Disclaimer : Pokémon ne m'appartient pas.
Reverse-end Unys : Aussi distincts que le noir et le blanc
Partie I : L'inconnue de l'équation
Il manquait quelque chose à son histoire.
N le savait. Il n'y avait rien de plus évident. Sa victoire était totale. Il avait été le Dresseur le plus puissant d'Unys, à l'époque où les Dresseurs existaient encore. Son idéal était devenu la réalité. Les Pokémon étaient libres du joug que les humains leur imposaient. Ils n'avaient plus à obéir à leurs ordres, à être leurs esclaves. Ils étaient aussi séparés que le noir et le blanc, comme N l'avait toujours souhaité. Comme c'était censé être. L'ordre naturel des choses était rétabli. Pourtant, ce monde nouveau ne lui semblait pas aussi parfait qu'il aurait dû. N n'avait pas pu le fonder comme il l'avait souhaité. Il n'y avait pas eu de grands combats, l'affrontement de deux idéologies. Il n'y avait eu que lui. La légende n'avait pas revécu. Les deux Dragons Légendaires ne s'étaient pas réveillés en même temps. Il n'y avait pas eu les deux héros. Pourtant... Pourtant il avait eu une impression... un rêve... une intuition. La réalisation de son rêve aurait dû se fonder sur le combats entre deux héros, accompagnés des Dragons Légendaires. La bataille entre l'Idéal et la Réalité... Il l'aurait gagné. Sans doute... Peut-être... Qui sait ?
Mais il avait gagné. Sans avoir besoin de réellement combattre. Il avait vaincu l'ancien Maître si facilement que cela ne pouvait même pas être qualifié de combat. Et maintenant, il était roi. Le roi d'un monde nouveau.
Malgré toutes ses réussites, il avait un goût amer dans la bouche et un étrange poids sur le cœur.
Les Pokémon libres.
Les hommes aussi loin d'eux que possible.
N s'avança jusqu'à la fenêtre du palais. Une nature luxuriante se déployait dehors. Le soleil brillait avec force dans le ciel. Des Pokémon Vol dansaient joyeusement entre les nuages, portés sur les ailes du vent. Et, même s'il ne les voyait pas, il entendait les Pokémon échanger dans les sous-bois. Une certaine nostalgie l'envahit. Il voulait les rejoindre. Il n'avait pas quitté le château depuis son couronnement. Il n'avait passé que très peu de temps avec les Pokémon depuis leur libération. Il faudrait qu'il leur parle bientôt. Il voulait entendre leurs impressions, leur point de vue. Ce devait être aussi merveilleux qu'il l'avait imaginé.
Mais quelque chose dans l'air clochait. L'équation avait beau être complète, son résultat semblait faux. Pas à cause d'une inconnue – celle-ci aurait existé en amont de la réalisation de son idéal – mais d'une erreur. Un chiffre qui n'était pas à la bonne place.
Il devait s'en assurer et il existait une façon bien simple d'y parvenir.
N quitta son poste d'observation. Il tourna le dos à la fenêtre et traversa sa chambre, se déplaçant entre les jouets qui lui avaient tenu compagnie pendant son enfance. Les murs portaient de profondes marques de griffes. Des caisses étaient renversées et répandaient leur contenu sur le sol. N contourna le petit train aux wagons multicolores qui avançait inlassablement sur ses rails. Il marchait sans prêter attention à rien. Il n'avait aucune affection pour cet endroit, aucun souvenir pour adoucir son esprit et son cœur. Au contraire. La douleur et les cris de désespoir des Pokémon brisés, qui lui avaient été confiés, hantaient ce lieu. Il pouvait encore la ressentir et les entendre, comme si tout cela se passait à l'instant même. Son cœur s'en brisait un peu plus...
Mais c'était longtemps auparavant. Il avait finalement réussi à séparer les humains des Pokémon. Ces deux mondes qui n'auraient jamais dû se mêler. Ces deux mondes qui ne se mêleraient plus jamais.
Il avait réussi.
N avait beau se le répéter, le savoir, il n'arrivait pas à s'en réjouir. Il lui restait cette impression entêtante qui s'accrochait à lui et ne voulait pas le lâcher, l'impression que rien ne s'était déroulé comme prévu et que ce n'était pas la bonne fin pour son histoire, même si c'était celle qu'il avait désirée.
N s'engagea dans le couloir. Il avança, longeant les arches qui donnaient sur l'extérieur. Les personnes qu'il croisa, des sbires de la Team Plasma, s'inclinèrent devant lui. Il les salua brièvement sans cesser d'avancer. Il se sentait oppressé. Le doute qui le narguait depuis sa victoire était trop fort pour être ignoré plus longtemps. Peut-être qu'il n'aurait pas dû l'ignorer. Peut-être qu'il aurait dû accepter d'y faire face dès qu'il avait senti sa présence.
N ouvrit les portes menant à la salle du trône. Debout au pied du siège imposant, G-Cis était en grande conversation avec le reste des Sept Sages.
- Un instant ! lui ordonna-t-il sans le regarder.
N attendit. Les huit adultes terminèrent leur discussion puis se séparèrent. Les Sages passèrent à côté de lui. Seul Rood lui adressa un signe de tête respectueux, auquel il répondit. Il s'efforça d'étouffer son angoisse. L'attitude des Sages ne voulait rien dire. Ils avaient énormément de travail et de nombreuses préoccupations. Ils ne l'avaient sans doute pas ignoré délibérément. De toute façon, il ne faisait pas partie de ces rois qui exigeaient le respect de ses sujets. Il leur devait tout.
- Que veux-tu ?
- Sortir. Voir de mes propres yeux l'état du monde. Entendre ce que les Pokémon en pensent. Je veux être certain que tout s'était amélioré pour eux.
G-Cis sourit. N crut brièvement lire de la condescendance en lui. Non. Ça devait être comme avec les Sages. Il se faisait des idées. G-Cis était celui à qui il devait tout. Il l'avait accueilli, élevé. Il avait mis tous ses moyens à son service pour lui permettre de réaliser son idéal.
- Ce n'est pas possible.
- Mais...
- Un roi doit régner depuis son palais. Cela crée la stabilité. Nous venons d'établir un ordre nouveau. Tu ne veux pas le mettre en danger, n'est-ce pas ?
N ferma les yeux. Il y avait tant de vrai dans ce que disait G-Cis. Son désir de sortir était égoïste. Il devait agir avec la magnanimité d'un roi.
- Non.
G-Cis posa une main sur son épaule. N ouvrit les yeux.
- Continue d'agir pour le bien de tes sujets, comme tu l'as toujours fait. Dès que la situation sera stabilisée, tu pourras aller où tu le désires.
La main de G-Cis quitta son épaule. N lutta contre sa panique. Un bon roi ne doutait pas de ses sujets et, surtout, il ne doutait pas de son conseiller le plus loyal.
- C'est ce que je compte faire.
- Bien.
G-Cis partit, ses pas résonnant dans la salle trop vaste.
Partie II : Faire danser les pantins
G-Cis en avait assez. Il avait encore besoin de N, malheureusement. Cette grotesque parodie d'être humain, dépourvue d'âme, était la seule manière qu'il avait de faire bouger ses pantins. Ils voulaient une figure vers laquelle lever les yeux, un roi. G-Cis le leur avait donné. Ils désiraient un destin grandiose, incarner les défenseurs d'une cause juste. Là encore, G-Cis les avait satisfaits. Si c'était tout ce qu'il leur fallait pour lui obéir, il était prêt à exaucer l'ensemble de ces désirs. Après tout, les minuscules efforts que cela lui demandait n'était rien en comparaison à ce que cela lui rapportait.
Une armée prête à exécuter le moindre de ses ordres.
Un monde déposé à ses pieds.
Une fois qu'il pourrait se débarrasser de N, tout serait parfait. Maintenant qu'il avait atteint son objectif, que seule une élite qu'il contrôlait disposait des pouvoirs infinis des Pokémon, il n'avait plus la patience de le rassurer. Il devait trouver un moyen d'asseoir sa domination et de se débarrasser de lui discrètement. Ou le faire disparaître de façon à ce que cela serve ses intérêts. Un symbole. Une disparition causée par ces horribles Dresseurs qui asservissaient les Pokémon et ne supportaient pas le nouvel ordre mondial.
Voilà ce qui serait parfait et qui motiverait ses troupes.
G-Cis devait faire vite. N nourrissait de plus en plus de doutes. Il ne pouvait pas le laisser découvrir la vérité. Si jamais cela devait arriver, son pouvoir serait affaibli. N retournerait les membres de la Team Plasma qui lui étaient fidèles contre lui et, malheureusement, ces imbéciles étaient nombreux.
D'ailleurs, le Sage Rood était lui aussi de trop. Contrairement aux autres, il montrait de l'affection – et même de la loyauté – à l'égard de N.
G-Cis devait tout planifier soigneusement. Il ne pouvait pas risquer la moindre erreur.
Il sourit.
Il était temps de couper les fils.
XXX
- Que t'arrive-t-il N ?
L'interpellé leva la tête. Deux jeunes femmes se tenaient dans l'encadrement de sa chambre, se tenant par la main. L'une arborait des teintes orangées, l'autre roses. Helena et Verbena. Une vague d'amour enfla dans son cœur. Si G-Cis l'avait recueilli, elles l'avaient élevé, et entouré d'autant de paix et d'amour que possible au sein de ce monde injuste.
- J'ai l'impression d'être inutile. À quoi peut servir un roi s'il ne protège pas ses sujets ? S'il ne fait pas tout ce qui es en son pouvoir pour assurer leur bonheur ?
- N'est-ce pas déjà ce que tu as fait ?
- J'ai essayé.
- N'as-tu pas changé le monde pour eux ?
- Comment être certain que j'ai changé le monde si je ne peux pas le voir de mes propres yeux ?
Son impression dérangeante ne le quittait pas. Il avait l'intuition d'avoir échoué, malgré tout ce qui prouvait le contraire.
- Et s'il manquait un nombre à mon équation ? Murmura-t-il.
Les jeunes femmes s'assirent de chaque côté de lui.
- Tu as pris tous les paramètres en compte, voulut le rassurer Verbena. Nous t'avons vu réfléchir soigneusement à chaque étape de ton périple.
- Veux-tu que nous en parlions à G-Cis ? lui demanda Helena. Nous pourrions lui demander de te laisser voyager de nouveau.
- Je lui ai déjà demandé. Il m'a dit qu'il faut attendre que la situation se stabilise.
Helena et Verbena échangèrent un regard inquiet.
- Ça pourrait prendre du temps.
- Je sais.
Elles lui prirent une main chacune. Malgré leur présence rassurante et aimante, le doute persistait.
Et s'il avait fait fausse route ?
Et si séparer le noir du blanc ne suffisait pas ?
FIN
Note : Bien évidemment inspiré par l'épisode Rainbow Rocket d'Ultra Soleil et Lune. J'avais pensé en faire un avec Silver aussi mais...
