine jamais, soupira Hermione, un soir qu'ils passaient à contempler les étoiles.
- Moi non plus, répondit-il sur le même ton. »
Hermione était penchée sur le rebord de sa fenêtre, le regard perdu vers le ciel. Dans son dos, Drago l'encerclait de ses bras et déposait de tendres baisers sur le sommet de crâne.
« Qu'est-ce qu'il va se passer quand on va quitter le château ? demanda-t-elle en se retournant face à lui, la crainte pointant distinctement dans sa voix.
- Il se passera ce que tu voudras.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Hé bien… pour moi tout est clair. Je n'ai aucune intention de me séparer de toi, ne serait-ce qu'une journée. Je veux continuer à t'embrasser, à m'endormir en te serrant dans mes bras, à discuter pendant des heures au coin du feu, à regarder les étoiles en silence. Mais toi… je ne sais pas. Tu as une vie à construire qui t'attend en dehors du château. Pour moi, tout est déjà tracé à l'avance. Alors je ne peux pas te demander de rester auprès de moi si mon ombre risque de te freiner…
- Alors il ne tient qu'à moi de choisir notre destin, c'est ce que tu insinues ?
- Le mien je l'ai choisi, je ne veux juste pas te l'imposer.
- Alors c'est tout décidé. »
Hermione passa ses bras autour de la nuque de Drago et accrocha ses lèvres aux siennes. Elle s'accrocha à lui comme un koala, passant ses jambes autour de son corps.
Drago mourrait d'envie de poser ses mains sur ses fesses pour le soutenir mais n'osait pas. S'ils avaient passé de nombreuses nuits l'un contre l'autre, leurs caresses s'étaient toujours faites chastes et il avait peur de la brusquer. Il préféra, donc déposer ses mains sur l'arrière de ses cuisses avant de la faire glisser sur le lit. Ce simple contact eut le don de l'électriser et il préféra ne pas s'allonger contre elle de peur qu'elle remarque son excitation.
Hermione semblait en avoir décidé autrement et d'un geste franc, lui tira le bras pour qu'il s'allonge au-dessus d'elle. Elle passa une main dans ses cheveux, les caressant avec tendresse tout en glissant sa langue contre ses lèvres.
Alors qu'elle semblait plus entreprenante, il prit son courage à deux mains et glissa une main timide sous son chemisier pour caresser doucement la peau de son ventre. Lorsqu'il la sentit se couvrir de frissons, il gagna en confiance en remonta lentement son exploration jusqu'à arriver à la courbure de sa poitrine. Le souffle d'Hermione se fit moins régulier, plus profond alors qu'il caressait le contour de ses seins.
« Drago je…, commença-t-elle, hésitante. »
Sentant son trouble et craignait d'avoir été trop brusque, Drago se recula vivement, s'allongeant près d'elle en ramenant ses mains contre lui.
« Je suis désolée, je n'aurais pas dû je croyais que peut-être tu voudrais… enfin tu vois.
- J'en ai très envie mais… c'est que, je ne l'ai encore jamais fait, dit-elle timidement en baissant la tête.
- Alors comme ça ce sera une découverte pour nous deux.
- Tu veux dire que toi non plus tu n'as… ?
- Non, ça t'étonne ?
- Un peu. Je croyais que c'était une sorte de rite de passage chez vous, les Serpentards. Que vous étiez une bande de dévergondés, renchérit-elle en pouffant.
- Te voilà bien mal informée ma douce. Non, c'est vrai que j'aurais bien aimé mais, je n'ai jamais eu l'occasion. Il faut dire que les deux années passées n'étaient pas de tout repos et puis, je n'y avait jamais vraiment songé avant.
- Oui, je vois.
- Enfin, tu sais, rien ne nous oblige à faire quoi que ce soit maintenant.
- Tu en as envie ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée.
- Hermione, j'en meurs d'envie depuis la première fois où nous nous sommes embrassés. Peut-être même avant d'ailleurs, à bien y réfléchir.
- Je vois, rit-elle doucement. J'en ai envie, moi aussi.
- Alors tu m'arrêtes dès que ce n'est plus le cas, d'accord ?
- D'accord. »
Drago n'aurait pas pu rêver mieux. Ils étaient tous les deux timides, maladroits et peu assurés mais l'amour prédominait. Ils tâtonnèrent un peu, ne sachant que théoriquement ce qui leur feraient accéder au plaisir.
Mais Hermione frissonnait toujours sous ses caresses et son souffle se coupait pour revenir dans un léger gémissement quand il comprenait comment la toucher. Ils prirent leurs temps, cherchant à découvrir les subtilités du corps de l'autre. Drago ne pouvait s'empêcher d'embrasser chaque parcelle de peau nue qui se trouvait à porter de bouche.
Hermione, moins entreprenante, le guidait en murmurant vers ses envies. Elle hésita un moment avant de franchir le cap mais les paroles rassurantes de Drago l'aidèrent à se détendre. Elle grimaça un peu mais se concentrait sur ses déclarations de tendresses ponctuées de baisers fougueux.
S'apprivoisant pour la première fois, ils retombèrent avec un large sourire aux lèvres dans les bras les de l'autre, découvrant une nouvelle facette de leurs relations.
Dès lors, ils se retrouvaient aussi fréquemment que possible, s'échangeant des baisers volés derrière chaque tapisserie, se lançant des regards enflammés dès qu'ils étaient à porter de vue.
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Lorsqu'il fut venu le temps de se dire au revoir sur le quai de la gare, la boule au ventre d'Hermione ne lui permettait pas de laisser passer les mots. C'est Drago qui la rassura, lui chuchotant à quel point elle comptait pour lui et la joie de la retrouver d'ici peu.
Ils passaient leur été à s'échanger des lettres, s'organisant des retrouvailles aussi fréquemment que possible. Chaque fois, la joie de se revoir n'avait d'égal que la peine de se quitter.
Si Drago avait emménagé dans le manoir familial, Hermione s'était dégoté un petit appartement dans la campagne anglaise. Drago pestait, à chaque fois, arguant qu'il était ridicule qu'elle continue de payer un loyer alors qu'ils ne passaient pas une nuit loin l'un de l'autre. Mais Hermione était déterminée, elle voulait son indépendance et n'emménagerait jamais dans le sombre Manoir Malefoy.
Elle tint bon encore quelques années et puis, finalement, il n'était plus suffisant de se voir les bras chargés de valises. Ils avaient finit par trouver un compromis, le Manoir avait été complètement transformé pour qu'Hermione s'y sente chez elle.
La cohabitation s'était faite naturellement. Au fond, Drago avait raison, ils vivaient déjà ensemble, à la simple différence qu'ils avaient deux pieds à terre.
Si Drago avait longtemps regretté sa possible carrière de sportif, il s'était finalement fait une raison, apprenant à apprécier ce que la vie lui offrait. Son poste au Ministère avait ses avantages. A chaque pause déjeuner, ils pouvaient se retrouver et l'un attendait que l'autre ait terminé dans son bureau avant de rentrer.
Si aux yeux de tous, ils étaient considérés comme inséparables, ils préféraient se définir comme fusionnels. Il n'avait pas été évident pour leur proche d'accepter leurs relations mais tous deux leur avaient fait comprendre que ce ne serait pas négociable. Alors, petit à petit, chacun s'y était fait et si ce n'était pas l'amour parfait, c'était suffisant.
Harry et Ron acceptent de la conduire jusqu'à l'autel, le jour de son mariage et Drago, qui la couvait des yeux au quotidien semblait émergé d'un rêve. A ses yeux, il n'y avait plus qu'elle, n'écoutant pas les paroles du mage ni ceux des invités. Ils étaient dans leur bulle et défiaient quiconque de tenter de la briser.
Un midi, Hermione sortit de son bureau pour rejoindre celui de Drago. Il lui restait un quart d'heure avant sa pause déjeuner mais ne pouvait tenir plus longtemps.
Lorsqu'elle entra dans son bureau, il était si concentré qu'il ne releva même pas la tête. Elle dut se racler la gorge pour qu'il la remarque enfin, lui décrochant un large sourire.
« Il est déjà midi ?
- Presque, je n'avais pas envie d'attendre.
- Je te manquais trop ? demanda-t-il en élargissant encore son sourire alors qu'il se levait pour l'embrasser.
- On peut dire ça. »
Hermione semblait nerveuse, son regard était fuyant et ses mains tremblotantes. Drago fonça les sourcils et remonta son menton en la regardant dans les yeux.
« Qu'est-ce qui t'arrive ?
- J'ai quelque chose à te dire… mais je ne me sens pas très bien…
- Assieds-toi, respire. Tu es tout pâle, tu dois avoir besoin de sucre.
- Non, ce n'est pas ça.
- Pourtant tu as bien mangé au petit déjeuner. D'ailleurs tu manges pour deux depuis quelque temps, continua-t-il semblant ne pas l'avoir entendu.
- C'est justement de ça que je voulais te parler.
- De nos placards vides ? Oui, je m'en suis rendu compte moi aussi, j'irais faire quelques courses ce soir après le travail.
- Non Drago, ce n'est pas de nos placards dont je voudrais te parler.
- De quoi alors ?
- Je… Et bien, je sais que j'ai toujours dit que c'était une mauvaise idée, qu'on s'en sortait très bien tous les deux et je sais aussi que tu en meures d'envie et puis, j'ai bien réfléchi et…
- Non ? C'est pas vrai tu as changé d'avis ? Tu veux bien qu'on prenne un elfe de maison ?
- Drago ! dit-elle en haussant le ton, commençant à perdre patience. Il n'est pas question d'un elfe de maison. »
Drago haussa les épaules. Cette conversation, ils l'avaient déjà eu mille fois et jamais Hermione ne revenait sur son point de vue. Cela faisait longtemps qu'il savait avoir perdu la bataille et avait cessé de se battre.
« Ce que j'essaye de te dire, c'est que... »
De petits coups tapés contre la porte la coupèrent dans son élan. Elle soupira en secouant la tête alors que Drago se levait pour ouvrir.
« Ah Lionel, merci, dit-il en récupérant son courrier du jour. Avez-vous quelque chose pour Hermione ? Elle est ici. »
Hermione ne cessait de se triturer les mains. Le coin de sa lèvre inférieure ne ressemblait qu'à un amas de chair rougeâtre tant elle la martyrisait.
« Merci Lionel, bonne journée. Tiens ma douce, tu as reçu une lettre de Kingsley. Moi aussi d'ailleurs, je me demande ce qu'il nous veut.
- Je disais donc, reprit-elle comme si elle n'avait pas été interrompue, dans quelques mois…
- Oh tiens, c'est pour la fête de Noël du Ministère, il faut renvoyer nos coupons-réponses avant le…
- DRAGO ! le coupa-t-elle en se levant, j'essaye de te dire quelque chose enfin, tu vas finir par m'écouter ?
- Oui je… excuse moi j'étais dans mes pensées, continue je t'en prie, bredouilla-t-il en laissant tomber son tas de lettres sur le bureau pour se concentrer sur elle.
- Bon, voilà, j'ai bien réfléchi et, je me suis dit que finalement, l'idée d'accueillir un petit être dans notre foyer n'était pas un si mauvaise idée…
- Oh Merlin Hermione, souffla-t-il, ému, avant de se lever pour la serrer dans ses bras. Tu n'images pas à quel point je suis heureux de t'entendre dire ça.
- Ce n'est pas fini, chuchota-t-elle avant de prendre une grande inspiration. Il y a quelques semaines, je suis arrivée à la fin de ma potion de contraception et, je me suis dit que ce ne serait peut-être pas utile d'en racheter une. Je voulais t'en parler, bien sûr mais il y a eu l'anniversaire des enfants de Harry et puis le décès de Toby le chien de Ron et tout ce travail au Ministère. Enfin, tout ça m'est plutôt sorti de la tête. Et puis d'ailleurs, qui tombe enceinte quelques jours à peine après avoir arrêté sa potion hein ?
- Hermione est-ce que tu es en train de me dire que…
- Oui mon amour. Tu vas être papa. »
Les yeux baignant de larmes, Drago l'enlaça si fort qu'elle peinait à respirer. Il emprisonna son visage entre ses mains et l'embrassa à pleine bouche, tentant de lui montrer tout son amour.
Il posa doucement sa main sur son ventre, la détaillant de ses yeux remplis de joie en répétant, inlassablement, je vais être papa, je vais être papa, son sourire s'agrandissant un peu plus à chaque fin de phrase.
Finalement, Hermione avait raison, son bonheur ne dépendait que de lui, son destin avait peut-être été tracé dans les grandes lignes mais il lui appartenait de combler les vides. Il n'aurait jamais pu espérer mieux les remplir.
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Merci beaucoup d'avoir lu cette histoire.
Et surtout un énorme merci à The White Quill de m'avoir donné ce défi. J'espère que cette histoire t'a plu, j'attends avec impatience ton retour !
N'hésitez pas à me laisser votre avis si vous le souhaitez,
A bientôt !
