Présentation

Titre : tu seras ma femme

Disclaimer : rien ne m'appartient, sauf cette histoire et le personnage d'Alexa.

Bêta : Sakhina

Bonne lecture à tous, anciens comme nouveaux, et n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage à l'aide des reviews. Quand on écrit, il n'y a que ce moyen de savoir ce que ressentent nos lecteurs !

CHAPITRE 1 : Des vacances, ça ?

Un bureau noir sur un tapis presque aussi sombre. Une seule fenêtre dans la pièce, comme si l'homme était allergique à la lumière, projetait difficilement les rayons du soleil à cause d'épais rideaux. Une immense bibliothèque remplie d'ouvrages tous plus vieux, précieux et chers les uns que les autres ornait un pan entier de mur à côté du bureau. Face à celui-ci deux fauteuils d'un cuir à la valeur marchande indécente avait reçu tant de personnes prestigieuses qu'il faudrait des heures entières pour tous les énumérer. Et pour achever ce tableau lugubre, se tenait assis derrière ce bureau, éclairé par une lampe ensorcelée projetant une lumière tamisée, Orion Black contenant difficilement sa colère.

Ce n'était pas juste de la déception paternelle qu'il avait eu en étudiant les notes que son aîné de fils avait eu pour ses BUSES, c'était tout simplement de la colère, froide, que cet incompétent n'ait réussi à avoir qu'un seul optimal parmi toutes les matières enseignées à Poudlard.

Mais ce bulletin n'était pas catastrophique. Tout parent normalement constitué apprécierait les efforts produits par leur enfant ayant récolté sur dix épreuves et deux options, un optimal, sept effort exceptionnels et quatre acceptable. Peut-être même que dans un foyer baignant d'amour parental, ce bulletin aurait permis à l'élève ayant obtenu ces notes d'être récompensé, choyé.

Mais Orion Black n'était un père comme les autres, Orion Black était en colère, très en colère. Son fils, une fois encore, venait mettre l'opprobre sur sa famille. C'était, à ses yeux, un incapable, un être sournois qui profitait de chaque occasion qui lui était donnée pour salir la digne et très ancienne maison des Blacks.

- Kreattur, tonna l'homme !

Le petit elfe apparût se prosternant aussitôt devant la toute-puissance de son maître.

- Va chercher Sirius, dis-lui que je veux le voir, immédiatement, surarticula-t-il les derniers mots sans détacher une seule fois son regard de la lettre portant l'écusson de Gryffondor.

Le petit elfe disparut dans un Pop, et quelques minutes plus tard, des coups furent portés contre la lourde porte de bois du bureau.

- Entre !

La voix sèche d'Orion claqua dans l'air.

Alors, la porte s'ouvrit, dévoilant un jeune homme habillé d'un costume gris foncé, strict, réhaussé d'une seule touche de couleur vive provenant de son écusson de sa maison Gryffondor, qu'il devait porter, même en été, pour bien rappeler à quiconque franchirait les portes de la demeure Black que cet enfant avait réussi à aller dans la maison de la honte, qu'il n'était pas un Serpentard, pas vraiment un Black. Blablabla… pensait Sirius en prenant place face au bureau paternel, les mains croisées devant lui, la tête légèrement baissée. Qu'il haïssait cette posture de soumission !

- Qu'est-ce-que c'est que cette tenue ? s'indigna le père en toisant son fils.

Sirius baissa les yeux, s'étudia, l'écusson était droit, sa chemise rentrée dans son pantalon et le nœud de cravate avait été parfaitement exécuté. Qu'allait encore bien pouvoir dire son père pour trouver une raison de le punir ?

- Père, demanda-t-il d'un ton interrogatif mais qui suintait l'insolence.

Car malgré la froideur familiale qui l'avait bercé depuis sa plus tendre enfance, malgré les brimades, les humiliations publiques à chaque repas de famille, chaque banquet, chaque soirée de fast, malgré les coups de son violent de père qui abhorrait que son aîné lui tienne tête quand les punitions ne suffisaient plus, ce quotidien ne lui faisait pas, plus peur. Il n'était pas un Gryffondor pour rien. Et dès qu'il le pourrait, il quitterait cette fichue maison aux idées figées d'une autre époque, aux prétentions futiles et aux croyances idiotes !

Un frisson cependant naquit sur sa nuque quand il vit un demi-sourire naître sur les lèvres de son père. Le calme avant la tempête. Son père lui avait trouvé un défaut et compter l'humilier en réponse. Sirius serra très discrètement les poings.

- Va te raser immédiatement ! Espèce de vagabond ! Tu fais honte à ta famille et tu en es fier. Tu reviendras après et appelle Régulus. Je veux vous voir, tous les deux !

Sirius retint un soupir, voilà bien qui lui aurait mérité une punition si son père l'avait entendu…

Il sortit sans un mot du bureau et monta à sa chambre exécuter les ordres émanant de son paternel en maugréant. Il s'était rasé hier soir, l'autre exagérait, comme toujours parce qu'il était imparfait, indigne, etc. etc. Son père en aurait eu bien d'autres des synonymes à vous donner, Sirius, lui s'en fichait chaque jour un peu plus. Bientôt, il quitterait cette demeure infernale.

Quand la peau de ses joues fut aussi douce qu'une peau de bébé, Sirius redonna un coup de peigne dans ses cheveux. Ce qui lui servait de père serait bien capable, pour l'humiliation, de le faire remonter à nouveau… Et d'ailleurs épousseter un peu ses habits lui paraissaient une bonne idée. Tout pour empêcher l'autre d'avoir quelque chose à lui redire !

« Stupide famille, aux stupides idées » ressassait-il dans sa tête tandis qu'il allait toquer à la porte de son frère.

- Père veut nous voir, dit-il à travers la porte, dans son bureau.

Régulus ne tarda pas à ouvrir la porte. Sa tenue, son rasage, tout était parfait.

Oui, le voilà le fils idéal. Dommage que ce ne soit pas lui l'héritier direct… ragea Sirius en pensée.

Il tenta alors vainement compter le nombre de fois où il avait craint de disparaître de façon inopinée pour provoquer le destin qui n'avait naturellement pas su faire un premier héritier digne de ce nom aux yeux de son père et de toute sa famille.

Alors que lui n'était qu'un paria, un raté un brouillon. Et cette idée ne faisait que se renforcer année après année depuis son entrée à Poudlard, dans la maison Gryffondor.

En chemin, les garçons ne parlèrent pas. Ils n'étaient frères que sur le papier. Toujours mis en compétition, en concurrence. Où Régulus gagnait toujours. Evidemment.

Espérant que cette fois-ci sa tenue satisfasse l'esprit fourbe de son père, il toqua. Quand la voix de son père résonna, il entra, suivi de près par Régulus.

Orion toisa ses fils, si le dédain était clair dans ses yeux quand il étudia Sirius, son visage se détendit, un léger sourire naquit en observant son dernier né.

- Assis, ordonna-t-il d'une voix presque murmurée. Il n'avait pas besoin d'élever plus que ça la voix, l'avantage de l'éducation dans la crainte.

Sirius et Régulus, en silence, soulevant bien la chaise pour ne pas faire de bruit ou prendre le risque de rayer le parquet de bois, prirent place sur leur chaise.

Une légère douleur dans le dos à Sirius se rappela à lui, conséquence directe d'une rencontre inopinée avec une chaise et son dos, alors qu'il n'avait que sept ans et avait par mégarde occasionné une légère rayure d'un demi-centimètre sur ce parquet qui « avait connu tous ses aïeuls… » comme avait crié son père. La rayure avait disparu d'un coup de baguette. Le dos de Sirius lui n'avait eu droit à aucun soin.

- J'ai reçu, commença sans préambule le père des garçons, un courrier de Poudlard, je pense que tu peux devenir aisément ce qu'il contenait, n'est-ce-pas Sirius ? demanda-t-il en levant un sourcil de manière hautaine.

Les mains de Sirius, posées à plats sur les genoux, se firent moites.

Il n'était pas le meilleur élève de sa classe, loin de là. Et malgré ses efforts, soutenus par Rémus qui s'était appliqué à le faire réviser, il savait qu'en dessous de douze « optimal » son père trouverait quelque chose à redire.

- Je croyais que les bulletins étaient adressés au nom des élèves ? articula Sirius doucement, feignant l'étonnement.

Cette insolence, il la payait toujours d'une manière ou d'une autre… mais elle vivait quand même en lui, plus vivante que jamais.

- Pour que tu tentes de falsifier ton bulletin ou mieux encore que tu ne le caches ? souleva son père sans le regarder.

- Voyons, vous savez très bien que j'attends les résultats de mes examens, comment pourrais-je vous le cacher ? releva Sirius qui tâcha de tempérer son ton.

- Qui sait jusqu'où s'étend la bêtise d'un Gryffondor ? rétorqua Orion avec un demi-sourire.

Il savait l'impétuosité de son aîné, qu'il avait toujours cherché à briser sans y parvenir. Invaincu, mais pas invincible … Il réussirait, à le soumettre. D'une manière ou d'une autre. On ne punit pas les enfants comme on punit les hommes. Et la partie d'échecs ne faisait que véritablement commencer.

- UN SEUL OPTIMAL, tonna-t-il soudain, provoquant un sursaut de Régulus, alors que Sirius habitué à se faire crier dessus n'eût qu'une vague réaction face à la voix paternelle, sept efforts exceptionnels et quatre pathétiques acceptables ! Comme quoi, tu ne sembles même pas assez doué pour ramasser du fumier en cours de soins aux créatures magiques, se moqua-t-il en balançant la lettre vers Sirius qui l'attrapa au vol avant de la parcourir du regard.

Il sentait le regard de Régulus peser sur la lettre, tandis que son cœur battait de fierté en observant les notes.

Son bulletin, après les politesses traditionnelles, se découpait ainsi

Matières principales :

Métamorphose : Optimal

Défenses contre les forces du mal : Effort exceptionnel

Potions : Effort exceptionnel

Sortilèges : Effort exceptionnel

Astronomie : Acceptable

Histoire de la Magie : Acceptable

Options :

Soins aux créatures Magiques : Effort exceptionnel

Arithmancie : Acceptable

Il pensa aussitôt à ses amis qui composait la joyeuse bande des Maraudeurs. Sûr que Rémus avait eu lui des optimal peut-être même dans chaque matière ! Quant à James, il devait avoir le même style de bulletin que le sien. Il pouffa doucement en imaginant par contre le bulletin de Peter, le jeune homme avait beau faire des efforts, il n'avait juste pas de chance !

- C'est quoi, ce petit sourire insolent ?

La voix froide d'Orion le tira de ses pensées et il referma aussitôt son visage.

- Rien père, se contenta-t-il de répondre.

S'il s'était aventuré à dire à son père qu'il n'avait pas à se plaindre de ses notes, nul doute que la baguette, encore posée dans son écrin sur le bureau paternel aurait été attrapée et il serait en ce moment-même à subir un sort imaginé par l'autre !

- Parce que tu es fier de toi, j'imagine. Bon à rien et fier de l'être ! Regarde bien, Régulus, le jeune garçon se redressa, mal à l'aise, admire toute la bêtise gryffondorienne ! Toi au moins, tu ne me feras pas cet affront en ramenant un bulletin de notes tout juste bon à jeter au feu !

Sirius sentit son frère se crisper. Il ne savait quelle position était la plus enviable : lui malmené à cause de son entêtement à défendre ce qu'il trouvait juste ou celle de son frère qui devait réparer l'affront qu'il causait à sa famille avec une pression insoutenable.

Quelque part, il culpabilisa. Mais ce n'était pas sa faute si son frère était cette pâte à modeler incapable de rébellion !

- Cours de rattrapage, tous les matins, de huit heure trente à midi. Je vais engager un précepteur, reprit Orion à l'intention de Sirius, et ça jusqu'à la fin des vacances ! Ta maison est déjà une honte en soi pour qu'en plus, tu en rajoutes avec ton manque d'intelligence !

Sirius pensa faire remarquer à son père que l'intelligence n'avait rien à voir avec les notes, mais trop choqué de la première partie de sa phrase, il se ravisa. L'autre était bien capable de lui rajouter des cours l'après-midi.

Rapidement, Orion les congédia. Restant seul dans son bureau aussi sombre que son âme, ruminant une idée pour remettre définitivement son fils sur les rails. Ce serait radical, définitif. Et ça bouleverserait toute sa vie. Pour l'honneur de la famille Black.

Sirius soupira, cela faisait déjà deux heures trente que son professeur particulier lui faisait réviser des cours en histoire de la magie. C'était barbant. Il était certain que son père avait du mettre le prix qu'il fallait pour qu'en plus de subir des cours pendant les vacances, il n'y prenne absolument aucun plaisir. Son professeur était doté d'aucune indulgence, d'aucune pédagogie. Récitant ses cours de manière aussi morne que le professeur Binns.

Et à chaque erreur commise par Sirius dans ses récitations monotones que l'enseignant lui inculquait par de l'apprentissage aussi bête et rébarbatif que du par-cœur, le jeune homme se voyait frappé, le dos, les bras, les cuisses par un bâton un bambou à l'efficacité redoutable.

Mais Sirius serrait les dents, Juillet était quasiment passé et chaque nouveau bleu s'estompait rapidement à grand renfort de potions. Il les avait secrètement accumulées sous une latte de parquet, dans sa chambre, à côté de la lettre venant de James, reçue quelques jours plus tôt. Dans cette missive, il lui proposait de le rejoindre pour la deuxième partie d'Août.

Il ne restait plus qu'à Sirius à se faire petit, à satisfaire aux exigences d'un père et d'un précepteur exigeants et il pourrait oser formuler sa demande.

L'été était un véritable enfer dont il ne s'extirpait qu'en finissant ses vacances chez James. C'était devenu une habitude au fil des ans. Mais son père ne lui faisait pas ce cadeau, s'il tolérait que son fils y aille, c'était avant tout pour ne plus l'avoir dans les pattes. Et parce que la famille de James était de sang-pur.

Mais ses notes avaient contrarié particulièrement son père, qui ne manquerait jamais aucune occasion pour lui rappeler cet affront. Sirius devrait la jouer fine et rusée à la manière d'un Serpentard pour parvenir à ses fins : obtenir de son père cette fichue autorisation suprême synonyme de délivrance.

Doux mais mince espoir… et l'esprit focalisé là-dessus, Sirius se mit à rêvasser doucement. Ce que ne manqua pas de remarquer l'enseignant qui frappe ses deux mains posées à plat sur le bureau à l'aide du bambou.

Sirius ragea. Il rêvait de lui enfoncer ce bambou dans…

- Ça va, ça va j'écoute, protesta-t-il au deuxième coup reçu.

- Non vous n'écoutez pas ! Vos yeux sont vides ! Tout comme votre cerveau ! Et je suis payé pour répondre à la difficile tâche de remplir, autant que faire se peut, le pois chiche qui vous sert de cervelle, espèce d'incompétent.

Sirius serra les dents. L'humiliation, il la connaissait. Mais l'espoir fournit dans la lettre de James le poussait à ne pas se rebiffer. Ne pas tout faire capoter. Faire le dos rond pour flatter son père et ne pas attiser sa colère. Et il serait chez son meilleur ami. En sécurité.

C'est après une semaine passée à ce rythme que Sirius se décida enfin à demander à son père, pendant le dîner, où toute la famille était réunie, l'autorisation d'aller chez James.

Il avait veillé à tout, sa tenue était impeccable, son rasage concurrençait la peau d'un nouveau-né, ses cheveux propres et brossés et, bien que cela l'agaçait au plus haut point, son précepteur l'avait vu progresser en cours. Progrès dont l'homme s'était empressé de rentre compte à son géniteur, sans doute poussé par l'attrait d'une probable augmentation.

Alors que Kreattur venait de servir le plat principal et que Sirius se servait délicatement de ses couverts en argent pour attraper quelques haricots verts dans le plat que la petite créature portait en tremblant sous le poids de celui-ci, le jeune garçon se décida de se lancer dans la fosse aux hippogriffes :

- Père, je voulais m'entretenir avec vous quant à l'évolution possible de la fin des vacances.

Le ton était parfait, les mots choisis soigneusement, et le léger regard qu'il envoya vers son père qui n'avait pas lâché des yeux son assiette tandis que sa femme lui servait du rôti, était humble à souhait.

- Concernant le fait d'aller résider chez James Potter, certainement ? demanda alors son père sans aucun contact visuel. Et tes cours, y as-tu pensé ? Je n'aimerais pas qu'on aille croire que je devienne gâteux dans l'éducation de mes enfants, à les laisser se vautrer dans l'oisiveté, alors qu'ils ne sont pas capables d'obtenir des notes un tant soit peu correctes. Qu'en penses-tu Walburga ?

Orion Black leva les yeux vers sa femme. Dont le regard était aussi courroucé que celui de son époux.

Les doigts de Sirius se resserrèrent sur ses couverts. L'étau se refermait. Sa mère n'intervenait que très peu dans l'éducation de ses enfants. Vieille femme aigrie qui n'existait que et pour le besoin d'une descendance des Blacks et ne servait aujourd'hui que d'apparat. Elle détestait ses enfants, deux garçons qui avaient rapidement détourné l'homme qu'elle aimait d'elle. Elle lui avait fourni de quoi assurer sa descendance et il se fourvoyait maintenant régulièrement dans les bras d'autres femmes, plus jeunes, plus fraîches. Sans rien en cacher à celle qui était son épouse. ce qui ne faisait que renforcer sa haine pour ses enfants, pour tout et elle comblait désormais sa vie en soirées mondaines futiles où elle asseyait la toute-puissance de sa famille.

Elle ignorait ce que signifier le mot maternel, et c'est avec dégoût qu'elle jeta un œil sur sa progéniture.

- Si ça nous permet d'éviter sa compagnie l'espace de quelques semaines, ma foi, dit-elle avant de revenir à son repas, détachant avec un excès de manières un morceau de rôti.

Sirius prit sur lui pour ne rien montrer de la douleur que ces mots faisaient naître en lui. Il avait l'habitude, bien trop l'habitude. Sa cravate semblait soudainement trop serrée, l'air trop chaud et la pièce devenaient suffocante. Il mourrait d'envie de renverser la table, de bousculer ces mannequins morts qui lui servaient de parents, de les ramener dans un monde normal, de leur montrer ce qu'un vrai dîner en famille signifiait.

Au lieu de ça, Sirius ramena le regard vers son père.

- Je ne sais pas, reprit Orion, ses piètres résultats nécessitent un travail acharné. Je ne vois pas en quoi tu as besoin de vacances si tu n'as rien fait de toute l'année.

- C'est pour cela, Père, reprit Sirius en s'efforçant de maîtriser son ton, que je me disais que, peut-être, nous pouvions demander au précepteur de me donner cours matin et soir pendant deux semaines.

Il observa les rides autour des yeux de son père se creuser, signe que l'homme réfléchissait et joua son va tout en ajoutant rapidement :

- Cette solution permettrait de combler le temps où je ne serai plus sous votre toit.

Il l'avait joué finement. Rappelant qu'en acceptant, son père se débarrasserait de lui, et il jouait les garçons sérieux en proposant cette solution qui, cela dit, lui donnait la nausée. Mais pour fuir cette demeure et ses habitants pour aller chez James, ça valait plus que le coup.

- J'y réfléchirai. Tu es besoin d'être mâté. Je n'ai reçu que trop de courriers de Poudlard à ton propos cette année Sirius… Je veux pouvoir parfaire ton éducation. Tu en as grandement besoin. Et dis-moi, les deux autres là, son ton se fit dédaigneux, que tu dis être tes amis, seront-ils chez Les Potter ?

Sirius manqua une respiration. Les deux autres ? Il voulait dire Rémus et Peter ? Depuis qu'il les avait aperçu à la gare, en deuxième année lors des vacances de Pâques, Orion n'avait pour eux que du mépris. Il trouvait Rémus trop pauvre et Peter était assimilé à une vermine dont à ses yeux, un lien probable avec des elfes de maison n'était pas entièrement exclu.

- Non mais tu as vu comment il se tient ? lui avait-il lancé sitôt qu'ils étaient rentrés chez eux ce garçon doit sûrement être en partie cracmol, ou avoir des origines très douteuses…

James n'en avait pas parlé dans sa missive, mais sans nul doute, ils seraient là, au moins une partie du temps, comme chaque année.

- Non père, répondit-il la voix nouée, ils ne seront pas là.

Le reste du repas, personne ne parla. Sirius mourrait d'envie de presser son père, mais il savait qu'en faisant cela, il risquait de tout compromettre. Alors, patiemment, le temps d'un repas qui lui parût trop long, il attendit.

Kreatur amena finalement une tasse de thé à Walburga après les desserts, et Régulus demanda l'autorisation de quitter la table qui lui fût accordée. Sirius en profita pour demander le même droit mais son père l'interrompit, un doigt en l'air, tandis que Kreattur déposait une liqueur digestive bien dosée devant lui.

- Je ne te donne pas ma réponse ce soir Sirius. Tu sais que demain, nous avons une soirée chez Cygnus. Montre-moi que tu as mûri. S'il ne m'est rapporté aucun fait concernant tes interactions avec ta cousine Bellatrix, j'aviserai à ce moment-là. Tout dépend de toi. Tu peux quitter la table.

Sirius fulminait en montant à sa chambre. Chaque année, il n'y avait aucun souci pour qu'il aille chez James ! Jamais ! Et là... juste parce qu'Orion était contrarié par ses notes ! Bon sang, elles n'étaient pas si mauvaises que ça ! Il donna un grand coup de pied dans son armoire.

C'était juste pour l'emmerder parce qu'il ne se fondait pas dans leur fichu moule ! Parce qu'il n'adhérait à aucune de leurs idées à la noix !

L'idée de jouer la fin de son été à la soirée du lendemain lui donnait la nausée.

Il détestait Bellatrix, son ton minaudant, ses idées extrémistes balancées si froidement, si naturellement. Elle était la pire de tous. Et chaque fois qu'ils se voyaient, Sirius prenait un malin plaisir à la tourner en ridicule quand il ne la gratifier pas d'un sort cuisant dont il avait le secret, jeté tout en discrétion. Evidemment, tout le monde savait toujours que les cheveux en feu, la robe qui se décousait dans le dos, ou le verre qui se vidait sur elle… ne pouvait venir que de lui.

L'autre avait donc fait fort sur ce coup. Il allait tester la patience de son fils que lui-même n'était vraiment pas sûr d'avoir face à sa cousine.

Souhaitant répondre à son ami, Sirius s'appliqua à tout raconter à James, l'encre débordant de toute sa frustration dans une lettre pour James qu'il envoya aussitôt.

Quand il remonta après le déjeuner à sa chambre le lendemain, il avala une potion contre les ecchymoses. Son précepteur avait été particulièrement épouvantable ce matin même et l'avait arrosé de coups de bambou chaque fois que Sirius ne répondait pas assez vite, bien, les deux en même temps.

La faute, il le savait, à son maudit de père qui était venu pour voir comment cela se passe, avait-il dit en entrant dans le bureau vers neuf heure trente.

Le professeur s'était par la suite montré plus qu'intraitable et Sirius avait dû serrer les dents.

Il regardait ses avant-bras, où les marques pour les moins fortes commençaient déjà à s'estomper. Et tout perdu dans sa contemplation, ce fût un hululement qui le fit sursauter. Le hibou de James se tenait sur la rambarde de sa fenêtre et Sirius eût le visage qui s'illumina d'un sourire en allant prendre la missive. Il la déchiqueta et parcouru les pattes de mouche qui servaient d'écriture à son ami.

Il s'assit sur son lit pour être plus à l'aise, un bras glissé derrière la tête.

James avait la même frustration que lui dans ses mots.

« Ça serait injuste, vraiment, disait-il, et puis moi aussi j'ai eu qu'un optimal, mes parents m'ont promis un nouveau balai. J'comprendrais jamais tes parents, Sirius »

- Rassure-toi moi non plus, commenta à voix haute le garçon avant de continuer sa lecture.

Dans la suite de sa missive, son ami lui recommanda d'abord la plus grande des prudences pour ce soir. Puis, ayant à cœur de soutenir son ami, James glissait au milieu de ses lignes pas très joyeuses, des portions de vie de ses vacances, de la douceur qui y régnait comme une invitation à se tenir bien pour lui aussi en bénéficier. Bientôt, très bientôt.

Sirius avait l'impression d'être un prisonnier. Azkaban ne pouvait pas être pire se disait-il parfois !

Le bras toujours derrière la tête, l'autre maintenant sa missive, Sirius laissa vagabonder ses pensées qui l'amenèrent sur le chemin du sommeil. Et c'est une bonne heure plus tard que des coups tonitruants le réveillèrent en sursaut :

- J'espère que tu as déjà choisi tes habits pour ce soir, tonna son père, ne me fais pas honte comme l'été dernier avec cet affreux costume rouge !

Il semblait que ce souvenir lui donnait la nausée.

Impossible, pensa Sirius avec hargne, tu l'as brûlé !

Mais l'anecdote était plutôt amusante quand il y repensait, les dix jours au cachot qui avaient suivi, nourri au pain et à l'eau dans une pénombre permanente un peu moins… mais ça valait le coup. Il avait débarqué chez le frère d'Orion dans un magnifique costume trois pièces rouge sang, et sa cravate semblait faite d'or illuminait l'ensemble. Un vrai Gryffondor au milieu de ces serpents, ce qui lui avait valu toute la soirée des regards noirs de tous les invités et un regard plein de menace de la part de ses parents. Il n'en avait cure, quoiqu'il fasse il ne pourrait jamais être plus détesté. Alors autant en profiter pour s'amuser pensait-il, ces gens-là sont d'un ringard…

- Oui père, il sera parfait, vous verrez, répondit-il sur un avec nonchalance qui sembla faire trembler la porte d'appréhension.

A raison, à peine Sirius eût-il le temps de soupirer, que Orion ouvrit, furieux, la porte.

- Je te préviens Sirius ! tempêta Orion en s'approchant un peu trop près du goût de Sirius. Ne t'avise pas, son visage semblait enfler sous la colère, ne t'avise pas de faire . ce soir ! J'en ai marre de tes idioties ! Il est temps, enfin temps que tu mûrisses et t'intègre dans la famille dont tu es l'héritier ! Il y a des armes redoutables dont je peux encore me servir pour te mâter, ne m'oblige pas à les utiliser !

Sirius fronça les sourcils. L'autre a carrément parlé d'une arme ? Cachant la légère appréhension que ces mots venaient de susciter en lui, Sirius répondit en se redressant pour faire face à son paternel :

- Nous en inquiétez pas, père, je veux aller chez James, donc je ne ferai rien qui puisse venir entraver ce projet.

- Il n'y a toujours que toi et ton petit nombril, hein, reprit Orion les bras croisés, mais en matière d'agir pour l'honneur de ta famille, Sirius ? Ça tu n'y penses pas… évidemment ! Sirius Black est au-dessus de tout ça et il se moque bien de ce que peut advenir la noble et très ancienne maison des Black…. Je ne te laisserai pas faire, mon garçon, son ton se fit de plus en plus menaçant. Je ne te laisserai pas détruire cette famille par ces idées révolutionnaires qui t'animent. Et s'il faut te briser pour ça. Je n'hésiterai pas !

Sur ces paroles, Orion Black claqua la porte.

Et bien, ça promettait. Son père semblait sur les dents… Quelle réaction explosive pour une réponse qui contenait moins de dix mots ! La peur des agissements de son fils ce soir semblait déchaîner chez lui sa soif de sang. Cela réveilla la fierté de Sirius qui voyait qu'il était craint. Un vilain petit canard au milieu de serpents….

La grande horloge en bas vint sonner les dix-huit heures trente. Amenant avec elle un peu de vie dans ce salon lugubre et terne. Même la plus pure des lumières que le soleil s'évertuait à déverser dans la pièce à travers les rideaux n'arrivait pas à y amener un brin de chaleur, de réconfort. Tout restait toujours triste et sombre.

Et Kreattur qui semblait agir comme s'il était déjà mort en dépoussiérant les meubles, avec ses gestes lents, mécaniques.

Mais cette horloge sembla sortir de leur coma tous les membres de la famille Black.

Régulus quitta sa chambre, Orion son bureau et Walburga, la cave alors qu'elle était en train de discuter avec une partie des elfes de maison empaillés qui n'avaient pas trouvé leur place dans le hall. Régulièrement Kreattur les alternait.

Tous se réunirent dans le salon, prêts à partir. Sauf Sirius qui manquait à l'appel. Sirius qui se débattait avec son nœud de cravate. Cravate grise. Sombre tout comme son costume, d'un noir élégant. Rien de couleur, même sa chemise était grise.

Il se regarda un instant dans le miroir. Son nœud ne serait pas parfait, pas assez parfait au goût de son père, mais là, les mains tremblantes de l'enjeu de la soirée l'avait rendu maladroit.

- Sirius, tu descends ? hurla la voix douce de son paternelle.

Il se dépêcha d'ouvrir la porte pour crier :

- Oui, j'arrive, heu, Régulus, il détestait devoir faire appel à lui, mais la fin de son été était en jeu, il ne fallait surtout pas fâcher son père, tu peux monter me donner ton avis s'il te plaît.

Orion croisa les bras, satisfait et Régulus, avec hésitation, d'abord, remonta les marches.

Il trouva Sirius occupé à s'examiner sur toutes les coutures.

- Père sera content, dit le jeune Serpentard avec humilité.

- Aide moi pour mon nœud de cravate, Régulus, grogna Sirius.

Le jeune homme s'approcha et rectifia ce nœud qui somme toute n'était pas si mal, pas loin de ressembler au sien.

- Regarde mon astuce, énonça sur le ton de la confidence Regulus avec un demi-sourire.

Il tira sa baguette et la dirigea sur la cravate de Sirius, sitôt sur la défensive.

- Fais-moi confiance trois secondes, Sirius !

La cravate s'ajusta d'elle-même, aucun pli de trop, un nœud parfait qui venait compléter le tableau du fils idéal.

- Merci, grommela Sirius, descendons maintenant, avant qu'on ne vienne me chercher par la peau du cou !

Après avoir été toisé par son père qui l'examinait d'un œil de lynx, Sirius ne récolta pas un compliment. Il fût juste invité, à la suite de Régulus à emprunter la cheminée. Une poignée de poudre de cheminette plus tard, il se retrouva dans un hall d'accueil où les invités se pressaient et s'époussetaient.

- Sirius, le salua-t-on froidement, où est passé ton costume ayant baigné dans du sang de moldu ? ricana Cygnus.

- Bonjour mon oncle, répondit mécaniquement Sirius, l'image de James ancré dans son esprit, ses mots écrits résonnant dans ses oreilles.

Il fût attiré dans le salon où luxe et faste dégoulinaient sur les murs, les meubles de la pièce. Un peu partout, des flûtes à Champagne accompagné de leurs bouteilles, des petits fours, mignardises occupaient les tables ou les mains des invités déjà occupés à picorer, mais surtout à boire.

Sirius étouffa aussitôt. Qu'y avait-il de pire entre la tristesse morte du salon de ses parents ou l'apparat de richesse étalée de façon indécente dans le salon de son oncle comme à chaque fois qu'il recevait ?

On lui flanqua dans les mains une flûte en cristal remplie d'un champagne certainement écœurant du goût de Sirius et fût mêlé au reste des invités qui le regardaient avec méfiance, attentifs à ne pas être la cible de l'une de ses blagues habituelles.

Mais Sirius n'avait pas envie de ça. Il se sentait épié, le regard de son paternel ne le quittait pas, alors même qu'Orion discutait avec entrain avec une blonde que Sirius avait déjà vue aux soirées mondaines et un autre de ses oncles.

Préférant fuir l'ambiance étouffante du salon où il avait déjà aperçu sa cousine minaudant avec un jeune homme à l'allure aristocratique, il s'échappa sur la terrasse. Espérant un peu de tranquillité.

C'était peine perdue. Lucius Malfoy était là, déjà accompagné de quelques sbires.

- Joli ton costume, Black, l'interpella-t-il, je vois que papa a su te remettre te faire comprendre les mœurs de Black ? Combien de jours de cachots déjà pour le costume de l'année dernière ? Dix c'est bien ce qu'il m'a dit, je crois, termina-t-il de dire en ricanant.

Accoudé à la rambarde en marbre, Sirius ne broncha pas. Feignant d'ignorer les mots et la présence de ces Serpentards.

Leurs moqueries et éclats de rire lui vrillaient pourtant les tympans. Mais ce soir, Sirius saurait serrer les dents. Il ne s'agissait plus que de quelques longs jours, et il serait chez James. S'il se tenait bien, son père ne pourrait rien dire. C'était un homme d'honneur qui n'avait une parole.

Cela faisait déjà une heure que Sirius se tenait correctement. Il avait résisté aux quolibets, aux regards moqueurs sans rien dire. Se contentant parfois d'un vague regard meurtrier.

Enfin, le dîner fût annoncé. Et Sirius se traîna jusqu'à la salle à manger immense, à l'instar des autres invités.

Pourquoi avait-il fallu que le plan de table le place juste entre Régulus et Bellatrix et face à Lucius. Il allait devoir supporter leur discussion prônant un retour des sang-purs, une extermination des moldus et autres joyeusetés qui allait lui couper le peu d'appétit qu'il avait.

- Qu'en penses-tu Sirius, l'interpella Bellatrix en mordant dans son morceau de steak, un marquage nous semble idéal, les sang-de-bourbes doivent être repérables de loin pour ne pas avoir à supporter leur compagnie. Au fer rouge me paraît une bonne idée, gloussa-t-elle en regardant méchamment Sirius. Certaine de provoquer sa colère.

Ils avaient tous à cœur de le faire sortir de ses gonds… comme si… l'idée frappa Sirius, d'abord ironique avant de prendre sens en son esprit.

Et si son foutu de père leur avait filé le mot ? Pour qu'ils le poussent à bout, l'obliger à riposter, à user de sa baguette pour ne récolter que lui-même les propres conséquences de ses actes : être privé d'aller chez James.

Il lui jeta un regard fou que son père ne releva pas, trop occupé à discuter avec cette fichue poupée blonde qui allait, pour sûr, passer le reste de la nuit dans son lit.

Le repas sembla ainsi interminable au goût de Sirius qui plusieurs fois dût planter ses ongles dans la chair de ses poings fermés pour s'exhorter au calme. Il agissait ainsi en accord avec la volonté de son père, ce qui rajoutait à sa frustration.

Le regard moqueur et condescendant qu'il reçut de lui, au moment où les elfes de maison servaient le dessert, faillit d'ailleurs faire capoter sa résolution. Mais il lui suffit de jeter un œil sur cette attablé d'hypocrites pour lui rappeler la chaleur et la douceur du foyer Potter et revenir à la sagesse.

Rageant silencieusement, il écouta Bellatrix et Lucius discuter avidement tandis qu'il maltraitait son cheesecake dans son assiette.

Enfin son père sonna le glas de cette soirée, il était minuit passé. Quelques invités étaient déjà partis et Sirius se tenait proche de Régulus qu'il usait comme d'un bouclier pour éviter d'avoir à répondre à ses congénères, feignant d'être en grande discussion avec son frère. Ils ne s'aimaient pas, enfin pas vraiment. Ils avaient surtout du mal à concilier avec la psyché de l'autre. Régulus le trouvait trop impétueux et fier, quant à Sirius il le considérait trop lâche et soumis. Ils ne se détestaient pas pour autant. En ces circonstances, Sirius était content de pouvoir discuter avec lui afin d'éviter de faire quoi que ce soit d'irrémédiable.

Quand enfin la poudre de cheminette le ramena dans son propre salon, Sirius n'attendit même pas d'être rejoint par le reste de sa famille et monta à sa chambre où il s'enferma.

Il se précipita dans sa salle de bain pour retirer ce costume dans lequel il avait étouffé toute la soirée. En jetant un œil à son reflet dans son miroir, il admira son air goguenard. Son père avait perdu. Il n'avait ni humilié sa famille, ni ennuyé Bellatrix ni insulté Lucius.

Rien ne pourrait empêcher Orion Black de tenir sa parole, et cela rendait heureux Sirius. Son père devait être fou de rage. De voir que pour une fois, pour « son petit nombril », Sirius avait su se tenir à sa place. Bien qu'il mourrait de frustration face à tous les propos exécrables qu'il avait entendu ce soir et qui lui faisait sans cesse penser à Lily Evans. Qu'aurait fait James face à de tels mots ? Lui qui voyait en cette née-moldue toutes les qualités pour faire d'elle sa femme ?

Sirius râla en arrachant sa cravate et après avoir fait de même pour cet horrible costume, il se plongea dans un bain tiède pour évacuer sa frustration et sa fatigue.

Ce milieu n'était pas le sien, il ne le serait jamais.

Il sursauta dans l'eau quand il entendit frapper, par inadvertance à sa chambre. Sa mère était revenue, saoule semble-t-il, et avait heurté la porte en bois de la chambre de son fils. Il était aux aguets. Si sa mère était dans cet état, c'était parce que son père n'était pas rentré seul. Et qu'il devait déjà être en train de se vautrer dans le lit conjugal avec la créature blonde présente à la soirée. Et sa mère pour seule réponse se consolait avec de l'alcool.

Sans s'en rendre compte, Sirius s'endormit, rêvant d'une famille parfaite, où la cuisine sentait bon le pain chaud préparé par une mère maternelle qui le réveillerait d'un baiser au matin.

Il sursauta. L'eau était froide. Et rapidement sortit du bain et un sort de séchage sur lui plus tard, s'affala dans son lit retournant aussitôt au pays des rêves où son salon était éclairé par la lumière du soleil et les rires baignaient ces vacances d'été.

- Père, Sirius s'essuya rapidement la bouche de la sauce aux champignons qui accompagnait son rôti.

Quatre jours avaient passé sans qu'Orion Black ne daigne revenir sur sa promesse. Sirius avait besoin de cette réponse orale pour pouvoir enfin se réjouir d'aller tout bientôt chez James. James qui lui avait déjà écrit deux fois à ce propos.

« Je ne veux pas le presser, Cornedrue, lui avait répondu Sirius dans une lettre, tu le connais. Si je fais la moindre petite erreur, il refusera que je vienne chez toi. Je fais profil bas, pour le moment. Il croit ainsi me mâter. Comme si j'allais « rentrer dans les rangs » ! Je te tiens au courant, dès que je le peux ! Je t'embrasse mon frère et à bientôt, si Orion le veut ! »

Il capta le regard vif de son paternel l'observait tandis que Kreattur débarrassait leur plat principal.

- Je voulais voir avec vous concernant votre décision pour la fin des vacances d'été… demanda Sirius d'un ton révérencieux qui l'agaçait.

- Il est évident que tu as eu une attitude irréprochable à la soirée chez Cygnus, répondit froidement Orion avant d'avaler une gorgée de vin.

Il semblait à Sirius que des sueurs froides descendaient le long de sa colonne vertébrale.

- Laisse-moi organiser tes nouvelles journées avec ton précepteur et tu pourras aller chez ton ami James Potter, à compter de mi-août.

Ces mots semblaient lui écorcher la gorge. Orion qui comptait bien sur l'impétuosité de son fils avait vu son plan cruellement échouer. Toutes les tentatives des jeunes l'accompagnant à la soirée pour faire sortir de ses gonds Sirius avaient échoué. Le garçon avait semble-t-il bien plus de volonté pour ce qui concernait sa petite personne que ce qu'Orion pensait.

Mais il savait bien que cela n'avait pas à voir avec de la loyauté. Les idées de Sirius n'avaient pas changé. Toujours pro-moldu, toujours partisan de laisser des sang-de-bourbe salir leurs valeurs.

Qu'il aille chez James. Qu'il aille faire ses pitreries chez des gens qui pourraient le supporter. Il fera bien une bavure, qu'importe soit-elle. Et à la première erreur de son fils… Il n'avait plus dix ans. Il était largement temps qu'il devienne un homme, un homme Black.

- Merci père, répondit humblement Sirius qui se retient de quitter la table pour écrire à James. Il ne voulait pas leur montrer la joie qu'il ressentait. De toute façon, ils ne pourraient pas comprendre !

D'un mouvement de poignet, Orion autorisa Régulus et Sirius à quitter la table du dîner.

Sirius en profita pour rejoindre sa chambre.

Bientôt il serait chez James. Inconscient que sur sa personne, une ombre menaçait. Et qu'à la moindre incartade, il serait pied et poing liés.