Date : 2 décembre 2020

Personnages : Ikki x Hyoga pour Queenie Adel et Shun x June pour Maelyna

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Romance

Note de l'auteur : J'ai rassemblé pour cette seule fenêtre les demandes de Queenie et Maelyna parce que j'ai lié les deux histoires des couples, mais sachez que les passages Ikki x Hyoga et Shun x June sont indépendants (donc si vous ne souhaitez lire que les parties de l'un ou de l'autre, c'est possible et ça ne gêne en rien la compréhension de l'histoire).

Le maître de Shun et June est cité. Pour ma part, étant plus à l'aise avec celui de l'animé (Albior de Céphée), j'ai choisi celui-ci.

Je m'excuse s'il reste des fautes, je n'ai eu le temps que de faire deux relectures.

Bonne lecture


Réponse à la review de ShaSei: Merci de ta lecture et de ta review, ravie que tu aies aimé ce couple atypique. J'imagine effectivement le double poney comme un couple mignon et harmonieux. Si tu lis la suite, j'espère qu'elle te plaira. Encore merci


Juste nous deux

Hyoga arrosa généreusement la dinde avant de la retourner pour uniformiser la cuisson. Les effluves de la viande envahissaient la cuisine de l'isba et lui donnaient l'eau à la bouche. Tout était presque prêt pour qu'il passe un réveillon de noël délicieux. La table était mise, les amuse-gueule et l'apéritif sortis, le russe comptait bien enivrer son invité et s'offrir une bonne crème brulée au dessert. Mais avant, il devait se préparer. L'alcool et le repas de roi ne faisaient pas tout. Il devait littéralement séduire son homme comme si c'était un premier rendez-vous. Le chevalier des glaces comptait bien embraser la banquise ce soir. Ce serait indiscutablement le plus chaud et merveilleux noël depuis la paix, et personne, absolument personne ne viendrait les déranger. Cela faisait six ans que Hyoga attendait ce moment.

Le Cygne passa dans la salle de bain pour y prendre une douche et se préparer. Il avait scrupuleusement choisi la tenue qui plairait à son partenaire censé le rejoindre. Un pantalon de cuir, un haut moulant couleur bleu qui s'assortissait avec ses yeux, un léger effet dans ses cheveux blond, sans oublier le parfum que son compagnon et lui partageaient. Ils sortaient ensemble depuis maintenant trois ans après s'être longuement tournés autour. Ils ne vivaient pas ensemble parce que son cher et tendre était un oiseau libre, voyageur, qui n'aimait pas rester trop longtemps au même endroit, mais les sentiments étaient là. Chacune de leurs retrouvailles étaient magiques et incroyablement érotiques. Hyoga en palpitait d'avance. Surtout qu'il avait fait en sorte que le frère de son homme soit introuvable.

Ah, Ikki et son inquiétude constante envers Shun. Ça avait toujours un côté attendrissant que Hyoga appréciait, mais ça en devenait fatiguant lorsque le petit frère en question passait avant lui. Ce n'était pas la faute de Shun, loin de là. Andromède était probablement celui qui avait le plus gagné en autonomie et maturité depuis six ans. Du haut de ses dix-neuf ans, Shun était débrouillard et polyvalent, et il consacrait sa vie dans des missions humanitaires en compagnie de June, son amie du temps de son entrainement sur l'île d'Andromède, devenue sa fiancée depuis. Shun adorait toujours son grand-frère, mais le besoin viscéral de se voir comme autrefois se faisait moins sentir pour lui, au contraire d'Ikki encore très accroché à son cadet. Il s'immisçait bien souvent entre le couple et sans scrupule en plus. Ce n'était pas qu'il doutait de June, il la calculait à peine. Et cela se répercutait aussi sur eux-deux aussi. Parfois, souvent même, Hyoga aimerait bien qu'Ikki oublie un peu son cadet pour penser plus souvent à lui qui était son compagnon de vie.

Depuis la paix, noël était l'occasion d'une grande réunion « familiale ». C'était le grand rassemblement chaque année entre Ikki et lui, Camus et son compagnon Milo, Isaak et son compagnon Io, Shun et June, et même Albior de Céphée qui se considérait comme le daron de ses disciples et se trouvait être envahissant lui-aussi. L'ambiance avait été étrange la première année, Milo ayant été celui qui avait tué Albior. Enfin, pas complètement puisqu'Aphrodite y avait mis son grain de sel, mais ça Milo l'ignorait et Camus demandait à ce que le secret soit gardé pour préserver la dignité du Scorpion.

Un an comme ça, deux ans comme ça, cette année, chacun restait de son côté. C'était Shun qui avait énoncé l'envie de passer noël tranquille avec June, sans son frère ou son maître, juste avec celle qu'il aimait. Hyoga avait donc aidé son ami et fait en sorte que Shun se perde dans une foule pendant que lui invitait Ikki à passer le réveillon dans son isba en Sibérie. Ils y seraient seuls, tranquilles, isolés, l'ambiance parfaite pour une folle nuit sainte, pas si sainte que ça en fait. Hyoga était tellement impatient. Ce serait une soirée merveilleuse. Camus n'y avait vu aucune objection, et encore moins Milo, au contraire tout content de ne pas se farcir les mômes et la belle-famille cette année encore.

Hyoga sortit de la douche fin prêt. Après une dernière vérification à sa viande, il commença à se servir un verre de vodka orange. Ikki ne devrait plus tarder.


June n'osa cligner des yeux du spectacle devant ses yeux. Le défilé de lumières colorées de la capitale nippone était ahurissant. C'était vraiment quelque chose à voir. Le pays natal de son compagnon regorgeait de trésor et elle était impatiente de les découvrir.

La jolie blonde sentit une main se glisser dans la sienne. Shun lui souriait et elle sentit son cœur palpiter. Encore aujourd'hui, alors qu'ils sortaient ensemble depuis maintenant trois ans, elle était toujours sublimée par son regard angélique qui faisait valser bien des têtes. Toutes les guirlandes de noël du monde ne semblaient pas aussi lumineuses que le sourire de son bien-aimé. Cette réflexion paraissait terriblement candide, mais elle était véridique.

Shun avait beaucoup grandi depuis l'époque où c'était elle qui veillait sur lui. Il la dépassait d'une bonne tête maintenant. Son visage avait perdu les rondeurs de l'enfance, et pourtant ses traits avaient gardé la même pureté qu'autrefois. Et même sa voix d'homme adulte, devenue un peu plus grave après avoir mué, restait incroyablement calme et bienveillante, mettant n'importe qui en confiance, adulte ou enfant.

Shun d'Andromède était définitivement un ange. Un homme d'une incroyable beauté et pas seulement physique. En sa qualité de chevalier, il était doté d'un grand sens de la justice et d'une abnégation sans faille. Mais en plus, Shun avait toujours été un garçon d'une extrême bonté. Sa gentillesse et sa patience touchaient le cœur même des plus hargneux. Son optimisme et sa volonté à toute épreuve redonnaient l'espoir à beaucoup de gens désespérés. Et cet homme-là l'avait choisi à elle comme compagne !

Souvent, June ne se sentait pas digne de lui. Shun était nettement supérieur à elle. En plus de toutes ces qualités dignes d'un bon samaritain, d'un Dalaï-lama ou même d'un Dieu, Andromède s'était élevé au rang de chevalier divin, tout en restant humble, alors qu'elle n'était qu'un petit bronze qui n'avait participé à aucune bataille.

En peignant le portait de ce garçon si parfait, June se sentait complètement hors catégorie. Pourtant, c'était bien sa main que Shun tenait actuellement, et c'était bien à elle qu'il adressait ce sourire. C'était bien avec elle qu'il allait passer les fêtes de noël cette année, au pays du soleil levant, patrie qui avait vu naître cet homme de grande vertu, son homme à elle.

– On y va ? demanda-t-il.

June hocha la tête en lui offrant un sourire similaire. C'était elle que cet ange avait choisi. Elle l'aimait de tout son être. Comment était-ce possible de ne pas l'aimer ? Et tant qu'il le lui permettait, elle n'était pas prête de lâcher cette main.


Lorsqu'Ikki pénétra l'isba vêtu comme un cosmonaute, Hyoga lui retira ses couches de vêtements en un temps record avant de s'emparer de ses lèvres. Il s'assurait que son phénix n'ait pas le temps de se refroidir, tout comme sa viande qu'il avait judicieusement couverte pour qu'elle garde sa chaleur et ses odeurs.

– Salut beau gosse, susurra le Cygne.

– Salut beau blond. T'as sorti le grand jeu, répondit Ikki et tâtant le fessier de son compagnon bien moulé dans son pantalon de cuir. C'est mal de me tenter de la sorte.

– Je ne compte pas me contenter d'une seule volaille ce soir, sourit malicieusement Hyoga. Mais je garde le meilleur gibier pour la fin. Un petit apéro ?

– Attends, je dois mettre la viande en cuisson, sinon on la mangera jamais.

– La viande ?

– Ben oui, j'ai amené la viande. Tu ne vas quand même pas tout payer. C'est notre noël à nous, alors on partage.

– Mais t'occupe, j'ai déjà tout prévu.

– T'as prévu quoi ? demanda Ikki.

– Classique, de la dinde.

– T'es sérieux ?

Le ton de reproche qu'avait employé Ikki refroidit l'atmosphère voluptueuse qui avait commencé à s'installer. Hyoga et Ikki ne se disputaient pas souvent, pour la bonne raison qu'ils ne se voyaient pas si souvent que ça. Ils s'aimaient vraiment et ils adoraient se retrouver. Mais deux forts caractères comme eux, têtus qui plus est, et avec des avis pas toujours concordants, ne peuvent passer trop de temps ensemble avant que la crise n'explose. Quelques jours tout au plus avant que Ikki ne s'envole à nouveau. Ils ne se parlaient même pas tous les jours.

Leur relation leur convenait et cette solution les équilibrait bien. Leurs sentiments n'avaient pas moins de valeur qu'un autre couple. Ils avaient juste pris conscience que s'aimer follement n'était pas un élément suffisant pour bien s'entendre. Il n'y avait qu'à voir Camus et Milo qui se disputaient souvent et faisaient des sacrifices de dingue pour vivre ensemble, mais il n'était pas rare que chacun rentre dormir dans on temple après une énième dispute entre eux. Pour le coup, Ikki et Hyoga n'avaient pas ce genre de problème. En général, il fallait bien attendre le troisième jour avant qu'ils ne commencent à sortir le linge sale. Mais cette fois-là, ce fut d'entrée de jeu.

Hyoga n'aimait pas ce ton, aussi il prit directement une attitude offensive. Cela faisait des heures qu'il préparait le repas, Ikki n'avait rien à dire là-dessus.

– Quoi ? Ça te va pas ?

– Mais Hyoga, y a rien qui te choque ?

– Ben non !

– Tu me demandes littéralement de bouffer mon totem !

– Depuis quand t'es une dinde ? Tu te fous de ma gueule ? s'exaspéra Hyoga d'une telle révélation complètement grotesque.

– De la dinde, du poulet, j'ai du mal à avaler ces trucs-là.

– Et c'est maintenant que tu me sors ça alors que c'est prêt !

– Je pensais que c'était évident.

– Ça ne l'était pas, non ! Et toi, t'as prévu quoi ?

C'est alors que Ikki sortit de son sac en tissu une pièce de volaille. Hyoga sentit sa mâchoire tomber au sol. Est-ce que son compagnon était devenu complétement con ? Est-ce qu'il avait laissé fondre son cerveau dans un volcan quelque part ?

– Du canard à l'orange.

– T'as vraiment décidé de te foutre de ma gueule ce soir ! explosa le blond.

– Quoi, t'aimes pas le canard ? Ou c'est l'orange ?

– T'as décidé de gâcher notre noël, c'est ça ? Tu digères pas que Shun ait disparu dans la nature.

– Me parle pas de mon frère. C'est déjà dur pour moi de… Hyoga ?

– Quoi ?

– Tu sais quelque chose.

– … Non, dit le russe après une très brève hésitation qui n'échappa nullement à Ikki.

– Où est-il ?

– J'en sais rien. Et puis, oublie-le un peu ton frangin. Il peut se gérer seul.

– Il a dix-neuf ans. Officiellement au Japon, il est encore mineur.

– Oh mais je t'en prie, se désespéra Hyoga.

– Tu n'as pas de frère. Tu ne peux pas comprendre ce qui nous unit.

– Arrête, tais-toi !

Le ton s'était fait sans appel. Là, Hyoga n'avait plus envie de plaisanter.

– Moi aussi j'ai des personnes que j'aime. Isaak est comme mon frère. Camus est comme mon père. Et tous nos amis, Seiya, Shiryu, et Shun aussi, ils sont comme mes frères aussi. Alors ferme-là ! Je sais autant que toi ce que c'est d'aimer un proche. Qu'est-ce que tu crois ? Que je ne peux pas comprendre l'amour filial ? Je connais très bien la douleur de perdre un être cher. Parfois, je revois encore ma mère sombrer sur ce bateau. Même si j'ai réussi à faire son deuil, je ne pourrais jamais oublier cette douleur qui m'a traversé ce jour-là. C'était ma mère, et je l'aimais de toute mon existence. Elle était tout ce que j'avais au monde avant de vous connaître. Si t'as compris ce que je voulais dire, excuse-toi maintenant, Ikki.

– Hyoga, où est Shun ? demanda encore le Phénix, faisant complètement fi du discours du blond.

– Je ne te le dirais pas. Il ne veut pas de toi ce soir. Il est avec sa copine, et moi aussi je voulais passer noël tranquille avec mon homme. Mais faut que tu foutes la merde.

– C'est toi qui as commencé avec ta dinde.

– Mais de la dinde, putain ! C'est juste de la dinde, le plat traditionnel de noël. Ose me dire que j'ai mal fait quelque chose.

– Tu n'as pas pensé à moi.

– Et toi alors avec ton canard ? Cygne, canard, y a rien qui remue dans ton crâne ?

– Tu crois que j'ai fait le lien canard-cygne ?

– Il est plus évident que dinde-phénix.

– Bon, y a pas moyen de discuter à ce que je vois. Tu veux pas de ma viande ? Fort bien ! Tu veux pas me dire où est Shun ? Je m'en souviendrais.

– Par Athéna, soupira Hyoga en levant les bras, tu ne veux pas juste passer un noël tranquille avec moi ?

– Là, tu m'as coupé l'envie.

– Ça serait juste ma faute en plus ? Mais tu peux partir si mon opinion et ma cuisine ne te conviennent pas.

– Je me suis gelé les burnes en venant jusqu'ici alors je ne compte pas partir en pleine nuit et avec la neige qu'il tombe dehors.

– Et bien installe-toi, c'est moi qui pars, cracha Hyoga en prenant son manteau. Bon noël en solitaire, dindon !

La porte de l'isba claqua, laissant un phénix fulminant dans l'entrée.


Au Japon, Shun et June passaient au contraire un excellent un moment. Après s'être longuement promenés dans les allées et les parcs pour profiter de l'ambiance festive, le couple dîna dans un restaurant traditionnel. Shun rit un peu de voir sa compagne en difficulté avec les baguettes, si bien qu'il finit par demander des couverts au serveur.

– Il y a du monde, remarqua June en regardant autour d'elle. C'est étonnant pour un soir de noël. On dirait des couples. Les gens ne se retrouvent pas en famille ?

– Non, pas ici. Enfin si, mais c'est surtout le nouvel an la fête familiale importante au Japon. Noël n'est qu'une tradition commerciale importée et on dit que c'est la fête des amoureux, comme une autre saint Valentin. D'ailleurs, le 25 décembre n'est pas un jour férié. C'est un jour comme un autre.

– Ah oui ?

– C'est donc l'endroit idéal pour passer noël avec toi, sourit Shun en prenant la main de June sur la table. Et puis, je suis content de te faire découvrir mon pays natal.

– Moi aussi.

– Après, je vais t'emmener dans un endroit qui décoiffe. Tu vas pas en revenir. J'espère que tu aimes l'électronique.

Même si ça paraissait complètement mièvre, June avait juste envie de dire qu'elle était heureuse n'importe où du moment qu'elle était avec Shun.

Tous deux avaient une relation simple. Pas de grande passion, mais beaucoup de tendresse, de câlin et de discussion. Shun parlait beaucoup des combats qu'il avait menés, comme s'il ressentait un besoin d'extérioriser ces cauchemars du passé. Il culpabilisait encore d'avoir dû blesser et tuer tant de gens, même si ces gens question étaient revenus à la vie depuis. Il les entendait encore crier de douleur et rendre leur dernier souffle. C'était une déchirure pour ce garçon si doux et si bon, opposé à la moindre violence. Dans ces moments-là, June l'écoutait parler en le tenant contre elle et en caressant ses cheveux, parfois en embrassant sa tête ou en lui murmurant « tu as été très courageux » ou « c'était pour la justice et la paix sur Terre ».

Déjà sur l'île d'Andromède, June avait une attitude très maternelle envers Shun. Nombre de personnes étaient sceptiques sur leur relation de couple. Une union comme la leur ne pouvait soi-disant pas fonctionner éternellement. Shun était son compagnon, pas son fils ou son petit-frère. Mais Shun était un homme qui avait énormément besoin d'affection et de tendresse. Elle ne faisait rien de mal et leur couple fonctionnait à merveille pour le moment. June était heureuse avec lui. Les autres ne se rendaient pas compte, mais c'était donnant-donnant. Elle procurait à Shun toute l'attention et l'affection qu'il avait besoin, et elle en recevait également, au centuple même.

Dans l'intimité, les sceptiques ne se doutaient certainement pas que Shun prenait soin d'elle comme un joyau. Il priorisait les désirs de son amante avant les siens. Il mettait tout en œuvre pour lui faire plaisir et il y arrivait d'ailleurs très bien. Oui, leur relation était simple, sans grande vague, mais elle leur convenait comme ça. Les passions torrides et les montagnes russes, ce n'était pas pour eux. Ils aimaient leur simplicité. Ils étaient des pacifistes qui réglaient chaque désaccord dans le calme et l'écoute. Vu de l'extérieur, cela pouvait paraitre ennuyeux, certes, mais c'était leur relation à eux et ils la géraient comme ils l'entendaient.

June faisait confiance à Shun. Elle savait qu'il ne tournerait pas de l'œil pour une fille plus ambitieuse. Son chevalier était bien trop pur pour cela. Au lieu de répondre à l'appel de la chair, Shun donnerait plutôt à cette tentatrice sa veste pour qu'elle se couvre, et il la complimenterait pour qu'elle sache qu'elle n'était pas une sale allumeuse mais bien une belle fille avec beaucoup de charme qui méritait le bonheur autant que n'importe qui. C'était son Shun, le garçon qu'elle avait toujours aimé.

Après le restaurant, Shun l'emmena dans un lieu de divertissement populaire du Japon : une salle d'arcade. Le couple ne s'était pas réellement fait de cadeau de noël, mais Shun réussit quand même à lui attraper une peluche dans une machine avec des pinces. Une jolie panthère des neiges dont le pelage blanc et les yeux bleus magnifiques lui rappelaient ceux de Shun. June essaya aussi mais la pèche ne fut pas aussi bonne. Pour chasser sa frustration, Shun l'emmena dans un appareil à photomaton qui ne faisait pas de simples photos d'identité. La cabine était grande, clairement prévue pour recevoir plusieurs personnes, et les photos prises étaient customisables à souhait.

– C'est des purikura, expliqua Shun. Ça fait fureur chez les ados.

– Mais c'est génial, s'extasia June en remarquant le cliché coloré qui venait de sortir de la machine. Encore une, Shun.

Ils prirent plusieurs autres clichés sur différents poses, thèmes et couleurs. Leur favorite irait rejoindre leur petit album de couple, celui qu'ils transportaient partout où ils allaient. Pas plus grand qu'un livre de poche, il recensait tous les moments les plus importants de leur couple, comme leurs voyages, qu'ils soient vacanciers ou humanitaires, ou les évènements auxquels il se rendaient. Cet album, c'était leur petit trésor. Toutes leurs autres photos étaient conservées par Albior dans son domicile en Equateur.

Le couple n'avait pas vraiment de chez-eux. Ils passaient la plus grande partie de leur temps à voyager à travers le monde. La maison de leur maitre était un peu leur point d'ancrage. Une chambre leur était d'ailleurs réservée, et Albior était toujours heureux de recevoir ses « enfants ».

Ce soir de noël, la salle d'arcade se peuplait de beaucoup de jeunes, principalement des groupes d'amis en sortie ou des couples. Nombreuses étaient les filles qui louchaient de l'œil sur Shun, mais Andromède tenait fermement la main de June, leur signalant gentiment qu'il n'était pas disponible.

L'un comme l'autre n'aimait pas tellement les jeux de violence où il fallait se servir d'une arme, même virtuelle, ou les jeux de combat. Il se défièrent plutôt sur des courses de voiture, et June raffola d'un jeu de rythme dansant. Ses réflexes aiguisés de chevalier l'aidèrent bien et elle éclata le record de la machine sur laquelle elle jouait, se faisant même applaudir par la foule qui avait été témoin de sa prouesse. Shun lui souriait gaiement, comme s'il était fier d'elle qu'elle soit sa compagne. D'ailleurs, il lui tendit la main pour la faire descendre de la machine. Plusieurs garçons regardèrent le « copain de cette belle blonde trop forte » d'un œil circonspect, le détaillant des pieds à la tête comme pour juger si ce blanc-bec était digne de cette championne de danse d'arcade. S'ils savaient qui était réellement Shun.

Après cet exercice, le couple quitta la salle d'arcade pour se rendre à leur hôtel. Ils ne passeraient qu'une seule nuit à Tokyo. Le lendemain, Shun avait prévu de montrer à June l'orphelinat où lui et son frère avaient grandi avec leurs amis. Ils salueraient Miho au passage, puis ils prendraient un train vers le sud, direction la préfecture de Kanagawa, plus précisément la ville d'Hakone. Ils passeraient les prochains jours dans un ryokan traditionnel où ils pourraient se relaxer grâce à des sources chaudes naturelles. June en profiterait pour découvrir la culture et les traditions de ce pays. De plus, la région était vraiment magnifique et se trouvait à proximité de l'illustre Mont Fuji.

La blonde était vraiment impatiente de découvrir ces merveilles. En attendant, Shun l'emmena dans un autre établissement typique de ce pays. Il semblait d'ailleurs un peu intimidé en pénétrant dans l'édifice. Mais qu'est-ce que ces « love hotels » avaient-ils de si gênant ?

La chambre était très fantaisiste et ne ressemblait en rien à une chambre d'hôtel classique. Style nippon peut-être ? Le lit était grand et rond, avec au-dessus un immense miroir, et tout autour des lumières tamisées toutes colorées. En faisant le tour, June trouva également quelques… accessoires, des jouets de grands… et June réalisa subitement pourquoi le mot « love » était associé à ce type d'hôtel.

– Encore une fantaisie de ce pays, sourit Shun gêné. A vrai dire, je découvre moi-aussi ces endroits. On n'est pas obligé de se servir de tout ça. C'est pas vraiment mon truc en plus. Je voulais juste te faire découvrir. La chambre te convient quand même.

– Elle est parfaite, sourit June en se rapprochant de son partenaire, lequel l'encercla avec un bras. J'aime le Japon. Et je t'aime, Shun.

Andromède se pencha pour l'embrasser tendrement. Ils s'étreignaient fortement tout en s'embrassant longuement. C'était doux, tout à l'image de leur couple.

– Moi aussi je t'aime, June, dit Shun lorsqu'ils se séparèrent. Je suis content de passer noël juste avec toi.

– Joyeux noël mon héros.

– Joyeux noël ma chérie.

Ils s'embrassèrent encore, ignorant tous les artifices de la chambre. Leur seul bonheur consistait à se retrouver dans les bras l'un de l'autre.


Hyoga avait longuement marché dans la neige et la glace. Ses poings firent de nombreux trous dans la mer gelée de Sibérie et il plongea carrément pour nager et se rafraichir les idées. Il y voyait à peine, tout juste éclairé par la lune et son aura qu'il déployait doucement pour mieux ressentir son environnement.

Quel affreux noël, probablement le pire de son existence. Alors que ce devait être une merveilleuse soirée avec l'homme qu'il aimait. Hyoga avait vingt ans et il associait ce noël comme le tournant décisif de sa vie d'adulte, comme une prise d'autonomie. Cette année, il n'y avait pas de famille, pas d'amis, juste son amour, et ce fut un désastre.

– Ma très chère maman, qu'ai-je donc fait de travers ? demanda Hyoga qui s'était assis sur la glace et regardait l'eau sous ses pieds. C'était à cause de la dinde ? C'est vrai que nous aurions pu nous entendre sur le menu de notre premier noël. Ou bien est-ce parce qu'Ikki ressent le besoin de savoir Shun en sécurité ? C'est compréhensible aussi. Si tu étais encore là, je m'inquièterais toujours un peu pour toi, ma chère maman. Des nuits comme celle-là, tes mots rassurants me manquent encore. Je pense qu'on ne fait jamais réellement le deuil de son ou ses parents.

Comme presque à chaque fois qu'il pensait à sa mère, Hyoga mis sa main sur sa poitrine, à la recherche d'un objet qui n'était plus là depuis des années. Le rosaire de sa mère qu'il avait autrefois laissé sur la "tombe" d'Ikki. A cette époque déjà, les prémices d'un sentiment immuable commençaient déjà à s'installer, au point que Hyoga lègue à Ikki le dernier souvenir de sa défunte mère, cette femme qu'il avait longuement pleurée. Aujourd'hui encore, il ne regrettait pas ce geste. Ikki et lui s'aimaient intensément, même s'ils avaient mis du temps à comprendre ce qui se passait chez eux. Qu'importe comment leurs deux éléments contraires avaient pu rentrer en collision et se fondre ensemble. Le fait est que Hyoga adorait Ikki bien au-delà de l'aspect physique. C'était un lien fort et indéfectible. Un sentiment d'amour réel.

– Joyeux noël maman, dit Hyoga en se relevant. Je n'ai même pas de fleur à t'offrir. Mais bon, n'est-ce pas mieux de gâter les vivants plutôt que les morts ? Je suis navré de te quitter si vite ce soir. J'ai une dinde rôtie qui m'attend, et ce n'est pas celle que j'ai cuite au four.

Il rentra à son isba l'esprit plus clair. Cette petite balade lui avait fait le plus grand bien, et même de parler à sa mère. Personne ne savait qu'il faisait cela de temps à autre. C'était son petit secret à lui. Il avait conscience que sa mère ne lui répondrait pas, qu'elle ne l'entendait pas réellement non plus. Mais juste le fait de lui parler tout en se remémorant cette femme aimante et patiente, toujours à l'écoute de ses angoisses d'enfant, cela lui procurait ensuite un sentiment de sérénité. Quelque part, sa mère avait encore le pouvoir de chasser ses idées noires, même dans la mort. Hyoga avait bien fait son deuil. Le souvenir de Natassia n'était plus douloureux mais plutôt apaisant. Il n'oublierait jamais sa mère, mais il devait continuer à vivre, et notamment à vivre avec l'homme qu'il aimait.

Hyoga était déterminé à passer le merveilleux noël qu'il attendait depuis trois ans. Ils n'avaient pas besoin d'un délicieux repas ou d'une tenue aguicheuse. Son plat était probablement froid maintenant, ses vêtements étaient trempés, de même que ses cheveux qui avaient perdu leurs effets, et son parfum avait disparu également. Ne lui restait plus que ses sentiments pour son phénix qui l'attendait, assis sur le canapé de sa demeure, un verre de vodka orange dans la main. Hyoga sauta par-dessus le dossier pour s'installer à ses côtés.

– On peut parler ?

– Où est Shun ? demanda immédiatement Ikki.

– Il va bien, c'est tout ce que tu dois savoir. Il te contactera demain. Mais ce soir, je lui ai promis de garder le secret.

– Tu aurais dû commencer par ça.

– Tu voulais tellement passer noël avec Shun ?

– Oui, c'est mon petit frère, ma seule famille.

– Et moi, je compte pour toi ? Ou je ne suis qu'une pièce rapportée.

– Mais non, dit Ikki en passant son bras autour des épaules de Hyoga pour le rapprocher de lui.

Hyoga se laissa aller contre son homme, sentant immédiatement la chaleur de sa peau. Il déposa sa tête blonde sur l'épaule d'Ikki. Ce dernier frissonna à son contact, remarquant que ses cheveux et même sa tenue étaient humides.

– Tu es mouillé.

– Je suis allé me baigner.

– T'es barjot !

– Je sais, sourit Hyoga. Tu devrais essayer, après tu n'auras plus froid.

– Rêve pas. Et je compte pas m'installer ici d'abord. Trop froid, maugréa Ikki.

– Comme si je te voulais à domicile toute l'année. Je te tuerai avant la fin de la première semaine.

– C'est moi qui te tuerai le premier.

– Je suis sur mon territoire, j'ai l'avantage du terrain.

– Il restera pas grand-chose de ta banquise après quelques-unes de mes attaques.

– Tu me défies ?

Hyoga se releva pour retirer son haut, Ikki fit de même avec le sien. Une lueur combattive brillait dans leur iris tandis qu'ils se mettaient en position de lutte.

– Les même règles que d'habitude ?

– Celui qui parvient à coincer l'autre et le faire rire avec des chatouilles domine.

– Je vais pas me laisser avoir par un type à moitié engourdi par le froid.

– Tu vas regretter que ta peau soit plus chaude et réceptive.

– Vous tous, vous avez toujours pas compris que vous faîtes pas le poids face à moi.

– Chargez !

– Yaaaaaaaaaah.

Régler leurs conflits par des batailles comme les bons bonhommes qu'ils étaient, ou plutôt comme les gamins qui sommeillaient encore en eux, même si chacune de leurs batailles se terminaient au lit pour de jeux plein plus adultes.


Shun avait enfilé un yukata du ryôkan dans lequel June et lui allaient séjourner pendant quelques jours. Un ressourcement idéal avant les festivités du nouvel an où cette fois toute leur famille se réunirait au Sanctuaire. Il se réjouissait de retrouver son frère, son maître et ses amis qu'il comptait bien recouvrir de cadeaux souvenirs de cette escapade au Japon. La région regorgeait d'endroits magnifiques, sublimés par le climat hivernal. Pour le moment, un bain extérieur achalandé à leur chambre les attendait.

Shun était quelque peu pudique, pas très à l'aise à l'idée de se baigner au milieu d'autres hommes, et il en était de même pour June. Le couple avait donc décidé de choisir une formule privatisée pour leur séjour, du moins pour les bains, car pour les repas et les distractions, ils comptaient bien échanger avec les autres résidents.

La tradition des ryôkans voulaient que l'on s'immerge dans un bain à peine arrivé afin de chasser les tensions du voyage. A midi, un repas de fête serait servi. Même si noël n'entrait pas dans les traditions de ce pays, les auberges préparaient tout de même quelques divertissements et mets spéciaux pour cette période. Après tout, noël s'était bien ancré dans les mœurs japonaises.

Le chevalier Andromède déballait leurs affaires en attendant que June finisse de se préparer. Une des intendantes qui parlait anglais lui expliquait comment porter le yukata et les règles de l'établissement. A vrai dire, Shun avait aussi eu quelques difficultés à nouer correctement son obi. Le Japon s'était bien occidentalisé depuis la révolution de Meiji. Il avait beau être natif de ce pays, il n'avait jamais porté de kimono de sa vie et n'avait jamais dormi dans un futon à même le sol. Il découvrait tous ces aspects en même temps que June.

Les portes de leur chambre coulissèrent, et Shun releva les yeux vers sa compagne avant de détourner brutalement la tête. Il avait dû rêver. Pourtant, en se retournant à nouveau très lentement, il certifia que cette jolie blonde qui portait un yukata léger, ses longs cheveux remontés en un chignon tressé était bel et bien June. Par Athéna, mais qu'elle était belle.

– Alors, comment tu trouves ? demanda la jeune femme.

– Encore plus belle que les nymphes de la mythologie, commenta Shun subjugué. Ça te va bien cette coiffure. Ça libère ta nuque. Tu devrais les attacher de temps en temps.

– Ah oui ? C'est vrai que j'ai l'habitude de les laisser libre. Mais si ça te plait, j'essaierai plusieurs coiffures, sourit June avant de reporter son attention sur son chevalier. Tu n'es pas mal non plus dis donc.

Elle s'agenouilla élégamment à ses côtés comme on venait de lui montrer, en lissant son kimono au niveau des genoux pour éviter les plis, et osa passer curieusement et malicieusement sa main dans les pans du yukata de son homme pour venir toucher sa poitrine. Shun se raidit sous la caresse soudaine, frissonnant fortement. Son ventre se contracta également. Eux qui étaient des adeptes de la simplicité, il était rare qu'il ressente une brusque montée de désir. La petite attention de June était un délice pour son corps, sa tenue et sa coiffure jouant également beaucoup sur son état de transe.

– Ils sont pratiques ces vêtements, sourit l'éthiopienne.

– Ça tu peux le dire.

Pour répondre à son invitation, la main de Shun remonta le long des jambes de sa compagne. La tension était à son comble, dans tous les sens du terme. Que ce soit Shun ou June, aucun d'eux n'avait de fantasme en particulier. Ils aimaient juste faire l'amour tendrement et se faire plaisir, sans grande fantaisie. C'était bien la première fois qu'un élément extérieur les excitait autant. Petit fétichisme vestimentaire ? Le couple se disait déjà qu'il faudrait qu'ils en achètent pour eux.

La main de Shun glissa sur la taille puis remonta le long du dos de June, la faisant frissonner et même soupirer de bien-être. Elle se cambra sous cette caresse aussi divine que le chevalier qui lui administrait. Il se passait quelque chose de spécial dans cette chambre. L'ambiance de noël ? Le ryôkan ? Leur yukata ? Ou alors un peu tout à la fois.

Ils se sourirent, complices, sachant très bien ce qui était en train de passer dans la tête de l'autre. Ils étaient un couple uni et harmonieux qui comprenait très bien les envies de chacun sans qu'ils n'aient besoin de se parler.

– Tu sembles tendue, June, dit Shun qui caressait maintenant la nuque de sa compagne.

– Toi aussi, dit-elle en baissant les yeux plus bas, sourire aux lèvres. C'est rare que je te fasse un tel effet si rapidement.

– Je te jure, ma chérie, je n'ai jamais eu autant envie de toi.

– Embrasse-moi mon héros. Le bain attendra.

Le Japon, c'était définitivement une bonne idée. Et les sources ne serviront pas qu'à les débarrasser des tensions du voyage.


A son réveil, Ikki gémit en se tenant la tête. Mais quel noël affreux !

La veille, il avait fait le fier devant Hyoga, mais ses consommations alcoolisées avaient eu raison de son estomac et de sa vigilance. Il s'était fait battre en un rien de temps par son Cygne bien remonté et déterminé à prendre le dessus, et il avait manqué de vomir sur le tapis. La grande classe franchement !

Voyant qu'il n'était finalement pas en forme, Hyoga l'avait trainé jusqu'au lit pour le coucher et le border comme une mère avec son enfant. Mais la honte, sérieux ! Et comme si ça ne suffisait pas, il lui avait raconté un conte de noël, long et ennuyeux, et en russe en plus, histoire qu'il ne comprenne absolument rien.

En vrai, Ikki commençait à reconnaitre pas mal d'expressions de cette langue à force de côtoyer régulièrement les terres de son amant. Même si le phénix était un oiseau libre, ça faisait plaisir de savoir qu'il y avait un endroit où il pouvait rentrer. A condition que Hyoga s'y trouve aussi, sinon il serait coincé sur le perron.

Des doigts caressaient son crâne, apaisant un peu son mal de tête. Bien malgré lui, Ikki gémit de contentement.

– Ça y est, le phénix renait ?

– Ta gueule le canard ! marmonna Ikki.

– Sérieusement, tu as bu combien de vodka orange pendant que j'étais en vadrouille ?

– Quand t'es rentré, c'était le cinquième.

– Ah ben bravo.

– J'avais pas le moral. Je savais pas où était Shun et tu étais parti.

– J'avais besoin de me rafraîchir les idées. Tu m'as énervé. Mais Ikki, je suis désolé. J'aurais dû te consulter pour le repas.

– On aurait dû se consulter. Je m'excuse aussi.

Hyoga sourit et se pencha pour embrasser les lèvres de son oiseau immortel.

– Quand on réfléchit bien, c'est pas un peu stupide de gâcher notre premier noël pour de la volaille ? demanda Hyoga.

– Noël n'est pas encore fini, sourit Ikki. Il reste le dessert. Ou plutôt devrait-je dire – il agrippa la taille de Hyoga pour le rapprocher de lui et susurrer à son oreille – le petit-déjeuner.

– Affamé de bon matin à ce que je vois.

– Tu me dois bien ça. Je me suis couché ivre et le ventre vide à cause de toi, lui rappela Ikki en parsemant le cou du Cygne de baisers.

– Hé mais oh, t'as oublié que j'ai remporté la lutte hier. Du coup... – Hyoga poussa son amant à plat dos sur le lit et le plaqua en le tenant par les épaules – c'est moi qui domine.

– Hier soir, ça comptait pas.

– Oh que si.

– J'étais bourré.

– Ça c'est ton problème, pas le mien. T'avais qu'à boire de l'eau en m'entendant.

– Tu me prends pour une gentille petite épouse qui attend son mari ?

– Le poste t'intéresse ?

– Tu vas voir, sale plumeux !

La lutte amputée de la veille reprit de plus belle. Les deux hommes chahutèrent sur le lit puis tombèrent au sol, provoquant un long geignement d'Ikki encore souffreteux.

– Tu devrais d'abord prendre un médicament.

– J'suis un chevalier. C'est pas une gueule de bois qui va m'arrêter.

– Tu vas encore perdre, et à gagner sans peine on triomphe sans gloire.

– Tu crois que tu peux me battre peut-être. Je connais tes points faibles.

– Et moi les tiens.

– Misère... bon, changeons de programme, déclara Ikki en se redressant. En fait, avec mon crâne qui explose, j'ai plus tellement envie là.

– On peut juste s'enrouler dans une couverture et passer la journée à glander sur le canapé.

– Ça me parait bien pour un jour de noël, approuva le plus âgé.

– Avant, j'ai quelque chose pour toi, dit Hyoga en allant chercher quelque chose dans la commode. Ferme les yeux.

– Me dis pas que t'as préparé un cadeau, grommela Ikki qui s'exécuta quand même. On est pas des gosses.

– Ne bouge pas.

Ikki sentit quelque chose passer autour de son cou. Une ficelle semblait-il.

– C'est bon, ouvre les yeux.

– J'ai une tête à porter des bijoux ? ronchonna encore Ikki en regardant le présent de son amant.

– Ce n'est pas vraiment un bijou. Prends-le comme une porte ouverte vers un abri.

– Une clé ? Elle ouvre quoi... attends, c'est la clé d'ici ?

Hyoga approuva.

– La région n'est pas des plus accueillante et je sais que tu n'aimes pas trop le froid, mais je veux que tu saches que tu peux toujours venir ici pour te ressourcer, te reposer avant de te renvoler. J'habite ici une bonne partie de l'année, mais je suis souvent dehors la journée. Des fois, je rentre au Sanctuaire pour prendre des nouvelles de mon maître et de Seiya, ou bien Shion m'envoie en mission. Quoiqu'il en soit, que je sois là ou pas, tu peux venir. Tu ne m'auras pas forcément dans les pattes...

Ikki saisit brusquement le bras de Hyoga et le tira vers lui pour venir l'installer entre ses jambes et embrasser ses lèvres.

– Je préfère lorsque tu es là. – il embrassait tout le visage du cygne – Merci mon canard.

– Joyeux noël mon dindon.

– J'ai moi-aussi quelque chose pour toi.

– Toi aussi ? C'était bien la peine de protester tout à l'heure parce que je te fais un cadeau.

– Ce n'est pas vraiment un cadeau, plus un retour au propriétaire, dit Ikki en se levant pour aller chercher quelque chose dans sa besace.

– Retour au propriétaire ?

– Ça fait des années que je trimballe cette babiole. Quand je la regarde, je pense à toi, à ceux que j'aime, et je me sens mieux quand la solitude pèse.

– La solitude te pèse ? A toi ?

– Comme tout à chacun. Je suis humain, et même si j'apprécie grandement ma solitude et ma liberté, certains jours, j'ai juste envie de "rentrer". Et puisque tu me donnes justement un foyer où je peux rentrer, je n'ai plus besoin de ça. C'est donc légitime que je te le rende.

– Mais de quoi tu parles ?

– Ouvre ta main.

Hyoga s'exécuta. Ikki déposa dans sa main un objet qu'il ne connaissait que trop bien, qu'il avait longtemps porté autour du cou, qu'il avait tenu entre ses mains pendant de nombreuses nuits, avant de le léguer à un homme qu'il appréciait, un homme qu'il croyait parti pour l'au-delà.

– Le rosaire de ma mère ! Tu l'avais avec toi ?

– Lorsque j'ai pu me libérer de cet éboulement de terrain, je l'ai trouvé sur une croix funéraire. Ma tombe, n'est-ce pas ?

– Nous te croyions tous morts, dit Hyoga les yeux brillants en se souvenant de ce moment qui semblait avoir eu lieu il y a une éternité, alors que ça faisait six ans. Je crois bien que tu me fascinais déjà à l'époque. Tu étais tellement fort, et tu nous avais tous sauvés. De mon côté, je n'avais jamais rien fait pour toi. C'était bien la moindre chose de t'offrir ceci.

Ikki saisit le menton de Hyoga pour tourner sa tête vers lui et faire se croiser leurs yeux qui s'étaient chargés d'émotion.

– Merci, dit Ikki. C'était ton souvenir le plus précieux, et pourtant tu me l'as légué. Pour tout te dire, lorsque j'étais submergé par la haine, je te considérais comme le plus dangereux de mes opposants. Je rêvais de t'affronter toi en particulier. Et lorsque j'ai trouvé ça, je désirais te retrouver au moins autant que mon petit frère. Déjà à cette époque, il y avait quelque chose entre nous.

Le phénix se rapprocha pour embrasser les lèvres du cygne.

– Je t'aime Hyoga. Quelque part, il y a une partie de moi qui t'a toujours aimé.

– Ikki, dit Hyoga en passant ses bras autour de son compagnon. Je t'aime aussi. Reste un peu avec moi cette fois-ci. Reste toute la semaine. Reste jusqu'au nouvel an. On se rendra au Sanctuaire ensemble pour la fête d'Athéna. S'il-te-plait mon amour, reste. Tu me manques quand tu vogues à travers le monde. Je respecte ta liberté, moi-même j'ai mes habitudes quotidiennes. Mais des fois, moi-aussi je me sens seul quand tu es loin de moi. Reste. Je te cuisinerai du poisson, ou ce que tu veux, mais reste. Je t'aime, je veux passer un peu plus de temps avec toi cette fois.

Ikki lui rendit son étreinte.

– Je ne comptais aller nulle part pour le moment. Je reste, Hyoga.

– Je t'aime.

– Moi aussi. Joyeux noël mon amour, dit Ikki.

Dehors, la neige se remit à tomber, les isolant dans l'isba, leur foyer douillet.