Et voici un nouvel OS centré sur mon OTP que je partage avec Hatsukoi-san, cet écrit t'es dédié ;)
Pour cette histoire, j'avais envie de mettre en avant ma vision personnelle de ce ship, mais aussi de la relation qu'entretient Milo avec les jumeaux (j'aime beaucoup les imaginer très proches, et j'aime bien aussi le Saga/Milo mais pas autant que le Camilo XD).
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.
Jalousie et malentendu
Si cette journée semblait ressembler à toutes les autres, ce ne fut pas le cas pour Camus. Cela faisait un mois qu'il était revenu à la vie, lui et tous ceux tombés au combat. La paix sur Terre régnait, les chevaliers de bronze avaient accompli leur mission et se remettaient, difficilement mais sûrement, de leurs blessures, à la fois physiques et psychologiques. La déesse Athéna avait ressuscité tous ses chevaliers, avec l'accord des dieux, en remerciement pour leurs bons et loyaux services. Pendant un mois, ils essayaient de reprendre leurs marques et s'habituer à cette nouvelle vie, il fallait dire que toutes ces morts, tragédies et luttes les avaient bouleversés. Camus avait vite retrouvé son disciple à son réveil, leur réunion fut remplie de larmes, de remords, mais aussi de joies et de soulagement.
Et aujourd'hui, alors qu'il profitait du calme de son temple comme à l'accoutumée, quelque chose le perturba. Non, ce n'était pas comme d'habitude : il était très exactement quinze heure quarante, et normalement, il aurait dû recevoir de la visite. Celle de Milo, son meilleur ami de toujours, pour être plus précis. Malgré les malentendus, les non-dits et tout ce qu'il s'était passé dans leurs vies précédentes, les deux amis avaient tout mis à plat lors de leur retrouvaille. Milo avait été compréhensif, il lui avait pardonné ses actions et ses « trahisons », reconnaissant aussi ses torts dus à son propre manque de discernement et d'expérience, et pour cela, le verseau lui en avait témoigné toute sa gratitude. Le scorpion était vraiment un être exceptionnel, le onzième gardien savait qu'il était extrêmement chanceux de l'avoir comme ami, et ce depuis l'enfance.
En effet, c'était le Grec qui l'avait trouvé, lui l'éternel solitaire, et qui lui avait tendu la main. Dès lors, son monde gris s'était illuminé en sa présence, Milo l'avait souvent pris par la main et emmené jouer avec lui. D'ailleurs, c'était tout le temps lui qui venait le chercher ou lui tenir compagnie, cette habitude était restée même après leur résurrection. Le Français profitait de la présence du scorpion dans un silence confortable dans son temple, le huitième gardien avait appris avec le temps que Camus n'était pas un être bavard, et préférait le calme, alors il avait respecté son espace et sa sérénité. Cependant, même si le verseau avait beau aimer ces moments de solitude, il aimait encore plus les instants qu'il partageait avec son ami. C'était un homme qui avait ses habitudes et suivait une routine bien précise, il n'appréciait pas vraiment quand quelque chose venait la perturber.
Un quart d'heure s'était écoulé et toujours aucune trace du scorpion, bien qu'il ne le montrât pas, cela l'inquiétait et l'attristait. Camus décida donc de partir à sa recherche, peut-être que le Grec avait un souci ? Il fallait qu'il en eût le cœur net.
Du côté de Milo, celui-ci était assis sur une colonne de marbre, jonchée sur une falaise, aux abords du Sanctuaire. Face à la mer, les cheveux flottants, doucement, au gré du vent, les yeux dans le vague. Depuis quelques temps, il se demandait si les choses allaient vraiment pour le mieux, beaucoup de choses avaient changé, mais certaines restaient les mêmes. C'était le cas de sa relation avec Camus, elle semblait restée immuable au temps. Certes, il l'avait pardonné, et ensemble, ils avaient repris leurs bonnes vieilles habitudes, mais au fond, le scorpion avait espéré une évolution. Étaient-ils condamnés à stagner ainsi ? Cette pensée l'attrista, ses sentiments envers le verseau avaient bien changé, eux. Si au début, il avait été heureux d'avoir pu récupérer son amitié, cette dernière ne lui suffisait plus. Milo se sentit profondément égoïste de vouloir plus, mais son cœur était en contradiction avec sa raison, tiraillé, il avait choisi de suivre son cœur comme il l'avait toujours fait. Camus semblait se contenter de leur situation actuelle, le Grec avait donc décidé de s'éloigner de lui et le laisser tranquille. Après tout, Le Français n'avait pas l'air d'être intéressé par les sentiments... Camus ne réagissait pas à ses signaux : lorsqu'ils se frôlaient, ou qu'il lui prenait doucement la main ou encore quand il posait sa tête sur son épaule, le verseau restait restait toujours imperturbable.
Alors qu'il se perdait dans sa mélancolie, il sentit, soudain, une main se poser sur son épaule. Le touché n'avait rien d'agressif ni de menaçant, c'était, au contraire, doux et nostalgique. Le scorpion jeta un regard par-dessus son épaule et vit, avec stupéfaction, qu'il s'agissait de Saga qui le regardait avec tendresse et une pointe d'amertume. Le chevalier des gémeaux, avant de sombrer dans la folie, avait toujours été un grand ami du huitième gardien. Il l'avait pris sous son aile et s'était occupé de lui, un peu de la même manière qu'Aiolos prenait soin d'Aiolia, comme s'il s'agissait de son propre petit frère. Mais il n'était pas le seul, Kanon se faisait parfois passer pour lui, et s'occupait aussi du scorpion en secret, les jumeaux éprouvaient une réelle tendresse pour cet enfant. Milo avait toujours grandement admiré et respecté l'aîné, lui qui était considéré comme un modèle, l'incarnation même de dieu, tant sa puissance et sa sagesse étaient grandes. C'était son héros, Milo avait travaillé dur pour devenir un chevalier qui le rendrait fier ! Malheureusement, le destin en fut autrement, quand Saga avait disparu, une partie de lui s'était effondré... Mais il n'avait jamais abandonné, en tant que chevalier d'or, son devoir était avant tout de se battre pour sa déesse, il était certain, à cette époque, que le gémeau aurait voulu qu'il continuât, quoiqu'il advînt. Ce fut ce qu'il fit, tout en refoulant son chagrin.
Puis, lorsqu'il avait appris l'usurpation du Grand Pope par ce dernier, une profonde déception s'était emparée de lui. Quelque part au fond de lui, il avait deviné l'identité de ce Grand Pope, mais il ne voulait pas y croire : Saga était mort à ses yeux.
La tristesse et l'amertume se firent plus grandes lorsqu'il s'était retrouvé face à lui et Camus, en tant qu'ennemi, croyant fermement que deux êtres qu'il tenait en estime avaient trahi Athéna. Il les avait combattus, la mort dans l'âme. Le choc fut encore plus fort, au moment de la révélation, jamais il ne s'était senti aussi ingénu, aveugle et frustré.
Mais les voilà à présent vivants, face à face, ils n'avaient pas encore eu le temps de se parler, chacun essayant de retrouver une certaine stabilité dans cette nouvelle vie.
Saga en avait beaucoup souffert, au début, il pensait que c'était un cadeau empoisonné : il avait tellement de regret, vivre en présence de ceux qui avaient été victime de sa démence le pesait. La mort lui paraissait bien plus douce, mais on lui avait refusé ce repos. Le gémeau s'était longtemps apitoyé sur son sort, jusqu'à ce qu'il finît par accepter son destin. Quand il vit dans le regard d'Athéna toute sa compassion et sa compréhension qu'elle essayait de lui transmettre, sa dépression s'envola d'un coup, laissant place à la paix et la quiétude dont il avait besoin. Depuis, une nouvelle flamme s'était attisée dans son cœur, il avait repris son titre de chevalier des gémeaux, accomplissant son devoir et travaillant dans l'intérêt général, sa rédemption n'était pas encore finie, il avait la conviction que c'était le minimum qu'il pût faire pour se racheter.
L'aîné avait aperçu Milo au loin, le voyant ainsi perdu, l'avait rendu empathique, poussée par l'envie de l'aider, il s'était avancé vers lui. Être aussi proche du scorpion, le rendait nostalgique, lui qu'il considérait comme un membre de sa famille, en plus de Kanon. Maintenant qu'il le regardait de plus près, il constata que le huitième gardien était devenu un beau jeune homme, il n'était plus le petit garçon qu'il avait connu autrefois, c'était dorénavant un des plus puissants chevaliers, son égal, et ça, il ne s'en était pas rendu compte lors son règne. Il était temps pour eux de discuter à cœur ouvert, Saga fit le premier pas :
« Bonjour, Milo.
— Bonjour, Saga.
— Est-ce que... Je... Je peux m'asseoir à côté de toi ? Bredouilla-t-il.
— … Oui, si tu veux. Finit par répondre Milo, perplexe. »
C'était la première fois qu'il voyait le gémeau bafouiller ainsi, il devait avouer que ça lui donnait un côté... attendrissant.
Le troisième gardien prit place à sa droite, s'appuyant contre la colonne. S'en suivit d'un silence qui dura plusieurs minutes, où l'on pouvait entendre le bruit des vagues ressasser, s'échouant contre la falaise et le cri des mouettes qui survolaient l'endroit. Le plus âgé s'arma de courage et reprit la parole :
« Tu sais... Tu peux me le dire, si tu as des problèmes. J'aimerais pouvoir t'aider... comme quand tu étais enfant... Je sais que cette époque est révolue mais... je veux être là pour toi. Pas par culpabilité ou remord, je veux vraiment pouvoir à nouveau avoir ta confiance. Être proche de toi... comme avant... Désolé, je ne devrais pas te demander autant, cependant, je tenais vraiment à te le dire.
— Saga... Je... Ça me touche sincèrement... Après tout ce qu'il s'est produit, j'ai pris du recul. J'étais aussi dans l'erreur... Je ne peux pas oublier les faits, et je crois que je ne le pourrai jamais, mais... J'aimerais aussi faire table rase du passé, tout recommencer, alors... On peut essayer de redevenir amis. Je voulais aussi te dire que je comprends tes actions, je ne t'en veux plus, alors ne t'en fais pas, et repartons sur de bonnes bases, d'accord ?
— Milo... Pff... Hahaha ! Et dire que c'est moi qui voulais te remonter le moral, mais c'est toi qui me le fais ! Merci, Milo. Tu es toujours aussi gentil...
— Hmpf ! Dis comme ça, j'ai l'impression que je n'ai pas changé en vingt ans, et que je reste toujours un gamin à tes yeux.
— Haha ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Bien sûr que si... tu as tellement grandi... tu es devenu si fort et vaillant... Je trouve ça rassurant que tu ais gardé cette qualité...
— … C'est la première fois depuis treize ans que tu me fais un compliment... Avoua le scorpion en rougissant légèrement. »
Saga remarqua que le scorpion n'avait plus l'air triste, il avait réussi à lui remonter un peu le moral, on dirait. Un sourire attendri se dessina sur ses lèvres, il leva sa main, la posa sur la tête du plus jeune et l'ébouriffa doucement, comme il avait l'habitude de le faire des années auparavant. Embarrassé, confus, Milo essaya de s'en dégager et de protester faisant rire franchement le gémeau, mais au fond, ce geste lui réchauffait le cœur.
Ce qu'ils ne savaient pas, c'était que quelqu'un avait assisté, au loin, à toute la scène, et n'appréciait pas ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux. En effet, Camus avait cherché Milo à travers le Sanctuaire sans succès, jusqu'à ce qu'il eût repéré sa silhouette sur la falaise, néanmoins, en se rapprochant, il vit qu'il n'était pas seul, mais bel et bien accompagné du chevalier des gémeaux. Et même s'il ne le montrait pas, ce constat le laissait... dubitatif, au point de le faire légèrement froncer les sourcils. D'aussi loin qu'il se souvenait, le Français n'avait jamais réellement apprécié l'aîné des jumeaux, et pour cause : celui-ci avait tendance à s'accaparer toute l'attention du scorpion quand il était dans les parages. Et ça, le verseau ne le supportait que difficilement. Pour une raison dont il ignorait, il n'aimait pas voir son ami être proche d'un autre que lui, cela semblait très possessif et puéril, mais c'était comme ça, il n'y pouvait rien, cela le frustrait également de ne pas pouvoir contrôler ses propres émois. Lui qui prônait la maîtrise de soi et faire abstraction des sentiments... quelle ironie... Il n'y avait que son masque d'indifférence à l'extérieur qui lui permettait de garder la face, parce qu'à l'intérieur, c'était tumultueux. Son sang bouillonnait dans ses veines, cocasse pour un chevalier de glace, le doute s'était installé dans son esprit : que faisaient-ils tous les deux, seuls, ensemble ? Pourquoi avaient-ils l'air si heureux ? Voici les questions qui tournaient sans arrêt dans sa tête.
Cela lui rappelait certains moments dans son enfance, lorsque lui et le petit Grec s'amusaient ou s'entraînaient ensemble, quand Saga débarquait, Camus voyait bien le regard rempli d'admiration du scorpion se diriger vers le gémeau, et les sourires lumineux qu'il lui dédiait. Avant qu'il n'arrivât, c'était à lui qu'il souriait de la sorte, c'était lui qu'il regardait ! Il connaissait le lien qui unissait les deux Grecs, et pourtant... dans son cœur, il voulait être le seul qui comptait vraiment pour son ami... Cela l'avait rendu très triste, comment pouvait-il rivaliser avec Saga ? Le chevalier d'or qui était adulé de tous, il faisait pâle figure, lui, le verseau juvénile face à l'adolescent déjà si mature. Pour recentrer l'attention du huitième gardien sur lui, le onzième lui prenait souvent la main, cela avait pour effet de faire rediriger le regard, devenu interrogatif, du scorpion vers lui. Camus ne s'en était pas rendu compte, cependant, dans ces moments, il abordait une mine affligée qui captait la sollicitude du petit Grec, ce dernier faisait son possible pour le consoler, sous le regard incrédule de leur aîné.
Seulement, ils étaient adultes maintenant, il ne pouvait plus se permettre de se comporter de façon si enfantine, c'était un comportement indigne pour un chevalier d'or ! Alors, il resta là, à les observer à distance, souffrant en silence. Son ami l'avait-il abandonné pour le gémeau ? Il espérait que ce ne fût pas le cas.
Les jours qui suivirent furent rudes pour le Français, il voyait Milo et Saga souvent réunis : soit ils s'entraînaient ensemble, soit ils se baladaient dans le domaine sacré en discutant, il arrivait même que le scorpion allât aider le gémeau dans ses tâches, semblant heureux de lui être utile. Plus le temps passait, et plus il avait l'impression que le scorpion se rapprochait du plus âgé, tout en s'éloignant de plus en plus de lui. Camus aurait voulu le réclamer à ses côtés, mais qui était-il pour ça ? Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de le vouloir égoïstement pour lui seul. Que faire pour qu'il s'intéressât à nouveau à lui ?
Les deux Grecs n'eurent pas de mal à retrouver leur ancienne complicité, cela leur mit du baume au cœur et les réconfortait. Même si Saga était souvent très occupé, il trouvait toujours du temps à accorder au scorpion qui semblait aller mieux. Il prit même un jour de congé pour l'inviter à sortir en ville, ça leur ferait sûrement du bien de changer un peu d'air, Milo avait accepté avec joie.
Le lendemain, en passant par la maison du scorpion, Camus aperçut le propriétaire des lieux, sortir de ses appartements, vêtu d'une chemise blanche, d'un pantalon noir, de chaussures et d'une veste en cuir de la même couleur, un look classique en somme, mais pas moins élégant. Le verseau ne l'avait jamais vu habillé de la sorte, ce n'était certainement pas une tenue d'entraînement, alors pourquoi ? Se pourrait-il... qu'il ait un rendez-vous ? Il devait en avoir le cœur net.
« Tiens ? Bonjour, Camus. C'est rare de te voir en dehors de ton temple. S'adressa le scorpion au verseau, quand il l'aperçut.
— Bonjour, Milo. Lui rendit-il la politesse. Ce n'est pas coutumier de te voir habillé ainsi, vas-tu quelque part ?
— Je... Non, en fait, ça ne te regarde pas. Depuis quand t'intéresses-tu à ce genre de détails ?
— … D'habitude, tu me préviens quand tu vas quelque part... et souvent tu m'invites aussi.
— Eh bien... Pas cette fois, je suis attendu, sur ce... Passe une bonne journée. »
Milo s'en alla d'un pas rapide, troublé, entamant sa descente. C'était étrange : Camus ne lui demandait jamais des explications avant, pourquoi semblait-il, à présent, intéressé par ses allers-venues ? Du calme, ce n'était pas le moment de se prendre la tête pour ça, il allait passer un agréable moment en compagnie de Saga, et il ne fallait pas que ce fût gâché par une potentielle mauvaise humeur.
Le verseau l'avait observé un instant, interdit, c'était la première fois que le Grec le rejetait ainsi, et ça lui faisait mal. Ses soupçons s'étaient confirmés, il allait voir quelqu'un, sans même vouloir le lui dire... Encore un fait qui lui serrait le cœur. Curieux, même si c'était contraire à ses principes, il suivit discrètement son ami.
Arrivé tout en bas du Sanctuaire, il vit Milo rejoindre Saga. Il aurait dû s'en douter que c'était avec lui qu'il avait un rendez-vous, constata-t-il amèrement. Le Français les observa s'éloigner du domaine, côte à côte.
L'aîné des gémeaux emmena le scorpion avec lui jusqu'à Rodorio, une ville, non loin du Sanctuaire, devenue paisible avec la fin des guerres saintes. Le plus âgé avait pensé que ça leur changerait les idées de faire quelques activités en ville, faire des choses que de simples civils feraient, histoire d'avoir un avant-goût d'une vie normale et reposante. Ils commencèrent par aller dans un petit restaurant qui avait l'air très prometteur, de la nourriture faite avec des produits locaux, un décor simple et une ambiance conviviale, quelque chose de simple mais réconfortant. Tous deux attablés, dehors, sur la terrasse en bois, profitant d'un agréable temps ensoleillé, tout en savourant un délicieux déjeuner. Un cadre tout à fait charmant et idyllique aux yeux des passants, une torture aux yeux d'une personne les observant, caché dans l'ombre.
Encore une vision qui tourmentait Camus, habituellement, c'était lui qui partageait ses repas en compagnie du scorpion. Les regarder agir ainsi, comme de grands amis, voir même comme un couple, le dérangeait fortement. Pourquoi ? Pourquoi cela le tracassait-il autant ? Lui qui était considéré comme un homme détaché, indifférent à l'égard des autres, il ne se reconnaissait plus ! La vérité étant qu'il ne voulait pas l'admettre, quelque part, il connaissait la réponse à ses questions. Cependant, le verseau n'arrivait pas à se l'avouer... à cause de son ego ? Sa réputation de chevalier insensible ? Non, rien de tout ça, il avait peur. Peur de ressentir de l'attachement et être blessé, c'était plus facile de se cacher derrière un visage de marbre, et de refouler ses sentiments, que d'y faire face.
A mille lieux des états d'âme du onzième gardien, les deux Grecs entamèrent leurs entrées, apportées par un serveur qui leur souriait et leur fit un clin d'œil qui se voulut charmeur, pour l'un des spanakópitas, un feuilleté croustillant, doré au four, garni d'épinard et de feta, et des dolmadakias, des feuilles de vignes farcies de courgettes, aubergines, tomates et poivrons, pour l'autre. S'en suivit d'une moussaka, un délicieux gratin d'aubergines grillées avec de la viande hachée, arrosé généreusement de sauce tomate et de béchamel, en plat principal. Le tout accompagné de vin retsina. Et en dessert, des loukoumades, des beignets à l'enveloppe croquante, avec un cœur de miel et de cannelle coulant.
L'instant aurait été plus agréable si l'homme, un dénommé Ricardo, qui les servait ne se montrait pas aussi bavard et casse-pieds. En effet, il n'en ratait pas une pour leur glisser un florilège de compliments et leur accorder des regards aguicheurs. Les deux guerriers l'ignoraient dans l'espoir de le dissuader de continuer, hélas, ce serveur se révéla très persistant.
Après s'être sustentés, les deux compatriotes réglèrent la somme et quittèrent rapidement l'endroit pour échapper à ce Ricardo. Suite à cela, ils déambulèrent tranquillement dans les rues de Rodorio, ils avaient rarement eu l'occasion d'aller en ville, alors, autant en profiter, la température était douce et la brise agréable. Quoique, soudainement, ils ressentirent un courant d'air glacial qui les firent tressaillir. Étrange, rien ne permettait un tel froid, se disaient-ils. Ce qu'ils ne savaient pas, c'était que cette froideur n'était pas naturelle, elle était causée par Camus qui refroidissait inconsciemment l'atmosphère, trop troublé pour faire y attention.
Les deux chevaliers d'or arrivèrent sur une place animée, apparemment, le village était en fête : des étales étaient installées, l'endroit était décoré de fleurs, fanions et ballons colorés, les habitants dansaient au gré de la musique, jouée par un orchestre. La joie et la bonne humeur se reflétaient sur leurs visages, ce spectacle leur mit du baume au cœur... Oui... La paix était vraiment plaisante, leurs combats n'avaient pas été vain.
Saga et Milo se firent entraînés par des autochtones dans une danse, les prenant par la main, ils formèrent une ronde et commencèrent à tournoyer ensemble. Les deux Grecs se regardèrent, amusés, tout en gardant le rythme des pas. Quand le morceau se termina, tous firent une révérence et applaudirent. L'orchestre enchaîna sur une autre mélodie, à peine eurent-ils le temps de souffler, les deux chevaliers d'or se firent de nouveau emportés par une personne différente chacun. Cette fois-ci, c'était une danse exécutée à deux, avec un changement de partenaire à intervalle régulier. Les deux chevaliers valsèrent ainsi pendant un bon moment avant de se réunir à nouveau, quand la main de Milo atterrit dans celle de Saga, sans réfléchir à deux fois, ils répétèrent les pas précédemment appris. Leurs mouvements étaient fluides, légers et gracieux, étonnant pour les guerriers qu'ils étaient. Milo était particulièrement souple, et son talent pour le ballet en surprit plus d'un, maintenant que Saga y pensait : il se souvint de moments remontant des années en arrière, quand il avait aperçu Milo et Camus, faire des mouvements ressemblant vaguement à de la danse. Il se remémora de la pirouette exécutée par le huitième gardien avant de prendre sa pose symbolisant un scorpion, et de gestes rappelant les battements d'ailes d'un cygne, réalisés par le verseau, des sortes de petits rituels avant de lancer leurs attaques. Peut-être que ça venait de ces exercices ?
Le gémeaux ne fut pas le seul à rester bouche bée, face à la performance de son partenaire. Toujours dissimulé non loin, tout en observant les deux helléniques, le Français était également subjugué par la grâce de son meilleur ami. Lui aussi découvrait ce don caché, le voir là, effectuer des pas, tout en étant aussi... radieux... lui procurait une certaine satisfaction, mais en même temps de la frustration. Voir le scorpion voyager de personne en personne, profitant de la présence du scorpion l'embêtait. Camus n'en pouvait plus de souffrir en silence des affres de la jalousie, il devait bien l'accepter... Il était amoureux de lui, et ce depuis bien longtemps. Milo lui manquait terriblement, sans lui à ses côtés tout était morne, il se rendait bien compte, à présent, qu'il était le centre de son univers. Il était hors de question qu'il le perdît encore une fois ! Bien décidé, il s'avança vers le duo, prêt à intercepter son ami. Alors qu'il était sur le point de l'atteindre, une autre personne s'empara du Grec, celui-ci fut happé par le serveur de tout à l'heure ! Le même homme au teint hâlé, à l'accent espagnol et au regard séducteur ! Sceptique, l'hellénique lui accorda tout de même une danse, bien que ce type ne lui inspirât pas confiance.
Tout au long de la ronde, Milo fut très embarrassé par le regard insistant et les mains baladeuses de ce Ricardo, malgré ses avertissements, il semblerait que l'espagnol n'en fit qu'à sa tête. S'ils n'étaient pas en public et si ce serveur était un ennemi, il ne se serait pas retenu pour lui en coller une ! Néanmoins, le code de la chevalerie voulut que les guerriers n'eussent pas recours aux mains contre de simples civils, tant pis, il prendrait sur lui et à la moindre occasion, il se débarrasserait de ce partenaire indésirable.
Cela arriva bien plus tôt qu'il ne le pensait : une main l'attrapa et l'extirpa de l'emprise de Ricardo. Quand le Grec tourna la tête vers la personne qui l'avait agrippé, il fut stupéfait de voir qu'il s'agissait de Camus ! Ce dernier jeta un regard froid, menaçant, envers l'hispanique, cet être dégoûtant avait osé toucher et regarder le scorpion de manière si éhontée ! Le Français nota dans un coin de son esprit, pour plus tard, qu'il devrait s'occuper de cet homme immoral. Pour l'heure, il se contenta d'entraîner son ami dans une nouvelle danse, sous le regard médusé du serveur, confus par ce changement de partenaire soudain, pour qui se prenait cet homme à l'aura... glaciale ? Il venait de lui subtiliser sa proie ! A lui, l'homme le plus charmant de ce hameau ! Enfin, de son point de vue précisons-le, car oui son ego était aussi démesuré que sa soif de conquête.
Milo se retrouva à valser avec le verseau dont il ne pensait pas revoir de sitôt, ni le voir ici tout court, ni même espérer qu'il l'emmènerait sur une piste ! Était-ce une illusion ? Le fruit de son imagination ? Camus n'aurait jamais fait une chose pareille... Et pourtant... la sensation de ses mains froides contre sa peau et son regard indéchiffrable, dont il pouvait tout de même y détecter une légère étincelle, étaient bels et bien réels !
Le onzième gardien ne comprenait pas lui-même, son corps avait bougé tout seul, ça ne lui ressemblait pas d'agir de la sorte ! Enfin... qu'importait maintenant, il savait bien qu'il ne pouvait pas supporter de voir son béguin être harcelé plus longtemps. Rien qu'en y repensant, ça le mettait hors de lui ! Cependant, il garda son sang-froid, ce n'était pas le moment de se donner en spectacle, et ça ne serait pas digne de son rang. Il valait mieux profiter de l'opportunité qui s'était offerte à lui : danser avec son bien-aimé, Milo. Observer la mine à la fois hébétée et dubitative de ce dernier, n'avait pas de prix, il le trouvait plutôt mignon et attendrissant. Ce qui le fit sourire légèrement, surprenant davantage le scorpion qui eut rarement l'occasion de le contempler ainsi. Une sorte de bulle s'était formée autour d'eux, le monde avait disparu, il ne restait plus que les deux amis. Oubliant leurs tracas, profitant de ce moment où ils étaient seuls ensembles.
Quand la musique s'acheva, l'ambiance s'estompa aussi net, comme par enchantement. Reprenant leurs esprits, gênés par leur proximité, quand il aperçut son compatriote, le Grec amorça un mouvement pour se séparer du Français. Voyant ce qu'il essayait de faire et refusant de l'abandonner, le verseau raffermit sa prise et l'emporta à sa suite, l'éloignant de la place, malgré le questionnement du scorpion.
Camus les avait finalement menés jusqu'à la plage, le soleil commençait déjà à se coucher, le ciel se teinter de nuances orangées et bleutées. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, Milo se dégagea se son emprise et l'interrogea :
« Camus, que faisais-tu à Rodorio ?
— …
— Réponds-moi. Pourquoi es-tu soudainement apparu ?
— Je... je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que ce type te harcelait !
— Tu sais très bien que je peux me défendre seul, cet homme n'était en aucun cas une menace pour moi.
— Je le sais... Mais... Je ne supportais pas de le voir te toucher et regarder de cette façon...
— Pourquoi ? D'habitude, tu n'en as que faire des autres, alors... pourquoi, aujourd'hui, ça serait différent ? »
Milo serra les poings et baissa la tête, frustré de ne pas être en mesure de contenir ses émotions en présence du verseau, et confus par les actions de ce dernier. Bien évidemment, son ami avait décidé de venir le voir quand il avait décidé de l'oublier, ses sentiments ne s'étaient pas encore estompés et le revoir les avaient ravivés alors qu'il tentait de les étouffer.
Voyant que le scorpion n'avait pas l'air heureux d'être avec lui, Camus sentit une vague de tristesse l'envahir, ça lui faisait mal. Malgré tout, il resta déterminé, c'était maintenant à lui le faire le premier pas, dire tout ce qu'il avait sur le cœur et si le Grec ne voulait plus le voir après, ainsi soit-il, il le laisserait en paix. Et ce même s'il doutait qu'il arriverait un jour à faire le deuil de sa perte. Le Français s'avança doucement et posa ses mains sur les épaules tremblantes de son ami. Ce dernier releva son visage puis fut ébahi, lorsqu'il croisa le regard doux et ému du verseau qui d'ordinaire était froid, terne et indifférent. La dernière fois qu'il avait eu droit à une telle attention, remontait à son enfance. Le verseau reprit la parole :
« Milo... Je me suis toujours soucié de toi, il n'y a pas eu un seul instant où tu as quitté mes pensées. D'aussi loin que je me souvienne, tu as toujours été là pour moi, le fait que tu ne sois plus venu me voir depuis quelques jours me désoriente, et a créé un vide en moi. Tu es devenu, tout à coup, si distant... Pourquoi ?
— … Est-ce vrai tout ce que tu dis ?
— Oui, ai-je l'air de mentir ? Demanda-t-il attristé par cette idée.
— N-Non, je peux sentir ton honnêteté... Mais... C'est justement parce que je pensais que je te dérangeais que j'ai décidé de ne plus venir vers toi... Avoua le scorpion.
— Milo... Tu ne m'as jamais dérangé...
— Peut-être... Mais je n'ai pas l'impression que ma présence, à tes côtés, te soit agréable... Tu es tellement secret, je n'arrive pas à savoir si apprécie vraiment ma compagnie.
— Bien sûr que si ! Ton sourire et ta chaleur me sont indispensables... Sans toi, je me sens perdu... Je suis désolé, à cause de mon incapacité à m'exprimer, je t'ai blessé et fait croire tout le contraire...
— … Ce n'est pas si grave... C'est moi qui suis navré, je n'ai pas été capable de te comprendre, alors que nous nous côtoyons depuis si longtemps... Pardonne-moi, c'est moi qui t'aie fait souffrir.
— Maintenant que nous sommes là, j'aimerais aller jusqu'au bout et te parler à cœur ouvert. Aujourd'hui, je prends conscience que je passe à côté de beaucoup de choses à cause de mes silences. Je ne veux plus cacher mes sentiments, ni avoir de regret. Milo, je réalise que l'amitié que j'éprouve envers toi a évolué en quelque chose de plus fort. Je t'aime, profondément. Je l'ai su, quand je te voyais aux côtés d'un autre, la jalousie s'emparait de moi : je ne supportais l'idée que quelqu'un d'autre eût pris la place dans ton cœur. »
Camus avait tout confessé d'une traite, sentant un poids se lever, le soulageant grandement. Le scorpion lui était resté statique pendant quelques secondes, ébranlé par cette révélation. Puis les larmes qui s'étaient accumulées, se mirent à couler, d'abord une par une, puis à flot, évacuant toute sa frustration, sa peine, et sa joie.
Désemparé et plongé dans la confusion, le verseau perdit tous ses moyens : faire pleurer son bien-aimé était la dernière chose qu'il souhaitait. Il étreignit son ami, et essaya de le consoler comme il le pouvait. Le Grec reprit la parole, la voix hoquetant à chaque sanglot :
« Tu dis m'aimer ? Alors, pourquoi... pourquoi ne pas avoir répondu à mes gestes ? Quand je te prenais la main... tu n'avais eu aucune réaction.
— Désolé... Pour moi, c'était un geste tout à fait ordinaire... quelque chose que tu me faisais tous les jours... Je ne savais pas qu'il y avait un sens caché, pardonne-moi, je suis vraiment le dernier des imbéciles. »
Le Français baissa la tête, honteux d'avoir été aussi aveugle. Il était persuadé qu'à cause de cela, il avait perdu son ami. Milo méritait quelqu'un qui l'appréciait à sa juste valeur, à présent, Camus comprenait pourquoi le scorpion aimait tant Saga : le Grec prenait réellement soin de lui et lui rendait toute l'affection que lui prodiguait Milo, contrairement à lui. Il se sentit vraiment égoïste de vouloir à tout prix le garder pour lui.
Le verseau sentit deux mains encadrer son visage, le relevant. Tout à coup, ses lèvres furent recouvertes par celles du scorpion ! Il fut, dans un premier temps, abasourdi mais très vite, il ferma les yeux et apprécia le contact. Les lèvres de Milo étaient douces et chaudes, elles avaient également un léger goût sucré, la sensation était enivrante.
De son côté, le Grec put enfin réaliser son plus grand rêve : celui d'embrasser son grand amour. Ses lèvres étaient légèrement fraîches, rien d'étonnant venant du magicien de l'eau et de la glace, il trouva tout de même la sensation très agréable. Ce baiser était encore mieux que dans ses rêves les plus fous, simple et empli de tendresse.
Quand Milo rompit le contact en s'éloignant un peu, Camus eut peur qu'il lui échappât et que cet instant s'évanouit, comme lorsqu'un rêve prit fin. Il l'attrapa rapidement, passa ses bras autour de la taille du scorpion et l'attira de nouveau dans un baiser. Milo fut décontenancé par cette initiative, mais ne tarda pas à rendre le baiser, rassurant ainsi Camus, tout ceci était bel et bien réel. Plus rien n'existait autour d'eux, les deux chevaliers nageaient dans la béatitude, comblés.
Ils se séparèrent légèrement, les yeux mi-clos, le visage légèrement rosi, s'observant mutuellement.
« Camus, je t'aime aussi, depuis si longtemps... Tu ne peux pas savoir à quel point, je suis heureux de savoir que mes sentiments sont partagés.
— Moi aussi, je me sens si chanceux. Tu es tout pour moi, désormais, rien ne nous séparera. »
Ils s'étreignirent de nouveau, étroitement, tous les malentendus avaient été éclairci. Du moins... il en restait encore un en suspens.
« Milo ! Je t'ai cherché partout ! » s'écria une voix non loin. Le couple se sépara à regret et regardèrent en direction d'où venait le son. Ils virent que c'était Saga qui avait interpellé le scorpion, il s'approcha d'eux. Le huitième gardien avait complètement oublié, qu'il était de sorti avec le gémeau.
« Saga ! Je suis désolé d'être parti sans te prévenir.
— Ce n'est rien, je t'ai retrouvé. Tiens, Camus est avec toi ? Fit-il surpris, quand il remarqua la présence du onzième gardien.
— C'est moi qui aie éloigné Milo du village. Révéla-t-il en le toisant froidement. »
Le scorpion remarqua bien que le verseau s'était renfermé en voyant le plus âgé, il devina que sa présence l'agaçait, au vu du regard glacial qu'il lui lançait. L'aîné des jumeaux avait l'habitude de ce regard que lui dédiait Camus, si différent de celui que lui accordait Milo. Malgré son calme apparent, il pouvait sentir de l'animosité à son égard, pour une raison qu'il ignorait, le Français ne semblait pas le porter dans son cœur mais le respectait tout de même.
« Oh... J'interromps quelque chose ?
— Non.
— Oui. »
Avaient-ils répondu en chœur. Milo jeta un coup d'œil effaré vers Camus, ce dernier demeura de glace, les yeux toujours fixés sur le troisième gardien. Comprenant qu'il n'était, apparemment, pas venu au bon moment, Saga leva les mains en signe de capitulation.
« Il commence à faire nuit, je rentre au Sanctuaire. Vous ne devriez pas tarder, vous aussi. » leur conseilla-t-il, en amorçant la marche vers le domaine sacré.
Une fois éloigné, le Grec se retourna vers Camus et avant qu'il ne pût dire quoique ce soit, celui-ci le prit au dépourvu en l'étreignant.
« Camus, qu'est-ce qui t'as pris ?
— Je n'aime pas le voir proche de toi... marmonna-t-il.
— Pff... Hahaha ! Tu es jaloux de lui ? Le nargua Milo sur un ton taquin.
— Hmpf... Non. Nia-t-il en détournant son regard, embarrassé. »
Le scorpion ramena doucement son visage vers lui, et déposa un bref baiser sur ses lèvres.
« C'est touchant de te voir comme ça, c'est même plutôt flatteur pour moi.
— … Je n'y peux rien, j'ai si peur de te perdre. Confessa-t-il.
— Tu n'as pas à t'inquiéter, je n'ai d'yeux que pour toi. Saga a toujours été comme un grand frère pour moi, au même titre que Kanon. Le rassura-t-il en l'enlaçant. »
Ils restèrent dans cette position quelques minutes avant de retourner au Sanctuaire. Ils effectuèrent l'ascension, ensemble, main dans la main. Arrivés au palier de la troisième maison, Milo demanda à Camus de le laisser seul ici, il devait s'entretenir avec le maître des lieux. Bien que réticent, le verseau finit par s'en aller, il avait confiance en lui, il l'attendrait au huitième temple.
Lorsque Camus disparut de son champ de vision, le scorpion se dirigea vers les appartements du chevalier des gémeaux. Il toqua à la porte et entra quand il reçut la permission. Saga fut étonné de voir le plus jeune venir le voir, n'était-il pas en compagnie du Français ?
« Que puis-je pour toi, Milo ?
— Rien de particulier, je voulais m'excuser et te remercier.
— Tu n'as pas à t'excuser, j'ai le sentiment que tu as retrouvé du poil de la bête depuis que tu es avec Camus.
— Oui, c'est en partie grâce à toi. Merci d'avoir était à mon écoute, je te suis reconnaissant pour cette journée, je n'ai plus du tout le cafard.
— Tant mieux, c'était le but. Je suis heureux de te voir enfin en paix. Lui sourit-il.
— Saga... murmura-t-il ému. »
Le plus jeune vint enlacer le plus âgé dans un câlin fraternel, Saga ne tarda pas à lui rendre l'étreinte tout en lui caressant tendrement le crâne. Son petit Milo avait tant grandi... Mais quelque part, il restera toujours son petit frère de cœur, le garçon qui illuminait son monde d'un sourire et de son aura solaire. Le scorpion se mit à rire, ce qui intrigua le gémeau.
« Qu'y a-t-il de drôle ?
— Si Camus nous voyait comme ça, il nous gèlerait instantanément !
— Ah oui, tout à l'heure, si son regard pouvait me tuer, je serais foudroyé sur place ! Il n'a pas changé depuis cette époque, je me demande pourquoi il me déteste autant.
— Il est assez jaloux et rancunier, tu captais trop mon attention, sois prudent si tu ne veux pas finir en statue de glace ! Plaisanta-t-il.
— Oh je ne pourrai plus te prendre dans mes bras et t'embrasser affectueusement sur le visage ? Le taquina Saga avec un sourire mutin.
— Haha ! Si tu pourras toujours me donner de l'affection. Camus sait que c'est purement amical, même si ça le dérange, il devra se contrôler comme il sait si bien le faire, notre relation ne changera pas, déclara-t-il déterminé. Par contre, évite les baisers : je ne suis plus un enfant. Dit-il embarrassé.
— A la bonne heure ! Ne t'inquiète pas, je ne ferai rien qui te gênerait. Je suis content comme ça. »
Heureux t'avoir pu s'expliquer avec Saga, Milo se sépara de lui et prit congé, reprenant sa montée. Le gémeau le regarda partir tranquillement, soudain, il sentit la présence de son cadet qui se manifesta en sortant de l'ombre.
« Kanon, tu étais là depuis longtemps ?
— J'étais là depuis le début, j'ai assisté à toute votre discussion. Tu es sûr que ça te convient ?
— Bien sûr, pourquoi ça ne serait pas le cas ?
— Tu peux feindre l'indifférence autant que tu le voudras, tu ne me tromperas pas. Je te connais, tu l'aimais, n'est-ce-pas ?
— Mmh... peut-être bien... éluda-t-il.
— Humpf... Tu ne vas pas me répondre, n'est-ce-pas.
— Au fond, qu'importe puisque je suis déjà comblé d'avoir pu retrouver son estime et son affection. Mais assez parlé de moi, parlons de toi plutôt, es-tu satisfait de ta situation ?
— Comment ça ?
— Je sais que tu te faisais passer pour moi parfois. Tu t'es attaché à Milo, tu es aussi proche de lui que je ne peux l'être. Cependant, ce n'était pas par ton prénom qu'il t'appelait, tu ne voudrais pas être à ses côtés en tant que « Kanon » ?
— … Milo n'en sait rien, il était trop jeune pour nous différencier, je ne suis qu'un inconnu à ses yeux.
— A ta place, je n'en serais pas si sûr. Tu le sous-estimes, je suis persuadé qu'il avait fini par deviner que ce n'était pas moi quand c'était toi.
— … Tu le penses vraiment ?
— Oui, après tout, il t'a bien reconnu lorsque vous vous êtes rencontrés officiellement pour la première fois, lors de cette nuit, énonça-t-il avec une pointe d'amertume. Tu n'as pas à te faire passer pour moi, Kanon. Milo t'aime autant que moi, il te considère aussi comme son grand frère, tu es mon égal. A présent, tu n'as plus à te cacher, tu es libre d'être toi-même. Finit-il, l'air nostalgique. »
Saga avait raison, l'entendre le lui dire l'ébranla, et lui enleva un poids qui le pesait énormément. L'aîné le savait, il écarta les bras, l'invitant à venir se caler contre lui. Le cadet hésita un instant, puis ses doutes disparurent quand il croisa le regard, si semblable au sien, empli d'amour de son frère. Il se précipita dans l'étreinte chaleureuse que lui offrait Saga, les deux furent heureux de s'être aussi retrouvés et de s'être parlés. Oui, tout irait bien maintenant, qu'importe la nature de la relation qui unissait les chevaliers entre eux, ils resteraient liés quoiqu'il advînt.
Après un long moment de marche, Milo arriva enfin chez lui. En passant le seuil de sa maison, il y retrouva Camus comme convenu. Ce dernier s'avança vers lui et le prit dans ses bras tout en l'embrassant, c'était surprenant, maintenant qu'ils étaient seuls, ensemble, le verseau devenait beaucoup plus entreprenant, ce qui n'était pas pour lui déplaire, loin de là. Le Grec répondit avec la même intensité à l'enlacement et au baiser. Ils avaient certainement beaucoup de chose à se dire encore, mais pas aujourd'hui, ils avaient déjà fait un grand pas vers l'autre, ils avaient tout le temps pour parler un autre jour. Pour l'heure, ils voulaient simplement profiter de la présence de l'être aimé, partager des moments de tendresse et créer de nouveaux souvenirs, ensemble.
J'espère que ça a plu. Personnellement, j'aime énormément imaginer Camus jaloux et un peu possessif envers Milo XD
J'ai volontairement omis de préciser la couleur de leurs yeux et cheveux, pour donner la liberté au lecteur de choisir et imaginer lui-même X)
