Remerciements: à Loclo4 qui subit (encore et toujours, la pauvre) mon orthographe et mes tournures de phrases (très) bancales, merci pour tes corrections, du fond du cœur + sans oublier ceux qui ont commenté, ajoutés cette histoire dans leurs favoris et/ou alerte. Paix & amour sur vous. :)


VI : D-DAY


Ça avait été un bel (dans le très mauvais sens du terme) imprévu, que de voir Derek Hale débarquer en plein milieu de sa pseudo-séance de spiritisme (qui n'en était même pas une, au final), paré de ses crocs, de ses griffes et de tout cet attirail qui faisait de lui, un super loup-garou super méchant et super mortel. Bien sûr, à peine avait-il remarqué la présence de ce dernier, que Stiles, ou plutôt son cerveau, c'était mis à élaborer plusieurs situations, allant de l'adulte se contentant de l'ignorer après lui avoir fait la morale sur son comportement envers Scott (une morale bien mal-venue, si vous vouliez son avis), à Derek-le-loup-qui-lui-arrache-la-carotide-avec-ses-dents. Multiples scénarios donc, dans lesquelles indubitablement, il finissait, lui, le pauvre humain de la meute, par se faire salement botter les fesses. En aucun cas il ne se serait permis d'imaginer qu'il serait celui qui ferait ravaler sa fierté de loup mal léchée, au Hale. Enfin, plus honnêtement, ça lui était arrivé une fois. En rêve. Disons qu'il avait alors joyeusement pété les rotules du métamorphe avec une batte de base-ball cloutée, mais cela uniquement parce qu'il s'était fait exploser le nez à coup de volant. Ça avait, en gros, largement mérité que le jeune Stilinski se permette de rêver de lui refaire le portrait. Inutile de préciser qu'après ça, il avait fait tout particulièrement attention à ne pas croiser Derek, persuadé alors, que ce dernier était dès lors doté de la capacité de lire les pensées et donc, de lui arracher la gorge avec ses crocs.

Oui. Il était souvent question de crocs et de gorges arrachées lorsque l'on en venait à évoquer Derek Hale. Sûrement, à cause du blouson de cuir, s'était un jour dit Stiles, songeant distraitement qu'un Derek Hale-bis vêtu façon hipster ou skateur du dimanche, n'aurait sûrement pas eut le même effet... qu'il avait actuellement. Mais passons.

Il ne s'était donc pas attendu à perdre le contrôle. En gros. Ça avait été soudain et, irréfléchis. Irresponsable, aussi et, il le savait. Dieu qu'il le savait. Et pourtant, il ne parvenait pas à regretter le moindre de ses gestes, la moindre de ses actions. Peu importe que l'homme le dévisageait désormais avec une certaine appréhension ou même de la peur. Peu importait qu'il venait, par cette simple démonstration magique, de mettre la vie du lycanthrope en danger. Stiles était au-dessus de ça. Dans un premier temps, tout du moins. C'était l'euphorie d'avoir la sensation de peser enfin réellement dans la balance. La satisfaction d'avoir, l'espace d'un instant, surmonté sa frayeur monstre (sans mauvais jeu de mot) de l'adulte tout de noir vêtu. C'était tout simplement... la puissance à l'état pure. La puissance qui était sienne (encore vingt-quatre heures, tout du moins), la puissance qui lui permettrait bien assez tôt, donc, d'en finir de manière définitive avec Deucalion et sa meute. Peu importait qu'il puisse y avoir des pots cassés en cours de route. Après tout, ne disait-on pas qu'il était impossible de faire d'omelette sans casser d'œufs ? Derek l'avait sous-estimé. Parce qu'il était né humain. Parce qu'il était petit et pas forcément super costaud.

Parce qu'il parlait. Beaucoup, souvent, sans forcément prendre la peine de respirer entre deux phrases. Parce qu'il était, selon la norme lupine, faible. Parce que.

Jamais Derek ne s'était dit que, ouais. Peut-être bien que Stiles pouvait être celui qui lui en ferait voir de toutes les couleurs. C'était impensable, selon l'adulte, impossible. Comme si Kate Argent n'avait pas été une leçon suffisamment douloureuse à retenir. Comme si.

Et pourtant.

L'humain était celui qui se tenait droit et fier, devant le lycanthrope qui, forcé par la magie de la terre, avait fini par plier les genoux devant ce gamin qu'il haïssait sans aucune raison particulière. À la surface de son esprit, le loup gronda à l'intérieur de sa moitié humaine. Il était un Alpha, par tous les diables. Pourquoi alors, son autre moitié était-elle en train de s'agenouiller devant... cette proie ? Cette proie qu'il aurait bien déchirée avec ses dents jusqu'à ce que le sang de cette dernière en vienne à emplir son gosier et tâcher les poils de museau. Et... c'était bien stupide, se rendit-il compte par lui-même. La proie n'en était même pas une, n'en avait même pas l'odeur. C'était... C'était plus grand. Plus fort. Plus sombre et, à la fois, plus lumineux. C'était... Oh. N'était-ce donc pas maison-cocon-chaleur-été ? Il le reconnaissait désormais ! N'était-ce pas son odeur qui maculait la forêt toute entière ? Ou peut-être était-ce la forêt qui avait laissé son odeur sur cet humai- Non. Ce Protecteur. Le protecteur. Et, bouchée-bée, Derek sentit plus qu'il ne vit l'esprit du loup, à l'intérieur même de sa tête, de son corps, de sa conscience, de lui-même, comme se coucher, les pattes en avant et, le museau entre ces dernières.

« —Bordel de merde, jura Derek.

— Bordel de merde, fit écho Stiles en se rendant compte de ce qu'il venait de faire. »

Plier à son bon vouloir, la putain de volonté de ce foutu loup. Ce loup que Derek, adulte, né lupin, tout ce que vous vouliez, ne parvenait pas encore tout à fait à maîtriser, surtout lorsque les émotions devenaient trop forte, trop tout court. Et dans tout ça...

Dans tout ça, Eurydice éclata d'un rire cristallin. Du genre à filer des frissons, du genre à soulever les cœurs, mais pas d'une mauvaise façon. Elle éclata de rire, tout simplement, parce que, l'espace d'un instant, elle avait cru que Stiles tomberait comme tant d'autre étaient tombés avant lui. Tous ces hommes qui, un jour, avaient eux aussi promis que la Magie de Gaïa ne saurait les pervertir. Tous ces types qui s'étaient crus plus fort que la Mère-De-Toutes-Choses elle-même. Alors oui. Elle avait craint qu'à son tour, Stiles ne fasse une bêtise. Il en avait été si près... Sans même s'en rendre compte pourtant. Ça avait été là, aussi réel qu'elle se tenait droite et vivante, devant le loup et l'humain-qui-ne-l'était-plus vraiment. Elle rit de tout son soûl, de toutes ses forces, parce qu'elle avait entraperçu la noirceur dans le cœur de son jeune poulain. Aussi claire que de l'eau de roche. Elle avait senti l'envie de vengeance du lycéen. Elle avait ressenti sa peine, sa colère, l'injustice qui grandissait à même son cœur, la douleur. Ça avait été presque palpable. Ça avait été la peur, celle qui plante ses racines dans une âme et qui s'en nourrit, jours après jour. Peur de l'abandon, de la perte des êtres qui lui sont chers. Peur d'échouer, de vivre, aussi. Ça avait été là, tourbillonnant comme un ouragan ; ça avait été violent et dur et, sans explication aucune, le calme était revenu dans sa tête. Le calme, l'incrédulité aussi. La peur, encore et toujours, parce que, l'espace d'un moment, Stiles avait compris lui aussi, qu'il avait perdu le contrôle. Aussi simplement que ça. Aussi facilement qu'une porte qui claque, d'un arbre qui plie sous une tempête. Et l'hyperactif en avait été comme tétanisé.

Ça avait été entre autres, comme un coup de fouet. Un coup de fouet qui l'avait fait revenir à lui, battre des cils et, inspirer longuement, alors que sous ses yeux, Derek en était venu à offrir sa gorge bien malgré lui. Parce que le loup, à l'intérieur, l'avait senti. La force brute. La Magie. Gaïa, ses pouvoirs. Il avait compris que, Stiles sans être un Alpha était Celui-qui-Protégeait. Sans rien demander en retour, sans même demander la soumission d'une tierce créature. Il protégeait parce que tel était son devoir, parce qu'il servait Gaïa. Parce que.

Alors, oui. Le loup lui avait offert sa soumission de lui-même. Un signe de respect. En gros. Et, c'était tellement loin de tout ce qu'il avait toujours connu de Derek (pas qu'il le connaissait tant que ça non plus, hein), que ça avait tout simplement suffit à le ramener sur terre, à la manière d'une ancre.

« — Tu es décidément un humain bien intéressant, Stiles, fit Eurydice lorsqu'elle eut fini de rire à s'en éclater la rate, appuyant bien plus que nécessaire sur le surnom du lycéen.

Ce dernier baissa les yeux au sol, la honte envahissant son être comme une averse diluvienne.

— Je.. Ce n'est pas., bégaya-t-il. Je ne voulais pas...

— Je sais.

— Je suis désolé.

— Je sais.

— Ce n'était pas...

— Je sais.

— Est-ce que tu peux arrêter de dire ça ?!

— Ça quoi ?

— Ça : je sais, bordel. Tu. Je...

Bon sang, avait-il déjà précisé que parfois, (souvent), Eurydice lui filait comme des envies de meurtres ? Sa langue claquant contre son palais, il la foudroya légèrement du regard.

— Ne te fous pas de moi, qu'il demanda sur un ton qu'il voulut léger, mais qui semblait bien plus brisé qu'autre chose.

Alors la Dryade s'avança vers lui, ignorant ostensiblement le loup-garous qui se remettait durement de ses émotions, lui aussi, pour venir prendre en coupe, le visage juvénile de l'adolescent.

— Je sais, répéta t-elle encore. Tu l'a senti, n'est-ce pas ? Le pouvoir. Celui qui t'habite.

— Je...

— L'as-tu sentis, enfant ?

— Oui, murmura-t-il doucement. C'était grand et fort. Et, un instant... dit-il, un peu hésitant. Pendant un instant, je me suis senti tomber. Tout est alors devenu froid et sombre et je ne pouvais plus respirer. C'était comme d'avoir une paire de mains autour de mon cœur, autour de mes poumons, je...

— Tu y as résisté.

— Je ne voulais pas... Je veux dire. C'était tentant. Vraiment tentant. Comme si la solution à tous mes problèmes avait été là. Comme si... Comme s'il suffisait que je lâche prise pour...

— Mais tu n'as pas lâché prise, insista la dryade.

— Non. Non, je n'ai pas lâché prise.

Et ce fut tout. Elle lui tendit l'un de ses sourires, ceux-là qui savaient faire chavirer le cœur de l'adolescent, tandis que ses lèvres en vinrent à s'égarer un court instant contre le front du garçon. Derrière eux, Derek se racla la gorge, redressé sur ses jambes.

— Merde, dit à nouveau Stiles en se rendant compte que, depuis le début, le loup avait assisté à tout ce cirque, avait été au centre de tout ce bordel.

Eurydice n'en rigola que plus encore.

— Comme tu dis, enfant, approuva-t-elle d'un ton plus moqueur que jamais. Que vais-je donc bien pouvoir faire de lui, désormais ? Le marché était pourtant clair. Tu sais comment est notre Mère, lorsque les hommes n'honorent pas leurs paroles.

Aussitôt, la bouille presque joyeuse (soulagée tout du moins) que Stiles avait commencé à aborder, s'assombrit.

— Merde, répéta-t-il, le chocolat de ses iris filant vers son aîné. Derek. Je...

— Gaïa, hein, qu'il commenta simplement, entre l'incrédulité et, la lassitude.

Bien sûr qu'il s'agissait de Gaïa. Après tout, ce n'était pas comme Stiles avait l'agaçante manie de se fourrer dans les ennuis jusqu'au cou, n'est-ce pas ?

— Ce n'était pas...

— Pas quoi, Stiles ? As-tu seulement réfléchi une seule seconde avant de... passer un pacte avec le diable ?

L'adolescent leva les yeux au ciel avec toute l'insolence dont il devait être fait.

— Le diable, direct les grands mots, s'outra-t-il un peu inutilement. Tu apprendras que Gaïa est ce pourquoi tu peux te pavaner avec tes super pouvoirs de loups, Hale.

—Je sais exactement qui est Gaïa, Stilinski. Contrairement à toi, j'ai connaissance de cette partie du monde depuis toujours.

— De bien piètres connaissances, semble-t-il.

— Ne me cherche pas.

— Alors ne joue pas au plus fort avec moi Derek.

Le lycéen arrivait comme à bout de patience avec l'adulte, tant et si bien qu'il fini par lui gronder dessus, plein de colère qu'il était. Pourquoi se montrait-il si buté ? Ça n'avait aucun sens pour lui, tout ces concours de qui à la plus grosse bite l'épuisait... même si, concrètement, il venait tout juste de prouver qu'il en avait une bien conséquente.

— Charmant, Mieczysław, lâcha Eurydice moqueuse, pour changer.

Les trois lurons échangèrent regards sur regards, jusqu'à ce que Derek en vienne à ouvrir la bouche, encore, pour demander :

— Mieczysław ?

Bien vite coupé par l'intéressé, cela dit.

— Cherche pas. Et toi, Eurydice, ma tête n'est pas une salle de spectacle. J'aimerais avoir un minimum de solitude, là-haut, si ce n'est pas trop demandé.

— Oh ? Et rater tout ce qui s'y passe ? Tu n'y penses pas, enfant !

— Je suis sérieux.

— Bonjour Sérieux, je suis Eurydice.

La main de l'adolescent vint s'échouer à même son visage, dans une parodie très réussite du facepalm ultime.

— C'en est trop, grogna-t-il visiblement vexé. J'me casse.

— Comme si !

— Ton humour est déplorable.

— Tu n'aimes pas les blagues de daddy ?

— Les blagues de... Seigneur, je vais prétendre n'avoir rien entendu, ça vaut beaucoup mieux pour ma santé mentale.

— Là c'est moi que tu vexes, petit humain.

— Tu viens d'insulter à toi seule, presque tout les... raah, peu importe, fit Stiles, sourcils froncés et moue aux lèvres.

En soupirant, il reporta son attention sur Derek qui, sûrement perdu par le spectacle que pouvait offrir un Stiles Stilinski et sa pote ... l'arbre qui parle (à défaut d'autres mots), s'était fait silencieux.

— Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, sourwolf, hein.. , qu'il fit tout bas, tout en sachant pertinemment que le lycan pouvait l'entendre.

Il y eu un bruit de gorge du côté du suscité lycan et avec un plaisir un peu malsain, Stiles le vit se décomposer, la face passant d'abord par un blanc craie très seyant avant de virer rouge colère.

— Il n'y a pas de: qu'est-ce que je vais faire de toi, Stiles, réprimanda-t-il avec humeur. Si tu crois que je vais te laisser te mêler de ça...

— Me mêler de ça ?

— Deucalion. Tu n'aurais pas passé un marché avec la Mère-De-Toutes-Choses, simplement pour pouvoir causer avec les plantes, même si ça aurait pu être tout à fait ton genre.

— Sympa, j'aime bien la vision de moi que vous avez. Comme si c'était parfaitement normal que, ouais, je puisse vouloir causer avec une plante verte, alors que pas du tout.

— Vraiment ?

— Vraiment !

— ... Et je tiens à vous rappeler que la fameuse plante verte est là et entends tout ce que vous dites, messieurs, intervint Eurydice machinalement sans pourtant paraître offensée outre mesure.

Stiles eut la décence de grimacer un peu, tandis que Derek se contenta de hausser une épaule, plus blasé que jamais.

— Ce n'est pas ton problème, insista-t-il sans se soucier de l'interruption de la Dryade.

— Bien sûr que c'est mon problème, foutu loup !

— Tu es humain. Tu n'es donc pas concerné, Stiles

— C'est justement pour ça que je suis putain de concerné Hale ! Bon sang. Deucalion pourrait s'en prendre à mon père. Ça devient mon putain de problème quand les créatures de la nuit, tel que, je ne sais pas moi, les loups-garous un peu frappa-dingues, se mettent en tête de buter tout ce qui bouge.

— Si tu étais resté à l'écart dès le début, ton père aurait été sauf.

Alors Stiles partit dans un grand rire. Du genre, sans joie et très sarcastique, du genre à irriter les oreilles et faire claquer des langues.

— Oh oui ! Ironisa-t-il. Parce que ça a tellement fonctionné jusqu'à maintenant. Est-ce que je dois te rappeler que la plupart de nos morts, n'avaient aucun rapport avec tout ça ?

Derek leva les yeux au ciel, n'arrivant pas vraiment à croire ce qu'il entendait. Bon sang, depuis quand est-ce que les enfants étaient supposés être si buté ?

— Quoiqu'il en soit...

— Quoiqu'il en soit, rien du tout Derek.

— Tu as agi sans réfléchir. C'était... Et si ta Gaïa s'était avéré être pire que Deucalion ?

— J'imagine difficilement pire que Deucalion, désolé.

— Vraiment ?

— Bon peut-être pas, parce que c'est vrai qu'Hitler a été un sacré gros connard..

— Qu'est-ce que...

— C'était réfléchi, d'accord ? Très sérieusement. Pendant des semaines. Je ne suis pas stupide, contrairement à ce que tu sembles penser, merde. Je réfléchis avant de cogner, moi, pas comme certain.

— T'essaies d'insinuer quoi, là ? grogna le lycan, son loup de nouveau à la surface de la conscience humaine.

— J'insinue rien du tout, Derek. J'expose des putains de faits. Tout ce que vous savez faire, c'est de foncer tête baissée en priant pour que personne n'y passe. C'est pas comme ça que les choses sont censées fonctionner d'accord ? C'est contre les règles. C'est... C'est pas possible juste, d'accord ? Il nous fallait un plan, cette fois. Un vrai.

— Parce que Gaïa s'avère être un meilleur plan que tout ce dont on a déjà discuté ?

— Oui. Non. Peut-être.

— Stiles...

— Non, Derek, merde. Écoute. Écoute juste, d'accord ? À chaque fois, nos plans partent en couilles et... Oh ne fais pas cette tête, tu sais que j'ai raison. Nos plans sont géniaux, jusqu'à ce que quelqu'un débarque et foute tout en l'air. Je ne vous lance pas la pierre, d'accord ? Ce n'est pas nous. Pas vraiment. C'est juste... On est humain d'accord ? On fonctionne à l'amour et l'affection et ne lève pas les yeux au ciel Derek Hale, tu sais très bien que j'ai putain de raison. Scott s'en va botter des fesses, le gros méchant menace de s'en prendre à ses camarades de classe, à sa mère, bordel, à sa propre mère et, Scott décide de se sacrifier à la place.

— Ce n'est pas...

— Vrai ou pas vrai ?

— Stiles ce n'est...

Vrai. Ou. Pas. Vrai ? Insista-t-il la mâchoire crispée.

Derek le foudroya du regard, tandis qu'il se laissait aller à échapper un : Vrai, de bien mauvaise grâce.

— Il y a toujours des morts quoiqu'on fasse. Pas de notre côté, pas toujours, mais les autres paient souvent pour nos bêtises. Parce que la vérité, Derek, c'est qu'on est que des gamins. On ne devrait pas avoir à gérer les côtés Mystiques Magiques du monde, le côté Surnaturel. Scott est un loup-garou. Soit. Il possède des putains de crocs et griffes, devient meurtrier à la pleine lune, guéri automatiquement à la moindre blessure... Ok. D'accord, j'ai pigé. Il est un putain d'ado loup-garou et, jusque-là, c'était pas si... fou que ça. Je veux dire, je suis presque sûr que la NASA nous cache la présence d'Alien ou de Transformers sur la face cachée de la lune, alors des loups-garous, franchement, ce n'était pas la mer à boire. Mais tu sais quoi ? Les gens ont commencé à mourir. Les gens ont commencé à mourir et les chasseurs se sont incrustés dans la partie, comme s'il était tout à fait normal de vouloir buter des gens simplement parce qu'ils sont un peu plus différents. Et tu sais comment ça s'est terminé ?

— Stiles...

— Ça s'est terminé avec Lydia à l'hôpital, avec un type qui a failli me mordre et me transformer en espèce de monstre de foire, bordel et avec tout le reste du monde en danger.

Stiles...

— Bon, peut-être pas le monde entier, d'accords, mais Beacon Hills. Mais ça allait. Parce que malgré tout ça, malgré la menace de Kate et de sa famille de barge, on a réussi à survivre, nous. Notre petite bande insignifiante. Et, il a fallu que tu créé plus de loup-garous, parce que monsieur se sentait seul...

— Je ne me sens pas...

— Parce que monsieur a un égo à satisfaire, l'ignora Stiles en roulant des yeux, une moue aux lèvres. Et alors Jackson est devenu un putain de Kanima et plus de gens sont morts encore et j'ai failli crever dans une putain de piscine, dans un putain de garage, même et toi aussi. Et tout le monde en fait. Tout le monde a putain failli y passer et c'était devenu presque normal, que les gens en veulent à notre peau. Comme si c'était normal que des adolescents passent à côté de la mort tous les jours. Comme s'il était normal de devoir constamment regarder par-dessus son épaule.

Stiles inspira profondément, lorsqu'il se rendit compte que ses mains s'étaient remises à trembler et que sa voix s'était faible chevrotante elle aussi. Il inspira, expira, foudroya l'adulte du regard lorsqu'il fit même mine de s'approcher et passa nerveusement ses mains contre son crâne presque rasé. Il avait bien conscience que son discours était un peu (beaucoup) décousu, à mettre bien sûr, sur le compte de son hyperactivité et donc, des choses qui allaient beaucoup trop vite dans sa tête, en gros. Mais les faits étaient là, songea-t-il en forçant sa tension à redescendre d'un cran. Rien de tout ce qu'ils avaient vécu depuis un an et demi, n'avait de sens. Ça n'aurait jamais dû arriver et, il avait parfois l'impression d'être le seul à en avoir réellement conscience. Et Hale... Hale dans tout ça, commençait à entrevoir la possibilité que, peut-être, les gens n'étaient pas comme lui, habitué à devoir vivre dans le secret, tout le temps, constamment, avec comme une épée de Damoclès pendant au-dessus de sa tête. Parce qu'il savait, il en avait conscience depuis qu'il était gamin, que le moindre faux mouvement de sa part, amènerait les chasseurs à prendre connaissance de son existence et donc, feraient en sorte que sa vie se termine aussi rapidement qu'elle avait commencée. Lentement, Derek vint passer l'une de ses pognes contre son faciès, un soupire le prenant en traître.

— Stiles, dit-il calmement. C'est exactement pour ça que je ne te voulais pas dans la meute.

Et, Stiles accusa le coup, les lèvres pincées et le regard noir.

— Oh, je t'en prie, si j'avais accouru la queue entre les jambes pour te demander de me mordre, tu aurais accepté sans rechigner.

Mais Derek secoua la tête.

— L'hyperactivité et la lycanthropie font mauvais ménage, dit-il simplement.

Le lycéen trop surpris pour réagir, ouvrit et ferma la bouche, une fois, deux fois, trois fois.

— Quoi ? Croassa-t-il sans vraiment le vouloir et le loup haussa simplement les épaules.

— L'hyperactivité et la lycanthropie, font mauvais ménage, répéta-t-il plus lentement cette fois, comme s'il s'adressait à un enfant en bas âge.

Honnêtement, Stiles ne sut pas s'il devait se sentir vexé ou blessé qu'il lui parle de cette façon, ou si c'était parce qu'encore une fois, sa maladie avait été celle qui avait décidé pour lui. Heureusement pour lui, il sentit comme une caresse dans son esprit et, le sentiment d'injustice qu'il avait commencé à ressentir s'en alla comme il était venu. Il était un des Serviteurs de Gaïa désormais. Un des protecteurs de la nature, celui sur qui les créatures qu'elle soient ; hors du commun ou parfaitement normale, comptaient désormais. Il ne lui appartenait donc pas, de se plaindre de ne guère faire parti de cette caste à protéger. C'était son job, désormais — pour quelques heures encore, tout du moins. C'était donc déjà bien. Déjà beau. Et, cette constatation le ramena bien comme il fallait, au pourquoi du comment à la base, il s'était trouvé dans cette putain de forêt et, en jurant un peu, il adressa un nouveau regard à Eurydice, comme s'il cherchait dans les yeux de cette dernière, la réponse à tout ses questions.

— Peu importe, fit-il finalement pour Derek, agitant sa main devant lui comme pour chasser une mouche, tandis qu'il reprenait à peu près où il en était rendu, avant de presque cracher ses poumons, tant il parlait vite et beaucoup.

Il inspira longuement, une fois de plus.

— Il nous fallait un bon plan, cette fois. Un plan qui ne risquait de mettre en danger personne.

— Personne à part toi

— Personne. Je ne risque absolument rien, mentit-il effrontément, tout en sachant pertinemment que le loup-garou pourrait ou non, s'apercevoir du bobard immense.

— Pourquoi n'en avoir parlé à personne ? Demanda l'adulte, bras croisés sur son torse, dans une posture qu'il voulut sans doute, intimidante et Stiles se dit alors que le mensonge était passé crème.

Alors plus sereinement, il répondit :

— Parce que quand les gens sont au courant des plans, on prends le risque que l'ennemi ne finisse par l'apprendre et donc, par extension, les gens finissent par mourir.

— C'est stupide.

— Stratégique, Derek. C'est Stratégique. Pas stupide.

— Si tu en avais parlé...

— Alors Scott aurait voulu prendre ma place, parce que ce type est une grosse Drama Queen. Et alors, il serait sans doute mort.

Il y eut un instant de flottement, durant lequel l'adolescent prit le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire et, aussitôt, ce fut un : merde, sonore, qui passa la barrière entrouverte de ses lèvres, tandis que Derek affichait un air que trop goguenard sur sa tronche.

— Personne ne risque rien, à part ça, hein.

— Oui, bon. Tu sais ce qu'on dit ? On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs.

— C'est stupide, répéta l'homme-loup, sourcils froncés. Je ne vais pas te laisser te sacrifier pour ma meute.

— Je ne te demande pas ton avis, Derek.

— T'es un gamin, Stiles.

— De la part d'un type qui fait un caca nerveux parce qu'un humain essaie de sauver ses fesses... Je vais le prendre comme un compliment.

— Ne me pousse pas, Stiles, aboya encore le lycan, tout poings serrés.

— Alors ne fais pas l'enfant. Bon sang Derek, ce n'est même pas à propos de ta meute. Ça va probablement sauver les fesses de Boyd et Erica. Soit. Mais c'est pas pour ta meute que je fais ça. Je le fais pour moi, pour mon père, pour cette foutue ville qui m'a vu grandir. Pour ma mère. Et ça, tu n'as pas le droit de me l'enlever, vu ?

— Alors ne compte pas sur moi pour te laisser faire. T'es qu'un gamin, Stiles. Qu'est-ce que tu crois que ton père va dire, lorsqu'on lui ramènera le cadavre encore frais de son fils unique, si cadavre, il reste ?

— Tu ne me crois pas capable de défaire Deucalion ? Accusa l'adolescent, sourcils froncés.

— Je fais surtout confiance à cet homme pour tuer quiconque se dressera sur son chemin. Tu as quoi, quinze ans ?

— Seize !

— T'es qu'un gamin, s'exaspéra l'adulte. Tu n'es pas censé gérer ce genre de chose.

— Les loups-garous n'étaient pas censés exister non plus.

— Ils ont toujours existé, Stiles, toujours. C'est juste que personne n'en a jamais rien su.

— Peu importe, balaya l'humain. Ce n'est plus toi qui décides. »

C'en était fini des démonstrations de forces lupines. Stiles avait beau être terrifié par Derek, tout au fond de lui, il savait qu'il était désormais capable de se faire entendre. En face de lui, Hale inspira lentement, profondément. Essayait-il de calmer ses pulsions ? De maîtriser une transformation ? Sa colère ? Les émotions comprises dans le lot ? L'adolescent n'aurait pu le dire. Autant pouvait-il percevoir l'aura du loup, autant, c'était comme si Derek parvenait à camoufler le plus gros de lui-même. Tout ce dont il pouvait désormais être sûr, était que le Loup n'était clairement pas d'accord avec sa moitié.

« —Je ne peux pas te laisser faire Stiles, fit Derek, juste avant de bondir, tout de crocs et de griffes. Je suis désolé. »

Trois, furent le nombre de conséquences qui résulta du geste lupin.

La première, fut qu'Eurydice s'interposa. Aussi rapidement qu'une brise, elle avait bougé puis comme émergée devant le Serviteur de Gaïa, les traits de son visage comme prisonnier d'un bloc de marbre. Bien évidemment, Derek n'eut jamais le temps de rétracter son coup. Il était bien trop tard, bien trop vif, bien trop puissant pour qu'il puisse ne serait-ce qu'y songer. Alors la main parée de griffes traversa ce qui semblait être la poitrine de la dryade comme un couteau du beurre, réduisant en poussière sur son passage, les branches, feuille et autre végétaux qui constituaient le corps de la femme — à défaut d'autres mots.

Stiles ne mit pas bien longtemps à réaliser ce qu'il venait de se passer. Bouche-bée dans un premier temps, les yeux écarquillés de stupeur, la peur au ventre. Il s'était fait immobile, le chocolat de ses iris fixé sur la scène-là, à quelques centimètres de l'endroit où il se trouvait, sur le bras qui apparut aussi soudainement que cela au travers d'Eurydice. Puis il avait échappé un : Quoi ? les paupières papillonnant à de multiples reprises, comme pour se débarrasser de la scène à même ses rétines.

Personne n'avait esquissé le moindre geste.

Pas même Derek.

Pas même Stiles.

Eurydice, encore moins.

Puis, la forêt s'était mise à chanter dans la tête de l'humain qui-n'en-était-plus-vraiment-un, comme une caresse contre sa peau. Comme un: tout va bien se passer, comme un enfant tente de rassurer un parent.

Sauf que Stiles n'y avait pas été réceptif.

Pas du tout.

Il avait relevé les yeux vers Derek — puisqu'il dépassait la Dryade d'une bonne tête —, et ses pensées s'étaient comme obscurcies.

« — Stiles, avait dit l'homme-loup d'un ton étrange, comme si lui-même était particulièrement surpris par ce qu'il venait de se passer — surpris de son propre geste. »

Il n'eut cependant pas vraiment le temps de se perdre en palabre, puisque vint la seconde conséquence.

Le sol craqua sous les pieds du Hale.

Un trou s'y ouvrit, sans plus de cérémonie.

Derek tomba.

Personne n'entendit le loup hurler sa descente.

Pas Stiles, perdu dans sa colère, son incompréhension, son envie de blesser l'adulte.

Pas Eurydice, qui n'avait toujours pas esquisser le moindre geste.

Ni même la Forêt qui s'était tu.

Puis, Eurydice se racla la gorge, tandis que le trou béant qui laissait entrevoir l'intérieur fait de branches et autre, de la dryade, commença à se refermer de lui-même, à guérir, tout simplement.

« — Et bien, lança-t-elle guillerette, voilà qui n'était guère fort malin de ta part, enfant.

Stiles la dévisagea bêtement, bouche ouverte, puis fermée, puis ouverte encore, sans qu'aucun mot ne se fasse pourtant entendre. Puis, au bout de ce qui lui parut être des heures, il s'avança d'un pas en avant, bras levés vers ce qui servait d'épaule à la créature, qu'il secoua vivement. Était-ce pour s'assurer qu'elle était belle et bien vivante ? Ou pour lui remettre les idées en place, peut-être, Stiles n'aurait pu dire, si ce n'est qu'il s'en donna clairement à cœur joie, à des kilomètres de se soucier de toute bienséance, ou quoi que ce fusse d'autre.

— Mais qu'est-ce qu'il t'a pris !? Qu'il se mit à beugler. T'interposer comme ça, c'est de la folie ! Est-ce que tu vas bien ? Pourquoi diable n'es-tu pas en train de te vider de ton sang à même le sol ? Est-ce que tu es capable de saigner même, ou est-ce que c'est de la sève ? Tu vas bien ? Est-ce que je dois t'emmener à l'hôpital ou un truc comme ça ? Quoique. Réflexion faites, ça serait une très mauvaise idée. Déjà que l'idée d'avoir un ADN de d'homme-loup ne les aide pas les pauvres, mais en plus si je ramène une branche d'arbre vivante... Enfin pas que tu ressembles à... Enfin, sans vouloir t'offenser, je veux dire. Whoa, tu es vraiment resplendissante et tout, mais, pas très humaine quoi. Et le truc avec les humains, c'est que quand d'autre trucs pas très humain, mais leur ressemblant très fortement apparaissent de nul-part, ils commencent à paniquer un peu, tout autant qu'ils sont et, tirer dans tout ce qui bouge.

Pause. Inspiration longue et... nouvelle secousse donnée au niveau des épaules de la Dryade puis Stiles se reprit d'un :

— Dis quelque chose !

Et Eurydice répondit tout sourire:

— Quelque chose. »

Alors, l'espace d'un instant, Stiles se dit qu'il avait bien le droit de la détester très fort. Pour son humour clairement surcoté, pour l'inquiétude qu'il avait ressenti en constatant qu'elle avait bien failli se faire étriper par Derek et...

Derek.

Putain, ne venait-il pas d'ouvrir la putain de croûte terrestre sous les pieds du lycanthrope ?

Eurydice lui offrit comme un sourire compatissant. Comme si elle avait été capable de suivre le flux de ses pensées (ce qui avait été le cas, que l'on s'entende), comme si constater que cet humain était le type le plus distrait du monde était follement amusant, comme si tout ça n'était d'ores et déjà pas suffisamment étrange.

« — Merde, fit Stiles en s'avançant vers le bord du cratère qu'il avait ouvert et, s'était presque refermé, dans l'espoir d'y capter le moindre son. Est-ce qu'il... Est mort ? Genre, coulé au fin fond de la terre, dans un océan de lave... Ou rendu en chine... Quelque chose ?

— Mmh, votre conception de l'Espace Terrestre est... Intéressant pour sûr, s'amusa la Dryade en époussetant quelques feuilles (oui, oui) de leur pollen. Il est actuellement assommé et, tient sûrement compagnie à Dédale.

— Dédale ? Genre. Dédale. Dédale avec un D, comme... LE Dédale ?

— Qui d'autre ?

— Je... Whoa. D'accord.

— À quoi t'attendais-tu, enfant, en invoquant Gaïa, Mère de Toutes Choses ?

— Euh... Clairement pas à ça... , grommela-t-il au summum de la surprise.

Que vouliez-vous qu'il réponde à cela ? Ça coulait de source, après réflexion, après tout. Gaïa n'était-elle pas la toute première Déesse ? Nerveusement, parce qu'il n'avait jamais vraiment cessé de l'être, Stiles glissa l'une de ses mains contre sa nuque, qu'il massa un court instant, avant de glisser vers sa courte tignasse. Ce n'était clairement pas un sujet sur lequel il souhaitait se perdre, là, tout de suite, alors qu'il ne lui restait que peu de temps avant que le glas ne sonne la fin de cette gigantesque et monstrueuse course contre la montre.

— D'accord, souffla-t-il doucement. Est-ce qu'il est en danger ?

— Non. Non, pas vraiment.

— Alors il peut sûrement rester là, jusqu'à ce que je revienne. Je ne veux pas... Tu vois ? Qu'il débarque au moment crucial et fasse tout capoter. Pas après tout ça.

— Tu es sûr ?

— Certain. Si ça ne dérange pas... Je veux dire, il ne va pas en ressortir avec des cornes ou, quelque chose dans le genre, pas vrai ?

— Non, enfant. Il n'en sortira pas doté de cornes et tout ça. Les griffes et les crocs sont déjà bien suffisants, ne crois-tu pas ?

— Ouais. Si. Sûrement.

— Bien, fit la Dryade avec un petit sourire en coin, du genre mystérieux, du genre qui n'eut pas le temps d'attirer l'attention de Stiles.

— Bien, répéta-t-il. »

Et il tourna les talons.

Sans se retourner, sans même un sentiment de regret ou, quoique cela fusse d'autre. Il avait des priorités. Et, Derek n'en faisait actuellement pas partie. Pas alors que Deucalion était toujours en lice. Tant pis si le lycanthrope décidait, après coup, de lui arracher la gorge avec ses crocs. Ça paraissait, aux yeux de l'adolescent, toujours plus préférable que la meute de l'Alpha et les innombrables corps sans vie qu'ils semaient sur leur passage. En inspirant longuement, Stiles se dit qu'il avait fait un bon choix. Ouais. Il en était sûr et certain. Aussi, c'est l'esprit tranquille, qu'il rebroussa chemin. Il ne lui restait à peine que quelques heures et encore des tas de choses à faire. Ça et, un mot qu'il comptait laisser à son père.

Juste au cas où.

En pénétrant dans sa propre maison, quelques trente-huit minutes plus tard exactement, Stiles fut assaillit d'une étrange et irrésistible envie de pleurer. Il avait cette grosse boule d'émotion coincé quelque part entre ses lèvres et son estomac et, il ne savait pas d'où elle venait, ni même pourquoi, ni même comment. Ou peut-être qu'il savait justement d'où ça venait. De la terreur qui le consumait silencieusement. Parce qu'il n'était qu'un enfant et, qu'il allait sous peu, faire face au monstre le plus effrayant qui lui ait été donné de voir. Il était terrifié, n'avait qu'une envie : serrer son père dans ses bras le plus longtemps possible et, laisser ce dernier le border, embrasser son front et passer son épaisse main dans sa tignasse rasée, comme lorsqu'il n'avait encore que sept ans ou peut-être huit. Comme lorsque sa mère les observait depuis la porte de sa chambre, sourire en coin et yeux pétillant d'amour et de malice.

Respire, enfant, fit doucement la voix d'Eurydice dans sa tête.

Et Stiles obéis. Il prit une grosse inspiration. Bloqua le tout durant trois secondes, et expira. Il ne se sentit guère mieux pour autant. C'était toujours une espèce de maelström géant, à l'intérieur de sa tête, sa frayeur flirtant allègrement avec la panique, mais il ne céda pas. Et la dryade le félicita d'une étreinte mentale, ce qui fut une très étrange expérience sur laquelle Stiles décida de ne pas s'attarder et aussitôt recouvra-t-il ses esprits et se mit à déambuler dans sa propre maison, le pas vif et assuré. Un crochet par sa chambre et il récupéra son sac de cours qu'il vida à même sa couette, sans même se soucier du bordel de pages, crayons et autres livres, qui y régna aussitôt. C'était stupide, se dit-il tandis qu'il balançait son sweat-shirt favori au fond de ce dernier, parce qu'il avait l'impression de se préparer pour une bête soirée pyjama. Sûrement l'excuse qu'il fournirait à son père, s'il rentrait trop tôt du travail. À vrai dire, il ne savait même pas pourquoi il se mit à empiler quelques affaires de rechange dans le sac-à-dos. Ce n'était pas comme s'il avait prévu de quitter la ville ou quoique ce soit et il doutait sincèrement qu'en cas de mort (violente et douloureuse), ses vêtements lui servirait encore. Mais il en avait besoin. Sans même savoir pourquoi. Peut-être était-ce la promesse qu'il reviendrait. Comme à chaque fois que des vêtements s'étaient retrouvé dans ce fameux sac. Comme à chaque fois qu'il passait la nuit chez les McCall. Comme à chaque fois qu'il revenait sain et sauf à la maison, parce que, ce n'était pas comme si quoique ce soit pouvait réellement lui arriver chez Scott. Pas lorsque Mélissa avait tendance à s'inquiéter de manière un peu trop dramatique quand l'un ou l'autre, se retrouvait malencontreusement blessé (quelle idée avaient-ils eu, enfant, de descendre de la fenêtre du mexicain, par l'arbre faisant face à la chambre de ce dernier ?). Il rentrerait sain et sauf, se promit-il.

Mais il abandonna le sac à peine rempli, sur son lit, les mains tremblantes, la gorge nouée.

Et à nouveau, il tourna les talons, avalant les marches de l'escalier quatre par quatre, tandis qu'il se dirigeait vers la cuisine à la hâte. Il fallait qu'il se change les idées quelques instant. Rien que quelques instants.

Le petit humain est agité ce soir, chanta l'orchidée abandonnée sur l'appui de fenêtre.

« — Juste un peu, sourit nerveusement Stiles en versant le fond d'un verre d'eau sur les racines de la fleur qui en frémit aussitôt de bonheur.

Le Grand Soir est-ce ?

— Oui.

Oh. Le Petit Humain reviendra ?

Stiles n'eut même pas le cœur à mentir.

— Peut-être, dit-il, peut-être pas. Tout dépend de comment... De comment les choses se passeront là-bas.

Le Grand Monstre ?

— Le Grand Monstre, confirma doucement l'adolescent, la pulpe de ses doigts s'attardant le temps d'un instant sur le délicat pétale de son amie. »

Ça allait foutrement lui manquer. Ça, les conversations avec les plantes. C'était stupide dit comme ça, il en avait bien foutrement conscience. N'importe qui l'aurait sûrement prit pour un fou en le voyant agir de la sorte, vis-à-vis d'un pot de fleurs. Mais c'était plus grand que ça. Avant Gaïa, avant la magie et tout ce qui allait avec, Stiles n'avait jamais vraiment réalisé que le monde était immense à ce point. Il aimait les animaux, les chérissait, méprisait profondément les gens qui les blessaient de manière intentionnelle. Parce que jusqu'à ce qu'il ne devienne Porteur de la Magie, il n'avait vu que le sommet de l'iceberg. Des bestioles poilues, mignonnes, amusantes, attachantes et, ça s'arrêtait à peu près là. Il n'aurait jamais imaginé que tout un monde se cachait-là, juste sous ses yeux. Fait de conscience et, d'amour et de maison-cocon-chaleur-été. Et ça n'avait pas été que les chiens et les chats et les foutus lapins. Ça avait été la Vie.

La Vie, avec un 'V' Majuscule.

Ça avait été le Chant de la Forêt.

Ça avait été le Murmure du Vent.

Ça avait été grand et impressionnant, et épique, et génial.

Et il avait été une part de tout ça, pendant trente jours.

Les plus incroyables trente jours de sa foutue existence.

Il n'avait pas les mots pour exprimer ce qu'il ressentait, tant tout était intense. Et dire qu'il ne connaissait même pas un centième de ce que le reste du monde cachait encore. Le côté mystique et magique du monde, entendait-il. Il n'en avait qu'à peine effleuré sa surface. Là, avec les fleurs et les cactus, et les lapins, et les esprits du vent, et tout le reste.

Les dryades existaient, même s'il n'avait rencontré qu'Eurydice.

Et le putain de Dédale aussi.

Qu'est-ce qui se cachait encore-là, juste sous ses yeux, tout en ne l'ayant pourtant jamais remarqué ?

Maintenant que tu demandes, as-tu déjà entendu parler des dragons ? Fit joyeusement la suscitée Dryade.

Stiles en échappa l'assiette qu'il avait dans les mains.

« — Je te demande pardon ? S'étrangla-t-il presque en prenant momentanément appuie sur le bord de l'évier, le visage marqué par un mélange d'horreur, d'incrédulité et d'enthousiasme. »

Un très, très étrange mélange.

Et bien, semblait s'amuser la voix, je vais prendre cela pour un oui !

Même pas un millième d'un monde, rectifia mentalement Stiles en avisant le ramasse-poussière et la balayette afin de nettoyer les débris de porcelaine résultant de l'assiette qui s'était brisée en un grand fracas. Il ne savait pas s'il devait en être émerveillé ou mortifié.

Des dragons ? Sérieusement ? Est-ce qu'il était tombé dans Harry Putain de Potter, récemment ?

Il commençait sincèrement à se poser des questions.

Plus tard, alors qu'il était rendu dans la préparation du dîner, celui qu'il espérait ne pas être le dernier qu'il partagerait avec son père, il délaissa quelques instants la cuisson de lasagnes végétariennes faites maison, pour dénicher un papier à lettres et un stylo à encre bleue. N'était-il pas d'usage de laisser un genre de mot juste au cas où quelque chose lui arriverait ?

Non sans songer que cela faisait décidément beaucoup de au cas où, le Stilinski se mit à la rédaction de son message. Pendant les vingt minutes suivantes, le comptoir de la cuisine se vit être recouvert, pour ne pas dire totalement enseveli, d'une bonne douzaine de boulettes de papiers froissées. Rien à faire, Stiles n'arrivait tout simplement pas à coucher ses mots sur cette fichue feuille. Ce n'était pas compliqué pourtant, pas vrai ? Suffisait d'un... De quoi exactement ? Qu'est-ce que l'on était supposé dire juste avant que la mort ne vienne nous cueillir ? S'excuser ? De quoi ? D'avoir été égoïste ? D'avoir été celui qui protégerait ? Celui qui sauvait (encore) les miches de tout le monde ? Demander pardon ? Pourquoi ? Pour ne pas avoir parlé de son idée ? Pour avoir embarqué monsieur Argent et Deaton dans son bazar ? Pour avoir causé chagrin et souffrance ?

Stiles n'eut guère vraiment le temps de s'attarder sur ce qu'il était en train d'écrire. L'odeur caractéristique d'un plat qui brûle se fit rapidement sentir et, non sans jurer bruyamment, il se détourna de sa paperasse pour aviser le four qu'il ouvrit à la hâte. La chaleur qui s'en dégagea, lui piqua désagréablement les yeux, manquant d'en faire déborder quelques larmes et, un énième juron lui échappa, tandis qu'il tendait une main vers le fameux plat, manquant de se brûler du fait d'un oublie de port de maniques.

« — Putain, grogna-t-il en passant rapidement la pulpe de ses doigts sous l'eau froide. C'est vraiment pas le moment, là. »

Et il remit le minuteur, et tous les autres boutons à zéro, avant de s'emparer de la paire de maniques dans un des tiroirs de la cuisine. Ceci fait, il put sortir son plat de lasagnes du four et constater avec soulagement que, si le fromage paraissait un peu trop doré sur le dessus, il n'en était aucunement noir, ou que ce soit et, il se permit de souffler et poser un appui contre le comptoir de la cuisine, le temps de se remettre de sa petite frayeur.

C'était qu'il devenait beaucoup trop émotif, avec toutes ces conneries.

Cela dit, puisque le dîner n'en restait pas moins réussi, sa bonne humeur revint tranquillement. Aussi, en sifflotant un air joyeux — aux airs un peu celtique —, il dressa rapidement la table pour deux personnes. Nappe blanche, assiettes en porcelaine, couverts d'argent, verre en cristal. S'il n'avait pas préparé un repas de fête, estimant que ce n'était pas parce qu'il allait peut-être (voir sûrement) mourir dans les prochaines heures, que cela signifiait que son père aurait le droit de se gaver de pizza et burger ou tout autre junk food mortelle sur le long terme. Et il pesait très sincèrement ses mots.

Une dizaine d'autres minutes plus tard et, tout était parfait. La table était mise parfaitement et, une grosse part de lasagne était venue trouver place dans chacune des deux assiettes. Les verres avaient été remplis d'eau — puisqu'il ne comptait pas vraiment faire boire son père, même si après réflexion, le Shérif aurait sûrement trouvé le sommeil plus rapidement grâce à cela. Il ne voulait cependant pas que cela devienne une habitude. Boire pour trouver le sommeil, c'était déjà ce qu'il avait doucement commencé à faire, à cause de tous les cadavres et les affaires non-résolues qui commençaient à s'empiler autant à la morgue, que sur le bureau du Shérif.

C'était comme revenir quelques années en arrière, lorsque Claudia Stilinski venait tout juste d'être enterrée et, que Noah s'était momentanément laissé aller dans la boisson. Quelque chose, entre autre, auquel l'adolescent se refusa de penser.

Ni même de ce qui arriverait à son père, s'il ne revenait pas du tout de sa petite escapade nocturne.

Luttant contre la nouvelle boule de chagrin venue s'installer dans le creux de sa gorge, Stiles profita que son père n'était pas encore arrivé pour monter à la salle de bain, prendre une douche et enfiler des vêtements propres. Il ne voulait pas avoir l'air négligé. Pas ce soir, pas alors...

Respire, fit à nouveau la voix d'Eurydice au creux de son oreille. La panique n'aidera pas, enfant.

Et une fois de plus, Stiles obéit. Sans même se soucier, qu'une fois de plus la Dryade s'était semble-t-il, invitée dans sa tête, alors qu'il avait commencé à ôter ses vêtements. Probablement qu'il n'avait pas dû se regarder dans un miroir depuis fort longtemps, car ce qu'il y vit, lui glaça le sang, le temps d'un instant. Il n'avait pas totalement réalisé, plus tôt, lorsque Derek lui avait saisi le bras afin de lui mettre sous le nez, les veines noirâtres qui parcouraient sa peau, comme l'on plonge le museau d'un chiot sur ses excréments — que c'était à ce point, que son épiderme avait été marqué.

Et même plus encore.

Comme le flot d'une rivière, comme un circuit veineux, un réseau sanguin, les lignes sombres s'étendaient sur ce qui semblait des kilomètres et des kilomètres de peau. De l'intérieur de son poignet, jusqu'au creux de son coude, puis plus haut encore. Son biceps, son épaule, sa gorge, l'extrême limite de sa mâchoire. Ça s'étendait sans fin, sans limite. Son torse était marqué, son ventre l'était également, tout comme sa taille et ses cuisses et plus encore. Et, de ce qu'il pouvait voir, son dos n'avait pas non plus été épargné. La pomme d'Adam tressautant nerveusement dans le creux de sa gorge, Stiles se fit soudainement l'effet d'une carte routière.

Une carte routière vivante et laide.

Il ferma les yeux et se détourna de son reflet pour pénétrer dans la cabine de douche, crispé comme jamais. Eurydice n'avait jamais vraiment voulu épiloguer sur les traces de sa peau. Elle se contentait de lui dire qu'il s'agissait là comme d'un chronomètre géant, mais ses mots donnaient l'impression d'en cacher d'autre. Or, s'il y avait bien une chose que l'adolescent ne supportait pas, c'était bien qu'on lui mente. Qu'on lui cache des choses. Surtout lorsqu'il avait fini par accorder sa confiance à ladite personne — même si de personne, Eurydice n'en avait qu'à peine le nom.

Pourtant, ce soir-là, Stiles n'avait pas vraiment la tête à se perdre dans les détails administratifs de son accord avec Gaïa. Des conséquences qu'il se mangerait tôt ou tard en pleine gueule (comme si mourir n'était pas suffisant, n'est-ce pas ?). À la place, il n'en ferma qu'un peu plus les yeux et se laissa porter par le jet brûlant de l'eau qui glissa contre sa peau. Sa douche ne dura pas éternellement. Il lava sa tignasse et son corps d'un même gel douche — le bleu avec une odeur très musquée, acheté très récemment, puis sorti dès qu'il fut satisfait de son odeur corporelle.

Autant appeler un chat, un chat.

Il était en train d'enfiler un t-shirt, lorsque la sonnette d'entrée résonna dans toute la maison. Les yeux levés au plafond, Stiles passa ses bras dans un sweat-shirt puis gagna l'entrée, tout en babillage et autre sourire, à peine eut-il ouvert la porte.

« — Tu sais papa, dit-il alors qu'il terminait d'ajuster son vêtement contre son corps, à oublier tes clés de façon permanente comme ça, tu vas finir en maison de retraite plus vite que tu ne le penses. En plus, c'était ouvert, tu vois ? Tu aurais pu simplement rentrer comme les personnes normalement constituées de... Tara ? Qu'il fit, la tête à peine sortie de sa capuche, un pli suspicieux entre les sourcils. Qu'est-ce que vous faites-là ?

De quelques centimètres, il repoussa légèrement l'Adjointe du Shérif, afin de jeter un coup d'œil à l'extérieur, cherchant du regard la voiture de patrouille de son père, mais ne tombant jamais sur cette dernière.

— Qu'est-ce que... Souffla-t-il, mais ça ressemblait plus au croassement d'un corbeau sur le point d'avoir une attaque cardiaque qu'à de réels mots. Où est mon Père ?

Il était d'ores et déjà au bord de la panique, semblant comprendre que quelque chose n'allait pas. Noah Stilinski avait précisément indiqué qu'il serait là, n'est-ce pas ? Alors il aurait dû être là. Il n'était pas du genre à lancer des paroles — des promesses — en l'air. Pas après Claudia. Pas après tout ça.

— Il est arrivé quelque chose ? Paniqua donc rapidement Stiles. Il est blessé, c'est ça ? À l'hôpital ? Ou même mort ? Mon dieu. Il est mort. Non. Je. Il ne peut pas être mort, d'accord ? Je... Je n'ai plus que lui, il ne peut pas. Vous m'entendez ? Il- Je ne peux pas et...

Et le souffle lui manqua.

Et Tara Graeme le dévisagea longuement, les yeux grands ouverts sur le visage quasi-suffocant du fils de son patron et, elle se flagella intérieurement d'avoir pu oublier que ce gamin-là en particulier, avait tendance à voir le verre à moitié vide, lorsque sa famille entrait en ligne de mire. Ce n'était pas sa faute, bien sûr. Il avait perdu sa mère lorsqu'il était encore gamin et, son père était Shérif de police, dans une ville incroyablement... Dangereuse aux dernières nouvelles. Les corps retrouvés en masse n'avaient sûrement pas aidé l'adolescent à s'endormir paisiblement le soir, en songeant que son père était, là, dehors, à traquer les responsables.

— Oh Stiles, je suis désolé ! Dit-elle, mais ça ne sembla que paniquer plus encore le lycéen et, elle jura à nouveau entre ses dents en se rendant compte que ses mots pouvaient être pris pour des condoléances. Je veux dire. Stiles, tout va bien ! Qu'elle reprit donc rapidement devant le regard chocolat tout brillant du gamin.

— Quoi ? Fit ce dernier en reniflant doucement.

— Le Shérif se porte comme un charme, Stiles. Pardon, je ne voulais pas t'inquiéter, je m'y suis mal prise !

Elle lui offrit un sourire contrit, tandis que l'air terrifié du garçon se faisait plein d'espoir, quoique suspicieux.

— ... Vous êtes sûr ? Demanda-t-il quand même, sans se soucier du fait qu'il était actuellement en train de douter de la parole d'un officier de police.

— Évidemment. Il se porte comme un charme, répéta t-elle, pince sans rire.

— Sûre à cent pour cent ? Parce que, le temps que vous veniez ici, il aurait tout aussi bien pu se faire attaquer par un détraqué. Un détraqué aveugle, avec des crocs, des griffes et capables de se changer en loup les putains de soirs de pleine lune.

— Je ne suis pas sûre de...

— Et les yeux rouges. Les putains de yeux rouges flippants, insista Stiles.

Muette de stupéfaction, Tara battit des cils furieusement.

— Woah, fit-elle l'air sincèrement impressionnée. Je n'avais pas réalisé que tu étais réellement si... Woah. Juste. Woah.

— Oh, fit Stiles sans savoir vraiment quoi répondre à cela. Euh, merci ?

— Ce n'était pas vraiment un compliment.

— Ah, dit-il cette fois, presque sincèrement ennuyé. Désolé ?

Mais la jeune femme éclata simplement de rire.

— Je te taquine, Stiles, indiqua t-elle, toute amusée qu'elle était. Cela dit, je pense sincèrement que tu devrais y aller mollo sur les jeux vidéo. Ou les séries. Ou... Les films ? Je ne sais pas trop, honnêtement.

La face soudainement bien rouge, l'adolescent réalisa qu'il avait balancé le gros-secret-lupin à un agent de police et prit trois bonnes secondes pour se gifler mentalement, sous les éclats de rire cristallin d'Eurydice qui semblait se régaler des déboires de son humain, comme toujours.

— J'y veillerais, baragouina-t-il dans sa barbe inexistante, laissant peu après le silence s'installer, avec de réaliser une fois de plus que Tara Graeme se trouvait toujours sur le pas de sa porte.

Alors ses sourcils furent à nouveau froncés et, son visage suspicieux.

— Vous êtes sûre que mon paternel va bien ? Genre, sûre de chez sûre ? Demanda-t-il à nouveau.

Tara roula des yeux avant de venir se saisir de la radio qui ornait son épaule. Par deux fois, elle pressa les boutons présents sur les côtés de l'appareil, avant d'y entamer une communication.

Elle dit :

— Ici l'Adjointe Graeme. Demande de confirmation de l'état de santé du Shérif Stilinski pour son fils.

Ils attendirent un instant, puis un autre. Stiles commençant doucement, mais sûrement à ressentir la panique si familière qui lui barbouillait l'estomac, lorsqu'il jugea que le silence s'était étendu depuis fort bien longtemps, avant que le grésillement caractéristique d'une communication entrante, ne se fasse entendre.

— Ici Stilinski, Adjointe Graeme, fit la voix grave et amusée de son père. Stiles, je vais bien. Cesse d'embêter mes officiers, veux-tu ? Ils ont du travail, pardi !

Entendre la voix de son père lui fit sincèrement chaud au cœur. Au point de s'en retrouver à sourire de manière un peu niaise, de quoi attendrir Tara dont le sourire s'étala bientôt d'une joue à l'autre, sans même qu'elle ne cherche à le réprimer. Il n'y avait cependant aucune moquerie dans ce dernier. Juste beaucoup de tendresse pour le duo père-fils très apprécié.

— Tout de même..., grogna l'adolescent en croisa ses bras contre son torse. Pourquoi est-ce qu'il n'est pas là et vous si ? Pas que je ne vous aime pas hein, vous êtes chouette et tout hein, mais je préfère mon père quoi.

— Ton père m'as envoyé te prévenir qu'il ne rentrerait pas ce soir, répondit l'Adjointe mi-amusée, mi-désolée. Il a préféré qu'on te le dise de vive-voix, plutôt qu'un vulgaire message.

Stiles cilla bêtement.

— Oh, dit-il, sans pouvoir empêcher la vague de déception qui l'envahit soudainement. Je vois. Je. C'est très attentionné de sa part.

Et, il craqua un sourire. Un sourire faussement joyeux et amusé. Un sourire qui semblait dire : Pas de soucis ! mais qui lançait un: Non ! déchirant et silencieux.

— N'est-ce pas ? Je ne vais donc pas m'attarder, maintenant que le message est délivré, qu'elle fit encore, avec un clin d'œil. C'est que les officiers ont du travail, pardi !

Le lycéen secoua légèrement la tête, un gloussement léger, craquelé au bord des lèvres.

Ce qu'il ne fallait pas entendre, n'est-ce pas ?

Pris d'un doute, néanmoins, il demanda encore :

— Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? Il n'a pas pour habitude de passer la nuit au poste, à moins que quelque chose ne soit arrivé, qu'il dit avec beaucoup de sérieux.

— ... On ne peut rien te cacher, soupira-t-elle, après un court moment d'hésitation. Tu es un garçon intelligent Stiles, tu feras un bon enquêteur si tu décides de suivre cette voie un jour, après tes études peut-être.

— Mmh, sûrement... Est-ce que c'est grave ?

— Les choses sont toujours un peu dramatiquement grave, ces derniers temps, éluda t-elle.

Mais comme tout justement souligné, Stiles était très intelligent, très perspicace, tout du moins.

— Vous avez trouvé un autre corps, dit-il simplement, sans obtenir de réponse, néanmoins.

Un haussement d'épaules de la part de l'Adjointe, et ce fut tout. Stiles comprenait qu'elle ne tenait pas vraiment à en dire plus.

Il était le foutu fils du Shérif. Un enfant de surplus, aux yeux de tous les adultes de cette fichue ville. Les affaires de la police n'avaient donc pas à être étalées sous son nez. Elle allait faire demi-tour, après lui avoir souhaité une bonne soirée, lorsque le lycéen la retint d'une main autour de son poignet.

Les sourcils haussés, elle demanda :

— Autre chose ? Qui fit rougir l'adolescent de gêne.

— Prenez soin de mon père, s'il vous plaît, dit-il, le cœur gonflé de chagrin.

Un chagrin qu'il parvint à dissimuler à son aînée qui lui adressa un sourire indulgent.

— Bien sûr, Stiles. C'est mon boulot après tout, n'est-ce pas ?

Il opina distraitement, pas tout à fait sûr, quoiqu'il en soit.

— Je veux dire... S'il venait à être seul. Il ne pourrait pas... Juste. Je veux dire que...

— Est-ce que tout va bien Stiles ?

— Oui !

— Tu es sûr ? Parce que tu tiens le discours d'une personne sur le point de disparaître.

— De disparaître ?

— Tu n'es pas.. dépressif, rassure-moi ?

— Quoi ? Bien sûr que non ! Est-ce que j'ai l'air d'être dépressif ? Je vais bien, Seigneur Dieu ! Je suis en pleine forme. Bon, d'accord, l'examen de Harris me donne envie de me jeter au bout d'une corde, mais, ok. Peut-être pas une corde, parce que vous êtes en train de me dévisager comme si la tête d'une vache venait de me pousser soudainement. Je ne suis pas dépressif. D'accord ? Je vais bien. Je ne compte pas me suicider, ou quelque chose comme ça.

— Quelque chose comme ça, répéta la femme, les lèvres pincées.

— Je vais bien. Vraiment ! Je suis juste inquiet. Avec tous les morts et, tout ça.

— Oh, Stiles, personne ne laissera quoique ce soit t'arriver, si c'est ce que tu crains. La personne, pour un peu qu'on puisse lui en donner le titre, qui sème ces corps ne s'approchera pas de toi, d'accord ? »

Bon, ce n'était pas tout à fait ce qu'il avait eue en tête, à la base.

Aussi, Deucalion comptait le bouffer tout cru, donc techniquement, Tara était bien à côté de la plaque, mais ça, Stiles n'en dit rien. Il se glissa dans la peau de l'ado effrayé par le Grand Méchant Tueur, panoplie d'yeux brillants et tête baissée nerveusement vers le sol.

Tara pressa son épaule avec tendresse.

« — Ton père ne laissera rien t'arriver. Ne t'en fais pas, d'accord ? En échange, je veillerais sur lui.

— Promis ?

— Je te le promets Stiles. Rentre maintenant. Tu as ce fameux examen à réviser, n'est-ce pas ?

— M'en parlez pas ! Qu'il fit mine de grimacer. J'ai comme la forte impression que, de toute façon, je vais misérablement merder le truc.

— Un peu d'optimisme, gamin. Tu as quoi, quinze ans ?

— Seize, grimaça ledit gamin en un roulement d'yeux qui fit ricaner l'Adjointe.

— Alors tu n'as pas encore le droit d'être pessimiste. Dans trente ou quarante ans, peut-être. Et encore, disons, soixante, juste pour être sûr.

— Pourquoi soixante ?

— C'est à peu près l'âge où tu percutes que, peu importe les colorations, tes cheveux demeurons blancs, et ce, jusqu'à la fin, se moqua t-elle.

Et Stiles rigola. Il rigola sincèrement, à en éprouver une sensation de légèreté.

— Merci, dit-il sincèrement.

— À ton service, gamin ! »

Tara Graeme tourna les talons, sur un dernier clin d'œil et signe de main.

Stiles demeura quelques instants encore posté sur le pas de la porte. Jusqu'à ce que la voiture de patrouille ne s'éloigne. Jusqu'à ce que le sentiment de légèreté ne disparaisse.

Jusqu'à ce que l'angoisse ne vienne lui étreindre l'estomac, une fois de plus.

Et la porte se referma dans un bruit mat et le silence fut de nouveau présent dans la maison du Shérif de Beacon Hills. Un silence pesant. Un silence que Stiles eut beaucoup de mal à supporter, alors qu'il se rendait compte qu'il avait oublié de demander à Tara de dire à son père qu'il l'aimait.

Il s'agissait de son peut-être (probable) dernier soir et, son père travaillait.

Il était seul.

Et ça faisait mal.

À côté de cela, se souvint-il, un corps avait été retrouvé. Encore un. Un dont il aurait sûrement pu empêcher la mort, s'il ne s'était pas attardé sur d'inutiles détails toute la journée. Si Derek n'était pas intervenu. S'il n'avait pas décidé de jouer au parfait garçon bien élevé en préparant le dîner.

La caresse légère et fantôme contre son esprit et, Eurydice résonna.

C'est l'heure, dit-elle doucement. Prépare-toi.