Chapitre 16 : Se méprendre dans le silence

Mon clone avait relevé légèrement la tête pour mieux regarder le nouvel arrivant. Il semblait ébloui par le soleil qui se trouvait au dessus de nous et reposa sa tête sur le bois. On l'entendit marmonner quelque chose tout en plissant les yeux dans une grimace.

Zoro ne bougeait toujours pas et continuait de le fixer. Cela en devenait extrêmement gênant. Je me maudissais d'avoir sans le vouloir laissé ma place à mon clone dans une situation pareille.

Alors que j'avais détourné la tête pour faire un état des lieux de ma position et analyser ce qui était en mon pouvoir de faire pour bouger sans me faire entendre, la silhouette du marimo fit un bon pour descendre sur la poupe, me faisant légèrement sursauter. Il atterrit à quelque mètres de mon double et s'avança lentement jusqu'à s'arrêter à quelque centimètres de son visage. Mon double avait toujours les yeux fermés et secouait légèrement la tête pour essayer de faire passer la douleur de sa chute. Après avoir étudié son visage quelques secondes, d'une mine sombre, Zoro s'accroupit pour se placer plus proche de son niveau. Cette action sembla avertir mon double de sa présence et il rouvrit les yeux, ne bougeant plus du tout.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? » Demanda Zoro d'une voix extrêmement sérieuse.

Mon double ne répondit pas, toujours totalement immobile. On dirait qu'il s'est prit un sacré coup sur la tête pour rester aussi silencieux depuis tout ce temps. Zoro scrutait toujours la moindre expression de son visage, visiblement en recherche de réponse. Puis, il se releva d'un coup et commença à repartir dans ma direction.

« Je vais te chercher Chopper. » Annonça-t-il.

Merde ! C'est bien la dernière chose que je veux qu'il fasse ici ! Chopper remarquera sûrement quelque chose cloche s'il ausculte mon double !

Zoro s'arrêta soudain d'avancer, la main de mon double retenant faiblement le bas de son pantalon.

« ...Attends… non... » Sorti de ses lèvres.

A ma grande surprise, après une courte pause, le marimo lui obéit et alla se poster à nouveau à côté de lui.

« C'est bon. » Tenta de dire mon clone pour le rassurer.

Zoro sembla hésiter puis s'assit à côté de lui en silence. Je ne percevais plus cette aura meurtrière qui me glaçait le sang depuis deux jours. Il paraissait confus et mal à l'aise. Quelque chose semblait lui démanger la cervelle mais il se retenait de parler.

Mon clone se mit alors à lui sourire, retrouvant sûrement peu à peu ses esprits et leva le bras vers lui.

Faut pas qu'il déconne trop celui-là. Ok, c'est une situation de crise mais il n'est pas en droit de faire le con non plus !

Il posa le bout des doigts sur sa joue.

Mais bordel qu'est-ce que je disais ?!

Zoro sursauta légèrement mais ne réagit pas plus que ça. Il fixait mon double droit dans les yeux avec toujours son air mal à l'aise. Ensuite, mon double fit parcourir ses doigts sur sa joue dans une caresse. Son sourire s'amplifia en voyant que le second n'avait pas l'intention de le repousser.

Zoro finit par baisser la tête et fixer le sol, toujours à la recherche de ses mots.

« ...Je suis désolé. » Lâcha-t-il enfin.

Quoi ? Désolé ? De quoi ?! Je ne comprenais pas du tout, et mon clone semblait ne pas comprendre non plus. Il affichait des yeux rond et un regard interrogateur. Zoro releva la tête et l'aperçu.

« … de ne pas t'avoir cru. » Poursuivit-il.

Le regard interrogateur de mon double s'intensifia, ce qui mit le marimo encore plus mal à l'aise. Il se remit à chercher ses mots, gigotant légèrement sur lui même

« C'est ma faute non ? Ton état. » Termina-t-il, le rouge montant aux joues.

J'étais bouche baie, mon clone faisait de même. Mais qu'avais-je fais au seigneur pour que Zoro arrive dans un timing pareil et se mette à croire que l'état d'étoile de mer échouée du guignol était du au pseudo fruit empoisonné auquel je lui avais fait croire ?!

A bien y réfléchir, il n'avait pas tord de croire cela. Deux jours que je reste loin de lui et il tombe nez-à-nez avec mon corps dans un état lamentable. Remarquable, le destin était remarquable !

Mon clone se releva suffisamment pour arriver à la hauteur du bretteur en laissant échapper un petit rire, ce qui perturba encore plus ce dernier. Puis, mon clone se colla à lui, dans une étreinte chaleureuse.

« Je savais bien que tu t'inquiétais pour moi. Merci, Zoro. » Lança-t-il d'un air joyeux.

Le marimo était bouche baie à son tour, ne s'attendant sûrement pas à une telle réaction face à ses aveux. Ce moment sembla durer une éternité de mon point de vue. Quand est-ce qu'il allait le lâcher ? Et Zoro, pourquoi il reste impassible comme ça ? D'accord il a cru que j'étais en train de crever parce qu'il m'a empêché de l'approcher mais quand même.

« SANJIIIIIII »

Le hurlement de mon capitaine nous fit tous les trois faire un bon de surprise. Les deux qui se trouvaient en bas regardèrent dans ma direction et je du précipitamment m'enfoncer un peu plus dans les feuillages. Un soudain fracas retentit à quelques centimètres de moi tandis que Luffy venait d'y atterrir. Zoro poussa brusquement mon double de son étreinte avant qu'il ne puisse les voir dans cette position.

« Ah Zoro, tu es là aussi. Dit-il d'un ton enjoué. On a fini de pécher Sanji ! On a 2 gros poissons et ils ont l'air dééééélicieux ! »

Il s'était mis à saliver abondamment en terminant sa phrase.

« Oui, j'arrive ! Je vais en faire un plat somptueux pour ce soir !

- Super ! »

Sur ce, Luffy s'envola à nouveau, dans des cris de joie à l'idée du festin qui l'attendait. Mon clone commença à se relever, sous l'œil attentif du marimo.

« Hé, fais doucement, y'a à peine 2 minute tu ressemblais à un cadavre.

- Oh ne t'en fais pas, ça va beaucoup mieux maintenant. Dit-il en lui lançant un clin d'œil. Mais ton inquiétude me fais chaud au cœur Zoro ! »

Zoro devint complètement rouge et se releva d'un bon à son tour.

« Ce n'est pas de l'inquiétude ! Plutôt de la culpabilité !

- Mais oui. » Répondit-il en riant à nouveau.

Mon clone accompagna son rire d'un mouvement de main qu'il passa dans ses cheveux verts, les ébouriffants légèrement. Le marimo fulminait mais il n'y prêta pas attention. Puis, mon clone se retourna pour quitter les lieux en direction des autres.


La journée se poursuivit sans embûches suite à cet incident. J'avais réussi après de longues minutes à me faufiler discrètement dans la cuisine pour reprendre ma place une fois que je m'étais assuré que mon clone y était seul. Je n'étais pas mécontent de retrouver ma place. Voir ainsi mon clone évoluer parmi mes nakamas sous mes yeux m'avait donné une impression d'impuissance. Il était tellement instable que je ne pouvais pas me permettre de le laisser faire à sa guise trop longtemps.

Je peux quand même m'estimer heureux qu'il n'ait pas trop brusqué l'algue marine. A ma grande surprise, le marimo n'avait pas du tout réagit à ses approches. Le voir d'un point de vue extérieur m'avait encore plus amené en pleine face l'absurdité de la situation. Le voir le prendre dans ses bras… donc me voir le prendre dans ses bras… et lui qui restait de marbre. D'accord, il a cru avoir pratiquement mis fin à mes jours en ne m'adressant pas la parole pendant 48h, mais tout de même.

Son aura meurtrière avait maintenant totalement disparue. J'ai vraiment du mal à saisir ce qui se passe dans sa petite cervelle de moineau. Pourquoi était-il entré dans une colère pareille ? Oui, embrasser sans consentement est mal, mais Zoro n'avait pas l'air d'être quelqu'un qui s'en ferait tant de formalité. Après tout, ça fait 2 semaines que je me colle à lui… l'embrasser n'était pas si différent. Et Pourquoi sa colère s'était-elle évaporée si brusquement ? Il souhaitait me trancher la gorge et lorsqu'il me voit à l'article de la mort, il change d'avis. Ça n'avait aucun sens.

Et ce qui m'insupportait le plus, c'était que mon clone semblait tout comprendre.

« Zoro ne te tuerait jamais » Alors pourquoi me l'a-t-il si explicitement montré ? « Zoro s'inquiète pour toi » A nouveau, pourquoi voulait-il m'égosiller au moindre échange de regard ?

Je ne le comprends pas et lui semble tout savoir. Pourtant, mon clone fait partie de moi. Alors pourquoi même quand j'y pense sérieusement, c'est une peine perdue et le marimo reste un mystère pour moi ? Le Marimo n'est pas quelqu'un qui s'exprime beaucoup sur ses sentiments. Ce n'est pas non plus quelqu'un de très expressif.

Il doit y avoir quelque chose qui m'échappe et qui pourrait rendre toute cette situation limpide...

Mais pourquoi est-ce que j'y réfléchis autant ?!

Je jetai rageusement l'éponge qui se trouvait dans ma main en direction de l'évier.

Soit. Maintenant, « tout est revenu dans l'ordre », si on peut appeler ça de l'ordre. Vas falloir que je me remette à le coller mais ça pourra pas être pire que subir son animosité.

Je stoppai mon mouvement et arrêtai de couper la pomme de terre qui se trouvait devant moi.

Une minute… Bien sûr que si ça le devrait ! J'ai toujours été en conflit avec cette tête de mousse !

Je cherchai au fond de moi les sentiments qui m'animaient. Tout était confus et mélangé. Je n'arrive plus à me comprendre moi même tellement toute cette situation me retourne le cerveau ! Il me faudrait une bonne nuit de sommeil…

Oui, ça me faisait toujours chié de me voir imposé de me coller à lui tous les jours mais au fond de moi j'étais soulagé. Ce n'était plus si terrible que ça. Il nous arrivait d'avoir des discussions cordiales même. Je dois bien avouer que si la venue de mon clone nous avait permis de créer une pseudo trêve dans notre guerre de rivalité, c'était un aspect positif. Le seul aspect positif ! Ma délicieuse Nami-swan s'en était même réjouie et cela me donnait du baume au cœur. Nous ne nous disputions plus à tout bout de champs et j'arrivais à communiquer avec lui comme n'importe lequel de mes nakamas. Ça ne pouvait pas être un mauvais point pour notre équipage. J'étais bien surpris d'apprendre que l'algue était dotée d'un peu de jugeote et de discussion à côté de son tas de muscle rempli de fierté et de dépassement de soi.


Les voix, les rires et les hurlements enthousiastes de mes nakamas résonnaient dans la salle à manger. Le repas allait déjà toucher à sa fin et j'eus enfin l'occasion de venir m'asseoir pour les rejoindre à table.

« Le climat se met enfin à avoir des variations de température. » Sorti des délicates lèvres de ma mellorine.

De cette simple phrase, elle réussit à capter l'attention de toute la tablée.

« Je dois encore l'étudier pour m'en assurer mais il se peut que nous atteignons enfin une île dans les prochains jours.

- GÉNIAL ! » Hurla notre capitaine

Tous mes nakamas semblaient heureux de cette nouvelle et un brouhaha commença à résonner dans la pièce, chacun élaborant des hypothèses quant à la future nouvelle île.

« Désolée Sanji-kun mais je n'aurai pas l'occasion de t'aider pour la vaisselle ce soir.

- Il n'y a aucun soucis Nami-swan ! Je ne t'aurais de toute façon pas demandé de refaire cette tâche ingrate avec moi !

- Quelqu'un d'autre doit s'en charger ! » Continua notre navigatrice en étudiant chaque personne une à une de son regard.

Je détournai le regard devant moi et croisa sans le vouloir celui du Marimo. Il était en train de me toiser avec un regard étrange qui me déstabilisa quelque secondes. Je vis son expression changer alors qu'il était toujours en train de me fixer. On aurait dit qu'il avait compris quelque chose.

Nami-san, qui était en train d'évaluer Zoro quant à sa candidature de plongeur ne rata pas notre échange. Un sourire se dessina sur ses lèvres.

« Zoro ? » Proposa-t-elle.

Celui-ci détourna son visage vers elle et paru résigné. En guise de réponse, il lâcha un long soupir et se leva directement.

« Super ! Merci Zoro ! » S'enjoua-t-elle.

Je dévisageai le marimo qui était déjà en train de rassembler les assiettes en une pile, pris de court. Qu'est-ce qui lui prend ?

En moins d'une minute tous mes nakamas avaient quitté la pièce. Je n'avais toujours pas bougé, occupé à scruter cette algue incompréhensible. Zoro s'empara des derniers verres et se dirigea vers la cuisine. A mis-chemin, il marqua une pause et se tourna vers moi.

« C'est quoi cette tête d'abruti que tu me donnes depuis tout à l'heure ? »

Je me levai précipitamment, retrouvant mes esprits.

« J'étais perturbé par ton dévouement soudain.

- Quel dévouement ?!

- La façon dont tu t'es proposé si rapidement ! »

Le marimo marqua une pause avant de répondre.

« Mais tu l'as demandé.

- Ah et quand ça ?!

- Bah là ! Juste maintenant !

- Je ne vois pas de quoi tu parles !

- A table !

- Je ne vois toujours pas ! Va falloir être plus clair Marimo ! »

Zoro marqua une nouvelle pause, fulminant. Étrangement, il avait tiqué sur la fin de ma phrase. Un changement s'opéra dans son regard et il sembla comprendre qu'il s'était fourvoyé quelque part. Il repris sa route vers la cuisine et posa tout dans l'évier dans un fracas. Il expira à nouveau et je vis sa posture s'affaisser.

« Attends… tu veux dire là juste maintenant ? Quand tu m'as regardé ? »

Il resta toujours silencieux, visiblement embarrassé.

« Oh oh ! » Sorti de ma bouche dans un rire moqueur. « Tu as vraiment cru que je te demandais de l'aide d'un simple regard ?

- Te fous pas de ma gueule Ero-Cook ! S'énerva-t-il en se retournant vers moi, le visage rouge.

- Je suis ravis de voir que je ne suis pas le seul à ne rien comprendre chez toi.

- T'es chiant à changer tout le temps ! Comment tu veux que je comprenne ?

- … Mais t'as pas besoin d'essayer. » Dis-je, perplexe.

Un nouveau silence s'installa. Zoro était tellement mal à l'aise que sa vue m'apportait un sentiment jouissif. Après ce qui me sembla une éternité, il repris la parole.

« … J'ai plus envie de tomber nez à nez avec ton cadavre. » Marmonna-t-il, bougon. « J'ai cru que tu avais besoin que je reste. »

Je restai sans voix devant son air gêné. La voix de mon clone résonna légèrement dans un coin de ma tête « Il s'inquiète pour toi. » Là, pour la première fois, je l'apercevais légèrement aussi et ça me donnait une impression désagréable dans mes tripes. C'était bizarre. Depuis quand Zoro s'inquiète pour moi ? Ce changement me perturbe et je n'aime pas ça.

S'inquiéter et quelque chose de parfaitement normal dans un équipage comme le notre, mais pas avec lui. Le foutoir qu'apportait mon clone était en train d'également modifier le comportement du Marimo. Si lui aussi se met à avoir des réactions inconnues je ne saurai vraiment plus où poser mes repères.

« T'en fais pas. J'ai assez vu ta tronche pour aujourd'hui ! » Entrepris-je de dire en ajoutant du dégoût dans mon intonation.

Le Marimo resta toujours sans bouger face à la montagne de vaisselle, ne sachant visiblement plus comment réagir à la situation dans laquelle il s'était jeté tout seul. Je décidai d'enfin le rejoindre.

« Bon bah puisque t'es là maintenant, tu vas pas me faire faux bon.

- Fait chier. » Lâcha-t-il entre ses dents.

Je lui tendis l'éponge qu'il prit dans sa main.


Fin du chapitre 16 :)