PROMPT : Condamné à mourir


Lorsque Severus était intervenu et avait fait cesser la dispute, Harry avait obéi à son injonction de quitter les lieux, même s'il brûlait d'envoyer l'homme sur les roses. Cependant, il ne voulait pas le mettre en danger en s'opposant directement à ses ordres. Il s'était auto-persuadé que s'il se rebellait contre le Maître des Potions, Voldemort ne se priverait pas de le punir… Même si le Mage noir ne lui avait donné aucune raison de douter de lui.

Harry avait appris à respecter son ancien professeur, et il lui était reconnaissant de lui avoir amené Sirius puis ses amis. Rogue avait pris des risques insensés pour lui, et il connaissait sa mère… C'était suffisant pour qu'il fasse des efforts pour ne plus le défier sans cesse.

Le moral en berne, il rejoignit Sirius dans sa chambre. Il avait l'esprit en déroute, et ne savait plus quoi penser de la situation.
Sirius était occupé à écrire une lettre - probablement à Remus puisqu'il avait repris une correspondance assidue mais prudente avec le Maraudeur - et il leva la tête en l'entendant entrer, un large sourire aux lèvres.
Dès qu'il vit son filleul pourtant, il fronça les sourcils et se leva, visiblement inquiet.

- Harry ?
L'adolescent leva des yeux pleins de larmes vers son parrain.
- Sirius… Tu crois que je suis condamné à mourir ?

L'animagus se releva brusquement et attrapa le jeune homme pour le serrer contre lui, se demandant pour quelle raison Harry paraissait d'un coup avoir perdu tout espoir. Il avait été stupéfié du courage du garçon, qui gardait la tête haute alors qu'il était pourchassé par le mage noir et luttait malgré son jeune âge sans la moindre plainte, qui traversait chaque épreuve avec brio et se relevait toujours, puis qui avait accepté la nouvelle situation avec un calme étonnant compte tenu de son caractère.
- Harry… Pourquoi penses-tu une telle chose ? Je croyais que…
Lorsqu'il leva les yeux vers son parrain, Sirius reçut un coup au coeur en revoyant Lily à travers ses yeux, aussi désespérée le jour où elle avait appris la prophétie. Elle lui avait fait jurer de garder son fils en vie, quoi qu'il puisse arriver…

Le gamin renifla paraissant d'un coup très jeune, bien trop jeune pour toute cette folie.
- Il n'arrêtera jamais la guerre. Il y aura toujours des morts, et… je pourrais cesser ça. Je pourrais juste stopper cette folie, mais je dois…
- Harry.

Le ton sérieux et ferme de Sirius stoppa Harry. L'animagus s'assura avoir la pleine attention de son filleul pour continuer.
- Harry. Oublies la guerre. Tu n'y es pour rien, ça a commencé bien avant ta naissance. Personne ne peut exiger de toi un tel sacrifice Harry.
- Dumbledore…
- Dumbledore est persuadé bien faire mais je suis contre ses méthodes. Il n'est pas Merlin. Si nous le suivons, il te sacrifiera sans hésitation, Harry. Et je refuse que tu sois tué. Tu es précieux. Tu m'es précieux gamin.
- Mais…
- Tu… Voldemort a tué mon meilleur ami. James était un frère pour moi, tu sais. Mais je peux oublier ça si ça permet de te garder en vie. J'ai juré à ta mère de te protéger… Ils sont morts pour toi Harry, par pour une stupide prophétie, juste pour que leur enfant puisse grandir et vivre. J'ai cessé de croire en Dumbledore à l'instant où j'ai découvert quel genre d'enfance il t'avait obligé à supporter, pour son "plus grand bien". Crois moi, tes parents auraient tout fait pour ton bonheur. Tout.

Harry chancela, soulagé par les paroles de son parrain. Il se blottit un peu plus contre lui, profitant de sa présence rassurante et de son soutien inconditionnel.
Après un long moment contre Sirius, Harry se calma et soupira.
- Hermione dit que ça vient de Grindelwald ça. Le truc du plus grand bien.
- Effectivement. Ils étaient amis avec Dumbledore. J'ignore le fin mot de l'histoire, mais c'était la formule de Grindelwald.
- Il est mort ?
- Emprisonné, oublié de tous. Dans la prison qu'il avait fait ériger pour y enfermer ses ennemis.
Harry soupira, ne sachant pas comment réagir à cette information.

Après quelques instants, Sirius reprit.
- Lorsque la guerre contre Grindelwald a pris fin, qu'il a enfin été vaincu, le monde magique a fait la fête. Il y a eu de grands discours du Ministère, jurant que ça ne se reproduirait jamais, qu'ils avaient appris de leurs erreurs. Dumbledore a été célébré comme un héros, porté aux nues et décoré de l'ordre de Merlin. Et puis, à peine quelques années plus tard, Voldemort a fait son apparition. Il n'a jamais caché ce qu'il voulait, mais personne n'a fait le moindre effort pour l'arrêter. Il n'était pas si puissant pourtant, au début, et il avait peu de fidèles, à peine une moitié de sangs-purs désorganisés. Toutes les belles promesses ont été oubliées, et ils ont tous détourné le regard.
- Je ne comprends pas, Sirius. Qu'est-ce que tu essaies de me dire ?
- Je dis que si tu te sacrifies, tu auras une statue à ton nom. Une belle décoration posthume et tu seras cité dans les livres d'histoire. Le garçon qui a donné sa vie, ce genre de choses. Mais dans moins de dix ans, un autre sorcier assoiffé de pouvoir se dressera, et tout recommencera.
- Tu veux dire qu'il y aura encore une guerre ?
- L'Histoire - magique ou moldue - est une succession de guerres Harry. Les hommes adorent se battre, et… ton sacrifice ne changera pas l'avenir.
- Mais tous ces gens…
- Contrairement à toi, ils ont choisi de se battre. Certains avec de bonnes raisons. Les Weasley ont rejoint l'Ordre après le décès des frères de Molly, et parce que le couple voulait un avenir plus souriant pour leurs enfants. D'autres, pour des raisons bien moins reluisantes, comme Greyback qui a une source illimitée de chair fraîche, ou Fol'Oeil qui suivrait son vieil ami Dumbledore jusqu'en enfer.
- Je vais devoir me cacher ? Tout le temps ?
- Le nouveau Voldemort n'est pas si noir que tu l'imagines à ma grande surprise. Il veut toujours le pouvoir mais au moins il a perdu ce côté sanguinaire et sa folie à ton contact. J'ai eu l'occasion de lui demander ses intentions, et il ne veut pas d'une guerre qui s'enlise. Les choses vont changer, Harry, et je suis sûr que tout ça c'est grâce à toi.

L'adolescent gloussa, calmé et rassuré. Le nez dans la poitrine de son parrain, il marmonna un peu honteux.
- J'étais en train de lui hurler dessus quand le professeur Rogue est arrivé nous séparer.
Sirius renifla retenant un rire. Le grand Lord Voldemort tenu en respect par un adolescent en colère… Voilà qui était peu commun.
- Harry… Et pour quelle raison ?
- Sa réunion de Mangemorts… je suis sûr que c'est pour prévoir encore des massacres et des attaques.

Avec un rictus moqueur, Sirius lui ébouriffa les cheveux.
- Ou alors pour leur ordonner de ne pas te blesser ? Pour s'assurer que tu sois en sécurité ? Après tout, s'ils s'attaquent à toi, il risque sa vie…
Les joues rouges de honte, Harry grogna et profita du câlin offert par Sirius, sans un mot de plus. Il était certain qu'il en entendrait encore parler…