Je n'aurais jamais cru écrire autant de pages pour Luci que pour Castiel, mais manifestement, j'avais des choses à dire O.O
Le thème de cette histoire me vient de Tumblr et se base sur l'incapacité des jeunes à écrire correctement et la ressemblance entre Satan et Santa (Père Noël en anglais), j'espère que vous l'aimerez ! Merci aux utilisateurs de Tumblr pour leurs idées farfelues !
Attention, cette histoire comporte du fluff très, trèèèèès agressif. On n'aurait pas cru, hein, mais si. Oh, et Luci est un peu OOC. Sinon il aurait fallu qu'il boive d'importantes quantités d'alcool. Ou qu'il se drogue.
2- Lucifer
Jared, employé de la Poste tout à fait quelconque, déposa la dernière caisse de courrier du jour dans sa camionnette puis se tourna pour essayer de détendre son dos, qui le faisait souffrir depuis le petit matin. Il s'octroya cinq minutes pour faire ses exercices et grogna de soulagement quand il entendit ses vertèbres craquer.
- Aaaaaaah, bon Dieu de merde, ça fait du bien, commenta-t-il.
Jared termina ses exercices quotidiens avec quelques mouvements du cou avant de se tourner vers sa camionnette pour fermer les portes et commencer sa tournée du jour. Il empoigna une portière et s'apprêta à la claquer quand il remarqua un détail étrange. Il rouvrit le panneau en entier et plissa les yeux, interloqué. Les caisses de courrier qu'il avait trié juste avant semblaient… moins pleines, tout à coup.
Jared passa une main sur le courrier de la caisse la plus proche et écarquilla les yeux en voyant l'espace qu'il réussit à dégager entre deux enveloppes. Lui qui les coinçait toujours à mort pour éviter que tout se mélange au premier coup de frein…
- Bordel, mon courrier a disparu ! vociféra l'employé en courant partout dans le hangar pour essayer de retrouver les enveloppes manquantes, sans savoir que ces dernières volaient vers Detroit avec enthousiasme.
Lorsque les premières enveloppes arrivèrent, Lucifer n'y prêta aucune attention. Après tout, il squattait une maison vide avec des démons et, comme d'habitude, l'administration américaine n'avait sûrement pas eu le mémo "Y a personne ici, pas la peine d'envoyer des factures, on les paiera pas de toute façon". Dans le genre maléfique, Lucifer trouvait que ça manquait un peu de classe, quand même. De toute façon, il n'avait pas d'argent et ne voyait pas l'intérêt d'en avoir, surtout si c'était pour le donner aussitôt à une bande de fonctionnaires dégarnis.
- Ah, les humains, soupira-t-il d'un ton absent alors qu'un démon ramassait les enveloppes qui gisaient dans le hall pour les faire disparaître dans une gerbe de flammes.
L'archange se laissa tomber dans un divan, soulevant un nuage de poussières qui l'aurait fait tousser s'il avait été humain. Il chassa la crasse d'un revers de la main nonchalant, et seul un observateur au regard affûté aurait pu voir l'irritation poindre dans son expression impassible.
- N'avais-je pas demandé qu'on nettoie cet endroit ? demanda-t-il calmement à voix haute.
Etonnamment, aucun démon ne jugea bon de répondre. Quelle bande de pleutres.
Lucifer nota "exécution de trois démons au hasard" sur sa liste mentale de choses à faire et se concentra sur la situation actuelle. L'Apocalypse se déroulait exactement comme il l'avait prévu. Il avait relevé de terre les quatre Cavaliers, le virus Croatoan était presque prêt à être libéré et il ne restait plus qu'à attendre les effets des pouvoirs de Pestilence, qui avait pour mission de filer la grippe au monde entier.
Il aurait pu annihiler l'humanité d'un claquement de doigts, proprement, mais une fin sale et violente convenait mieux à la race qui avait détruit son propre monde.
Lucifer était en train de gagner. A vrai dire, la plupart des anges de son cher frère n'essayaient même pas de protéger l'humanité de son plan d'extermination, il n'était donc pas compliqué de le mener à bien. Les seuls à essayer de lui mettre des bâtons dans les roues étaient les Winchester et leurs amis, dont un qui était en chaise roulante, si Lucifer se souvenait bien. Leurs deux amies blondes et lourdement armées avaient péri dans une explosion, et Lucifer l'avait regretté quand il avait vu l'expression sombre de Sam, un peu plus tard dans la soirée.
L'archange serra le poing. Ce n'était pas en tuant la bande de potes de son Véhicule qu'il allait le pousser à dire oui ! En même temps, il n'avait pas invité d'humains à son petit rituel dans le cimetière, à part Sam. C'était donc de leur faute, na.
En parlant de Sam, Lucifer aurait dû le prendre en photo. Pour une fois qu'il le voyait en chair et en os ! Mais non, il devait creuser un fichu trou au lieu de prendre des selfies avec l'homme responsable de sa mise en liberté (son idole !). Et alors qu'il terminait de libérer la Mort et qu'ils auraient pu avoir une discussion convenable, Sam avait pris la poudre d'escampette, le laissant en plan avec des cadavres frais et moins frais et un Cavalier en pleine forme.
Le pire, c'est qu'il n'avait même pas laissé d'adresse pour que Lucifer puisse lui envoyer un cadeau de remerciement en bonne et due forme. Genre… des chocolats. Des fleurs ? Des tickets pour le Superbowl ? Il pouvait toujours le couvrir de présents directement dans son esprit, mais c'était loin d'être pratique, surtout pour profiter pleinement des chocolats.
De nouvelles enveloppes atterrirent sur le sol du hall d'entrée, et Lucifer leva paresseusement la tête en les entendant.
- Je m'en occupe tout de suite ! assura un démon lambda en se jetant littéralement sur les lettres pour les rassembler et les faire flamber.
Le crâne de Lucifer se posa à nouveau sur le dossier du divan et il tenta de se détendre et de penser à autre chose. La prochaine phase de son plan n'était pas pour tout de suite, et il allait avoir pleiiiiin de temps à tuer, là.
…Oh bon sang, il s'ennuyait déjà.
L'archange caressa l'idée d'aller voir Sam dans ses rêves, mais le garçon ne devait plus être au lit à cette heure. D'ailleurs, s'il pouvait avoir un cycle de sommeil plus régulier, Lucifer lui en serait reconnaissant.
C'est donc avec une grimace dépitée que Lucifer s'affala plus lourdement sur son divan poussiéreux. Il cogita encore dix bonnes minutes dans le vide et finit par se lever, dégoûté par son inactivité. Il était libre, nom de Père, et tout ce qu'il trouvait à faire était de végéter sur des coussins malodorants ?!
Lucifer se dirigea d'un bon pas vers la porte vitrée qui menait au balcon et l'ouvrit d'un geste franc pour aller prendre l'air. Il fut accueilli par une rafale glacée qui ne lui fit aucun effet, mais il eut le plaisir d'entendre les démons de plus basse extraction piailler dans le salon. L'archange prit de grandes inspirations (inutiles pour un ange, mais ça faisait quand même du bien d'utiliser ses poumons, pour changer) et prit sa position de maître du monde pour observer les lumières de la ville encore plongée dans le noir à cette heure. Il trouva presque ça… joli, s'il s'efforçait d'ignorer tout le reste (l'humanité effrayée par le noir, la pollution, la consommation en électricité qui tuait la planète à petit feu…).
Lucifer se demandait ce que Sam pouvait bien penser d'un tel spectacle quand un bruit incongru le fit sursauter. Ça ressemblait à des battements d'ailes, mais ils n'avaient aucune régularité, et les ailes susdites ne devaient pas être faites de plumes…
Quelque chose de pâle approchait à toute vitesse du balcon et Lucifer, prêt à se battre, plissa les yeux pour apercevoir l'ange qui faisait tout ce boucan. En tout cas, il n'avait pas froid aux yeux pour venir l'affronter ainsi, de face… Serait-ce l'ange des Winchester ? Celui qui s'appelait… merde… Castiel ?
L'archange ne prit même pas la peine de prendre une position de combat. Il ne craignait absolument rien de la part d'un simple soldat, alors pourquoi se fatiguer ?
Le Diable fut donc pris au dépourvu quand une bonne centaine d'enveloppes rectangulaires se collèrent sur toute sa face avant, du haut de son crâne jusqu'aux genoux noueux de Nick, son véhicule. Stupéfait, Lucifer crachota pour décoller les lettres plaquées sur son visage et tituba jusqu'à l'intérieur du salon, incapable de voir où il allait. Un démon plus intelligent que les autres ferma la verrière derrière lui avec un soupir de soulagement tandis que les autres entouraient Lucifer sans savoir que faire.
L'archange se débarrassa des lettres d'un mouvement de la main agacé et les regarda tomber sur le sol sale, une expression funèbre sur le visage. Et là, sous l'œil incrédule des démons présents, il se laissa tomber sur la moquette, où il s'assit en tailleur pour passer en revue les noms des expéditeurs.
- Melissa McKinley, poubelle. Steve Carson, poubelle. Kevin… franchement, Kevin ? Poubelle. Maria Bradford, poubelle. Sam O'Connell, poub-
Lucifer s'arrêta net, l'enveloppe bleu pâle à la main. Il passa lentement son pouce sur le prénom de l'expéditeur et son expression perdit toute sa dureté. Il retourna délicatement le pli et vit qu'il était adressé à "Satan". Un petit rire à peine audible quitta ses lèvres et il n'hésita qu'un instant avant d'ouvrir l'enveloppe, prenant garde à ne pas déchirer le nom du gamin. Il tira une feuille pliée en deux et entreprit de la lire à mi-voix, obligeant les démons à s'approcher pour comprendre ce qu'il racontait.
- Cher Satan, j'ai été très sage cette année, tu peux demander à maman… blablabla… Pourrais-tu m'offrir le nouveau Action Man s'il te plaît ? Celui avec le fusil méga-cool qui tire des fléchettes ?
- C'est juste un gosse, renifla un démon avec dédain.
- Il vous a pris pour le Père Noël ou quoi ?
- Silence, siffla Lucifer avant de poursuivre. Et si tu as encore du budget pour moi, je veux bien un nouveau vélo, j'ai crashé le mien dans les poubelles de Mr Finstock et depuis, il roule bizarrement. Merci Satan ! Avec tout mon amour… Sam.
Lucifer considéra la lettre du petit Sam pendant un instant, puis la posa soigneusement à côté de lui avant de prendre une autre enveloppe, qui contenait une lettre du même acabit. Il lut la centaine de messages sans s'arrêter, puis se leva en époussetant son jean. Le Diable ramassa la lettre de Sam et la posa bien en évidence sur le rebord de la cheminée éteinte.
- He bien, finit-il par dire. La dyslexie est en avance cette année.
- Est-ce qu'il vient de lâcher une blague ? murmura un démon à l'oreille d'un autre.
Lucifer frappa ses mains l'une contre l'autre, faisant sursauter les démons qui glapirent de peur.
- Bien, étant donné que j'ai du temps à tuer et que je m'ennuie, nous allons répondre à tout ce courrier, décréta-t-il.
- On va leur envoyer des lettres d'insultes ? suggéra un démon avec espoir.
- Mieux que ça, on va leur expédier des cadeaux.
Bien sûr, les démons grincèrent beaucoup des dents quand ils comprirent que oui, Lucifer, l'Adversaire, l'Etoile du Matin, l'Ange Déchu, voulait sérieusement jouer les Pères Noël pour passer le temps. Tout ça pour une bande de gosses dyslexiques, non mais vraiment.
Le plus malchanceux d'entre eux fut envoyé faire les courses et revint avec plusieurs rouleaux de papier cadeau, des paires de ciseaux, du papier collant et des rubans de toutes les couleurs. Il laissa tomber le tout sur la table basse et remit avec révérence à Lucifer un catalogue de jeux piqué dans un grand magasin. Leur maître prit place sur son canapé (dépoussiéré pour l'occasion) avec les lettres des gosses et entreprit de feuilleter le catalogue. Il trouva bien vite le "Action Man" susdit, avec le flingue et tout et claqua des doigts pour créer une réplique parfaite de la figurine en plastique, qu'il fila aux démons pour qu'ils l'emballent et l'étiquettent. Un vélo bleu foncé subit le même sort, puis Lucifer s'empara des autres lettres d'enfants.
- Gnagnagna… Barbie hôtesse de l'air.
Un coup d'œil dans le catalogue, puis… :
- Tch, bande de machos racistes.
Une Barbie noire proportionnée comme un être humain normal et déguisée en motarde apparut sur la table du salon et un démon soupira avant de l'emballer, la mort dans l'âme.
La journée fila à toute vitesse. Lucifer adaptait les commandes des gosses à sa sauce, modifiant les jouets à sa convenance pour les rendre "plus cool" (il créa même une poupée anthropophage sans tête pour une gamine particulièrement malpolie), les démons emballaient et étiquetaient les présents et les entassaient dans un coin de la pièce. En fin d'après-midi, toutes les commandes étaient plus ou moins honorées, et Lucifer se leva pour faire craquer ses jointures.
- Parfait, il ne nous reste plus qu'à livrer tout ça !
- M-mais… Seigneur ?
- Quoi ?
- Pourquoi faire ça ? Vous voulez détruire l'humanité, non ?
- Alors pourquoi leur offrir des cadeaux, n'est-ce pas ? acheva Lucifer à sa place. He bien, il se trouve que je m'ennuie comme un rat mort, que Sam me manque et que j'ai envie de me dégourdir les ailes. En plus, vous imaginez la tête des gosses quand ils verront que je leur ai apporté une tête à coiffer qui gerbe quand on lui fait des couettes ? On peut faire le mal de plein de façons différentes, mes enfants, et celle-ci en fait partie, donc prenez-en de la graine.
Les démons s'inclinèrent avec empressement, persuadés que Lucifer avait raison même si quelque chose les turlupinait toujours.
- Bien, alors vous deux, vous vous occupez de l'Ohio, ordonna le Diable. Vous, l'Indiana. Et toi, tu t'occuperas de l'Illinois, je fais le Michigan. Allez-y.
Lucifer et ses hommes disparurent de la pièce quelques minutes plus tard, le temps d'empaqueter tous les cadeaux à livrer. Ils y passèrent une bonne partie de la nuit et Lucifer s'éclata à figer toutes les familles dans lesquelles il se rendait pour déposer les cadeaux au pied du sapin sans être vu. Le temps qu'il s'occupe de toutes les habitations, la nuit était déjà bien avancée, et il ne lui resta bientôt plus que le petit Sam à visiter.
Le Diable se posa délicatement sur le toit pour ne pas réveiller tout le voisinage et fit rapidement le tour de la maison pour trouver le gosse à travers les fenêtres. Il tomba finalement sur une chambre d'enfant et se téléporta directement à l'intérieur. De grandes lettres colorées en mousse ornaient le dessus du lit et épelaient le prénom du petit, aussi Lucifer n'eut-il plus aucun doute sur l'identité du dormeur. Il s'avança vers le lit et entendit un "crouik" sonore qui venait du sol.
Ah, il venait d'écrabouiller un lego. Tant pis.
Lucifer poussa la brique explosée sous le lit et s'assit sur le bord du matelas, ce qui s'avéra plus difficile que prévu parce que le môme dormait à dix centimètres du rebord susdit. Bon point pour le mioche : il avait les cheveux bruns. Lucifer hésita, puis souleva une mèche pour voir le visage du gosse, qui avait le même nez en trompette que son Sam personnel.
- 'A chatouille ! rit le gosse avant d'ouvrir les yeux pour tomber nez à nez avec le Diable.
Lucifer tenta d'adresser un sourire rassurant au môme, mais celui-ci pâlit comme un fantôme. Merde, il était assez mature pour savoir que trouver un type de cinquante piges près de son lit n'était pas exactement normal !
- He, tout doux, je ne vais pas te manger ! s'exclama Lucifer à mi-voix en voyant Bébé Sam tâtonner pour attraper sa batte de base-ball.
- Vous êtes qui ?!
- Chuuuuut ! siffla l'archange en plaquant une main sur la bouche du môme par pur réflexe. Bon, écoute, je ne suis ni un pédophile, ni un… heu… un tueur. Enfin, en tout cas, je ne suis pas là pour te tuer, te torturer, te raconter en détails de quelle façon tu as été conçu ou te passer Eminem pendant dix heures d'affilée, donc… du calme. Je peux te faire confiance pour ne pas hurler ?
Bébé Sam hésita, puis acquiesça lentement. Lucifer retira sa main et regarda le môme qui le fixait désormais avec curiosité et méfiance.
- Bon, je me présente : Lucifer. Et oui, je suis le Diable, tes parents ont dû menacer de m'appeler si tu ne finissais pas ta soupe. Tout à fait entre nous, j'ai autre chose à faire de mes journées que de corriger des gosses qui ne savent pas reconnaître de la bonne nourriture quand on la leur met sous le nez, mais passons. Tu m'as envoyé une lettre, donc me voilà.
Bébé Sam haussa un sourcil.
- Je ne me rappelle pas vous avoir envoyé du courrier…?
Lucifer extirpa la lettre de sa poche et la montra à Sam, qui lâcha un "quoi ?" perplexe. L'archange roula les yeux, puis montra l'en-tête de la lettre.
- Tu as écrit Satan. Si tu voulais joindre le Père Noël, il faut mettre le N après le premier A, pas le deuxième. Santa, Satan, tu saisis la nuance ?
- C'est un malentendu, je ne voulais pas… fit l'enfant terrifié.
- Y a pas de mal. Je me suis même dit que j'allais t'apporter tes cadeaux, tant que j'y étais. Donc voilà ton Action Man… je lui ai ajouté un jet-pack, tu feras gaffe avec le téléguidage, hein. Et voilà ton vélo, j'espère que la couleur te plaira.
Ebahi, le gosse déballa ses cadeaux et les contempla sans y croire.
- D'où l'intérêt de contacter un gars qui existe plutôt qu'un fantoche inventé par Coca Cola, se vanta Lucifer sur le ton de la conversation.
Bébé Sam se tourna vers lui, des étoiles plein les yeux.
- Mais… c'est génial ! Merci Satan !
- Oh, c'est pas grand' cho-
Mini Sam sauta sur Lucifer pour lui faire un gros câlin, mettant le Seigneur des Ténèbres dans l'embarras le plus profond.
- Heu, tu… je suis pas très câlin… hum, Sam ? balbutia le grand blond sans savoir quoi faire de ses mains.
Comme le petit ne semblait pas vouloir le lâcher, Lucifer finit par obéir à son instinct et prit Bébé Sam dans ses bras à son tour en tentant d'ignorer le fait que, putain, ça faisait du bien. Bon, évidemment, il aurait préféré que ce soit le vrai Sam, mais bon, hé, on ne peut pas tout avoir.
Le gosse finit par le lâcher, et il dut s'éclaircir la gorge pour que l'adulte le laisse partir.
- Hrm, pardon.
- C'est pas grave, je suppose que vous n'avez pas souvent de câlins, hein ?
- M'en parle pas, grommela le Diable.
- Bon, si ça peut vous aider, je vous trouve très cool, moi.
- C'est vrai ? s'étonna Lucifer en relevant la tête vers le mioche.
- Vrai de vrai ! Dites… Je pourrai encore vous écrire l'année prochaine ?
Lucifer aurait voulu lui dire la vérité, lui annoncer que l'humanité entière brûlerait avant Noël prochain, mais les yeux humides du gosse l'en empêchèrent. Au lieu de ça, il prit une grande inspiration et se força à sourire.
- Bien sûr. Je ne garantis pas que je viendrai, mais je lirai ta lettre.
- C'est déjà pas mal, sourit le gamin en lui donnant une bourrade dans l'épaule.
Comme l'ambiance devenait de plus en plus dégoulinante, Lucifer se leva d'un bond, embarrassé.
- Boooon, faut que je file, moi. Je suppose que c'était un plaisir de te rencontrer.
- De même pour moi, fit élégamment le mioche.
- Heu… Joyeux Noël ? dit encore Lucifer en se dirigeant vers la fenêtre.
- Vous savez que ce n'est que dans deux semaines, hein ?
La main de Lucifer s'écrasa sur son propre visage.
- B-Bien sûr que je le sais ! mentit-il avec aplomb.
Le rire du gosse l'informa qu'il n'était pas du tout dupe. Lucifer grinça des dents et s'apprêtait à s'envoler quand une idée de dingue naquit dans son cerveau.
- En fait, laisse tomber le courrier, c'est payant et c'est chiant à envoyer. Tu peux m'adresser des prières, c'est plus rapide. Tu commences par mon nom et tu finis par Amen, c'est facile. Et je m'appelle Lucifer, pas Satan, capisce ?
Bébé Sam eut à peine le temps d'acquiescer avec enthousiasme que l'archange avait déjà disparu, laissant un vélo à six vitesses couvert de flammes phosphorescentes et un Action Man bodybuildé dans son sillage.
Lucifer réapparut dans son squat et se laissa tomber sur le divan, où plusieurs démons mangeaient des biscuits en mettant des miettes partout.
- Je sais pas ce qui est le plus fatiguant : la tournée ou les gosses ? geignit Lucifer avant de s'apercevoir que ses démons s'en foutaient tout plein derrière la cravate. Où avez-vous trouvé ça ?
- Un gamin m'a pris pour un elfe et m'a filé une boîte de biscuits, expliqua un démon en haussant les épaules. Vous en voulez ?
Lucifer rafla un cookie et le mangea tristement en contemplant la lettre de Bébé Sam. C'est à peu près à ce moment-là qu'un nouveau vol d'enveloppes s'engouffra dans la maison pour aller se coller à lui. Visiblement, les lettres étaient comme des prières, elles trouvaient toujours leur destinataire angélique tant que celui-ci était sur Terre. Et comme la loi prévalait, tous les timbres avaient été oblitérés.
Le Diable grogna et les démons se levèrent d'un bond, enthousiastes à l'idée de gagner de nouvelles boîtes de biscuits. Ils reçurent encore plusieurs centaines de lettres avant Noël et eurent à cœur de livrer tous les cadeaux demandés au Diable en personne. Lucifer, lui, conserva précieusement le courrier de son nouvel ami, qui ne quitta plus sa poche à partir de ce jour.
Plusieurs mois plus tard, alors qu'il venait de se faire renvoyer dans sa Cage par nul autre que Sam Fucking Winchester, Lucifer fit les poches de son Véhicule pour récupérer sa lettre sous l'œil sceptique du chasseur.
Au moins, ça lui ferait de l'occupation.
C'était… atrocement mignon, j'ai pas l'habitude, j'ai les yeux qui brûlent, là ! Au secouuuurs !
Un commentaire pour m'aider à soigner ma douleur ? :'(
