Bonjour à toutes et tous,

On se retrouve pour le chapitre 3 de la réécriture de Tu seras ma femme
J'espère que vous aurez plaisir à le lire, n'hésitez pas à me laisser un petit mot suite à votre passage !
Prenez soin de vous d'ici la prochaine publication et bonne lecture

Je remercie mille fois Sakhina pour son travail de bêta qu'elle fait sur cette fic !

Et merci à tous ceux qui prennent le temps de lire !
Guest et Lyrialoli merci de vos reviews, c'est très encourageant ! :)

LessaWatberg


Belle, majestueuse, imposante, crachant une fumée blanche, la locomotive qui devait mener les élèves à Poudlard était à quai. Près d'elle, l'euphorie des premières années, la tristesse des aurevoirs, et notre quatre Maraudeurs, déposés à un peu plus tôt par les parents de James.

Le train partirait dans exactement dix minutes, alors sans perdre de temps, ils s'engouffrèrent par la porte la proche d'eux qui les mènerait à leur wagon de prédilection. Celui dans lequel, du temps de leur première année, James était rentré la première fois, seul, bientôt rejoint par Sirius, puis par Peter, en retard et ne trouvant plus de place ailleurs.
Rémus n'aura pas fait le trajet avec eux ce voyage-là, mais à partir de la deuxième année, ce wagon devint officiellement le wagon des Maraudeurs, place réservée, aucun élève n'osait s'y aventurer, sauf de temps en temps un premier année ignorant de cette tradition, qui était chaque fois bien vite chassé.

Lorsque les valises furent stockées, les occupations sorties, et les garçons installées, un climat doux et marqué d'une certaine nostalgie de fin de grandes vacances naquit dans l'habitacle.

James et Sirius discutaient avec leur fougue habituelle, Peter dessinait des œuvres invisibles sur la fenêtre jouant avec la buée, quand le train traversait un tunnel humide, et Rémus lisait. Enfin plutôt il essayait, car le débat animé qui avait lieu entre James et Sirius ne cessait de le déconcentrait.

Il tendit l'oreille pour voir s'il s'agissait de quelque chose d'important, mais rapidement, il comprit qu'il ne valait mieux pas prendre part à la discussion, vaine puisque chacun des garçons campait sur ses positions. James était convaincu que le nouveau balai de l'équipe du Groenland leur assurerait la victoire à coup sûr, mais Sirius rétorquait que c'était avant tout la tactique de son adversaire, le Brésil qui leur ferait remporter la coupe du monde.

Vaste et puéril débat, pensa Rémus. Mais il préférait voir Sirius ainsi. Lui qui avait, pendant les quelques jours de vacances passés ensemble, alterné les émotions, parfois distrait, rêveur, préoccupé, parfois aussi joueur que pouvait l'être Patmol un soir de pleine lune. Il n'avait pas non plus manqué de remarquer les traces, qui s'estompaient mais se voulaient encore un peu visibles. Sur son livre, ses doigts se crispèrent. Jamais son père n'avait levé la main sur lui, mais pour Sirius c'était un quotidien. Rémus s'obligea à souffler, ce n'était pas la peine de se mettre dans tous ces états, on ne changerait pas la famille de Sirius. On pouvait juste alléger son quotidien quand il était en leur compagnie.

Au bout d'un instant la porte du wagon s'ouvrit, les garçons ne furent pas surpris, ils avaient entendu la voix de la marchande de sucreries et sa cariole à la roue grinçante.

- Vous voulez quelque chose les enfants ?

Tous les quatre se levèrent, chacun commanda ses friandises préférées et Sirius ouvrit sa bourse contenant encore ses cinquante gallions.

Il tint à offrir à James les quelques vingt-huit mornilles et 3 noises de chocogrenouilles et autres douceurs que son ami lui avait achetées.

James refusa sur le moment, mais il nota que cela semblait tenir à cœur à son ami, alors finalement il accepta.

Quand la roue grinçante et la vieille dame s'éloignèrent, les maraudeurs ouvrirent sachets et paquets de friandises pour profiter du moment le plus attendu de tous du trajet qui devait mener à Poudlard.

L'instant gourmandise fâna trop vite, les discussions reprirent, entrecoupés de demi-sommeil, de douces chamailleries vaines adolescentes et d'autres loisirs souvent proposés par Rémus qui cherchait à retrouver un peu de calme face à l'ardeur de ses meilleurs amis.

Enfin au bout d'encore quelques heures, la locomotive décéléra, elle allait approcher de son terminus et les garçons se changèrent pour enfiler ce qui ferait d'eux des sixièmes années.

Rémus accrocha correctement son nouveau badge à sa poitrine, il avait été appelé par le préfet en chef pendant le voyage pour une petite réunion, puisqu'il avait été nommé cette année encore Préfet de Gryffondor. Voilà qui n'arrangeait pas les affaires de Sirius et James pour ce qui était des blagues et autres à faire à Poudlard, mais l'année dernière, ils avaient remarqué la tendance partiale de leur ami à leur encontre.

Si la plaisanterie ne blessait pas, n'humiliait pas, ou pas trop, alors le jeune préfet était soudain atteint de surdité, d'aveuglement ou n'était tout simplement pas sur les lieux du crime.

- Vous êtes prêts ? demanda James en finissant d'ajuster sa cravate.

Les autres hochèrent affirmativement la tête alors ils commencèrent à rejoindre le flot des autres élèves dans les couloirs qui attendaient que la locomotive s'arrête pour en descendre, enfin.

Le directeur se tenait face à eux, sur l'estrade derrière ce hibou majestueux aux ailes tendues et leur tenait son traditionnel discours de bienvenue qui précédait la cérémonie de répartition. Il rappela rapidement les quelques règles primordiales de Poudlard, cita le nom des Préfets et Préfet-en-chef et ne s'éternisa pas. Il n'avait pas envie d'endormir plus que ça ses élèves épuisés d'une journée de transport et qui n'aspiraient qu'à profiter d'un bon buffet avant d'aller dormir.

Le chapeau chanta la chanson qu'il avait mis un an à élaborer, répartit les nouveaux élèves dans les quatre maisons et enfin, le buffet apparut, sous les exclamations toujours surprises et émerveillés des élèves, subjugués devant les efforts, chaque rentrée scolaire, renouvelés des elfes de maison pour satisfaire leur appétit.

Sirius, dans ce qu'il considérait comme son véritable foyer, commença à se détendre. Alors que Rémus remplissait son verre de jus de citrouille, lui garnissait son assiette de mélanges improbables, gratin de citrouille, accras de morue et poulet rôti, le tout assaisonné d'un peu de coleslaw, sous l'œil hilaire comme chaque année de ses trois amis. Le ciel étoilé brillait au-dessus d'eux, les murs émettaient une chaleur douce de ce qu'il ne connaîtrait jamais dans sa famille, et ses amis parlaient et riaient avec lui. Oui, il était définitivement en sécurité, hors d'atteinte des griffes de son père, alors il avait bien mérité le droit de se détendre.

Tout en dînant, ils prirent le temps de faire connaissance avec les douze nouveaux élèves que gagnaient Gryffondor, répartis ça et là sur les bancs, tous un peu timides mais aussi heureux d'être enfin à Poudlard. Et si Sirius et James lançaient quelques paris sur l'avenir à propos d'une jeune première année, Rémus lui se contentait de faire connaissance poliment avec les nouveaux. Il répondit avec patience à toutes leurs questions, c'était après tout son rôle de préfet, et il ne s'offusqua même pas des moqueries et langues tirées de ses amis, alors qu'il répondait au moins pour la huitième fois à la même question posée par un premier année, chaque fois différent.

Lily, préfète à l'instar de Rémus, ne manquait pas elle non plus de patience et de pédagogie. Installée non loin d'eux, elle aussi répondait aux questions venant d'une frêle jeune fille, une née moldue, qui devait être la plus impressionnée de tous les nouveaux. Sirius l'étudia un instant, lança un coup de coude à James et lui fit une grimace quand son ami le regarda. Non, cette timide jeune fille ne serait pas dans le top 10 des plus jolies filles de Poudlard, selon Sirius, James l'avait bien compris et pouffa. C'était un jeu, plus qu'une vraie compétition, qui avait démarré l'année dernière, alors que Sirius avait rapidement flirté avec une troisième année.

- Vous êtes encore avec ça ? Rémus s'était interrompu dans l'explication qu'il était en train de donner à Elliott, jeune Gryffondor, le lycan avait remarqué que le jeu stupide qui avait démarré suite à une remarque qu'il avait fait à Sirius l'année dernière n'était pas terminé.

- Quoi, c'est toi qui m'as dit qu'un jour je les choisirai au berceau, rétorqua hilare Sirius, la bouche pleine

Rémus ne répondit rien, se contentant de claquer sa langue contre son palais, signe qu'il ne voyait pas d'un bon œil l'attitude de son ami.

- Oh allez, rigole, Rémus, promis je garderai ma muselière !

James éclata de rire et Rémus lui décida de les ignorer. Ils étaient définitivement à l'âge bête !

Et quand enfin les assiettes furent débarrassées de toute trace de gâteaux, crème chantilly et autres fruits, les préfets accompagnèrent les nouvelles recrues en premier à leur dortoir, bien vite imités par les autres années, ayant tous hâte d'aller se reposer après cette longue journée.

James, Rémus et Peter étaient déjà allongés dans leur propre lit, Sirius encore à la douche n'allait pas tarder à les rejoindre, quand ils entendirent le bruit de feuilles glissées sous leur porte de dortoir. Les plannings de leur année scolaire venaient de leur être livrés.

Rémus se leva pour les prendre et tendit à ses amis chacun le sien. James nota qu'avec Sirius ils avaient strictement les mêmes horaires et l'interpella pour l'en informer quand Sirius sortit de la salle de bains en s'essuyant les cheveux.

- Normal, Cornedrue, on a les mêmes options, répondit-il, et toi, Rémus, toujours cours de minuit à minuit, sept jours sur sept ? demanda-t-il goguenard à l'intention de son ami.

C'était un vrai sujet de plaisanterie entre eux, car Rémus en parfait élève avait pris le maximum d'options et il se retrouvait parfois à commencer sa journée avant eux pour finir après eux.

- Vous verrez quand les employeurs se bousculeront à ma note au vu de mon parcours, vous rigolerez moins ! rétorqua-t-il, quoique qu'un peu jaloux de leur emploi du temps qui paraissait bien léger à côté du sien. Il n'y a que le mercredi et le vendredi que je finis plus tard, et cette année par de cours le samedi, commenta Rémus en leur tirant la langue.

- Ça ne vous dit pas qu'on dorme ? Il est minuit passé, demanda Peter qui avait à peine étudié son planning, ses yeux se fermant déjà tout seuls.

- Bonne idée, dit Sirius qui s'engouffra dans son lit et chacun éteignit les lumières de sa table de chevet.

Mais Sirius ne s'endormit pas tout de suite, contrairement à ses amis dont des légers ronflements se faisaient déjà entendre.

Le jeune garçon s'était laissé attirer par ses pensées. Il rêvassait, réalisant avec un bonheur total qu'il était à Poudlard, en sécurité. Son père ne pourrait rien ici contre lui, il n'avait qu'à bien se tenir et rien n'arriverait, voilà le mantra qu'il se répétait. Mais qui sonnait faux. Bien se tenir et Sirius Black, c'était de l'eau et de l'huile. Surtout ici à Poudlard, en présence de Rogue. Il savait que chaque année, tout était motif à lui chercher querelle. Et entraînés l'un par l'autre, James et lui ne savaient pas s'arrêter, surtout quand il s'agissait du Serpentard. Ça lui en avait coûté toutes ces années des retenues et des lettres écrites à son géniteur. Ce qui n'avait pour autant pas refroidi le jeune Gryffondor pour autant.

Alors Sirius s'interrogeait, son père aboyait-il plus qu'il ne mordrait ? Il ne pouvait que l'espérer. Si c'était le cas, alors il fallait juste qu'il s'arrange pour ne pas rentrer pendant les vacances scolaires, et ensuite il n'aurait que deux mois à tenir, lors des prochaines grandes vacances. Il jeta un regard vague vers le lit de James. Il se sentait fort avec son meilleur ami à ses côtés, il se sentait fort dans ce château si loin de la grande et noble maison des Black.

Après un long soupir qui n'arriva pas à chasser ses pensées, Sirius se décida que non, décidément, il n'était pas, plus prêt à se laisser terrifier par son géniteur. Qu'importe les grands mots que celui-ci s'était laissé allé à utiliser !

Qu'avait-il dit déjà ? Arme ? Les yeux de Sirius s'écarquillèrent légèrement tant il était pris dans ses pensées, de quelle arme était-il question ? Oh et puis pourquoi Sirius se préoccupait-il de cela alors même qu'il était là, à Poudlard, et par là-même … intouchable, n'est-ce-pas ?

Sur cette dernière pensée, il s'autorisa enfin à plonger dans un sommeil réparateur pour être en forme pour sa première journée de cours, le lendemain.

- Allez, marmotte, remue-toi. Les gaufres viennent d'être servies dans la Grande Salle

James tentait le premier de réveiller Sirius en usant de sa gourmandise. Les trois garçons avaient parié. Il faudrait selon Peter au moins trois tentatives pour le sortir du lit. Pari tenu par ses amis, Rémus était sûr de remporter l'objet du pari, sa technique si Sirius ne sortait pas du lit ? Le chantage ! Ça fonctionnait généralement plutôt bien sur Patmol.

Attentifs, tous attendirent sa réaction à la tentative de James, peu efficace, voire pas du tout.

Sirius bailla, mais n'ouvrit pas les yeux pour autant. Autour de lui, un joyeux vacarme et un soleil qui pénétrait par les fenêtres délestées de leurs rideaux par ses amis.

- Je viens juste de m'endormir, râla Sirius qui ne bougea pas d'un pouce.

- Va dire ça à McGonagall, Sirius ! pouffa Rémus qui se lança en deuxième, si elle ne te voit pas à l'heure, je l'imagine bien débarqué dans le dortoir en hurlant comme une furie, t'en dis quoi ?

Rémus regarda fier de lui ses deux amis et Peter sentit la victoire lui passer sous le nez, puisque Sirius, à ces mots leva la tête et posa une paire d'yeux encroûtés sur Rémus.

- Tu crois qu'elle en est vraiment capable ? demanda-t-il d'une voix pâteuse.

Rémus se contenta d'hocher la tête et de tendre la main vers James et Peter qui lui devaient chacun une chocogrenouille. Sirius était en train de s'étirer, et quitta son lit quelques secondes après.

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La première journée de cours avait semblé interminable aux yeux des garçons. Ils avaient enchaîné quatre cours de deux heures chacun, et leurs plannings s'étaient remplis de trop à leur goût.

- Pourquoi fallait-il que le prof de potions nous file tout un chapitre à relire sur l'utilisation de la sauge ? râla Peter alors qu'ils dînaient dans la grande salle

- Me demande pas, répondit Sirius en se servant du jus de citrouille. Ce que je sais juste, c'est que si le premier jour ona plein de boulot comme ça, alors on ne pourra pas survivre jusqu'à la fin de la semaine. D'ailleurs, Rémus ? Tu serais d'accord pour me faire une copie des notes du cours d'Histoire de la Magie ?

Avant de lui répondre, Rémus s'essuya la bouche avec une lenteur exagérée et leva les yeux au ciel.

- Tu veux bien me dire ce que tu faisais pendant le cours au lieu de prendre tes propres notes, Patmol ?

- Je dormais ! répondit Sirius sur un ton choqué, comment si une autre occupation pendant ce cours était possible et que sa réponse était donc l'évidence même. Franchement, Lunard, tu vois autre chose à faire toi ? Binns est d'un ennuyant….

- Tu commences mal l'année Sirius… Qu'est ce qui t'arrive James ? s'étonna Rémus qui dût s'interrompre dans sa phrase pour questionner James qu'il voyait disparaître dans son assiette de gratin.

- Bah… je comptais sur tes notes moi aussi, répondit penaud James qui avait peur que la foudre du préfet ne s'abatte sur lui.

Rémus les étudia, sous le regard hilare de Peter, qui n'en avait pas noté plus qu'eux en cours mais s'en fichait éperdument. Il termina son assiette sans les quitter des yeux, et finalement articula d'une voix tranchante.

- On monte au dortoir et on rattrape vos devoirs.

Alors que James et Sirius ouvraient la bouche pour manifester leur désaccord, Rémus reprit :

- Premier jour, vous êtes déjà en retard ! Je ne vous laisserai pas accumuler comme ça, sinon je suis bon pour rédiger vos devoirs dès la première semaine.

C'est donc en élèves studieux que la troupe des Maraudeurs quitta la grande salle pour rejoindre leur dortoir et s'atteler à rattraper ce qu'ils avaient déjà accumulé comme retard.

- Non mais c'est n'importe quoi ! s'exclama Rémus qui relisait les notes de Sirius prises en cours de métamorphose, tu notes tout à l'envers, pour le peu que tu notes !

Sirius le regarda, haussa les épaules, amusé de l'état dans lequel se mettait son ami, et termina de recopier silencieusement ce que Rémus avait écrit en cours de la Magie. Les révoltes gobelins l'intéressaient très peu, tout comme les origines de l'incantation en cours de métamorphose, il n'avait pas besoin de notes pour être doué en métamorphose, c'était inné chez lui. Ce qu'il confia à James qui pouffa, puni lui aussi de recopiage par Rémus.

- Tu ferais un bon professeur, Lunard, vraiment ! s'exclama Sirius alors qu'il venait d'achever son parchemin. Je suis même sûr que Rusard prendrait des cours de sadisme sur toi !

- Terrifiant ! compléta James en s'étirant. Bon maintenant qu'on a fini, on peut se détendre ?

- Mouais, ça ira, mais prenez vous en main ! Je ne vais pas rattraper vos cours chaque soir ! Vous ne me la ferez pas cette année !

Un échange de regards parlant s'échangea entre eux, et un fou rire les prit en même temps. Le discours de Rémus, bien qu'il le pensait, sonnait faux. Il était trop gentil avec eux, chaque année c'était pareil. Mais un peu plus tard dans la soirée, James et Sirius se firent la promesse de ne pas trop abuser de leur ami, enfin de ses notes plus particulièrement.

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Malgré l'enthousiasme collectif qui marquait les âmes de la salle commune de Gryffondor, Sirius n'avait lui pas le cœur à la fête, il avait récolté, à l'instar de James, deux semaines complètes de retenues quotidiennes, à peine dix jours après la rentrée. Il trouvait la sentence un peu lourde quand on comparait le crime et la condamnation. Rusard en avait vu d'autres, après tout, qu'était-ce quelques pauvres strangulots enfermés dans tous les tiroirs de son bureau à côté de ce qu'ils avaient pu concocter comme farces les années d'avant ?

Il soupira, affalé dans son fauteuil, les jambes pendantes sur l'accoudoir, un bras sur l'assise, en observant les troisièmes années qui se réjouissaient de l'annonce de la première sortie à Pré-au-Lard, sur le tableau d'information.

Rémus était à la bibliothèque et James devait sûrement roucouler avec l'une ou l'autre de ses conquêtes quelque part dans le château, s'il ne suivait pas discrètement Lily, occupation qui lui prenait pas mal de temps depuis la rentrée.

- Il est quelle heure, Peter ? demanda le jeune Black en se tournant vers son ami

- Presque l'heure de ta retenue, elle commence dans dix minutes ! lui annonça fatalement Peter qui disputait une partie d'échecs avec un cinquième année.

Sirius laissa échapper un soupir plaintif.

- Tu es avec qui, ce soir ? s'intéressa Peter en prenant la tour noire de son adversaire, fier de son coup, incapable de voir que dans deux tours, il sera mis échec et mat.

- Chourave, répondit Sirius en laissant sa tête balloter dans le vide, les yeux fermés, c'est dingue le nombre de plantes dangereuses que le monde sorcier peut avoir, regarde !

Il tendit vers son ami un poignet marqué de morsures qui datait de trois jours auparavant.

- C'est une plante qui t'a fait ça ? demanda horrifié Peter, les yeux sur la blessure.

- Humhum, répondit Sirius, les yeux toujours fermés, totalement passif et indifférent à l'agitation autour de lui.

Il semblait négocier avec lui-même. Devait-il se rendre à cette retenue ? Un rire qu'il étouffa dans sa gorge le prit, bien sûr qu'il irait. Il n'en avait juste pas envie. Il fit craquer les os de sa nuque et se redressa.

- James ? s'inquiéta-t-il

- Il a dit au dîner qu'il te rejoindrait sur les lieux de la retenue, le renseigna Peter.

- Ha oui, c'est vrai ! furent les seuls mots prononcés par Sirius qui se leva, étouffa un bâillement, avant de sortir non sans bousculer un troisième année qui lui semblait trop heureux.

L'avantage pour les deux garçons de faire des bêtises ensemble, c'était qu'ils partageaient de fait leurs retenues ensemble. Et le professeur Chourave n'avait rien à redire sur le fait qu'ils discutent pendant qu'ils exécutent leur retenue, tant que le travail qu'elle leur demandait était correctement effectué.

Il était vingt et une heure.

Encore une demi-heure et ils seraient libres. S'ils sortaient vivants de cette retenue. Ces petits plants de filets du diable étaient revêches et s'entortillaient à tout ce qu'ils trouvaient, mécontents de leur taille mensuelle. L'un d'eux, il y a quelques minutes s'était empêtré autour du cou de James et il avait fallu l'intervention de leur professeur pour le détacher.

- Alors, Cornedrue, on a encore brisé des cœurs cet après-midi ?

James lui lança un regard amusé, mais au bout de quelques instants, Sirius remarqua que sa mine prit un air sombre.

- J'aurais besoin de toi, Sirius.

Voilà bien une phrase qui annonçait des problèmes. Sirius la connaissait bien, ils y avaient mutuellement recours lorsqu'ils préparaient quelque chose.

- On termine cette semaine et on est tranquilles point de vue retenue, vraiment, James tu veux rempiler ?

- C'est une question d'honneur ! affirma James en coupant de façon virulente des bourgeons sur le filet du diable qui avait attenté à sa vie.

- Oulà, les grands mots ! rigola doucement Sirius. Vas-y, raconte tout à tonton Sirius.

- C'est Rogue ! James avait chuchoté ce mot avec une hargne qu'il ne destinait qu'à lui.

- Qu'est-ce qu'il a fait ? s'étonna Sirius qui, entre les cours ou leurs allées et venues dans les couloirs n'avait rien remarqué de particulier.

- Il tourne autour de Lily, voilà ce qu'il fait !

Les coups de sécateurs inquiétèrent la botaniste qui, jusqu'ici occupée à l'autre bout de la serre, s'approcha d'eux pour inspecter leur travail.

- Je vous ai demandé de tailler ces filets du diable, pas de les réduire à néant ! dit-elle d'une voix sévère.

- Pardon, professeur, s'excusa James, un air penaud sur le visage drôlement bien imité, je vais faire un peu plus attention !

- J'y compte bien ! répliqua sèchement l'enseignante avant de repartir bouturer des plants de Bubobulbs.

James et Sirius échangèrent un regard amusé, mais il leur en fallait plus pour être terrorisés. Aussi, comme s'ils n'avaient pas été interrompus, Sirius lui répondit :

- Ce n'est pas plutôt toi, James, qui tourne autour de ta chère Lily ?

- Je ne plaisante pas, Patmol ! Chaque fois que je la croise…

- Suit, ou harcèle conviendrait peut-être mieux, l'interrompit Sirius,

James leva les yeux au ciel, incapable de reconnaître qu'il était peut-être lui-même collant avec la jeune Préfète, et continua :

- Je disais, chaque fois que je la croise, il est là, il essaye même de lui parler.

- Mais il se fait jeter, j'imagine ? pouffa Sirius, tout heureux en imaginant la scène.

- Faut dire qu'avec ce qu'il lui a dit, Monsieur cheveux gras m'a facilité la tâche en se tirant une balle dans le pied lui-même l'année dernière.

- Et j'imagine que tu as un plan pour la sauver des griffes du grand vilain Rogue ?

La bouche de James s'ouvrit, mais :

- Vous pouvez y aller les enfants !

Tout pris dans leur conversation, ils n'avaient pas entendu la potelée madame Chourave et Sirius sursauta, se coupant le doigt avec le sécateur.

- Aïe ! s'exclama-t-il en portant le doigt à sa bouche

- Ho pardon, s'excusa-t-elle aussitôt, je ne voulais pas vous faire peur

- Ché réussi ! articula Sirius le doigt coincé dans la bouche.

- Montrez-moi ça, lui indiqua-t-elle.

Et quand Sirius lui eût présenté son index, elle lança dessus un sort de cicatrisation et les congédia.

- Vous avez fait du bon travail, filez dans votre dortoir, leur dit-elle sur le pas de la porte de la serre, bonne nuit les enfants !

Trop heureux de voir leur retenue abrégée de quinze minutes, James et Sirius regagnèrent la tour Gryffondor.

- Dis, tu ne parleras pas de tout ça à Rémus, hein ? demanda James en chemin

- De quoi ? De la tentative de meurtre du filet du diable sur ta personne ? Ou du fait que tu espionnes Lily à tout bout de champ ? le taquina Sirius qui connaissait parfaitement la réponse qui n'était ni l'une ni l'autre, mais non bien sûr que je ne lui dirai rien ! Il nous fait encore la morale pour la blague qu'on a fait à Rusard, alors loin de moi l'idée de vouloir subir ses leçons quant à l'élaboration d'une douce vengeance sur notre ami Servilo.

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- Inqualifiable, dangereux, et inconscient !

La voix tempétueuse de la directrice de la maison Gryffondor résonnait dans son bureau.

Face à elle, deux jeunes hommes coupables attendaient silencieusement qu'on décide de leur sort.

- J'aurais dû vous interdire de visite à Pré-au-lard, venant de vous, elle les pointait d'un doigt tremblant de colère, on ne pouvait que s'attendre à ce que vous vidiez le magasin de farces et attrapes pour vous en prendre à une victime innocente !

- Une victime innocente, s'exclama, outré, James ! Enfin Madame…. Il….

- Il quoi ? rugit-elle

- Il suit partout Lily… souffla-t-il, impressionné par l'éclat de voix dont était capable la vieille femme.

- Et je suppose, sa voix prit un ton doucereux alors qu'elle s'appuyait de ses deux mains sur son bureau, que c'est une raison pour s'acharner sur lui comme vous l'avez fait ?

- Acharner… grommela Sirius qui trouvait le terme un peu fort.

- Vous avez quelque chose à dire, Monsieur Black ?

Il leva les yeux, les rabaissa aussitôt. La toute-puissance émanant de son professeur qui le toisait d'un œil mauvais avait de quoi impressionner n'importe qui.

- Depuis la rentrée scolaire, vous n'avez cessé, comme chaque année, à faire parler de vous, tous les deux ! Les professeurs en ont marre de vos bêtises, et je ne comprends pas que vous puissiez être aussi appréciés dans votre maison quand on sait tous les points que vous avez fait perdre à Gryffondor !

- C'est peut-être que nos blagues ne sont pas si méchantes que ça, tenta Sirius dans sa barbe pour alléger l'atmosphère.

- Qu'en dites-vous d'aller demander cela à Monsieur Rogue ? Il change de couleur toutes les dix minutes, il se met même à clignoter parfois ! Je ne comprends même pas qu'un tel artéfact soit vendu à Zonko ! fulmina-t-elle.

- Peut-être qu'on y a été un peu fort, mais on ne pensait pas qu'utiliser autant de poudre à arc-en-ciel aurait cet effet-là, tenta d'expliquer James.

La poudre arc-en-ciel était connue par tous les élèves de l'école, toute année confondue. Très amusante, une gélule de poudre sur soi colorait la peau qui alternait toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, cheveux et vêtement compris, pour un effet compris entre un à cinq minutes en fonction de la morphologie de chacun.

- Autant de ? Les yeux du professeur faillirent sortir de leur orbite, combien de gélules avez-vous lancé dans son chaudron pendant le cours de potions ?

Un silence pesant remplit la pièce, James et Sirius n'osait être celui qui allait donner la réponse.

- Vous aggravez votre cas, messieurs !

Ce fût finalement Sirius qui craqua le premier :

- Dix.

- Pardon ?

- On a mis dix gélules dans la potion de Rogue, on pensait juste que ça allait exploser un peu, et que …

- Mais on s'en fiche de ce que vous pensiez ! Une potion d'amnésie contient des ingrédients sensibles et dangereux, si l'un d'eux avec mal réagi à ce que contient la poudre d'arc-en-ciel, vous auriez pu blesser gravement, voir tuer Monsieur Rogue.

Le grognement qui émana de Sirius fit sortir de ses gonds le professeur McGonagall :

- Sachez que je n'exagère rien Monsieur Black ! Vous serez diplômés à la fin de l'année prochaine, vous sortirez de cette école et vous devrez vous assumer. Or vous êtes loin d'en être capables ! Vous allez devoir grandir, et mûrir un peu ! Pour cela, je vais vous apprendre à assumer vos actes.

Ses mots firent relever la tête de James et Sirius. On était à peine fin septembre que l'une de leur blague allait déjà leur coûter très cher.

- Professeur ? demanda, inquiet James.

- Je ne vais pas écrire à vos parents pour les informer de vos imbécilités, jeunes hommes !

Les épaules des deux garçons retombèrent de soulagement.

- C'est vous qui allez leur écrire.

La sentence tomba comme un couperet, et le souffle se bloqua dans la gorge de Sirius.

- Professeur, tenta-t-il.

Il était loin de se douter, quand il avait voulu aider James à se venger de Rogue qu'il se heurterait à ces conséquences. C'était après tout une blague plutôt gentille, à ses yeux, qui ne méritait pas d'aller jusqu'à écrire à leurs parents.

- Quelque chose à dire, Monsieur Black ?

Le regard de leur professeur l'empêcha de défendre sa cause, c'était peine perdue.

Aussi, ils ressortirent la mort dans l'âme du bureau professoral pour rejoindre leur dortoir, dans un silence quasi-religieux, la crainte de la réaction de son père hantait Sirius qui repensait aux mots que celui-ci avait utilisés pendant les vacances. Était-il cette fois allé trop loin, ou s'inquiétait de trop pour rien ?