He ben ça devient dur d'écrire, dites donc. Serait-ce parce que je vieillis ? Brrr, j'espère pas.
Voilà ma dernière petite histoire de Noël, cette fois centrée sur Gabriel. Décidément, il n'y a qu'une poignée d'anges qui se démarquent vraiment dans cette série ^^' Aaaaah, le libre-arbitre.
Bonne lecture !
3 - Gabriel
Cette année-là n'était pas plus particulière qu'une autre. D'ailleurs, elle ressemblait à toutes celles qui l'avaient précédée, pour Gabriel. Il vivait tranquillement sur Terre depuis quelques siècles, mangeait des sucreries à n'en plus finir, punissait des raclures pour garder la forme et fréquentait assez de bordels pour pouvoir établir un top 100 (le numéro 25 va vous étonner !) mondial.
La routine, quoi.
Les anges s'étaient enfermés au Paradis depuis un bon moment déjà et rien n'indiquait qu'ils allaient un jour en sortir. Gabriel savait qu'une Apocalypse allait pointer le bout de son nez et forcer sa famille à se montrer, mais pour l'instant, la fin du monde n'était pas au programme, alors il profitait allègrement de sa liberté sans vraiment passer inaperçu. Bon, un jour il avait essayé d'aller jeter un œil dans le futur, mais il était bien vite revenu, horrifié par ce qu'il avait vu.
L'archange Gabriel se complaisait donc volontiers dans le présent et faisait la fête à chaque jour que son divin paternel faisait. Ce qu'il ignorait, c'est que cette année si bien entamée n'allait pas se dérouler comme les précédentes.
Tout avait commencé par une prière. Elle n'avait rien de spécial, de prime abord, mais Gabriel avait été surpris de l'entendre. Généralement, la majorité des prières étaient adressées à son Père qui n'était plus aux Cieux, ou encore à des saints morts depuis belle lurette totalement dépourvus de pouvoirs. La dernière fournée de prières avait pour destinataires les anges plus populaires, comme Michel ou Lucifer (hé, les satanistes aussi priaient, un peu de tolérance, que Diable !), et les autres anges ne les entendaient pas, tout simplement parce que personne ne savait qu'ils existaient.
De toute manière, les trois catégories de créatures susdites ne répondaient jamais aux souhaits de leurs fidèles, donc Gabriel n'avait jamais compris l'intérêt de continuer à demander. Dieu était semble-t-il porté disparu, les saints profitaient de l'au-delà, les anges se fichaient royalement des humains et Lucifer était coincé en Enfer.
Le fait que cette prière-là, en particulier, parvienne aux oreilles de Gabriel était donc un foutu miracle en soi. Soit elle avait été adressée à tous les anges de la Création, soit quelqu'un lui demandait audience, à lui, Gabriel.
L'archange hésita, puis jeta ses jetons sur les genoux du croupier pour se rendre auprès de la personne qui requérait son intervention, intrigué. Il se retrouva dans une petite maison quelconque et se rendit invisible en apercevant une silhouette agenouillée sur le sol, au pied d'un lit défait.
- Oh, s'il vous plaît, Messager, aidez-moi, je vous en supplie… donnez-moi la force, marmonnait une voix de femme qui partait un peu dans les aigus.
Etonné d'être appelé par son surnom, Gabriel laissa tomber son voile d'invisibilité et se dirigea lentement vers la femme, qui acheva sa prière par un "amen" prononcé à voix basse. Il la regarda se relever avec difficulté pour se remettre dans son lit avec un soupir douloureux. Elle ne l'avait toujours pas remarqué, étonnamment.
L'archange huma l'air et comprit immédiatement ce qui arrivait à cette femme. Elle était malade. Très malade. Même avec de bons médicaments, elle ne verrait pas la fin du mois.
Silencieusement, le céleste entra dans la chambre pour aller se poster au chevet de la malade. Elle avait une cinquantaine d'années, mais son état lui faisait en paraître soixante. Ses longs cheveux blonds étaient ternes et cassants et ses lèvres étaient pâles et gercées. Elle gardait les yeux fermés et sa respiration sifflante était laborieuse. Gabriel avait mal pour elle, mais même ainsi, il ignorait pourquoi elle avait choisi de l'appeler, lui.
- Madame ? l'interpela-t-il doucement pour signaler sa présence.
Elle rouvrit les yeux lentement, comme si elle était persuadée d'avoir rêvé, et dévisagea Gabriel avec horreur.
- Je ne vous ferai aucun mal, n'ayez pas peur, assura l'archange. Vous m'avez appelé ; me voilà.
La femme se détendit un peu, puis son regard brun se fit scrutateur, surtout quand il tomba sur les vêtements modernes du Messager.
- Vous êtes… l'archange Gabriel ?
- Lui-même. En quoi puis-je vous aider ?
La femme rosit, gênée.
- He bien… c'est embarrassant, je ne pensais pas que vous alliez faire le déplacement…
- J'étais dans le quartier, mentit Gabriel avec un sourire. Et si vous me disiez comment vous vous appelez, hmm ?
Rassurée par le ton détendu de l'archange, la blonde répondit de sa voix essoufflée :
- Rosemary. Je m'appelle Rosemary.
Gabriel lui fit un baisemain puis s'assit sur le bord du lit pour écouter son histoire. Rosemary était auteure de livres pour enfants. Elle s'était lancée dans la narration après la naissance de ses deux enfants et s'était découvert un véritable don pour ça. Un éditeur avait accepté de la publier et Rosemary avait percé dans le monde de la fiction. Des années plus tard, son fils et sa fille avaient quitté la maison pour vivre leur vie, mais Rosemary avait continué d'exercer sa passion pour les histoires.
Et puis un jour, elle était tombée gravement malade. Les médecins qu'elle consulta lui firent prendre tout un tas de médicaments qui ne servaient qu'à atténuer les symptômes de sa maladie. Rosemary apprit deux mois plus tard qu'elle allait mourir et, désespérée, s'enfonça dans un état apathique qui inquiéta rapidement ses voisins. Les braves gens avaient alors appelé les enfants de Rosemary, qui avaient accouru au chevet de leur mère pour la soutenir.
L'auteure avait alors compris une chose importante : elle avait commencé à écrire pour ses enfants et c'était à eux qu'elle dédierait son dernier livre. Rosemary s'était donc lancée dans l'écriture d'une histoire dans laquelle ses sentiments pour ses enfants étaient exprimés sans fard, mais la maladie l'avait vite rattrapée et clouée au lit sans ménagement, à son grand désespoir.
- Je voudrais juste finir cette histoire avant de mourir, conclut Rosemary. C'est mon vœu le plus cher. Je me suis dit qu'en tant que Messager, vous seriez le plus à même de m'aider à transmettre mon message à mes enfants…
Gabriel prit le temps de réfléchir à la situation. Il pouvait guérir Rosemary une bonne fois pour toutes et éloigner les Faucheuses d'elle pour encore au moins une vingtaine d'années. Le problème, c'est que ce genre de miracle ne passerait pas inaperçu, et si Rosemary parlait de lui à qui que ce soit… il se retrouverait relégué au rang d'infirmier céleste jusqu'à la fin des temps. Le souci, c'est que les Faucheuses n'accepteraient jamais qu'il les mette au chômage et essaieraient de se débarrasser de lui… par exemple en le dénonçant auprès des anges. En plus, même un grand distrait comme Gabriel savait qu'il était dangereux de sauver trop d'humains. La mort faisait partie de la vie et il ne lui appartenait pas de sauver tout le monde.
Par contre… rien ne l'empêchait de prolonger un peu la vie de cette mortelle, si ?
- Allez, on se lève ! Tu as du boulot aujourd'hui ! claironna Gabriel le lendemain matin en arrachant ses couvertures à une Rosemary encore ensommeillée.
- Gabriel ? Mais que…?
- Petit-déjeuner au lit ! continua l'archange sans faire attention à ses récriminations.
Il déposa un large plateau disparaissant littéralement sous la nourriture sur les genoux de sa protégée, qui glapit de surprise en voyant tout ce que Gabriel lui avait préparé. L'ange lui fourra une fourchette et un couteau entre les mains et lui servit une tasse de café qu'il déposa sur la table de nuit. Puis il recula d'un pas et déclara de sa plus belle voix de stentor :
- Voici ton emploi du temps pour aujourd'hui. De neuf heures à midi, tu avances sur ton scénario. Ensuite tu manges un bon petit plat concocté par ton Chef (Gabriel se désigna du pouce avec un clin d'œil) et tu te remets au boulot jusque quatorze heures. Ensuite, nous irons nous promener dans le parc, un peu d'air frais ne te fera pas de mal. Tu auras encore le temps d'écrire avant que tes enfants n'arrivent, vers dix-sept heures trente. Vous mangerez ensemble et - attention les yeux - je préparerai un bon petit dessert, j'espère que vous m'en garderez un peu ! Après ça, quartier libre jusqu'à l'heure du coucher.
Gabriel perdit son air sérieux pour demander, d'une voix plus gabrielesque :
- Tu te couches à quelle heure au fait ?
Rosemary, une fourchetée d'œufs fourrée dans la bouche, le regarda comme s'il avait deux têtes.
- Tu… es conscient que je n'arriverai jamais à faire tout ça, hein ? C'est à peine si je tiens debout…
- Ah, ça, chère amie, tu ne peux pas le savoir tant que tu n'auras pas essayé, s'exclama Gabriel tout en exécutant une pirouette comique qui fit rire sa patiente.
L'ange se retira pour la laisser prendre son petit-déjeuner et esquissa un sourire machiavélique. Tant qu'il restait avec elle, Rosemary ne risquerait pas d'être emportée par sa maladie. Tant que lui, le protecteur des messagers, restait à ses côtés, ses pouvoirs angéliques suffiraient à soutenir les fonctions vitales de la patiente, le temps qu'elle accomplisse ce pour quoi elle se raccrochait désespérément à la vie.
Rosemary se montra étonnée et émerveillée par ce qu'elle réussit à faire lors de son premier jour avec Gabriel. Elle parvint à rester plusieurs heures à son bureau pour travailler sur son projet, puis savoura sa promenade avec l'archange. Requinquée, elle suivit le régime de travail imposé par le Messager et put accueillir ses enfants avec le sourire le soir même.
- Bonjour, heu… ? commença sa fille, une dénommée Lily, en voyant Gabriel aux côtés de sa mère.
- Gabriel, se présenta le céleste. Je suis infirmier, ajouta-t-il avec un sourire.
- Mais maman, tu es sûre d'avoir les moyens de te payer un infirmier à domicile ? s'inquiéta le frère de Lily, un grand brun plutôt mignon qui se prénommait Jake.
- Je suis un voisin, en fait, inventa Gabriel, son auréole quasiment visible au-dessus de sa tête. J'aide votre mère de temps en temps… bénévolement.
Les deux enfants de Rosemary le fixèrent, méfiants.
- Et vous avez le temps de venir aider notre mère après votre journée de travail ? demanda Jake, soupçonneux.
- Mais oui ! J'ai toujours du temps pour mes amis, éluda Gabriel en aidant Rosemary à s'asseoir sur un canapé du salon.
Lily finit par hausser les épaules en voyant sa mère si à l'aise avec l'intrus et alla chercher de la limonade dans le frigo pour en servir un verre à tout le monde.
Une fois les deux adultes rassurés quant à la sécurité de Rosemary, tout le monde se détendit d'un coup et profita tranquillement de la soirée.
Pendant deux mois, Gabriel s'occupa de Rosemary et s'assura que son dernier souhait était en bonne voie d'être exaucé. Au fur et à mesure de leur cohabitation, la dame reprenait des couleurs et regagnait sa joie de vivre, aidée par les petits plats de l'archange et les ballades qu'il la poussait à faire en sa compagnie. Bien sûr, les pouvoirs de Gabriel n'étaient pas étrangers à la vitalité de l'auteure, mais les petites attentions du blond avaient également un effet positif sur son humeur.
Quand Rosemary faisait une rechute, Gabriel la déridait avec ses blagues et lui accordait une journée de repos bien mérité pour se changer les idées avec un bon livre ou un film romantique. C'est justement à force de regarder des séries idiotes que Gabriel devint accro à la télé-poubelle et aux rires préenregistrés, auxquels il n'avait jamais vraiment fait attention avant.
Plus le temps passait, plus Rosemary semblait considérer Gabriel comme un ami plutôt que comme un archange, aussi prit-il sur lui de ne pas se servir de ses pouvoirs devant elle pour lui permettre de conserver ses illusions.
Pour sa part, Gabriel s'était réellement pris d'affection pour l'humaine et redoutait de plus en plus la fin de leur collaboration. Il savait qu'en s'engageant dans cette aventure il allait souffrir, mais Gabriel se trouvait incapable de laisser tomber sciemment un humain en détresse. Il cacha donc sa peine à Rosemary et se fit un devoir de lui rendre sa joie de vivre avec des bons mots et des conseils de pro pas toujours fiables.
Un jour, il trouva Rosemary endormie sur son bureau et la porta jusqu'à son lit pour qu'elle ne prenne pas froid. Ensuite il retourna dans le cabinet de travail de l'auteure pour ranger son matériel et rassembler les pages qu'elle avait écrites ce jour-là. Ce n'est qu'en ramassant une page affublée du mot "fin" qu'il comprit que Rosemary avait presque terminé sa dernière tâche.
Intrigué, Gabriel se tourna pour vérifier que son amie dormait toujours, puis, se sentant indiscret, entama la lecture du manuscrit.
Quand il eut fini de lire, une éternité plus tard, Gabriel se sentit déboussolé pour la seconde fois de son existence. Rosemary avait tout donné pour cette histoire, et ça se ressentait. Elle avait écrit avec son cœur, exprimé tout l'amour qu'elle ressentait pour Lily et Jake, ses rares regrets, ses plus grandes réussites, la fierté qu'elle éprouvait envers ses enfants et la joie d'avoir rencontré Gabriel, qu'elle désignait comme son "ange gardien".
D'autres feuilles éparpillées un peu partout étaient couvertes d'aquarelles représentant certaines scènes de l'histoire de Rosemary. Il y avait des dessins du parc, majoritairement, mais certaines esquisses représentaient l'entourage de l'auteure. Gabriel s'y trouvait lui aussi, et Rosemary lui avait dessiné une paire d'ailes immenses de toutes les couleurs possibles et imaginables. Le bleu azur se fondait dans l'or le plus pur, l'orange enflammait l'extrémité de chaque plume et se mariait à un rouge profond qui mettait en valeur un violet intense à l'endroit où les ailes émergeaient du dos de l'ange.
Mais ce qui choqua le plus Gabriel sur ce dessin, c'est le sourire que Rosemary lui avait dessiné. C'était un sourire franc, tendre et plein de malice qu'aucun peintre de la Renaissance n'avait réussi à immortaliser jusque-là. C'était… lui, un point c'est tout.
Gabriel avala difficilement sa salive et regretta tout à coup d'avoir mis le nez dans les affaires de son amie. Il rangea soigneusement toutes les pages dans un tiroir et alla préparer le repas.
- Voilà, j'ai fini, déclara Rosemary en posant un paquet de feuilles sur son bureau.
On était le 6 décembre et Gabriel venait juste de finir d'installer les décorations de Noël partout dans la maison quand il entendit ces mots.
- Vraiment ? C'est fini ?!
Rosemary se tourna vers lui pour montrer le tapuscrit relié et la farde contenant ses illustrations qu'elle tenait à la main. La bouffée de joie et de fierté qui monta en Gabriel était réelle, et c'est avec sincérité qu'il félicita chaleureusement son amie pour tous ses efforts. Il fit surgir une bouteille de champagne du néant et se surpassa pour concocter un dîner de fête et saluer dignement la victoire personnelle de Rosemary.
Le lendemain matin, Gabriel dupliqua le texte et les illustrations et se servit de ses pouvoirs pour relier les trois exemplaires obtenus sous les yeux admiratifs de l'auteure.
- Je n'ai jamais vu de papier d'aussi bonne qualité ! s'extasia-t-elle en ouvrant un des livres.
- Je n'allais pas imprimer l'histoire de ta vie sur du papier bon marché ! se rengorgea l'archange. Tu veux que j'emballe les exemplaires de tes enfants pour Noël ?
- Oui, s'il te plaît, fit Rosemary en rangeant soigneusement l'original et son exemplaire dans un tiroir.
Gabriel s'exécuta de bonne grâce et utilisa un papier cadeau de sa propre fabrication (un truc bien kitsch bleu et argent avec des rennes et des sapins) pour recouvrir les deux livres qu'il mit de côté pour Lily et Jake.
Ce faisant, il réalisa une chose. Rosemary avait atteint son but, donc elle pouvait reposer en paix, dorénavant. Cependant, Gabriel ne voulait pas qu'elle meure. Elle devait encore offrir ses cadeaux à ses enfants, après tout. Et puis, il ne voulait pas l'empêcher de fêter Noël, aussi. C'eut été cruel.
- Rosie ? Ça te dit, un ciné cette après-midi ?! lança-t-il à voix haute.
Noël arriva à toute vitesse, trop vite au goût de l'archange. La tentation de se servir de ses pouvoirs pour ralentir le temps l'avait envahi plusieurs fois, mais il avait repoussé cette envie à regret. Impossible de ralentir le temps sans attirer des chasseurs… ou pire, des anges.
C'est donc la mort dans l'âme qu'il fit les courses au centre commercial pour acheter de quoi préparer un réveillon sans révéler ses pouvoirs à Lily et Jake. Les portraits de lui faits par Rosemary pouvaient passer pour une vision d'artiste, mais s'il faisait surgir assez de nourriture pour un régiment d'un claquement de doigts, les questions allaient fuser. En plus, Rosemary voulait bien faire les choses et Gabriel tenait à respecter son souhait.
Il ne se servirait donc pas de la magie (sauf pour sauver un plat brûlé, bien sûr).
Le repas se passa très bien. Gabriel ressortit de vieux trucs de farces et attrapes de son répertoire pour amuser la galerie (les enfants de Lily l'acclamèrent, complètement extatiques devant ses tours de passe-passe) et s'occupa de la distribution des cadeaux. Il s'étonna de recevoir un bonnet fait main de Lily et un harmonica de Jake et fut très content de leur avoir confectionné des friandises à sa façon pour leur offrir à son tour. Mais le cadeau que tous préférèrent fut évidemment le livre de Rosemary, qui fit monter les larmes aux yeux des deux adultes.
- Oh, maman, c'est merveilleux ! sanglota Lily en serrant sa mère dans ses bras.
- Merci maman, vraiment, renchérit son frère en l'imitant.
Jake leva la tête, avisa Gabriel qui croulait sous les enfants et lui adressa un signe de tête, convaincu sans savoir comment que ce drôle de type avait rendu la santé à sa mère. Gabriel parvint à lui rendre son salut avant de disparaître sous la jupe de Julia, qui n'avait rien trouvé de mieux que de s'asseoir en haut de son crâne. Les trois adultes éclatèrent de rire en voyant Gabriel tomber en arrière, déséquilibré par la petite fille qui était semble-t-il tombée amoureuse de lui.
La petite famille quitta les lieux tard dans la nuit, ne laissant que Gabriel et Rosemary sur place. L'archange claqua des doigts pour ranger la maison et accompagna son amie jusqu'à son lit, où il l'installa confortablement. Il s'apprêtait à quitter la pièce quand il sentit une petite main attraper sa manche pour le retenir.
- Attends, j'ai quelque chose pour toi, fit Rosemary en extirpant un rectangle emballé de sa table de nuit.
Gabriel déballa son cadeau avec enthousiasme… avant de réaliser qu'il s'agissait du livre. Il passa les doigts sur les pages et réalisa que Rosemary avait fait relier le manuscrit original. Pour lui. Bouleversé, il leva la tête vers l'auteure, qui lui fit un clin d'œil.
- Rosie, je ne peux pas accepter, c'est ton original ! s'insurgea l'archange.
- Mais sans toi je n'aurais jamais pu le finir, sourit la blonde en saisissant son menton du bout des doigts.
Face à l'air choqué de Gabriel, la dame éclata de rire.
- Ben quoi ? Tu croyais vraiment que je n'étais pas au courant de tes petites manigances ?
- M-Mais…
Voyant la tête dépitée de l'archange, Rosemary reprit plus doucement :
- J'ai prié dans le but de vivre assez longtemps pour finir ce livre, et tu m'as non seulement exaucée, mais en plus tu as fait de ma vie un paradis sur terre, Gabriel. Je ne te remercierai jamais assez pour ça, alors t'offrir le fruit de mon travail est le minimum que je puisse faire. Accepte-le je te prie.
Gabriel serra son cadeau contre sa poitrine et se retint pour ne pas sangloter comme un angelot.
- Merci, baragouina-t-il. Merci pour tout.
- Tu m'ôtes les mots de la bouche ! C'est à moi de te remercier, Messager. Tu as exaucé mon vœu avec brio, tu es maintenant libre d'aller où bon te semble.
Gabriel avala difficilement sa salive et se redressa pour prendre un ton grave et dire :
- He bien, figure-toi que le tuyau de l'évier de la salle de bain est sur le point de fuiter, il faudrait que j'y jette un œil. Et puis je dois encore cuisiner pour le Nouvel An. Et Julia m'a demandé de lui apprendre des tours de magie, alors… je crains de devoir squatter encore un moment ici.
Rosie le dévisagea, absolument pas dupe.
- D'accord, tu peux continuer de vivre ici, gros bêta.
Le visage de Gabriel s'éclaira d'un coup avant de s'assombrir quand Rosemary ajouta d'un ton sans appel :
- Mais il faudra un jour que tu retrouves ta vie d'avant, d'accord ? Tu ne vas pas m'empêcher de mourir jusqu'à la fin des temps, tout de même.
- Je pourrais, fit le Messager d'une voix morne.
- Mais ce ne serait pas une vie, ni pour toi ni pour moi, expliqua Rosemary.
- Tu es mon amie ! répliqua Gabriel, le visage grave.
- Et tu t'en feras d'autres, j'en suis sûre. Tu es gentil, marrant et sage, je suis sûre que tu trouveras d'autres gens qui t'apprécieront !
- Mouais, grommela l'archange en triturant son livre. Bon, va dormir, il est tard.
Il tourna les talons pour sortir de la chambre et faillit rater les derniers mots de Rosie :
- La vie a de l'intérêt parce qu'elle a une fin, rappelle-toi.
Rosemary s'éteignit paisiblement dans son sommeil le 5 janvier suivant.
Gabriel resta un peu pour aider Lily et Jake à préparer les funérailles et se présenta lors des obsèques pour saluer son amie et soutenir sa famille. Les deux humains, qui avaient fini par comprendre que Gabriel était un peu plus qu'un infirmier pour leur mère, le remercièrent d'être venu et d'avoir soutenu Rosemary jusqu'à la fin.
L'archange partit à tire d'ailes dès que la cérémonie s'acheva, prenant juste le temps d'embrasser Julia et les autres pour leur dire au revoir. Passer tout ce temps avec Rosemary et ses enfants lui avait donné l'impression de retrouver sa famille, même si la sienne était moins chaleureuse et beaucoup plus… militaire.
Rosie avait dit qu'il se referait des amis un jour, mais Gabriel ignorait s'il était prêt à souffrir à nouveau comme ça. Était-ce vraiment une bonne chose de s'attacher aux humains ? Leur existence était si brève…
Le Messager se posa au sommet d'un gratte-ciel et considéra la question. Pour cela, il se repassa chaque moment heureux passé avec Rosemary et sentit un sourire élargir sa bouche. Le sourire que son amie avait si bien immortalisé…
Peut-être qu'elle avait raison. Peut-être qu'une vie sans fin n'avait aucun intérêt. Peut-être que passer une toute petite partie de sa vie avec des humains n'était pas une si mauvaise idée, après tout…
FIN
Pfouuuu, ce fut long. J'en peux plus ! En tout cas j'espère que ça t'a plus, Pandorwho !
Un petit commentaire ? o.o
