Remerciements: à Loclo4 qui subit (encore et toujours, la pauvre) mon orthographe et mes tournures de phrases (très) bancales, merci pour tes corrections, du fond du cœur + sans oublier ceux qui ont commenté, ajoutés cette histoire dans leurs favoris et/ou alerte. Paix & amour sur vous. :)


V : IMPRÉVU


Le dix-neuf mars arriva beaucoup plus vite que ce à quoi Stiles s'était attendu. Là, sur son calendrier, entouré de rouge, à plusieurs reprises, il avait vu cette date se rapprocher encore et encore, jusqu'à ce que 48h, ne le sépare finalement de la date fatidique. Inutile de préciser que, ses nerfs avaient été bien mis à mal durant toute cette période. Ça avait été la course, en d'autres mots, du point de vu de l'humain-qui-ne-l'était-plus-vraiment. La course à la maîtrise des pouvoirs de Gaïa. Une grande course contre la montre, qu'il avait naturellement espéré gagner, tout en sachant que cela ne serait probablement pas possible. Deucalion était un meurtrier, une âme noire, un être malfaisant qui jouissait de l'expérience. Stiles était... Toujours Stiles, mais avec un update, dixit-il. Une Mise à Jour effectuée un peu à la va-vite, pas totalement complète mais bon, déjà mieux que l'ancienne version, paraît-il.

Eurydice l'avait vu changer du tout au tout, au cours des deux dernières semaines du délai imposé par Gaïa. Elle l'avait vu se défoncer pour apprendre de nouveaux tours, comme disait l'adolescent. Elle l'avait vu travailler de son esprit critique et de son imagination, mettant en scène des schémas de bataille toujours plus impressionnants que les autres. Elle l'avait vu calme et confiant, le cœur léger, quoique emprunt d'une grande souffrance. Parce qu'il était exactement où il se devait d'être, dans cette forêt qui était devenue comme un deuxième chez lui, vu le temps qu'il y passait, aux côtés des êtres dont l'amour et l'admiration surpassaient tout ce qu'il avait jamais connu. C'était pur et, sans arrières-pensées. À des kilomètres de ce que l'Être Humain même était. Bien sûr, ça ne voulait pas dire qu'il avait totalement oublié son humanité en se plongeant ainsi dans son apprentissage, dans cette nouvelle vie qu'il savait éphémère. Stiles aimait toujours aussi profondément son père, sinon avec plus de force, puisque des humains, il avait fini par sentir les auras. Et, son émotion avait été au-delà de l'imaginable, lorsqu'il s'était aperçu de l'amour que son père éprouvait pour lui. Exactement comme eux. Un amour sans limite, sans arrière-pensées, pur. L'amour d'un parent pour son enfant tel qu'il se devait de l'être. Peu importait que, la plupart du temps, c'était la confusion qu'il percevait chez son père. Après tout, ne lui avait-il pas donner d'excellentes raisons de s'inquiéter ?

Stiles avait agi exactement de la manière dont il avait dit qu'il agirait, avait noté Eurydice. Très peu d'hommes avant lui, n'avaient respecté même qu'un dixième de la parole qu'ils avaient donnés. Mais pas Stiles Stilinski. Pas ce garçon qui ne voulait que protéger et s'assurer du bien-être de ses proches. Il avait juré de tout faire pour que rien ne leur arrive jamais. Juré par Gaïa qu'il couperait les ponts s'il le devait, parce qu'aucun d'entre eux ne devrait jamais savoir pour le côté Légendaire et Mystique du monde. Et il l'avait fait. Le cœur meurtri, déchiré, l'âme en pièce, mais il l'avait fait et, n'en était devenu que plus fort, là, dans sa tête, dans son cœur, dans son esprit, dans son âme même...

Dans sa Magie.

Gaïa avait lu en lui, semble-t-il et, tout avait alors semblé s'éclaircir dans sa tête. Les loups, les hommes, le chant de la nature ; tout. Ça avait été comme de réparer un trou dans une paille, une fuite, ou peu importait réellement l'image que l'on voulait avoir de la chose. Stiles avait été momentanément réparé. Bien sûr, ça n'avait pas été sans conséquence. Ça ne l'était jamais, après-tout, n'est-ce pas ? Seulement, il y avait les petites conséquences et celles qui ne l'étaient pas. La première avait été d'attirer les bestioles en tout genre, comme le disait si bien le jeune Protecteur, à lui. Les chats le suivaient lorsqu'il se baladait dans les rues, quémandant caresses et attention, les chiens lui faisaient la fête sans raison apparente, pour les maîtres du moins... Même les oiseaux, lui sembla t-il, semblaient piailler avec un bonheur apparent, sur son passage. Ce jour-là, il s'était senti comme une putain de princesse Disney, si bien qu'il avait fini par fredonner un: How far I'll go, qui renvoyait une certaine adéquation avec sa situation. En bref, il était plus en phase que jamais, avec la Vie - celle avec un 'V' majuscule, je vous prie.

Évidemment, il aurait dû donc s'attendre, à voir débarquer à un moment ou à un autre, le fameux côté Mystique et Légendaire du monde. Notamment les Loups-Garous, puisque quelque uns d'entre eux donc, vivaient bel et bien dans la même ville que lui. À commencer par son meilleur ami qui, avait parfaitement mal prit le fait qu'il rompe par téléphone. Parce que c'était ainsi qu'étaient les choses, n'est-ce pas ? Le duo McCall-Stilinski avait rompu et, ce n'était passé inaperçu pour personne, à commencer par le Coach Finstock, qui, malgré tout les efforts qu'il faisait pour n'en rien montrer, éprouvait une certaine affection pour ses élèves. Stiles avait cassé avec Scott, quitté l'équipe de Lacross, sans un avertissement ou autre. Il était venu, avait vu et, était reparti aussi sec, le faciès fermé et, la démarche plus sereine que jamais, sans même laissé le temps à l'adulte de protester ou quoique ce soit d'autre.

L'aurait-il seulement fait, alors que Stiles avait toujours été ce type assis-là, sur le banc de touche ? Probablement pas, s'était-il dit sans même ressentir l'amertume qui l'avait étreint quelques semaines plus tôt, alors qu'il n'était encore qu'un banal humain, simplement un peu plus malin que la moyenne. Il aimait pourtant sincèrement ce sport. Ça avait été comme d'un pacte entre Scott et lui, que de devenir des stars du Lacross. L'équipe entière le savait, s'en moquait régulièrement et, même si Scott était le seul à y être parvenu - notamment grâce à ses nouvelles facultés lupines -, Stiles n'avait jamais rien lâché, s'était entraîné dur, même en sachant à quel point son agilité et son talent pour le sport en général, piquaient les yeux.

Alors ouais. Voir Stiles Stilinski débarquer un beau soir, pour lui annoncer qu'il rendait sa tenue et son numéro, avait été une grande surprise. Le duo iconique constamment moqué qui se sépare... Qui l'aurait cru ? Bobby Finstock en été resté coi, plus encore lorsqu'il avait vu son joueur fétiche s'essayer à ramper vers l'humain, dans l'espoir que ce dernier lui adresse ne serait-ce qu'un mot, qu'un regard.

Stile avait filé sans même lever les yeux vers ce gamin qui avait été son meilleur ami, son frère, depuis toujours.

Scott avait à nouveau prit ce geste, comme un coup de poing en plein cœur, se désolant de constater que l'hyperactif coupait les liens, un à un, sans même avoir l'air de souffrir plus que cela. C'était comme faire face à un bloc de marbre et, encore ! Le jeune McCall était persuadé que le marbre lui, aurait fait l'effort de lui adresser la parole.

Le Lacross hormis, Stiles avait aussi cessé de se rendre aux cours optionnels, lui qui pourtant, les avait suivis avec rigueur. Ça lui avait permis, lors des premiers examens, de rattraper son retard dans les matières telles que l'économie, ou la physique-chimie où, Harris se faisait toujours un très, très grand plaisir de vanner le non-couple désormais séparé à coup de remarques piquantes et blessantes. Il s'était particulièrement acharné sur la notation de Stiles, après que ce dernier lui ai d'ailleurs demandé très poliment de: se mêler de son cul, pour changer. Et, une fois de plus, non content de ne plus se présenter à certains cours donc, Stiles semblait aussi disparaître de tout radars, lors des pauses. Si, l'on pouvait encore éventuellement le trouver planqué derrière le rayon géologie de la bibliothèque lors des temps de pause entre quatre cours ; l'heure du midi sonnée, voilà qu'il se volatilisait aussi simplement que cela.

Pas faute, pour la team loup-garou, de l'avoir recherché, pourtant.

À croire que Stiles avait apprit à se cacher de l'odorat du loup, si bien, que, parfois, son odeur disparaissait juste comme ça: pouf, en plein milieu de nul-part. Évidemment, voir que Scott n'avait pas vraiment lâché l'affaire, avait émeut le Stilinski plus qu'il ne l'aurait pensé. Passant sur Isaac qui ne se mêlait à la traque, qu'en grognant et l'insultant copieusement et, Allison et Lydia qui soupiraient, épaules haussées en demandant simplement qu'on lui fiche la paix si tel était son désir, Stiles n'en éprouvait que plus d'affection encore pour ce garçon esseulé.

Scott mis à part, Stiles avait commencé à s'apercevoir que d'autre loups avaient commencé à traîner autour de chez lui. Il n'avait pas senti leurs odeurs, non, il n'en avait pas besoin, n'en était pas capable de toute façon, puisqu'il lui suffisait d'écouter tout simplement, pour savoir. Glisser ses doigts dans les poils de ce lapin qui squattait les fougères et ne savait qu'émettre la peur d'avoir été à deux doigts d'être bouffé par un homme-loup. Oui, même les lapins avaient un petit côté drama-queen, c'était dit le jeune Protecteur qui avait alors dû lui assurer que non, Derek ne bouffait pas les lapins mignon, même s'il avait l'air de s'asseoir à la table de Lucifer, tous les dimanches. Pareil pour Isaac. Il avait beau traîner sa tête de con partout dans Beacon Hills, le lycéen le savait bien incapable de faire du mal à qui que ce soit.

« — Ça ira mieux, leur avait promis Stiles, perdu dans son jardin entre la petite faune et le chant des fleurs. Deux jours et tout sera fini, qu'il avait surenchérit, le cœur un peu lourd, parce qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il se passerait après ces deux jours. »

Aucune idée de s'il survivrait (il en doutait fortement), ou quoique ce soit. Une chose dont il était certain, c'était que, passé ces deux jours, alors les voix dans sa tête, redeviendraient silencieuses. Fini le chant des arbres, des fleurs, de la petite faune et celle qui ne l'était pas. Fini le murmure du vent et, la vie qu'il pouvait sentir partout tout autour de lui.

Cette pensée seule, lui brisait le cœur.

L'idée, qu'après ces deux jours, après Deucalion, pour un peu qu'il s'en sorte vivant et en entier, il ne redevienne cet humain un peu boulet au Q.I. exceptionnel, mais incapable d'aider, inutile. La cinquième roue du carrosse, parce qu'il n'était pas loup, n'était pas banshee, n'était pas chasseur, n'était que Stiles Stilinski, l'humain de la meute. Et ça faisait mal, plus que ça ennuyait Eurydice, qui parfois, en venait à s'inquiéter que Stiles fasse une bêtise. Une bêtise du genre qui le ferait passer de l'autre côté de la barrière, là où tout n'était que noirceur et douleur, quête de pouvoir et malheur. Après tout, il n'était qu'un humain et, nombre d'entre eux étaient passé par là, bien avant lui. Par cupidité, souvent, surtout, mais aussi parce que, comme toute drogues, la Magie de Gaïa agissait sur l'esprit de son utilisateur. Plus on en usait, plus on en voulait et, moins le corps suivait. La Mère-De-Toutes-Choses, l'avait prévenu. Le contre-coup arrivait lentement, mais sûrement. Les veines qui apparaissent noires contre sa peau, l'écorce qui prenait forme dans sa nuque. Il puisait dans cette vie, dans la magie, était comme une éponge et bientôt, l'éponge atteindrait son seuil maximum d'absorption.

Loin d'inquiéter le lycéen toutefois, deux jours, ne cessait-il de songer. Plus que deux jours.


Assis au centre de la clairière, les mains enfouis dans l'herbe, dans la terre, dans le sol tout simplement, Stiles paraissait alors comme endormis. Les paupières closes, le souffle lent ; une transe parfaite que nul n'aurait pu interrompre. Il ne l'aurait, après tout, pas permis. Pas alors qu'il avait passé ces derniers jours à tenter de localiser Deucalion et sa meute, via les Voies de la Nature. Ça avait été compliqué, comme de traquer une abeille en particulier, dans une ruche, comme de chercher une aiguille dans un millier de meule de foin. Éreintant, frustrant. Il parvenait parfois à repérer sa trace, mais alors elle finissait toujours pas disparaître au bout de quelques instants. C'était comme d'essayer de récolter de l'eau avec une passoire, s'était-il dit en manquant d'éclater son poing contre un arbre, tant la colère avait été là, avant de finir par se rappeler qu'il était fort probable pour que ledit arbre, ne lui foute un coup de racine pour toute vengeance.

Pas question qu'il échoue, cette fois. Pas alors qu'il ne lui restait au mieux, vingt-quatre heures pour sortir le Loup Alpha de sa tanière et s'assurer qu'il ne fasse plus de mal à quiconque. Lui retirer ses pouvoirs de loups, par exemple. D'une manière ou d'une autre. Il avait réfléchit à tellement de moyens afin d'écarter Deucalion de sa route, qu'il était à présent, même plus sûr duquel il utiliserait.

Concentre-toi, souffla une voix, quelque part dans son esprit et le lycéen s'efforça une fois de plus à faire le vide, dans l'immensité hyperactive qu'était sa tête.

À nouveau, il se focalisa sur les vibrations du sol, sur la vie qui parcourait la terre, là, enfouis aussi bien sous la terre, que sous le goudron. Elle était partout. Dans les fleurs qui poussaient dans les jardins, jusqu'aux insectes qui vagabondaient au gré des courants aériens. Il lia sa conscience à un premier être ; puis au second. Sautant d'une être vivant à un autre, comme l'on joue au saute mouton. Ne s'y attardant jamais trop, au risque d'y finir piégé à jamais. La transposition, ou la projection astrale, appelez cela comme vous le vouliez, n'était pas une magie avec laquelle on pouvait jouer à la légère. Eurydice avait été furieuse dans un premier temps, se souvint-il, lorsque, contre son avis, il s'y était essayé, manquant tout juste de fusionner son esprit avec celui d'un chat de gouttière.

Elle avait été si furieuse, qu'elle avait fini par le menacer de s'en prendre à ses proches, s'il revenait bêtement risquer sa tête, de cette façon.

Alors le jeune Porteur de la Magie de Gaïa, s'était énervé à son tour. Il se contre-fichait bien de perdre au change, si cela lui permettrait de retrouver Deucalion et de lui botter ses fesses poilues, avait-il argumenté. Qu'est-ce que la Dryade était supposée répondre à cela ? Ce gamin était un acharné, elle savait qu'avec ou sans son accord, il ferait comme bon lui semblait. Alors elle avait cédé. Elle lui avait expliquer comment user de cette faculté, sans s'y perdre pour autant. Stiles avait réussi l'exercice avec brio. Comme s'il était né pour la tâche. Comme s'il ne s'agissait là que d'une formalité. Il bondissait comme un lièvre, de conscience en conscience, plus facilement encore dans celles des chiens. Sûrement à cause du trait de caractère qu'ils avaient en commun ; la loyauté indéfectible.

Perdu dans la conscience d'un chien errant, Stiles ne remarqua pas tout de suite, qu'il n'était désormais plus seul dans la clairière. Il avait enfin repéré l'odeur qu'il cherchait depuis des jours. L'excitation de la chose le fit battre de la queue, et japper doucement. Là, superposé à ce chien qu'il côtoyait depuis peu, pourtant, il sentit une grosse bouffée d'affection le prendre, pour cet être qui l'avait laissé manœuvrer en toute tranquillité. D'une caresse mentale, il remercia la bête, avisa d'un corbeau et, un clignement d'œil plus tard, il se retrouva à survoler une bâtisse abandonnée, à des kilomètres de toutes habitations. En croassant, il se posa sur le relais téléphonique, ébroua ses ailes quelques instant, avant de reporter son attention vers les traces olfactives, démontrant qu'il y avait au moins une trace de vie, à l'intérieur. Il avait beau ne pas avoir de super-ouïe, n'en restait pas moins qu'il percevait certains sons. Mieux encore, sa vision lui permit de repérer une trace de pied séchée dans la boue et l'odeur des hommes-loups, bien particulière.

Relâchant doucement son emprise sur la conscience du corbeau afin qu'il puisse s'envoler, avec lui comme passager clandestin, Stiles lui indiqua en douceur de venir se poser sur le rebord d'une fenêtre, étant donné que le vol n'était pas vraiment dans ses compétences et, le serait probablement jamais d'ici vingt-quatre heures. En un battement d'ailes, l'oiseau vint se percher à l'endroit indiqué et, aussitôt l'instinct du petit prédateur sembla saturer par la peur. Le lycéen pouvait comme sentir le volatile hurler dans sa tête, à coup de: danger, danger, danger ! Aussi dut-il prendre un instant pour essayer de calmer la bête, mais rien à faire. Elle croassa, une fois, une énième. À l'intérieur du bâtiment, Stiles perçu un infime mouvement, eut tout juste le temps de reconnaître le faciès dur de sa cible, avant de se voir expulser du corps du corvidé lorsqu'une main vint se refermer autour de son minuscule corps et que les os de sa tête émirent un crack particulièrement distinctif.

La violence de ce geste le fit comme suffoquer. La panique débarqua en grande pompe dans l'esprit de l'adolescent, la panique et une irrésistible envie de se pencher pour vomir déjeuner et intestins. Une envie qu'il parvint à contrôler, à défaut de ses émotions qui firent exploser un torrent de larmes de ses yeux. Ses membres se mirent à trembler, l'air lui manquait et dans tout ça, la douleur de son cœur et la culpabilité de son âme.

« — Stiles ! Entendit-il une voix forte et profonde.

Alors à cet instant se rendit-il compte qu'il n'était plus si seul que cela. Ça commença par la prise contre ses bras, ferme et puissante, puis sur le faciès qui parvint à se dessiner aux travers de ses larmes qui brouillaient sa vision.

— D-Derek ? Balbutia-t-il entre l'horreur et la surprise, une pointe de soulagement venant saupoudrer le tout.

— Qui d'autre, abruti ? Gronda le loup sans la moindre délicatesse.

Bon sang, se prit-il même à penser. Quelque chose cloche vraiment, chez lui...

Et honnêtement, il avait l'impression d'avoir été la seule personne à remarquer que ouais, Stiles Stilinski ne tournait décemment pas rond.

Ce n'était pas tout à fait vrai, bien-sûr, puisque le Shérif et Scott lui-même s'étaient fait les même remarques, sans pourtant oser ne serait-ce qu'en faire part au lycéen en question. Enfin, disons plutôt que, pour le premier, Stiles s'esquintait à prétendre que tout allait bien dans le meilleure des mondes, tandis qu'il se souvenait trop bien encore, de sa pseudo rupture avec le deuxième. Faute de preuves tangibles, le premier avait abandonné, trop habitué à l'étrangeté de son fils unique de toute façon et le second... fonctionnait comme au ralentit depuis. Et dans tout ça ?

Dans tout ça, lui, Derek Hale venait de trouver l'humain le plus problématique de la terre, sûrement, en train de se taper une crise de panique en plein milieu d'une clairière perdue au milieu-bis de nul-part, dans les nombreux hectares entourant Beacon Hills. S'il y avait plus louche que ça, il voulait bien se tondre et mettre en vente ses poils sur Ebay, bordel.

— Qu'est-ce que tu...

— Fais là ?

L'adolescent opina d'un tout petit mouvement du menton, là, entre deux reniflements fort ragoûtants et autres sanglots difficilement contenus. Derek, qui n'avait pas fini de le dévisager, fronça un peu plus les sourcils, avant de reprendre la parole.

— C'est ce que j'allais te demander, fit-il de son éternel ton bourru. Ça fait bien vingt minutes, que j'essaie de te réveiller, Stiles.

— Oh...

— Oh ? Oh ? C'est tout ce que tu trouve à dire ?

Un grondement prit naissance dans la gorge du loup et, seulement à cet instant, Stiles prit conscience de la couleur carmine des pupilles qui le toisaient avec ce quelque chose qu'il aurait bien été incapable de définir. Le loup de Derek était là, à la surface, si bien que Stiles était en mesure de le sentir. Il était puissance et force brute, force et... Tout. Partout autour de lui, dans son espace vital, jusqu'à son odeur musqué qui envahissait ses sens à lui en faire tourner la tête.

— Tu as changé, reprit le lycanthrope après quelques instants de silence que l'adolescent regretta bien vite. Depuis l'autre nuit, c'est de pire en pire. Je ne peux plus faire un foutu pas dans ma forêt, sans que ton odeur vienne agresser mon odorat. Alors quoi. Tu es devenu ranger d'une nuit à l'autre, pour passer ta vie à arpenter mes terres ?

— Elles ne t'appartiennent pas, Derek.

— Elles appartiennent à ma famille depuis des générations.

— La Terre n'a pas de maître, stupide loup ! Claqua l'humain avec colère.

Décidément, cet homme parvenait toujours à le pousser à bout, quoiqu'il arrive. De quel droit, seulement, osait-il ne serait-ce que revendiquer la Terre de Gaïa ? Celle qui n'appartenait en aucun cas aux Hommes, plus depuis qu'ils avaient commencé, des millénaires auparavant, à la salir, la détruire, la déposséder de tout ce qui faisait d'elle un joyaux de géologie. Devant son visage, les crocs du loups claquèrent avec force. Autant le loup aimait le côté mystique de l'humain, autant l'homme ressentait ce besoin de lui éclater le crâne contre un rocher. Excès de violence, bonsoir.

— Surveille tes paroles, Stilinski, ne me pousse pas à bout, gronda finalement l'homme-loup contre son oreille.

Un frisson parcouru l'échine dorsale de l'humain-qui-ne-l'était-plus-vraiment, qui dès lors, s'en retrouva à frémir, avant de renifler une dernière fois, avec toute la classe qu'il ne possédait pas. Hale eut comme une grimace de dégoût, lorsqu'il fit un pas en arrière, daignant finalement relâcher sa prise sur les épaules de son cadet qui, pour le coup, devina aisément les bleus qui apparaîtraient sur sa peau, tandis que Derek s'en retrouvait à croiser ses bras contre son torse beaucoup trop musclé, après s'être relevé de cette position semi-accroupie.

— Qu'est-ce que tu fais là, Derek, plus sérieusement ? Demanda le lycéen, plus lassé que jamais.

Bon sang. Il avait enfin trouvé Deucalion, semble-t-il, après avoir passé un nombre incalculable d'heures, à le traquer comme une bête sauvage. Par ailleurs, une vie avait été prise pour qu'il puisse atteindre son objectif et, honnêtement, l'adolescent n'était pas sûr de pouvoir se le pardonner, peu importait qu'il ne puisse s'agir que d'un oiseau.

Ou peut-être devenait-il bien trop sensible. Est-ce que cette peine lui appartenait-elle seulement ? Il n'en était même plus sûr. Tout était confus, sa tête était confuse, elle-même.

— J'essaie de comprendre, le sortit de ses pensées, Derek.

De toute évidence, songea l'adolescent, il n'y était pas encore parvenu, puisqu'il était venu chercher les réponses à la source. Inconsciemment, Stiles se tendit. À démontrer trop de curiosité, il craignait que Derek comprenne finalement, risquant dès lors tout ce qu'il avait entrepris jusque là.

Ça ne doit pas arriver, Mieczysław, souffla une voix dans sa tête.

Il n'y avait bien-sûr, qu'Eurydice pour l'appeler encore de cette manière et ce, malgré les réprimandes perpétuelles. En soufflant, il glissa une main contre son crâne, constatant à peine que ses cheveux avaient commencé à repousser.

— Comprendre ? Demanda-t-il finalement, tout en s'essayant à maîtriser les tremblements de sa voix. Derek opina d'un mouvement d'épaule accordé d'un seul mot ;

— Comprendre. »

Oui. Bon. Parfois il avait vraiment l'impression de converser avec un mur. Un mur diablement sexy et musclé et-.

Bordel. Je commence à péter les plombs, ça y est. Voilà que je commence à avoir des images mentales d'un Derek à poil, merde. Comment j'peux même savoir à quoi il ressemble ? C'est n'importe quoi, mon cerveau est en train de fondre. Il fond et je serai bientôt bon à enfermer à Eichen House, qu'il s'égara en avisant d'un arbre au loin, qu'il se mit à fixer, tout en essayant d'échapper à la vision qui dansait désormais avec ses pensées. C'est qui l'abruti qui parasite mes pensées ? Les gars, sans déconner, c'est grave pas sympa. Comment vous voulez que je me concentre, moi, si vous commencer à me balancer des gens foutrement à poil dans ma tête ? Encore, Scarlett Johansson, je dit pas, mais Derek, quoi. Derek. Il fit une pause, dévisagea ce qui devait être un esprit du vent, une, plus exactement, qu'il savait particulièrement malicieuse. Celle-là même qui, des semaines plus tôt, s'était amusé à ravager sa tignasse de fleurs en tout genre. Toi et moi, Clochette, on va avoir une petite discussion sur le fait d'épier les gens lorsqu'ils se douchent, pour ensuite bazarder la tête des gens avec ces même visions. On appel ça une violation de la vie privée et, je t'assure que des gens ont été en prison pour moins que ç...

« —Stilinski ! Héla le lycanthrope et sans aucune difficulté, le porteur de la magie de Gaïa pu sentir le loup vraiment, vraiment à la surface de la conscience humaine.

—Ouais ? Fit-il en revenant légèrement à la réalité ; celle de l'adulte, tout du moins.

—T'es avec moi ?

—Avec... Toi ?

Ses joues chauffèrent immanquablement, de quoi faire hausser les sourcils au grand brun.

—Sur terre, précisa l'homme de manière tout à fait inutile.

Et Stiles répéta:

— Sur terre, avant de papillonner longuement et de finir par hocher vivement la tête. Je. Ouais, pardon. Je réfléchissais et, je m'suis perdu dans mes pensées...

—De toute évidence, lança l'homme d'un ton moqueur. »

Il était bien sûr, fort inutile de préciser que, plus sarcastique que cela, le lycanthrope n'aurait pu faire. Décidant de passer outre le mauvais caractère du barbu, Stiles se redressa sur ses jambes, histoire de combler le mètre qui devait le séparer de la tronche de son aîné et donc, permettait à ce dernier de le regarder de haut, avant d'épousseter ses vêtements de manière distraite.

Évidemment, le fait qu'il se tienne désormais sur ses deux jambes, ne changeait rien au fait que Derek demeurait toujours bien plus grand que lui et donc, le bleu-vert-marron (il n'était pas tout à fait sûr...) de ses yeux n'avait guère terminé, semble-t-il, de le juger. C'était un mélange de curiosité, de dégoût et d'incompréhension totale et Stiles qui choisi de ne pas se vexer de ce qu'il pouvait lire dans les yeux de son aîné, se concentra sur le loup, qui lui, paraissait autant, voir plus, troublé que son humain. Pas un pour rattraper l'autre, hein.

« —Rentre chez toi, finit-il par marmonner en fourrant ses mains dans les poches ventrales de son sweat-shirt. Je ne suis pas un de tes louveteaux, ce que je fais ne te regarde ni maintenant, ni jamais.

—Pourquoi avoir coupé les ponts avec Scott ?

—Comment tu... Peu importe, ce ne sont pas tes affaires.

—Elles le deviennent, lorsque ça touche les membres de ma meute.

Stiles fronça les sourcils.

—Scott ne fait pas partie de ta meute, Derek, siffla-t-il sans pouvoir empêcher l'inquiétude de venir percer son cœur.

—Avant peut-être. Un loup blessé s'isole le plus souvent. Mais parfois, il lui arrive de chercher une meute pour guérir.

—e rêve, je m'absente deux semaines et cet abruti part en live total, qu'il grommela dans sa barbe inexistante.

Il ne remarqua pas le froncement de sourcils chez l'Alpha, ni même la brise qui vint comme caresser sa joue, dans un: attention ! silencieux.

—Absenter ? Ne lui as-tu pas clairement fait comprendre que tu ne voulais plus rien à voir à faire avec lui ? Avec nous ?

—Justement, tu en as entendu parler, Hale, alors une fois encore, qu'est-ce que tu fous là, merde ?

— J'essaie de comprendre.

— Il n'y a rien à comprendre, merde, ça s'imprime dans vos minuscules cervelles de loups ?

— Tu manigances quelque chose, ça ne me plaît pas.

— Conneries ! J'essaie d'avoir une vie la plus normale possible, au contraire. Et tu n'aides pas des masses, tu vois ? Puisque tu continues d'être fourré dans mes pattes continuellement.

— Une vie normale, dis-tu ?

— Parfaitement ! Sans étrangetés, sans bêtes poilues avides de ma peau à chaque pleine lune, sans meurtres, sans oncle psychopathe, sans chasseurs totalement fêlés. Ma définition du normal, Derek.

L'Alpha fit un pas en avant, un genre de rictus indéfinissable prenant place lentement à même ses lèvres.

—Tiens donc, susurra-t-il trop tranquillement. Tu peux sans doute m'expliquer cela, alors ?

Il attrapa le poignet de son cadet, l'exposant aux quelques rayons de soleils qui parvenaient à filtrer malgré le couvert des arbres. Aussitôt, Stiles tenta de récupérer son bras, sans grand succès hélas et comme mis à nu, ses yeux filèrent aussitôt vers les veines noirâtres parcourant ses bras et qu'il savait poursuivre leurs chemin jusque sur son torse, comme une espèce de grande carte ferroviaire.

— Ça, n'est clairement pas normal, dit le loup en resserrant sa prise sur le pauvre poignet.

Ça, n'est surtout pas tes affaires, rétorqua l'humain entre ses dents. Merde, c'est quoi ton problème, Derek ?

— Mon problème Stilinski, c'est que où que j'aille dans cette putain de ville, tu es partout.

— N'abuses pas, stupide loup, je ne suis pas encore capable de me dédoubler. Je ne suis qu'un pauvre humain, tu te souviens ?

— Paie toi ma tronche, surtout. Beacon Hills tout entier sent le Stiles Stilinski. Et tu veux savoir que ce que tu continues de sentir ?

Un pas en arrière, l'un après l'autre, Stiles eut à peine le temps de s'attarder sur le tronc présent dans son dos, qu'une main ferme l'attrapa par le col de son sweat-shirt favori. Sa pomme d'Adam fit un joyeux aller-retour dans les tréfonds de sa gorge, lorsqu'il s'en retrouva à soutenir le regard carmin de l'adulte.

Maison-cocon-chaleur-été, dit-il comme un poème que l'on récite par cœur.

Il en fut aussitôt comme mortifié, tandis que là, devant le chocolat de son regard, les orbes pleines d'incompréhension du métamorphe s'agrandirent sous la surprise.

Quoi ? Souffla le Hale, estomaqué.

— Je...

— Comment peux-tu...

Le loup à la surface de sa conscience s'agita brusquement, Derek inspira lentement, prit d'un tremblement soudain de ses membres.

— Tu me l'as déjà dit..., tenta de rattraper l'humain, de manière un peu misérable. La dernière fois. Cette nuit-là, dans ma chambre.. T..Tu as dit que je sentais comme la forêt, comme la maison.

Il bredouillait, tout en s'essayant de se fondre à même le tronc d'arbre dans son dos. Échec Critique oblige, Derek l'accula un peu plus.

— Il n'a jamais été question du cocon-chaleur-été, lui fit-il remarquer avec humeur.

Et pour le coup, l'humain fut persuadé que l'Alpha était présentement en train de résister à la tentation de lui ouvrir la carotide avec ses dents.

— Oh, dit-il encore, simpliste au possible.

La prise sur son vêtement fut raffermie, lui coupant presque le souffle. «

— Et bien, que veux-tu.., (Stiles fit une tentative pour rattraper ses conneries, une fois de plus) Je suis intelligent, tu vois... L'intuition, tout ça.

— Ne te fous pas de moi ! Hurla l'homme-loup et, l'humain couina, la peur au ventre. »

Aussitôt, la forêt sembla comme prendre vie. Une brise, un coup de vent, le chant de la nature se souleva, faisant valser les brins d'herbe et les feuilles mortes, claquer les branches des arbres. Le vent hurla, en parfaite synchronisation avec la peur du Porteur de la Magie de Gaïa, qui, le cœur toujours battant vivement, dévisagea son vis-à-vis, une froide terreur dans le chocolat de ses yeux, parce qu'il n'oubliait pas qu'il faisait face à Derek Hale. Parce qu'il n'oubliait pas que ce type semblait prendre un malin plaisir à le torturer psychologiquement, dès qu'ils étaient dans la même pièce. Parce que ce même type était capable de se changer en bête féroce. Parce que cette même bête féroce était capable de lui arracher la gorge avec ses crocs, sous le coup de l'émotion. Parce que Derek avait beau être un adulte, il ne contrôlait toujours pas ses putain d'émotions.

Parce que.

Pourtant, sous toute cette haine et ces émotions qui semblaient chambouler le métamorphe, dans sa tête et son corps, l'homme-loup parvint à rester suffisamment lui-même, pour noter le fait que la forêt venait comme de prendre vie et que son loup, à l'intérieur, s'était comme couché, les oreilles basses. Dans sa gorge, un grondement sourd résonna presque faiblement et, le silence suivit, alors que le vent chantait toujours sa colère et que, dans les buissons, là, dans les ombres, Stiles fut certain d'avoir aperçu une paire d'yeux comme brillant dans la nuit.

« —Qu'as-tu fais ? Chuchota Derek, Sidéré. Au nom de Gaïa et de toute la création, Stiles, qu'as-tu... »

Alors, peut-être que l'homme avait réalisé, après tout. Il était un loup depuis toujours, était né ainsi, était sûrement connaisseur de toutes les légendes que le côté mystique, magique du monde devait raconter aux petits enfants avant d'aller au lit. Peut-être qu'un jour, sa mère lui avait murmuré avant que ses yeux ne se ferme qu'ils n'avaient rien à craindre, parce que Gaïa veille sur nous, sur toi. Elle veille sur ses enfants, elle et les Protecteurs. Elle et les Gardiens. Ce n'était qu'un mythe, une histoire, un conte, du genre dont Stiles n'avait aucune idée, parce que bon sang. N'était-il pas humain ? Et pourtant, à l'instant même ou le chocolat de ses yeux percuta le rouge carmin des orbes lupine... Il sut. D'une manière ou d'une autre. Il sut que Derek savait. Peut-être pas totalement. Peut-être même pas un peu. Mais suffisamment pour qu'un semblant de compréhension ne marque son visage. Suffisamment pour que ses yeux en viennent à s'écarquiller de stupeur et, qu'un pas en arrière ne soit fait ; la confusion barbouillant dès lors, salement son faciès.

Le vent ne chanta que plus fort, bien-sûr. Pas parce qu'il était furieux. Pas parce qu'il ne désirait là, que punir l'homme qui avait osé poser un doigt sur le petit protecteur, non. Il chanta et ce fut triste et désolé. Ce fut douleur et peine et Stiles en eut la gorge serrée. Parce que le pacte disait que personne n'était supposé savoir et que, Derek Hale savait désormais. Il fut alors en colère. En colère contre le loup bien trop curieux, en colère contre lui-même qui n'avait pas su être plus discret, plus normal. En colère contre Gaïa et ses stupides règles. En colère contre le vent qui ne voulait putain de pas se taire une seconde, en colère contre les voix dans sa tête qui elles, s'étaient fait silencieuses, parce qu'elles savaient elles aussi. En colère contre Eurydice, qui, depuis l'autre bout de la clairière, le dévisageait entre l'amusement et la moquerie. Un: que vas-tu faire, désormais ? silencieux, au fond des yeux.

Alors Derek ouvrit la bouche. Sûrement pour faire comprendre à son cadet Ô combien il avait été stupide de vendre son âme à une divinité aussi vieille que le monde. Sûrement. Ou pas du tout. Mais il fut écourté avant même qu'un son ne naisse dans le creux de sa gorge. D'un pas en avant, un peu brusque et colérique, le lycéen s'était avancé, index pointé durement contre le torse large et foutrement musclé du loup-garou. Ce fut alors comme une tornade, pour le cadet des Hale.

« — Ne sais-tu donc pas te mêler de tes affaires, Derek Hale ? S'emporta Stiles avec une pointe d'hystérie dans la voix. Pourquoi ? Pourquoi tu gâches toujours tout, Hale ? Toujours. Il y a un putain de plan et il faut toujours quelqu'un pour gâcher mes foutus plans ! Tu ne pouvais juste pas agir comme tu le fais si bien ? M'ignorer ? Non ? Il fallait que Monsieur fasse acte de curiosité une fois dans sa toute foutue vie. Il fallait que. Putain. Je-.. Merde, Derek. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? Non, ne parle même pas ! Qu'il le coupa lorsque le loup ouvrit la bouche. Ne dis putain de pas un mot. Parce que je te jure que ça ira mal pour ton cul poilu, peu importe qu'il soit putain de musclé et bien moulé dans ce... Bordel. Je. C'était pas ce que je voulais dire et- Merde. Hale. Ta gueule, tu n'as même pas le droit de te foutre de ma gueule, dégage moi cet air de ton sale visage poilu. Et ne dis pas un mot. Ne dis rien. T'as pas idée de ce qu'il se passera si. Si, bordel. Ne dis juste putain de rien.

L'humain était essoufflé et désespéré à la fois. Il rattrapa d'un ton un peu rauque et bas, un peu cassé et presque suppliant.

— Il doit y avoir un moyen. Je...

Stiles délaissa le loup pour dévisager Eurydice, plus loin.

— Il ne sait rien. Pas exactement. Même pas un peu. Il. Il n'a pas la moindre idée, d'accord ? Dis-le lui, qu'il ne sera pas une gêne. Je, tu dois lui dire. Parce qu'il ne sait vraiment rien et, j'y étais presque. J'y étais presque d'accord ? Ce n'était plus qu'une question d'heure. Et... Et je peux encore y arriver, d'accord ? Je le peux. J'y arriverais. (Il eut l'air un peu plus confiant, d'un coup, alors qu'il ajoutait/demandait:) Ne le tuez pas, d'accord ? »

La dryade ne dit rien, bien sûr. Pas même lorsque Derek se retourna pour voir à qui diable, Stiles pouvait-il bien parler. Pas même lorsqu'il eut un mouvement de recul face à elle et son apparence pour le moins... déstabilisante. Pas même lorsque la compréhension marqua plus que jamais, ses traits. Et Stiles... Stiles qui n'avait cessé de babiller, ses lèvres bougeant encore et encore, sa voix portant un peu misérablement. Parce qu'il avait tellement été à deux doigts d'y parvenir. Parce que Derek avait tout gâché et que l'humain était persuadé désormais qu'il faudrait tuer l'homme pour calmer la colère de Gaïa. Il avait beau être intelligent, songea Eurydice à peine blasé, il était au final, toujours aussi con.

Derek grogna son prénom tout en le dévisageant avec l'air du type qui attend une putain de bonne explication. Mais l'humain agita sa main, comme s'il chassait une mouche particulièrement gênante, pour toute réponse. Un : ta gueule, tout silencieux. En gros.

« — Toi, ne la ramènes pas, sourwolf. C'est de ta faute, d'accord ? Tout ça. Parce que vous êtes pas fichu d'arrêter Deucalion et sa bande de monstre de foire. Parce que t'es curieux seulement quand ça t'arrange. C'est ta faute, Derek Hale. »

La colère marquait ses traits à nouveau, la peur étreignant son être. Dire qu'il ne se faisait même pas de soucis pour Derek en lui-même. Non. C'était. Il l'effrayait, d'accord ? Le loup lui fichait la trouille, était à peine supportable, à peine appréciable. Oui, il avait eut une vie sacrément merdique, oui c'était triste, oui, tout ce que vous vouliez. Mais. Stiles était effrayé, d'accord ? Pas du tout inquiet pour ce type à qui il passait le temps à sauver les miches... et bon peut-être inversement aussi. Mais là n'était pas le sujet. Stiles ne voulait pas être responsable d'un autre mort, d'accord ? Juste. Pas alors qu'il s'agissait de son contrat et son plan et sa décision.

Il tournait donc en rond, son pas enfonçant l'herbe sous ses pieds comme l'on pli une feuille de papier et, sa bouche marmonnait et, ses doigts furent tordus un peu dans tous les sens et, ses mains passèrent dans ses cheveux, ou tout du moins, l'épi qui commençait à pousser.

« — Stiles, héla Derek une fois de plus. Que se pass...

— Ne pose pas de questions !

— Ne me donne pas d'ordre, je te rappel qu...

— T'es le gros méchant loup ? Railla l'adolescent.

Les lèvres pincées, Hale ne pipa mot. L'humain était dans le vrai, après tout. Il était le prédateur, toujours, le loup. Et l'autre, la proie, encore, l'humain.

— Tu n'as aucune idée de ce dont je suis capable, Derek. Aucune.

— L'intelligence ne fait pas tout, Stiles, rétorqua l'homme-loup, las. »

La colère envahit aussitôt l'adolescent. La colère et... un sentiment d'injustice. Parce que ça l'est, n'est-ce pas ? Injuste. Sous prétexte que l'autre était un adulte grand et fort. Sous prétexte qu'il était né avec les gènes d'un loup. Sous prétexte que ses poils pouvaient pousser, que ses dents, ses crocs et ses griffes, étaient mortels. Sous prétexte qu'il ne possédait rien de tout cela. La colère était là. Vibrant dans ses veines, parce que la lune approchait, celle qui serait décisive. Parce qu'il se sentait sous pression, parce qu'il avait l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules, même si, en fait, il ne s'agit que de la vie de ses proches. Un peu tout ça, fit qu'il leva soudainement un bras. Rien qu'un bras, de manière si soudaine, que, ni Derek, ni même Eurydice, n'eurent le temps de réagir. Il avait levé son bras et, la forêt s'était animée à son appel. Le sol s'était mit à craquer sous les pieds de l'homme-loup et, des branches, des lianes, des feuilles, un peu de tout, s'en était extrait pour venir s'enrouler autour de ses chevilles, jambes, cuisses, taille, torse, épaules, bras. Autour de son corps. En gros.

Son poings était serré, alors qu'il dévisageait son aîné avec plus de colère qu'il n'en avait jamais ressenti, avec plus de frustration que jamais. Tout simplement. Et, il inspira. Il inspira longuement, les paupières à demi-closes, cherchant à retrouver un semblant de calme, tout en sachant qu'il venait de, sans doute, condamner l'alpha.

« — Tu n'as pas la moindre idée de ce dont je suis capable, Derek Hale, répéta-t-il, la voix un peu brisé. Pas la moindre. »