Date : 4 décembre 2020

Personnages : Deathmask x Mû, pour Papaya corompue aka Bulle

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Romance, Famille (avec Mû/Kiki fluff)


Père et fils

Angelo fumait une cigarette sur la terrasse d'un café pendant que Mû vérifiait la liste de ses achats et regardait frénétiquement sa montre. C'était la fin de l'après-midi et il faisait déjà nuit en ce mois de décembre. Les lumières d'Athènes s'étaient allumées, rendant la ville aux couleurs des fêtes, une période que l'italien avait détestée pendant des années, lui l'orphelin bagarreur que personne ne voulait. Les choses avaient changé depuis que cet adorable agneau partageait sa vie. Comment était-il tombé amoureux de cet amateur de thé et du calme ? Un vrai mystère. Mais quoiqu'il en soit, ses sentiments étaient là et bien réels. Angelo n'envisageait pas une vie sans Mû. Le bonheur que lui apportait cette relation lui donnait furieusement envie de répandre la magie de noël au Sanctuaire. Il était atteint, sérieux !

Aujourd'hui, les deux hommes étaient sortis en ville pour faire leurs achats. Personne ne serait oublié, et surement pas Aphrodite qui l'attendait de pied ferme, Shura qui le méritait bien, Kiki qui jouissait du statut d'enfant exagérément gâté pendant cette période, et surtout, surtout, Shion qu'Angelo n'avait pas encore réussi à mettre dans sa poche.

Le vieux Bélier jugeait d'un très mauvais œil sa relation avec son disciple chéri. Non mais vraiment, on ne pouvait pas faire plus clichés comme daron. Sans parler de ce gamin qui pouvait être aussi adorable que collant.

Angelo ne lui avait pas tenu rigueur au début. Kiki avait pas mal encaissé pour son jeune âge, et depuis la paix, il subissait un peu le contre-coup des batailles auxquelles il avait assistées. Des respectables guerriers morts sous ses yeux. La brutalité de Isaak du Kraken qui lui avait brisé plusieurs côtes. Son courage d'avoir défendu Libra malgré la douleur et son jeune âge, et plus encore, les attaques de Thanatos qu'il avait reçues de plein fouet, sans armure pour le protéger, tout ça pour la sœur de Seiya. Mû lui avait même raconté que Kiki avait vu ses parents se faire dévorer par une bête sauvage, caché entre deux roches montagneuses tout juste accessible pour un enfant de quatre ans. Ce genre d'accident arrivait souvent à Jamir, terre inhospitalière où la vie était difficile. Kiki serait mort de froid ou de faim sans l'arrivée de Mû, venu à son secours après avoir avait senti l'éveil d'un cosmos et son armure réagir à cette aura encore faible. Vraiment impressionnant ce gamin. Il était fort, courageux, rempli de ressources malgré les horreurs dont il avait été témoin. En comparaison, Angelo, lui, avait bêtement sombré dans la haine après la mort brutale de sa famille dans une fusillade. Le Cancer l'admirait un peu ce petiot au mental d'acier. Il se surprenait même à avoir des élans d'affection avec lui, comme lui frotter la tête ou lui donner quelques sucreries en cachette de son maître, son intransigeant Bélier qu'il aimait comme un fou.

Mais Kiki restait un garçonnet qui avait bien cru perdre son maître à jamais, son tuteur, sa figure d'attachement. Angelo comprenait son besoin de proximité avec son maître, mais ces derniers temps, il soupçonnait que le gamin en jouait un peu trop. Y avait qu'à voir les sourires moqueurs qu'il lui lançait en lui tirant la langue lorsque Mû le prenait dans ses bras pour consoler une fausse frayeur. Petit malin, va ! Il ne voulait pas partager, c'est ça ? Mais Angelo avait trouvé THE cadeau pour captiver l'agneau, lui laissant le champ libre pour câliner le mouton adulte. Mû ne serait certainement pas d'accord, mais Angelo avait déjà préparé sa liste d'arguments.

Le daron, c'était encore une autre histoire.

Nouveau coup d'œil anxieux à l'heure, le Cancer sentait venir la phrase qu'il ne voulait pas entendre.

– Angelo, on devrait y aller, non ?

– J'ai pas fini mon café, ni ma clope.

– Tu boirais plus vite ton café si tu ne fumais pas.

– Mû, t'es pressé ou quoi ? On passe un bon moment là et tu veux déjà rentrer.

– Mon maître…

– Mû, ça suffit, arrête de penser à ton vieux. T'as vingt-et-un ans, bordel !

– Déjà, ne jure pas. Et ensuite, je te rappelle que Shion est notre Grand Pope, notre supérieur à tous les deux. On lui doit obéissance et respect.

– Obéissance pour tout ce qui concerne le domaine sacré et la protection d'Athéna, pas sur la vie privée. Reconnais-le, Mû, ton daron contrôle ta vie et ça je le supporte plus.

– Je savais que cette discussion viendrait un jour, soupira le Bélier en prenant son visage dans une main. Pour commencer, ce n'est pas mon daron mais mon maître. Et ensuite Angelo, s'il-te-plait, tu sais que j'aime passer du temps avec toi. On a passé une superbe journée, mais vraiment, je ne veux pas me fâcher avec mon maître juste avant les fêtes. Je te promets que j'irai lui parler après le nouvel an, mais je ne veux pas gâcher cette période. Sois patient s'il-te-plait, fais-le pour moi.

Angelo écrasa son mégot dans le cendrier et attira la tête de Mû vers lui pour l'embrasser tendrement sur les lèvres.

– D'accord, je comprends. On va éviter de fâcher le vieux.

– Angelo !

– Mais j'ai quand même envie de te kidnapper une partie de la soirée. J'aimerai t'inviter au restaurant.

– Mais je ne suis pas habillé pour sortir. Et puis, qui va faire à manger à Kiki ?

– Le gamin est débrouillard. Il sait se verser des céréales dans un bol, non ? Ça le tuera pas de pas manger équilibré pour une fois. Au pire, il y a un reste de pâtes dans mon frigo, ou bien il peut aller frapper chez Aldébaran. T'inquiète donc pas pour lui. Tu le couves trop, Mû.

– Il est comme mon fils, Angelo, et il est dans une période difficile.

– Je sais, et j'ai justement trouvé cadeau idéal pour lui. Viens, suis-moi, on va au magasin de jouets.

Mû fouillait dans le rayon des jeux de société quelque chose d'intellectuel qui permettrait à Kiki de s'amuser tout en faisait fonctionner son cerveau lorsqu'Angelo ramena la boite contenant son fameux cadeau idéal.

– Non, trancha immédiatement Mû.

– Roh allez. Il sera fou de joie. Tu sais que plus tu interdis des choses aux gamins, plus ils chercheront à l'obtenir.

– Je sais déjà ça, mais j'aimerai éviter ce genre de chose avant qu'il ait au moins douze ans. Ce n'est pas bon pour leur développement.

– Il suffit de réglementer son temps dessus.

– Oui, et après il y jouera en cachette. Comme il fait déjà avec la télé.

– Et alors ? Il a neuf ans ! Tu sais que Kiki est très en accord avec son temps. Il a passé les huit premières années de sa vie au fond des montagnes, et pourtant il s'adapte sans problème à la civilisation. Tu peux pas lui reprocher de ne pas s'intégrer.

– T'as préparé toute une plaidoirie ou quoi ?

– Exactement. Kiki rêve d'avoir une console vidéo, et franchement il la mérite. C'est aussi un héros de guerre. Il est espiègle, mais il obéit quand même, et il s'applique dans ses exercices.

– Mais encore ?

– Aldébaran a déjà acheté un jeu pour aller avec la console.

– Je le crois pas, tu as déjà tout prévu en fait. C'est mon enfant, tu aurais dû m'en parler.

– C'est vrai, désolé mon amour. Je me suis sans doute trop pris au jeu de la parentalité. J'en donne pas l'air, mais j'ai aussi beaucoup d'affection pour Kiki. C'est vrai, je l'aime beaucoup ce gamin. Quand tu pars en mission, il vient chez moi et on s'entend très bien.

– Parce que tu joues les papas cool. Et moi, j'ai l'air de quoi à côté ?

– Mû, tu mélanges tout. Kiki t'adore. Il n'est pas tranquille quand tu pars en mission, et il vient dormir avec moi parce qu'il a peur que tu ne reviennes pas. Il me l'a dit. Alors oui, je l'autorise à regarder la télé plus longtemps pour le détendre.

Mû ne répondit rien cette fois. Angelo l'avait clairement eu par les sentiments. Il se retourna pour cacher ses larmes naissantes. Il s'en voulait tellement de faire souffrir son enfant. Dès l'instant où il l'avait adopté, Kiki s'était immédiatement attaché à lui, et inversement lui aussi.

– Je suis un mauvais tuteur, c'est ça ?

– Non, Mû. Tu ne veux que son bien, mais tu ne peux pas tout interdire, tout contrôler. Les enfants ont des désirs comme les adultes. Moi là, j'ai très envie qu'on passe la soirée ensemble, et je t'emmène sortir, alors qu'on nous avait donnés une heure pour rentrer. Je réponds à un désir, demain j'irai m'excuser auprès de Shion. Je sais déjà que je vais passer un mauvais quart d'heure. Est-ce que je vais recommencer ? Surement oui. La vie est faite comme ça, Mû.

– J'ai sucé mon pouce jusqu'à la l'âge de onze ans. Mon maître a tout essayé pour me faire arrêter et il croyait avoir réussi, sauf que je faisais en sorte qu'il ne voit pas que je continuais. C'était mon anti-stress à moi, alors que c'est mauvais pour la dentition et le langage.

– L'exemple est parfait Mû. On ne peut pas tout contrôler avec les enfants, juste les aiguiller.

Soupir du Bélier. Son homme était décidément très surprenant.

– Tu t'y connais drôlement bien en parentalité et développement des mômes.

– Ma mère était assistante maternelle, dit alors Angelo. J'ai toujours vu des mioches de tout âge chez moi. On faisait plein de truc dans son dos, mais avec le recul, je crois qu'elle savait et connaissait nos cachettes. Ce qui explique pourquoi les bonbons et d'autres jeux interdits disparaissaient. Il faut laisser les enfants faire leurs expériences de vie, tout en les surveillant. Elle était forte pour ça, mama.

Mince, parler de ça lui remontait des souvenirs à lui aussi. Mû s'en rendit compte et lui prit la main pour le ramener au présent.

– A quel âge tu as perdu ta famille ?

– Sept ans.

– Comme moi avec mon maître. Elle te manque ?

– Je saurais pas te dire, répondit Angelo en haussant les épaules. J'aime ma vie aujourd'hui, avec toi et Kiki. Et je vous aurais jamais rencontrés si le destin ne m'avait pas fait orphelin. J'ai envie de dire oui, mais que c'est un mal pour un bien.

Mû serra sa main, fort, de plus en plus fort.

– Hé, tu fais mal. T'as une sacrée poigne malgré ton doux visage, le taquina Angelo.

Subitement, Mû se détourna et partit, quitta le magasin de jouets sans demander son reste. Angelo le suivit, éberlué par sa fuite soudaine. Il le retrouva à l'extérieur, assis sur un banc de la place illuminée et où il régnait encore une bonne agitation. Il avait le regard détourné, fuyant.

– Hé, ça va ? J'ai dit quelque chose qui fallait pas ? Mû, réponds-moi. Je t'ai choqué ?

– Non, c'est pas ça, répondit l'atlante d'une voix étranglée.

Angelo s'accroupit devant lui. Il lui saisit le menton pour retourner sa tête et le forcer à le regarder. Des larmes perlaient aux coins des yeux du Bélier. L'italien caressa sa joue, pris sa main dans la sienne pour l'embrasser tendrement.

– Tu peux tout me dire. Qu'est-ce qui te chagrine ?

– Je ne suis pas triste. Au contraire, je suis heureux. Tu te rends compte de ce que tu viens de me dire, Angelo ? La perte de ta famille ne te fait pas mal, car en conséquence nous avons pu nous rencontrer et nous aimer. Quelle meilleure déclaration je peux espérer ? Je suis même pas capable d'en dire autant. Angelo, je t'aime, je t'aime, répéta Mû. Je ne veux pas que tu en doutes.

– J'en doute pas, Mû. Tu es l'homme le plus honnête que je connaisse. Si un homme de ta vertu sort avec moi, un ancien criminel, alors c'est que tu dois vraiment m'aimer. Je n'ai pas besoin de preuve supplémentaire.

Le Cancer se redressa sur ses jambes pour venir embrasser son homme qui passa ses bras autour de lui. Il faisait de plus en plus froid. Si Mû n'était pas gêné, ce n'était pas le cas d'Angelo plus sensible aux températures hivernales.

– On va faire un tour ? Je t'emmène dans mon carrosse, proposa Angelo.

– D'accord. J'ai besoin de bouger là.

Ils prirent place dans la Lamborghini Urus d'Angelo, son trésor, après sa petite famille bien évidemment. Le véhicule quitta le parking de ville et déambula un peu au hasard à travers les rues de la capitale grecque. Mû regardait par la fenêtre, admirait les lumières, les décorations des maisons, des balcons, tout en profitant de la douce chaleur de son siège. Sa main gauche se posa sur la cuisse d'Angelo qui conduisait prudemment. Les deux hommes étaient calmes, la radio était éteinte.

Ils quittèrent la ville, s'engagèrent sur les routes départementales, longèrent les côtes de la méditerranée, roulèrent pendant plusieurs kilomètres avant qu'Angelo ne se décide à se garer sur un parking en face de la mer. Il coupa le contact, les plongeant dans l'obscurité. Les sièges de la voiture s'allongèrent et le toit ouvrant leur offrit une vue imprenable sur le ciel nocturne. Angelo étendit le bras, invitant ainsi Mû à se rapprocher de lui, ce que fit le Bélier. Blottis l'un contre l'autre, toujours silencieux, les deux chevaliers d'or appréciaient juste la présence de l'être aimé.

– Je t'aime, murmura Mû.

– Moi aussi, répondit Angelo à voix basse également.

– Je veux passer cette nouvelle vie avec toi et Kiki.

– Je n'ai pas l'intention de vous laisser partir. Vous êtes ce que j'ai de plus précieux maintenant.

Nouveau silence. Quelques minutes avant que la main malicieuse de Mû ne vienne caresser l'intérieur de la cuisse de son compagnon qui remua le bassin.

– Qu'est-ce que tu fais ? demande l'italien émoustillé par cette caresse qui ressemblait vraiment à une demande muette.

– On est bien là dans ta voiture. C'est confortable.

– Quoi, tu veux le faire là ?

– J'ai envie de toi, Angelo.

– Mais je veux pas la salir.

– T'as des préservatifs ?

– Euh... oui, je crois, dans la boite à gants.

– Alors c'est parfait.

Mû ne laissa pas le temps à Angelo de protester davantage. Il bougea pour se pencher sur son amant et l'embrasser avec avidité, sa main caressant encore la cuisse puis l'entrejambe à travers le jean, jean qui devint bien vite étroit.

– Je t'aime Angelo, souffla encore Mû. Fais-moi tien.

Ils s'aimèrent dans la Lamborghini, s'unissant lentement et sensuellement avant de s'endormir l'un contre l'autre.


Ils se réveillèrent sur les coups de neuf heures du soir, le froid ayant repris possession de l'habitacle. Il était trop tard pour le restaurant, et encore plus pour le magasin de jouets.

– Si tu veux, j'irai acheter la console de jeux pour Kiki demain, après être allé voir Shion.

– D'accord.

– Tu acceptes finalement ?

– Pas plus d'une heure par jour.

– Mais oui, mais oui, sembla approuver Angelo qui en fait souhaitait coller Kiki plus longtemps devant pour pouvoir choyer son mouton à sa guise. Allez, on rentre.

– J'espère que Kiki est allé se coucher. Faîtes que je ne le retrouve pas devant la télé, sinon ça va barder.

– Ça c'est mon agneau, sourit Angelo en relançant le moteur. Intransigeant comme d'habitude.

A leur retour, il était presque dix heures et ils retrouvèrent Kiki au premier temple, endormi sur les marches devant la maison du Bélier, adossé à Aldébaran qui se trouvait à ses côtés.

– Vous voilà enfin, dit le Taureau de son ton éternellement affable. Le petit refusait d'aller dormir sans vous dire bonne nuit. Il tenait absolument à vous attendre, mais le sommeil l'a rattrapé finalement.

– Désolé mon ami, s'excusa Mû en se penchant pour prendre Kiki dans ses bras mais Angelo le retint.

– Je vais le prendre et le mettre au lit. C'est de ma faute après tout si on rentre aussi tard. Shion va me passer un de ces savons demain.

– C'est vrai que ce n'est pas raisonnable de faire ce genre de sortie à l'improviste alors qu'on a un petit qui nous attend à la maison, réalisa le tibétain.

– Ça ne me gêne pas de le garder, déclara alors Aldébaran. Mais comme vous n'aviez prévenu personne, il s'inquiétait.

– Vraiment désolé. On fera attention la prochaine fois. Merci encore Aldé.

– Avec plaisir, Mû, s'inclina le Taureau. J'ai laissé des crêpes que j'ai faites ce soir avec Kiki sur la table. Régalez-vous et sur ce, bonne nuit.

– Bonne nuit, dirent en chœur Mû et Angelo avant d'entrer dans le temple.

– C't'un bon gars, Aldé, commenta Angelo en pénétrant dans la chambre, Kiki dans ses bras. En plus je crève la dalle, alors ses crêpes tombent à pic. Allez, au lit microbe.

– Tu le couches dans notre lit ? s'étonna Mû.

– Il s'est endormi sans te souhaiter bonne nuit. Il fait plus de terreurs nocturnes quand tu n'es pas là au coucher. J'espère qu'il n'en fera pas, mais dans le doute, je préfère qu'il se sente sécurisé s'il se réveille en sursaut.

Sage Cancer, pensa Mû en voyant son compagnon border son enfant au milieu de son lit conjugal et déposer un baiser sur son front. Cette vision attendrissante lui donnait encore plus la certitude que son cœur avait choisi le bon. Même si les autres n'étaient pas encore complètement convaincus, leurs jugements encore influencés par le passé de l'italien, Mû savait quel genre d'homme était Angelo : soucieux et aimant.

Un gémissement enfantin le sortit de ses rêveries. Mû s'approcha de Kiki pour s'allonger à ses côtés au-dessus des couvertures et l'entourer d'un de ses bras.

– Je vais préparer les crêpes, déclara Angelo en se relevant. Prends ton temps.

Mû acquiesça. Sa main caressait la tignasse rousse de l'enfant qui s'était retourné pour se blottir contre lui.

– Je parie que tu ne t'es pas brossé les dents, dit tout bas le Bélier en titre. Bon, ça ira pour cette fois. Pardon d'être rentré si tard sans te prévenir. Je t'aime mon enfant. Dors bien.

Ces paroles d'amour filial pénétrèrent les oreilles de l'endormi, atteignant son subconscient pour le rassurer et lui faire passer une longue bonne nuit de sommeil sans cauchemar.


Le lendemain, Angelo se présenta en armure au palais du Pope. Comme l'exigeait le protocole, il s'agenouilla devant le patriarche qui le toisait clairement, ses sourcils inexistants froncés. Oula, pépé semblait de mauvais poil.

– Grand pope, je suis venu m'excuser personnellement pour avoir largement dépassé l'heure de sortie imposée hier par vous-même. Avant de recevoir mon éventuel châtiment, permettez-moi de me justifier.

– Tiens donc, tu me vouvoies de nouveau ? Tu dois vraiment te sentir coupable, Angelo du Cancer.

– Pas vraiment en fait. J'exige que je n'aie rien fait de mal. J'ai juste emmené Mû en balade et il a beaucoup apprécié. Vraiment, vous ne pensiez quand même pas que j'allais le capturer ? Comme s'il se laisserait faire.

– Ce n'est pas ça, Angelo.

Shion soupira longuement en regardant vers le plafond, les mains enserrant les accoudoirs. Angelo ne s'attendait pas vraiment à ça. On aurait cru que le vieux Bélier luttait avec ses propres émotions.

– Angelo, tu crois que je ne t'accepte pas comme compagnon de mon disciple Mû. C'est un peu vrai, mais faux aussi. Ce n'est pas contre toi en particulier que j'en ai. Mû est comme mon fils. Quelque soit son âge, je ne cesserai jamais de m'inquiéter pour lui. Et je suis un peu jaloux aussi. On m'a séparé de mon enfant quand il avait sept ans, il avait vingt ans lorsque je l'ai retrouvé. J'étais son univers à l'époque, et du jour au lendemain, il était devenu adulte, autonome, et amoureux qui plus est. J'ai encore l'impression qu'on m'a amputé de quelque chose. Tu penses sans doute que je suis un vieux aigri, c'est peut-être vrai.

Cette fois, la tête de Shion était tombée dans sa main. Angelo fut pris de compassion et même d'empathie. Le pope était en fait en pleine crise parentale. Autrefois, il aurait trouvé ça ringard à souhait, mais maintenant qu'il était un peu rentré dans le rôle de père avec Kiki, il comprenait. Très honnêtement, il ne lui tardait pas que le gamin grandisse et se détourne de son tuteur et même de lui. C'était normal qu'il s'épanouisse ailleurs, mais c'était un vrai déchirement pour eux.

Angelo oublia le protocole et se rapprocha de Shion pour venir poser une main sur l'épaule de son supérieur.

– Shion, Mû a beaucoup, beaucoup d'affection pour toi. Et même s'il est adulte, il a encore besoin de toi, de tes conseils, de ton amour pour lui. Le mieux que tu puisses faire, c'est encore de lui faire confiance sur ses choix de vie.

– Je sais, Angelo. Dohko m'a dit la même chose, sourit le Pope en pensant à son compagnon. Mon tendre tigre gère ça bien mieux que moi avec Shunrei et Shiryu.

– Ecoute, on va pas se prendre le bec alors qu'on ressent la même chose. On aime tous les deux Mû très fort. Et voir que c'est froid entre nous, ça lui le chagrine. Alors faisons un effort pour s'entendre.

– Je le ferais pour Mû, pas pour toi.

– Moi ? Pfff, pas besoin. J'ai tout ce qu'il me faut. Les Dieux m'ont donné une nouvelle vie. J'ai des amis fidèles, un homme merveilleux, un enfant adorable, une belle bagnole, et même un bon vieux beau-père possessif.

– Tu sais ce qu'il te dit le vieux beau-père, railla Shion, veine de colère apparente sur son front.

– Sur ce, j'y vais. Je suis content d'avoir mis les choses à plat avec toi.

– Attends un peu, jeune con ! J'en ai pas fini avec toi. Reviens. ANGELO DU CANCER, je t'ordonne de ramener ton cul. Hé, tu m'écoutes ? Pff, la chevalerie, c'est plus ce que c'était, aucun respect pour les anciens, pesta le Pope.

Shion avait bien la malchance d'être tombé sur un gendre aussi insubordonné.