Chapitre 15 : Sentir l'air glacé

J'ouvris précipitamment le robinet et de l'eau fraîche se mis à couler dans le lavabo de la salle de bain. J'y passai d'abord mon bras toujours aussi enflé en dessous afin de le rafraîchir. La froideur de l'eau me soulagea légèrement.

Assis sur le rebord de la baignoire derrière moi, mon clone me regardait faire en silence.

Ensuite, d'un mouvement maladroit, je récoltai de l'eau entre mes mains et la portai à mon visage. Je voulais me débarrasser de cette transpiration qui n'était pas la mienne. Me débarrasser de ce moment, tout simplement.

Après 5 minutes à laver et essuyer méticuleusement mon visage, je me retournai vers mon double et m'accoudai au lavabo. Il me regardait d'une manière indescriptible, toujours en silence. Nous n'entendions que les dernières gouttes d'eau heurter la parois en céramique derrière moi.

« Bon... » Entamai-je.

Il me regardait toujours. Il n'avait pas son air abruti habituel. Il avait compris ce que je m'apprêtais à dire.

« Je pense qu'il va falloir faire une pause, tu ne crois pas ? »

Ses sourcils se froncèrent dans un mécontentement visible.

« Je ne tiens pas à perdre la vie avec tes conneries. Donc je suppose que tu seras d'accord pour ne pas mourir avec moi.

- Zoro ne nous tuerait jamais.

- Ah oui ?! C'est pas ce que j'ai ressenti dans son aura tout à l'heure.

- Il ne ferait jamais ça ! » S'exclama-t-il en haussant le ton pour affirmer ses propos.

Je poussai un soupir avant de m'allumer une nouvelle cigarette en espérant qu'elle me rende cette situation plus agréable.

« Écoute, t'y es allé un peu fort avec ta demande. En vue de ce qu'il m'a dit, il vaut mieux le laisser respirer un certain temps non ?

- Le baiser n'a rien à voir ! C'est ta façon d'opérer qui était complètement nulle. »

Ses propos ne faisaient aucun sens à mes oreilles. Cependant, j'étais beaucoup trop épuisé de ma journée que pour m'acharner à le comprendre.
Je repositionnai mes vêtements de manière soigneuse et je me dirigeai vers la porte.

« Laisse lui quelques jours, c'est tout. »

Mon clone se pris le visage dans ses mains, se recourbant sur lui même en pleine réflexion.

« Évidemment, ça t'arrange bien toi, de faire une pause. Si j'accepte ce n'est certainement pas pour toi mais pour Zoro. Dans l'état actuel des choses il va se braquer si je t'envoie l'approcher. Je n'ai pas envie de ruiner tout notre travail.

- Quel travail ?! On se déteste toujours autant qu'au départ. Lâchai-je d'un ton fatigué.

- Vraiment ?! »

Il me fixait maintenant droit dans les yeux, le regard pétillant et transperçant. Je ne pouvais m'enlever l'idée que faisant partie de moi il savait exactement ce à quoi je pensais. Après tout, c'était logique.

Une image du Marimo m'aidant à faire la vaisselle apparue dans mon esprit.

Il est vrai que cette discussion n'avait pas été désagréable pour une fois et que j'y avais entraperçu un début d'entente entre nous. Mais de là à dire qu'il y avait une réelle progression...

Lorsque je sortis de mes pensées, je remarquai que mon clone avait disparu.


Suite à cette discussion, la journée prit fin et laissa place à une autre, toute aussi morne.

Cela faisait maintenant plus de 24h que notre cher sabreur prenait un malin plaisir à me montrer sa colère probante.
Lors des repas, une aura polaire émanait de son corps. J'étais pourtant le seul à sembler l'apercevoir. D'un point de vue extérieur, il agissait de manière tout à faire banale. Il prenait même part, en temps voulu, aux conversations de mes nakamas. Cependant, dès que je m'approchais de la table, un froid glacial me transperçait le corps et il me lançait un regard éloquent de toute haine envers moi.

Ne faisant pas le fier, je prenais la décision de ne pas m'approcher plus. Je disposais la nourriture devant mes camarades puis je retournais directement devant mes fourneaux. Cela faisait maintenant 3 repas que je mangeais debout devant mon plan de travail. Heureusement, les autres n'avaient rien remarqué. Il m'arrivait souvent de faire cela, lorsqu'une préparation retenait mon attention durant le repas.

Il avait été décidé aujourd'hui qu'il s'agissait du tour de ma magnifique Nami-swan de m'aider à la vaisselle, Zoro ayant été clair sur son rejet de continuer cette tâche avec moi. En temps normal, je m'y serais fortement opposé, ne voulant pas infliger cela à ma mellorine. Mais ici, je préférai m'effacer de la discussion.

Faire la vaisselle n'aurait jamais pu être aussi agréable si je n'avais pas encore cette histoire de pari en travers de la gorge. Nous avions discuté de manière très courtoise pendant plus de vingt minutes. Nami-san m'a fait part de son inquiétude face au climat qui ne semblait toujours pas lui indiquer la proximité d'un nouveau pied à terre. Sur quoi je pu rebondir en la rassurant sur nos réserves de nourritures qui ne diminuaient que lentement grâce aux garçons et aux inventions d'Ussop.
Mon cœur se réchauffa lorsque je la vis soulagée. J'avais l'impression de ne pas avoir pu profiter d'un moment agréable avec l'un de mes nakamas depuis que toute cette histoire de clone avait commencée.

La discussion prit alors une tournure qui ne me plaisait plus autant. Nami-san me confia son bonheur face à l'arrêt de nos disputes incessantes avec le bretteur du dimanche. Elle trouvait même que nous nous entendions bien maintenant. Je ne sais pas où elle a été chercher cette idée, surtout aujourd'hui.
Voyant que le sujet me refroidissait, elle y mit alors fin en terminant en même temps la pile de vaisselle.

Je traînais avec moi une mauvaise humeur permanente. J'essayais de ne pas y penser mais à chaque fois que j'avais le malheur de croiser le marimo, tout me revenait en pleine face. L'ambiance à bord était devenue toxique pour moi avec cette situation. Je n'arrivais pas à profiter de ma journée en sachant qu'un être voulait ma mort dès que j'atterrissais sans le vouloir dans la même pièce que lui. Mes journées se résumaient en la préparation de mes recettes et le service du repas. J'avais perdue toute gaîté à la tâche.

Le silence du marimo me permit de voir également à quel point je manquais d'interactions avec mes nakamas ces derniers temps. Faire la vaisselle avec ma douce mellorine avait été mes seules conversations de la journée. Depuis le départ de l'île automnale, Zoro avait accaparé toutes mes pensées. J'étais tellement obnubilé par ce fruit du démon et l'accord que j'avais passé avec lui que j'en avais délaissé mes interactions au profit des moments passés avec le bretteur. Un léger vide s'était créé en moi lorsque je l'avais compris. A quel moment je m'étais mis à converser avec lui de manière plus ou moins naturelle ? Il aura fallut qu'il m'enlève ces moments pour que je le remarque.


Lorsque le 11ème jour à bord s'entama, je me décidai pour changer à participer à une séance de pèche. Ma main me faisait moins souffrir mais j'avais quand même été relayé au rôle de 'protecteur des mandariniers' pour ne pas avoir à tenir de cane à pèche.

Les fous rires fusaient lorsqu'un de mes nakamas se faisait emporter par le fil de sa cane à pèche. Les poissons étaient décidément très costaux dans ces eaux. Ussop quant à lui, activait sa nouvelle invention lorsqu'il sentait quelque chose tirer sur le bout de sa cane personnelle.

« Ouhaaaaa... celui là je l'aurai ! » Cria Ussop en appuyant sur son dial.

Une structure de tuyaux se mis à tourner sur elle même suite à la propulsion créée par le dial. Un petit tourbillon se créa devant les garçons et dans un immense impact d'explosion, de l'eau se mis à éclabousser tout le bateau. Un énorme poisson jaillit de l'eau, complètement assommé. Tout le monde écarquilla les yeux face à la taille de la bête et des 'Oooooooh' retentissaient. Je le vis dangereusement retomber vers moi. C'était à mon tour de passer à l'action. Lorsqu'il se trouva à 3 mètres au dessus des magnifiques mandariniers de Nami-San, je sautai d'un bond et le percutai d'un violent coup de pied qui dévia sa trajectoire vers le centre du bateau. Le monstre termina sa course dans un bruit sourd et secoua le mât du bateau au passage.

Mes nakama hurlaient de joie et félicitaient Ussop pour son invention. J'affichai un grand sourire à la vue de leur émerveillement.

Soudain, mon sang se glaça. Je su que quelque part, le Marimo avait posé ses yeux sur moi. Je m'étais maintenant habitué à cette douloureuse sensation. Je longeai du regard le mât qui s'arrêtait doucement de vaciller jusqu'à poser les yeux sur la vigie. Des yeux noirs me fixaient. Des yeux noir, entourés d'un visage bronzé et de cheveux verts.

Je détournai immédiatement le regard et tentai de faire abstraction. Après quelques secondes, cette sensation désagréable avait disparue. Le marimo avait du s'en aller afin de trouver un endroit plus approprié pour faire sa sieste.

« Tu vois, il continue de s'inquiéter pour toi. »

Je fis volte face vers mon double qui avait surgit d'entre les feuillages et était accroupi à 1 mètre de moi.

« C'est la plus grosse connerie que j'ai jamais entendue, et pourtant t'avais déjà placé la barre haute !

- Bla bla bla, change de registre un peu.

- Et toi arrête de faire l'enfant !

- Si y'a un enfant ici, il se trouve en face de moi ! Me répondit-il, visiblement piqué au vif.

- Allez, zouu zouu, disparaît abruti ! » Dis-je en me jetant sur lui. « Sors pas comme ça en plein jour à la vue de tous. »

Je me débattu quelques secondes avec lui pendant que des feuilles me tombaient au visage.

« N'abîme pas les mandariniers !

- C'est toi qui t'es jeté sur moi ! »

Je m'éloignai directement de lui, afin de limiter les dégâts.

« Ce que t'es colérique mon vieux ! Pourquoi tu me sautes toujours dessus dès que je viens te parler ?! Dit-il, la mine boudeuse.

- Tu me poses vraiment la question ? Regarde où on est ! » Répondis-je, exaspéré.

Je repris doucement mon souffle tout en tendant l'oreille pour vérifier que nous n'étions pas démasqués. Rien à signaler.

« Soit. Tu as bien vu qu'il s'inquiète. Il est temps de repasser à l'action !

- Je sais pas où t'as fumé qu'il s'inquiète. Il vient de me fusiller du regard pour l'avoir dérangé dans sa sieste oui.

- T'es vraiment pas doué pour le comprendre mon pauvre. Lâcha-t-il, exaspéré à son tour.

- Ça fait deux jours qu'il souhaite ma mort et fait tout pour me le montrer.

- Encore une fois, Zoro-ne-te-tuerait-jamais ! »

Puis, d'une même voix, nous crions en même temps.

« C'est pas possible d'être aussi borné ! »

Nous nous échangeâmes un regard. Je dois avouer que le comique de la situation me fit partir mon énervement.

« On est d'accord. » Dis-je. « Je suis quelqu'un de borné après tout. »

Ma réplique provoqua un brusque rire chez mon clone. Reprenant son souffle, il se releva pendant que je ramassais une mandarine qui s'était détachée de son arbre à côté de mon coude.

« SANJI ! »

Je levai les yeux et mon clone en fit de même. Un poisson d'une taille encore plus gigantesque que le précédant fonçait droit sur nous. Avant que je n'ai eu le temps de me relever, mon double se jeta d'un bon dans les airs afin de refaire le coup de pied de défense que je venais d'opérer 5 minutes avant, sous les acclamations des autres. Le poisson vola, une nouvelle fois, droit sur le mât du bateau. Mes camarades qui se trouvaient encore autour du premier poisson l'évitèrent de justesse dans un cri de joie.

« Ouhaaaa, il a l'air délicieux celui-là ! » S'époumona Luffy.

Toujours caché au pied de mon arbuste, je ne pu que regarder mon clone se réceptionner un peu plus près du bord de la plateforme sur laquelle nous nous trouvions. Près du bord, trop près du bord ! Je le vis poser son pied à moitié dans le vide et basculer en arrière. Il disparu, en tombant sur la partie arrière du bateau.
Décidément, mon pauvre corps est mis à rude épreuve ces derniers temps...

Je me faufilai entre les arbustes en rampent pour être sûr de ne pas être remarqué et allai voir ce qu'il en était. Ce guignol était étalé de tout son long en plein milieu de la poupe arrière, telle une étoile de mer échouée.

« Oï. »

Il ne me répondit pas immédiatement, grimaçant et gémissant de douleur.

« Oï, dépêche toi de virer de là ! Chuchotai-je.

- Hmm... Je me suis bien co...gné la tête... Marmonna-t-il à son tour.

- Une chance que personne ne nous... »

Je me stoppai immédiatement de parler, entendant des bruissements de pas non loin de moi. En moins d'une seconde, je m'étais mis en boule sous une branche d'arbre particulièrement touffue. Les bruits de pas se stoppèrent près du bord. Je bougeai doucement la tête, afin de voir de qui il s'agissait.

Le Marimo. Mais pourquoi ?! Quel est ce timing de merde ? Que fait-il là ?

Il était droit comme un piquet, tenant une serviette à bout de bras, le regard penché vers mon clone toujours gémissant à terre.

Mais c'est pas vrai ? Il faisait la sieste il y a même pas 5 minutes, pourquoi a-t-il fallut qu'il décide de venir s'entraîner maintenant ?!

Mon clone ouvrit légèrement les yeux et s'aperçut de la présence du nouveau venu. Je ne pu que, impuissant, les regarder se toiser tous les deux, sans un mot. A ma grande surprise, mon clone n'avait pas immédiatement commencé à raconter des idioties. Le marimo, quant à lui, semblait refaire le monde dans sa cervelle de moineau vu le temps qu'il avait déjà passé planté là. La mine fermée, il était immobile.


Fin du chapitre 15~
Pourquoi est-ce que je visualise la fin de mon chapitre comme un drama coréen ? hahaha Le genre de scène au ralenti avec tous les protagonistes qui se fixent en silence, la musique du générique qui se lance et la scène découpée en 46 milles plans différents. Vous voyez le genre ?