PROMPT : Figures fantomatiques
L'analyse de Severus sur le comportement de Harry fit longuement réfléchir Voldemort. Il n'avait pas l'habitude de se soucier de ses proches et encore moins de ses opposants, mais le jeune homme avait toujours été à part.
Même lorsqu'il était enfant - et qu'il se laissait encore appeler Tom Jedusor - il n'avait jamais eu de problèmes de conscience. Personne ne lui avait jamais appris à se sentir coupable après tout. Personne ne lui avait appris à ressentir ces sentiments, et c'était plutôt une bonne chose à son sens.
Lorsqu'il était puni pour s'être battu avec un autre enfant de l'orphelinat, ou parce qu'il avait pris quelque chose qu'il convoitait, il était juste furieux de s'être fait prendre. Il n'avait pas de regrets, et ne voyait pas l'intérêt de s'excuser.
A Poudlard, il s'était isolé encore plus, parce qu'il était différent de ses camarades de maison. Les Serpentard étaient majoritairement des sang-purs venant de familles fortunées, élevés pour devenir les futurs membres du Magenmagot. L'ambition coulait dans leurs veines, ce qui les destinait sans surprise à atterrir chez les verts-et-argent.
Tom lui avait été un orphelin sang-mêlé pauvre, et il n'avait pas eu d'amis. Il avait continué à se battre pour s'imposer et à prendre ce qu'il voulait, mais cette fois, il se montrait plus sournois, digne de sa maison. Il ne s'intéressait pas aux sentiments, et à aucun moment il n'éprouva de culpabilité.
Ni lorsqu'il mentait aux professeurs pour avoir accès à la réserve interdite de la bibliothèque, ni lorsqu'il accusa Hagrid et le fit renvoyer. Et surtout pas lorsqu'il profita des vacances pour aller tuer sa dernière famille, aussi bien sorcière que moldue.
Avec les années, Tom avait appris à provoquer la culpabilité chez les autres pour se servir d'eux. Un Mangemort se sentant coupable d'avoir échoué était plus facilement manipulable. Et il devenait rapidement plus serviable.
Le jeune Potter semblait au contraire ressentir tous les sentiments qui lui faisaient cruellement défaut. C'était peut être le fait d'avoir connu l'amour parental la première année de sa vie…
Cependant, même avec la meilleure volonté du monde, Voldemort ne savait pas comment soulager le garçon de ce fardeau. Les choses auraient été plus simples si Potter était juste… comme lui. Dépourvu de tous ces sentiments inutiles.
Juste après avoir reçu ses Mangemorts et avoir répété que Harry Potter était intouchable - lui seul avait le droit de s'occuper du gamin, et il s'assura de faire entrer le message dans l'esprit de ses fidèles à coups de Doloris - il quitta son Manoir pour un voyage express. Il avait l'intention de récupérer l'une de ses possessions, un objet de famille qu'il n'avait pas touché depuis de nombreuses années.
Il trouva ce qu'il était venu chercher dans cette bicoque branlante avec soulagement, signe que son plus grand secret n'avait pas encore été percé à jour. Finalement, le vieux fou n'était pas si omniscient qu'il ne l'avait cru.
Sans un regard en arrière, il rentra à l'abri dans son repère, avec peut être la solution pour soulager Harry de sa peine…
Lorsqu'un elfe vint chercher Harry pour qu'il retrouve Voldemort dans le petit salon où ils se retrouvaient souvent, l'adolescent se raidit, persuadé qu'il allait payer pour son éclat un peu plus tôt. Ou plutôt qu'un de ses proches allait payer pour lui, puisqu'il était intouchable…
Sirius lui avait fait prendre conscience qu'il avait été totalement irrationnel, et il avait réussi à se calmer suffisamment pour redevenir lucide.
Cependant, il était un Gryffondor plein de courage, et il n'avait pas l'intention de faire honte à sa maison. Bien que plein d'appréhension, il se rendit au rendez-vous - qui avait des allures de convocation - la tête haute.
Voldemort était installé dans son fauteuil habituel, fixant le feu de cheminée. Harry prit place près de lui, en silence et sans un mot. Même si l'homme n'avait eu aucune réaction, le jeune homme savait pertinemment qu'il l'avait senti arriver.
Le Mage noir soupira.
- Je ne compte pas te hurler dessus. De nous deux, c'est toi le Gryffondor impulsif…
Malgré lui, Harry laissa échapper un gloussement et se détendit légèrement. Peut être que Sirius avait raison après tout, peut être que les choses allaient s'arranger malgré tout. Malgré l'identité de celui qui était près de lui.
Harry se mordilla la lèvre avant de se forcer à prononcer les mots qui tournaient dans sa tête.
- Je suis désolé. Pour t'avoir hurlé dessus comme ça. Je… C'est juste que…
- Tu en as assez de la guerre.
Surpris, Harry dévisagea l'homme, et hocha la tête. Voldemort regardait toujours les flammes mais il sembla capter le mouvement du plus jeune puisque ses lèvres s'étirèrent en un léger sourire.
Le Mage Noir prit une petite boîte près de lui et la tourna entre ses longs doigts.
- Severus m'a fait prendre conscience que tu étais probablement déchiré entre ta conscience et ton envie de rester en vie. Entre le bien et le mal. Je ne saurais quoi te dire pour t'apaiser, mais j'ai peut être une solution pour t'aider.
Harry fronça les sourcils, sans répondre. Voldemort lui tendit la boîte et Harry l'ouvrit avec inquiétude, avant de se détendre en découvrant une bague.
- Tom ? Je ne comprends pas ?
- C'est la bague des Gaunt. Ma famille maternelle. C'est un objet particulier, puisqu'il provient des origines même de ma famille. La pierre qui est montée sur l'anneau est la pierre de résurrection.
Harry sursauta brusquement. Voldemort reprit aussitôt, après lui avoir jeté un rapide coup d'œil amusé.
- Ne t'emballe pas, elle ne ramène pas les morts à la vie. Cette pierre permet de… parler aux être chers qui nous ont quitté. J'ai pensé que… Que tu pourrais bénéficier des conseils de tes parents pour savoir ce que tu devais faire. Tu as juste à penser à eux en serrant la pierre dans ta main.
Harry ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, stupéfait. Il regardait la bague avec fascination et une pointe de crainte, n'osant pas la toucher. Voldemort se leva et lui posa une main sur l'épaule.
- Fais moi part de ta décision.
En sortant de la pièce, Voldemort soupira. C'était un pari risqué, mais il était persuadé que Lily Potter ne dirait pas à son fils de se sacrifier. Pas après avoir donné sa vie pour qu'il puisse vivre.
Harry resta longtemps à contempler la bague, puis, il avança la main et toucha la pierre. Lorsqu'il leva les yeux, il vit les figures fantomatiques de ses parents, et il fondit en larmes, ému au delà des mots.
Sa mère s'agenouilla devant lui pour se placer à sa hauteur et lui sourit tendrement, tandis que son père se tenait derrière elle, bienveillant.
- Maman… Papa… Je suis perdu… Je sais que je devrais accepter de mourir mais…
Lily l'interrompit en posant une main sur sa joue. Harry eut l'impression d'un souffle d'air glacial l'effleurait et il frissonna.
- Harry ! Nous avons toujours voulu que tu vives. Rien d'autre. Nous t'aimons tellement…
- Mais il vous a tué et je le protège…
- Nous sommes près de toi, Harry. Et nous sommes si fiers de toi. Ne cherche pas à nous venger, ce n'est pas l'important. Ce que tu fais pour changer les choses pourrait bien être la seule solution de mettre fin à la guerre sans effusions de sang.
- Alors… je peux rester… avec lui ?
James prit la parole, avec un sourire malin.
- Bien évidemment mon fils. Et surtout, n'oublies pas que tu es fils de Maraudeur. N'abdique pas avant de lui en avoir fait voir de toutes les couleurs…
Soulagé, Harry gloussa. Il se sentait plus léger, terriblement soulagé. Une part de son mal être s'était évaporé en découvrant que ses parents le soutenaient, quoi qu'il puisse faire.
