PROMPT : C'est une histoire cousue de fil blanc


Contrairement à ce qu'il avait craint, Severus ne rencontra pas la moindre difficulté pour convaincre Granger et Weasley de le suivre. Il lui avait suffit de prononcer le prénom de Harry et ils l'avaient suivi, quittant l'école volontairement et docilement. Leur disparition constatée par Dumbledore, il avait à son tour tranquillement quitté les lieux, soit-disant pour aider aux recherches…

Ébahi par la facilité qu'il avait eu à remplir sa mission, le Maître des potions avait secoué la tête d'un air effaré, et il avait regardé les deux adolescents les sourcils froncés lorsqu'il les avait rejoint.
D'un ton tranchant, il les avait invectivés alors qu'ils étaient hors de Poudlard, et que les deux gamins étaient à sa merci.
- Si j'avais voulu vous nuire, je n'aurais eu aucun mal. Qui vous dit que je ne vais pas vous livrer au Seigneur des Ténèbres ? Après tout j'ai la marque des Ténèbres tatouée sur le bras !
Loin de s'émouvoir, Hermione avait haussé les épaules avec un léger sourire.
- Harry a confiance en vous.

La jeune fille préféra ne pas préciser qu'ils l'avaient longuement observé grâce à la cape d'invisibilité et qu'ils avaient été rassurés de voir qu'il n'était pas si proche de Dumbledore que ça. Et ces derniers temps, c'était bien le Directeur de Poudlard qui semblait le plus dangereux pour l'avenir de leur meilleur ami.

L'homme plissa les yeux avant de souffler en secouant la tête. Il entraîna les deux Gryffondor à sa suite, en marmonnant contre leur stupidité, les fusillant du regard à intervalles réguliers. Lorsqu'il estima qu'ils étaient suffisamment loin de Poudlard pour ne plus attirer l'attention, il sortit un portoloin de sa poche et le tendit. Si Hermione le toucha sans la moindre hésitation avec un regard de défi, Ron plissa les yeux et l'observa quelques instants avant de toucher l'objet à son tour.

Lorsqu'ils arrivèrent dans une pièce où Voldemort les attendait, Ron s'empourpra, mais Hermione pencha la tête, visiblement en pleine réflexion. Le Mage Noir observa les deux jeunes gens face à lui, et se rendit compte qu'ils ne semblaient pas avoir peur de lui. Il fit signe à Severus de quitter la pièce et son Mangemort s'exécuta après une minuscule hésitation à peine visible.
Avec assurance, Hermione fut la première à parler.
- Où est Harry ?

Le Mage noir ricana, notant que cette gamine insignifiante avait plus de courage que les plus aguerris de ses Mangemorts. Un instant, il caressa l'idée de jouer un peu avec leurs nerfs, de les laisser penser qu'ils allaient être un peu bousculés. Au lieu de quoi, il claqua des doigts et quand un elfe de maison apparut, il grogna un "Va le chercher" de mauvaise humeur. S'il ne pouvait plus impressionner ses anciens ennemis, c'était signe que la guerre avait bien trop duré.

Hermione et Ron s'étaient posé bien des questions sur la disparition de Harry, leur principale crainte étant qu'il ait été enlevé et soit torturé dans les cachots de Voldemort. Lorsque Rogue leur avait demandé de le suivre pour aller le voir, Hermione avait commencé à envisager que Harry ne soit pas en danger. Pas plus qu'à son habitude.
Face au Seigneur des Ténèbres, la jeune fille avait soigneusement caché sa peur pour afficher une bravade qu'elle était loin de ressentir.

Cependant, dans tous les scénarios qu'elle avait envisagé, elle n'avait pas un seul instant pensé que son meilleur ami serait chez Voldemort, souriant et en bonne santé, visiblement libre de ses mouvements. Il ouvrit la porte, commençant à parler d'un ton enjoué.
- Tom ? Quel est le…
L'adolescent s'était brusquement tut, avait écarquillé les yeux, son regard passant de Ron à Hermione, puis il avait éclaté de rire et s'était jeté dans leurs bras.

Voldemort avait observé les retrouvailles, constatant que malgré sa présence, Harry avait été accueilli avec joie. Puis, il sortit discrètement de la pièce, laissant les jeunes Gryffondor s'expliquer, légèrement jaloux de cette amitié fusionnelle qu'il n'avait jamais connue.

Une fois tous les trois seuls, Hermione avait posé les poings sur ses hanches et avait pris un air sévère.
- Tu te rends compte que nous nous sommes inquiétés ? Entre ton comportement totalement… idiot et ta disparition soudaine… Tu aurais pu nous laisser un mot au moins ! J'espère que tu as une bonne explication…
Harry haussa les épaules.
- Je n'ai pas vraiment eu le choix. Je… J'étais à l'infirmerie et je me suis réveillé chez Rogue.

Ron grogna, mais Harry leva une main pour l'empêcher de s'enflammer.
- Il avait une bonne raison Ron. Bellatrix a… elle a fait un genre de rituel de Magie noire pour se débarrasser de moi, mais ça n'a pas fonctionné. Au lieu de me tuer, elle a juste réussi à me lier plus encore à Voldemort. Désormais, si je suis… tué, il meurt. Et tant que je vis, il ne peut pas être tué.

Ses deux amis eurent une exclamation de stupeur, et Harry détourna le regard.
- On sait tous que Dumbledore est prêt à tout pour l'éliminer, et… Et bien je suppose qu'il trouverait le moyen de justifier ma mise à mort.

Hermione objecta, mais sa voix était mal assurée.
- Harry, c'est une histoire cousue de fil blanc ! C'est peut être pour t'attirer de son côté ?
- Peut-être. Mais depuis que je suis ici, je dors mieux et je me sens moins en colère qu'avant. Et puis… je suis très bien traité. Sirius est ici avec moi et il va être innocenté. De plus… As-tu vu une attaque sur les moldus ces derniers jours ?

Ron écarquilla les yeux.
- Tu lui as demandé de cesser de tuer des moldus.
Les yeux verts brillèrent de contentement et Harry hocha la tête, enthousiaste.
- Rogue m'a suggéré de… négocier pour améliorer la situation plutôt que de rejeter tout en bloc et de hurler pour rien. Il ne peut plus me faire du mal, maintenant. Il m'a fallu un peu de temps pour accepter, mais Sirius avait l'air d'accord avec la situation donc…

Hermione et Ron échangèrent un regard inquiet.
- Tu es sûr Harry ? Sûr que ce lien existe ? Je veux dire, c'est peut être une façon de te manipuler non ?
- Dobby est venu ici, et il voulait… me "sauver" - Harry mima des guillemets en prononçant "sauver".- Et puis d'un coup, il s'est excité en me parlant d'un lien rare comme celui d'âme soeur et que c'était quelque chose de bien.

Ron émit un couinement étranglé et il pâlit, prenant une teinte légèrement verdâtre.
- âme soeur ? Attends Harry… Tu couches avec Vol… Voldemort ? C'est pour ça que tu es de bonne humeur ?

Harry cligna des yeux en dévisageant Ron. Puis, comprenant qu'il était arrivé à la même conclusion que lui au début, il éclata de rire, se tenant le ventre, incapable de reprendre son souffle. Et à chaque regard sur l'expression nauséeuse de Ron et son air surpris le faisait replonger dans une nouvelle crise de rire nerveux, aggravant l'état du rouquin.